11.11.2009
MAXIME LAUBEUF (1864-1939)
Janvier 1940 : il ne se passe rien en France. La Pologne a été écrasée par l’Allemagne et l’URSS, ses classes dirigeantes sont déportées ou assassinées, la Finlande héroïque offre une résistance inouïe aux armées soviétiques, on réfléchit à la secourir, mais finalement on attend. Il y a peu d’avions et encore moins d’avions modernes, une artillerie déclassée, des munitions insuffisantes, une infanterie chargée comme une mule, un état-major périmé, une ligne Maginot jugée infranchissable mais non prolongée jusqu’à son terme pour ne pas vexer la neutralité de la Belgique. La marine française est devenue la quatrième du monde* mais elle est précisément appelée à ne jouer aucun rôle sur un théâtre d’opérations continental. Hitler, qui n’a plus de front à l’est, prépare en toute quiétude l’invasion de la France et de la Belgique.
Les Français, otages des erreurs stratégiques de leurs gouvernements et de leurs chefs militaires depuis dix ans, de leurs batailles intérieures qui ont occulté l’essentiel, vivent les appels à la gloire passée. Chatou, commune de 11.000 habitants, est réduite à attendre et commémorer. Le 21 janvier 1940, un hommage est rendu à l’un de nos grands hommes : Maxime Laubeuf (illustration ci-dessous), mort le 23 décembre 1939, parent de François Laubeuf, maire célèbre pour sa conduite pendant la guerre de 1870, fondateur d’une grande entreprise de la ville. Maxime Laubeuf a mis au point une invention dont la postérité n’a pas mérité les refus de pension de retraite qui lui ont été adressés. Selon la tradition orale de la famille, il a abrité un temps les plans de son invention dans les ateliers de Chatou pour échapper à un entourage qu'il suspectait.

Le maire, Jules Ramas, prend la parole : Maxime Laubeuf, ancien ingénieur en chef des arsenaux de la marine de Guerre, mort fin décembre 1939, était né à Paisou en 1864 et, fils d’Alexandre Laubeuf, maître charpentier, il était le petit-neveu de François Laubeuf, qui assumant en 1870-1871 les fonctions de maire de Chatou, aurait été fusillé par les allemands s’il n’eut été sauvé par l’intervention héroïque de l’abbé Borreau, curé de la ville. Maxime Laubeuf était apparenté comme petit cousin issu de germain, aux familles Laubeuf et Médard qui résident toujours à Chatou, et deux fils lui survivent. Au nom de tous, le Maire leur exprimait ses condoléances. Il résuma ensuite la carrière de Maxime Laubeuf :
Entré jeune au collège Chaptal, il fut reçu dans les premiers à Polytechnique où il sortit idéalement dans les premiers en 1883. En 1887, il était nommé sous-ingénieur de la Marine. En 1891, il était ingénieur. En 1900, il fut désigné comme ingénieur en chef des arsenaux de la Marine de Guerre. Il se distingua en 1898, lors d’un concours pour l’élaboration d’un torpilleur pouvant naviguer sous l’eau en présentant le projet du submersible « Le Narval » qui fut primé et adopté de sorte qu’il est juste de reconnaître en lui le premier constructeur de sous-marin doté des qualités militaires indispensables.
De 1900 à 1904, il remplit de nombreuses missions à l’étranger, au titre de la Marine. Dés 1904, des chantiers placés sous sa direction sortirent : « le Nautilus », « le Farfadet », « le Pluviôse » etc…En 1906, il quitta le service actif pour se consacrer aux études de submersibles et torpilleurs. A deux reprises, en 1900 et 1908, il fut lauréat de l’Académie des Sciences dont il devint membre jusqu’en 1920. En 1914, il reprit du service actif jusqu’à la fin des hostilités et continua ultérieurement une vie tout entière consacrée au travail et à l’étude. »
Le 23 novembre 1898, le premier sous-marin de combat de l'histoire maritime avait été mis en service sur les plans de l’ingénieur Maxime Laubeuf. Le « Narval » avait une double coque, l’intervalle étant occupé par des ballasts dont le remplissement permettait la plongée. La force motrice pour la navigation en surface était basée sur une machine à vapeur et la navigation sous-marine sur un moteur électrique. Il disposait d’une autonomie de 500 milles en surface et complète en plongée grâce au rechargement des batteries.
Le conseil municipal de Chatou à l’unanimité décida le 21 janvier 1940 de donner le nom de Maxime Laubeuf au quai de Seine entre le pont de chemin de fer et Croissy.

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20.10.2009
JEAN SEPHERIADES (1922-2001), CHAMPION D'AVIRON
Le passé nautique de Chatou a justifié la création d’une rubrique particulière au sein de notre blog : le Cercle Nautique de Chatou fit les belles heures de la voile sur les bords de Seine de 1902 à la deuxième guerre mondiale au point d’ailleurs de figurer aux actualités cinématographiques, le décorateur Catovien Georges Rémon accompagna les fumées souvent tragiques des grands paquebots qu’il décora avec son frère Jérôme et son père Pierre-Henri Rémon. Mentionnons enfin celui que l’on surnomma en 1946 « le champion des champions », Jean Sephèriadès (1922-2001), Champion de France d’Aviron de 1942 à 1946. Engagé dans la Deuxième Division Blindée du général Leclerc qui se porta en Allemagne, il rentra en France pour se couvrir de gloire en devenant le vainqueur historique et sans successeur de la France aux « diamonds sculls » lors des régates royales d’Henley en 1946, régates au cours desquelles il battit l’américain Jack Kelly, frère de Grace Kelly et compétiteur international redouté. Décoré à ce titre par la future Reine Elisabeth II, Jean Sephèriadès devint en 1947 Champion d’Europe d’Aviron puis abandonna la compétition internationale pour animer l’aviron français. Voyageur de commerce de profession, il habitait Chatou et fut même lors de l’épopée du RPF l’un des membres de la municipalité d’Henry Vercken, élu maire de Chatou sous la bannière du mouvement gaulliste entre 1947 et 1953.
Nous diffusons ici des photographies qui lui furent dédiées par « Le Monde Illustré » le 11 août 1945 pour ses dernières victoires.


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12.09.2009
GEORGES REMON (1889-1963), DECORATEUR













Georges Rémon, dit « Géo » Rémon, décorateur, s’installa à Chatou avec sa famille dans une villa du 61 avenue Foch (aujourd’hui disparue) dans les années 1932-36 et y mourut en 1963.Il était l’héritier d’une famille d’artistes. Son père, Pierre-Henri Rémon, professeur à l’école des Arts Décoratifs, était le fondateur d’un atelier de décorateurs à Paris qui s’orienta à partir de 1908 vers la décoration des grands paquebots (source : « L’Illustration - numéro spécial Normandie »). Pierre-Henri Rémon fit connaître Chatou à sa famille en l’emmenant en villégiature villa Lambert avant la première guerre. Reprenant l’entreprise familiale dés 1919 après avoir servi dans le régiment de transmission Edouard VII pendant la Grande Guerre, Georges œuvra avec son frère Jérôme sur des commandes prestigieuses. La marque de l’atelier fut ainsi présente sur les paquebots de la Transat, « France » (1912), « Paris » (1921), « Ile de France » (1926), « Normandie » (1935). Il fut également un collaborateur éminent des revues d'art et de jardins, jardins auxquels il consacra un ouvrage "les jardins de l'Antiquité à nos jours" (1943) et fut en autres le décorateur des Grands Magasins du Louvre (actuel Salon des Antiquaires) pour la fête de la Victoire en 1919.








Le paquebot "Paris" décoré par les ateliers Rémon. Il disparut dans un incendie suspect au Havre le 18 avril 1939. On soupçonna un attentat manqué visant vraisemblablement "Normandie" accosté derrière lui.






On fit appel également à la famille Rémon pour le réaménagement des paquebots pris par l’Angleterre comme dommages de guerre à l’Allemagne en 1919, devenus des unités de la Cunard sous le nom de "Berengaria" et "Leviathan". Des centaines de planches d'aménagement intérieur et de mobilier de style dues au jeune Rémon à la veille de la guerre de 1914 sont conservées à la Bibliothèque Forney et au Musée des Arts Décoratifs.

Un ouvrage de Georges Rémon sur les jardins paru en 1943. Georges Rémon était directeur de l'Ecole des Arts Appliqués de la Ville de Paris et Chevalier de la Légion d'Honneur.
L'association a réalisé deux conférences salle Jean Françaix sur ce sujet qui a toujours recueilli beaucoup de succés, l'une en 1995 avec Jean-Paul Herbert, directeur des archives de la Compagnie Générale Maritime et Louis-René Vian, spécialiste des grands paquebots français et auteur d'un ouvrage sur la décoration intérieure des navires "Arts Décoratifs à bord des Paquebots Français" (non réédité depuis son décès), l'autre en 1997 consacrée à Normandie par Louis-René Vian.


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21.10.2007
LA VOILE A CHATOU
François Coppée (1842-1908) fut le premier à évoquer l’existence d’un club de voile à Chatou : dans son recueil de poésies « Promenades et intérieurs » de 1872, il dédia un poème « À mes jeunes camarades, aux équipiers du Club nautique de Chatou » :
Jadis, la Seine était verte et pure à Saint-Ouen,
Et, dans cette banlieue aujourd’hui sale et rêche,
J’ai canoté, j’ai même essayé de la pêche.
Le lieu semblait alors champêtre. Que c’est loin !
On dînait là. Le beurre, au cabaret du coin,
Était rance, et le vin fait de bois de campêche.
Mais les charmants retours, sur l’eau, dans la nuit fraîche,
Quand, sur les prés fauchés, flottait l’odeur du foin !
Oh ! quels vieux souvenirs et comme le temps marche !
Pourtant je vois encor le couchant, sous une arche,
Refléter ses rubis dans les flots miroitants.
Amis, embarquez-moi sur vos bateaux à voiles,
Par un beau soir, à l’heure où naissent les étoiles,
Afin que je revive un peu de mes vingt ans.
Quelle fut son évolution en cette fin du XIXème siècle ? nous n’en savons rien. En revanche, nous savons que le Cercle Nautique de Chatou fut créé en 1902 et que l'un de ses adhérents, Paul Poiret, lui créa son pavillon. Les fondateurs, les frères Monnot, qui vécurent 15 rue Camille Périer puis 7 avenue d’Eprémesnil, le marquèrent de leur empreinte en créant « les monotypes » de Chatou.


Paul Poiret (1879-1944) en 1931 - Le dessinateur du drapeau du Cercle Nautique de Chatou en 1902 fut non seulement le couturier qui libéra la femme, mais aussi un illustrateur, décorateur, peintre, parfumeur. Il écrivit ses Mémoires "En habillant l'Epoque" en 1930.
Dans l’entre-deux-guerres, les démonstrations du Cercle Nautique de Chatou alimentèrent les actualités du cinéma muet : c’est ainsi que Gaumont filma les régates du club à deux reprises en 1923, l’une à Herblay, l’autre à Chatou et une troisième fois à Rueil en 1925 (Gaumont-Pathé Archives : réf. 2321GJ 00005, 2315GJ 00004, 2519GJ 00005).
En 1929, le C.N.C. émigra à Meulan.



Il y conserva et élargit son audience, comme en attesta l’édition du 6 octobre 1934 de l’Illustration dans laquelle le journaliste Gabriel Hanot décrypta l’univers du yachting en plein essor :
« c’est que la plupart des sociétés, il y en a 113 en France, ont adopté un bateau qui leur semblait le mieux répondre aux conditions locales de climat, d’atmosphère, de vent, de météorologie, d’état et de profondeur de l’eau. La flotte de Paris, concentrée à Meulan et battant pavillon du Cercle Nautique de Chatou, dont le président d’honneur, Monsieur Armand Esders, est un véritable mécène du yachting, ou du Cercle de la Voile de Paris, utilise des « stars à bulb », « des chats à quille et des monotypes de Chatou à dérive, bateaux plats appelés irrévérencieusement « punaises » (…) Des clubs comme le Cercle Nautique de Chatou, qui a gardé le nom de sa résidence d’origine, et le Cercle de la Voile de Paris, comptent de 500 à 600 membres chacun ; leurs sociétaires respectifs possèdent de 60 à 70 bateaux et il n’est pas rare de voir, par les beaux dimanches, prés d’une centaine de voiles blanches se détachant sur les hautes et vertes frondaisons qui bordent la Seine à Meulan. La cotisation annuelle est de 300 francs environ ; elle donne droit au mouillage, aux installations et au club house ; mais les yachts, sauf certains bateaux d’entraînement, appartiennent aux membres du club. Que coûte un yacht du type de Chatou ? 7500 francs, barre en main (…) Il y a des régates féminines qui opposent les équipes du C.N.C à celles du C.V.P. ou de Dives, et nos sportives, à la barre de leur bateau, seront bientôt de première force dans les épreuves internationales.(...)"

Aquarelles de J.Simont illustrant en 1934 le ponton


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