15.09.2009
VESTIGES DE LA COLLABORATION

Né en 1894, fils d’instituteurs devenu fonctionnaire colonial, Pierre Boisson assuma les plus hauts postes dans les années trente et à la veille de la deuxième guerre mondiale, ne pouvait être suspecté de sympathie pour l’ennemi. Haut-commissaire de la République française à Yaoundé en 1936, il fit avorter les tentatives allemandes de pénétration au Cameroun. Nommé gouverneur général de l’Afrique Occidentale Française du 29 octobre 1938 au 10 août 1939 puis gouverneur de l’Afrique Equatoriale Française le 3 septembre 1939 par le ministre des Colonies né à Chatou, Georges Mandel, il tenta en vain en juin 1940 de constituer un bloc africain contre l’Allemagne aux côtés de l’Angleterre.
Nommé de nouveau le 25 juin 1940 gouverneur de l’Afrique Occidentale Française mais cette fois par le gouvernement Pétain, il changea d’attitude et comme quantité de responsables, poursuivit avec aveuglement jusqu’en 1942 une politique fidèle à Vichy tout en s’opposant aux desiderata de Laval d’autoriser l‘armée allemande à prendre pied dans le vaste territoire qu’il administrait. Il fit notamment échouer le débarquement anglo-gaulliste de Dakar en septembre 1940, persécuta les gaullistes et les communistes, créa la Légion française des combattants d'Afrique, fit appliquer les lois de Vichy sur les juifs et les francs-maçons bien qu’une certaine tiédeur dans les sanctions contre ces derniers fit son impopularité dans les milieux collaborationnistes. Le débarquement américain en Afrique du Nord le rallia à la cause des Alliés que le général de Gaulle trouva à juste titre bien mal avisés de s’adjoindre ses services même si le gouverneur général tentait de faire oublier ses « exploits » passés en augmentant la production agricole pour les armées de la Libération en Afrique.
A la suite du départ du général Giraud en 1943 du Comité Français de Libération Nationale, Pierre Boisson donna sa démission le 13 juillet 1943. Il fut convoqué en novembre 1943 devant une commission d’épuration, mis en résidence surveillée à Alger, inculpé par le Tribunal militaire d’Alger et révoqué sans pension en octobre 1944. Transféré en France en mars 1945, il fut autorisé à résider chez lui à Chatou en raison de ses problèmes de santé. Condamné à l’indignité nationale par la Haute Cour de Justice, il mourut quelques mois plus tard à son domicile du 63 rue des Cormiers le 20 juillet 1948. L'acte de décès fut signé par Jean-Louis Marie Fournier, adjoint du maire Henry Vercken, et Pierre Emile Aubert, gouverneur des Colonies, retraité, Officier de la Légion d'Honneur. Cet épisode de l’après-guerre prend de nouveau Chatou à témoin dans la pèriode de la Collaboration.
Acte de décès de Pierre Boisson: source Etat-Civil de Chatou
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06.10.2007
LES HEROS DE CHATOU
Le tribut de Chatou aux heures sombres de l'histoire a atteint son apogée dans les guerres du XXème siècle. La moins conventionnelle, la deuxième guerre mondiale, nous apporta son fardeau de meurtres sur fond de règlements de compte. A Chatou, les opérations menées par les résistants avaient en effet abouti à la Libération de la ville le 21 août 1944. Mais le 25 août 1944, 27 résistants de Chatou FFI qui avaient pris le contrôle du château de la Pièce d’Eau à la suite de l’évacuation de l’armée allemande et fait une quarantaine de prisonniers dont 23 allemands, furent dénoncés par des collaborateurs. Un détachement allemand armé d'automitrailleuses revint à Chatou, lança un assaut, les arrêta, et aprés les avoir obligés à creuser leurs tombes et mutilés, les fusilla. On ne dut le départ de l'ennemi qu'à la nouvelle de la proximité de détachements alliés.
Un journal du soir rapporta: "la grande porte du garage du château de Chatou porte encore les traces de la tuerie du 25 août. Voyez le sang qui a giclé jusqu'en haut de la porte et les trous faits par les balles de mitrailleuses Autour de cet emplacement, nous avons retrouvé des doigts. La fosse est à trois mètres de là. Vingt-sept corps sont entassés dans un trou d'un mètre de profondeur. C'est le plus jeune, un gosse de 16 ans, employé de la gare, qui était chargé de transporter ses camarades dans leur sépulture. Arrivé au vingt-sixième, lui comme les autres y passa." "J'ai retrouvé mon fils dans cette fosse, il avait 23 ans. Le pauvre enfant était nu, un bras cassé, les yeux arrachés, des doigts en moins. Ils ont été enterrés vivants. On les a retrouvés la bouche pleine de terre, les mains crispées dans le sol. Des drapeaux français, lacérés, déchirés, étaient enterrés avec eux."(...) "Mais le cynisme des assasssins ne s'était pas arrêté là. Aprés le massacre dans le parc du château, ils sablèrent le champagne. Sur la fosse, ils avaient déposé des mines, afin que personne ne puisse approcher. " (Archives municipales de Chatou)

Les 27 fusillés de Chatou : lieutenant Torset, lieutenant Lecaron, Martial Fleury, Robert Alexis, Roger Lemoine, Raymond Acquart, Georges Blaizot, André Couespel, Henri Fisseux, Louis Gaudillet, Joseph Grand, Pierre Jallu, Eugène Jeffrault, Lucien Jeffrault, Victor Kurtz, Adrien Laurent, Pierre Le Bihan, Eugène Le Tyrant, Yves Louis, Jean Mauchaussat, Gabriel Morel, Jacques Mouchard, Robert Noë, Henri Painchaud, Robert Rateau, Henri Richaume, Jean Ramain.
Le 22 octobre 1944, l'avenue de la Pièce d'Eau reçut leur nom. Les délateurs, Paul Graff et Yvonne Toupnot, furent condamnés à mort le 17 mai 1946 par la Cour de Justice de Versailles.
L'inhumation des 27 martyrs eut lieu le 28 août 1944 dans le cimetière de Chatou en présence de représentants de l'armée Leclerc et de soldats américains.

L'hommage du 28 août 1944 aux 27 martyrs au château de la Pièce d'Eau puis au cimetière de Chatou où toute la ville semble s'être donnée rendez-vous veillée par les drapeaux alliés érigés sur l'usine Pathé-Marconi, en présence de soldats des armées Leclerc et Eisenhower (collection privée)







Le sacrifice des 27 martyrs est commémoré chaque année au château de la Pièce d’Eau.
C’est celui de la jeunesse de France défendant la liberté et l’indépendance séculaires d’une grande et vieille nation.
N.B : il n'existe qu'un seul sujet cinématographique sur les 27 martyrs, celui intitulé "Aux héros de Chatou" que Pathé réalisa pour son journal d'actualités du 4 septembre 1946 et qui demeure conservé par Gaumont-Pathé Archives, société chargée de la restauration et de la commercialisation des actualités cinématographiques.
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UN "GRAND PATRIOTE"
« Le Comité de Libération de Chatou demande instamment au gouvernement provisoire de la République d’autoriser le retour en France du grand patriote qu’est Maurice Thorez. Monsieur Thorez qui a dû, pour pouvoir continuer à diriger le combat anti-hitlérien, se soustraire aux menaces précises d’incarcération que faisait peser sur lui le gouvernement Daladier, organisateur de la défaite en 1940, en faisant arrêter les meilleurs militants ouvriers, ne peut, bien au contraire, être considéré comme un déserteur. Monsieur Thorez, homme politique inattaquable, est un grand Français qui doit reprendre sa place parmi nous. »
(in Registres des délibérations du conseil municipal)
N.B : aprés la signature du pacte germano-soviétique, le parti communiste est interdit en France le 26 septembre 1939. Le secrétaire de l'Internationale Communiste, Dimitrov, envoie un télégramme au secrétaire général du PCF, Maurice Thorez, pour lui demander de déserter. Thorez arrive à Moscou le 8 novembre 1939. Il y restera jusqu'à la Libération.
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