02/02/2014
CONFERENCE DES AMIS DE LA MAISON FOURNAISE SAMEDI 8 FEVRIER 2014

Les Amis de la Maison Fournaise
nous prient d'annoncer leur conférence
ouverte au public
à l'issue de l'assemblée générale annuelle
Samedi 8 février 2014
à 17 heures 30
Salle Jean Françaix 3 Place Maurice Berteaux
Dans l’intimité d’André Derain
Par Geneviève-Javotte TAILLADE
Petite nièce d’André DERAIN
Présidente d’Honneur des Amis de Derain

André Derain et Maurice de Vlaminck - collection de l'auteur
En 1935, André Derain vend toutes ses habitations, celle de la rue du Douanier à proximité du Parc Montsouris à Paris, sa maison de Chailly-en-Bière près de Fontainebleau et le château de Parouzeau en Seine et Marne, pour s’installer à Chambourcy avec sa famille et ses animaux. Il y restera jusqu’à sa mort en 1954.
Petite nièce de Derain, Geneviève-Javotte Taillade a habité cette maison 40 ans, au milieu des collections, de ses meubles et dans le sillage du grand homme. Elle a posé pour lui toute petite, comme sa mère l’avait fait avant elle.
C’est ce souvenir « intime » que la conférencière, bien connue de nombre d’entre vous, veut bien nous faire partager.
Rappelons qu’André Derain est né le 10 juin 1880 à Chatou et y a passé sa jeunesse.
***
A sa mort en 1954, Maurice de Vlaminck, avec qui il avait formé le duo de l'Ecole des Fauves à l'orée du siècle, lui rendit hommage dans le journal "Arts" :
" La mort d’André Derain fait ressurgir en moi des images, des paysages…Tout un monde de fantômes, de personnages vieillis, démodés ou encore en vie, se bouscule, s’agite et passe sur l’écran. La bobine dans l’appareil semble dérouler à rebours le film du passé.
Je revois André Derain à vingt ans, déambulant dans les rues de Chatou, l’air las et désabusé, grand, long, efflanqué, ayant l’allure d’un escholier de la basoche.
Dans ses propos, sans transition, il passait de l’amertume à l’humour, de la lassitude à l’ennui, de l’enthousiasme à la confiance et au doute. Il était jeune ! Derain laissait à ses pensées leur libre cours. Mais dans tout ce qu’il disait, dans les préoccupations d’un avenir incertain, une chose dominait et l’obsédait…la Peinture.
Au bout d’un an de travail en commun dans l’atelier que nous avions tous deux à Chatou – atelier devenu historique – Derain partit au régiment. Pendant le temps qu’il passe à Commercy à faire son apprentissage militaire, dans toutes ses lettres, il rage d’être là, encombré d’un fusil et d’écraser les mottes de terre sous ses godillots. Toutes ses pensées, tous ses désirs, l’appellent, autre part : ce qu’il demande c’est d’avoir des pinceaux et une palette chargée de couleurs dans les mains.
« Pour la peinture…m’écrivait-il quelques mois après son arrivée à la caserne, j’ai conscience que la peinture réaliste est finie. On ne fait que commencer en tant que peinture.
Sans toucher à l’abstraction des toiles de Vincent Van Gogh, abstraction que je ne conteste pas, je crois que les lignes, les couleurs ont des rapports assez puissants dans leur parallélisme à la base vitale pour permettre de chercher, de trouver un champ, pas nouveau mais surtout plus réel dans sa synthèse.. »
Plus loin, il écrivait : « il ne faut pas oublier que la seule définition complète de l’art est dans le fait du passage du subjectif à l’objectif. Hier, au détour d’un chemin, j’ai vu un vrai Rodin. Une femme portant un gosse à cheval sur une épaule : c’était très beau. Le gosse était raide et vraiment à cheval…L’épaule qui portait, très large. Tout cela était rythmé et vraiment un peu dans l’avenir.
Je voudrais tout dire et je ne peux rien dans le papier. Des mots ne suffisent plus, ce ne sont plus que des mots, des dessins ou des sons. Parle-moi si tu as vu des nouveaux Van Gogh ou des Cézanne ou autre chose ? j’ai besoin maintenant d’un travail plus sincère, plus désintéressé que je ne l’ai jamais fait…Ecris-moi deux mots, n’importe quoi ! donne-moi des nouvelles de Chatou, même fausses !. »
Derain employait parfois dans sa conversation et dans ses lettres, des mots crus : mais si l’accent était rude, de tour direct, si le langage était coloré, ce qu’il exprimait relevait de la plus fine sensibilité ou soulignait la plus cruelle observation.
Les expressions parfois grossières étaient là, dites comme un mépris de la crasse indigente, un défi jeté à la bêtise et à l’ignorance. Si invraisemblable que cela puisse paraître, si nous avions certains points communs, la nature d’André Derain et la mienne s’opposaient. Mais si nos moyens de réalisation différaient, nos aspirations étaient qualitativement semblables :nous aspirions à un même idéal en empruntant des chemins différents.
Dés l’enfance, Derain avait été en classe. Ses facultés avaient été cultivées. Ses études au collège lui donnaient des certitudes et le différenciaient de moi. Je n’étais qu’une graine que le vent avait semée au hasard et qui s’accrochait à la terre où elle avait germé, croissant avec son seul instinct et en vue seulement des ses propres acquisitions.
Cependant, l’un comme l’autre, nous entendions refaire le monde à notre façon, à notre mesure. Nous y apportions la même hardiesse, le même enthousiasme. Avant d’avoir assemblé les matériaux d’un nouvel édifice, nous démolissions et nous nous placions sur un autre terrain avec l’espoir et parfois la certitude d’arriver à bâtir notre cathédrale.
Notre rencontre bouleversa les plans de ses parents. Il était appelé à faire une carrière d’ingénieur, tel était le désir de sa mère ! mais tel n’était pas le désir d’André Derain. Il devint artiste peintre.
En art, un goût sûr lui faisait distinguer le vrai du faux et rejeter l’artificiel et le banal. Le 13 août 1902, il m’écrivait : « il y a bientôt un an que nous avons vu Van Gogh et vraiment son souvenir me hante sans cesse…Je vois de plus en plus le sens véritable chez lui..Il y a bien aussi Cézanne. Grande puissance aussi ! mais à part la peinture de chevalet, il me semble que le but est dans la fresque. Michel-Ange, par exemple, comme sculpture, ses nus sont écrasants, sans but, ne-te semblent-ils pas idiots ou isolés ?
Une chose qui me tracasse, c’est le dessin. Je voudrais étudier des dessins de gosses. La vérité y est, sans doute. Mais il faut se faire une raison. Tout cela n’est plus de notre temps et il faut surtout être plus jeune que notre temps : c’est-à-dire plus vieux comme idées, surtout avoir les idées non seulement d’un futur jeune, mais plutôt d’un futur vieux… »
Et le 18 août 1902 :
« Oui, pour sûr, tu as bien raison, c’est idiot d’être mort lorsqu’on a vécu et c’est bien beau de mourir lorsqu’on ne peut plus vivre. C’est tout naturel d’être mort ou bien en vie lorsque l’on a jamais été.
Chacun pouvait bien écrire ou dire à l’autre qu’il se sentait à bout, qu’il était fou ! mais au fond de soi-même ni l’un ni l’autre ne se sentait vaincu ou las définitivement.
Tous deux, solidement charpentés, dotés d’une robuste constitution et d’un parfait équilibre physique, nous avions nettement conscience de tout ce qui pouvait être malsain, de tout ce qui pouvait altérer nos pensées et notre santé morale. Notre mise n’était certes pas élégante ni même soignée, mais nous n’inspirions ni commisération ni pitié.
Derain était doué d’un sens critique extrêmement développé. Il avait une façon personnelle de voir les êtres et les choses, d’approfondir les questions les plus simples et les plus ardues, mais les conclusions qu’il tirait de ses controverses philosophiques et artistiques arrivaient à le faire souvent douter de lui-même.
Après une réplique ambigüe, on pouvait voir dans l’œil de Derain , accompagnant ses derniers mots , une expression de moquerie et sur ses lèvres une petite moue d’indifférence. Il résolvait les problèmes les plus ardus et pénétrait dans le monde des idées avec un petit rire intérieur (…)
Sur l’écran passent et repassent les images du film…1900…Chatou…L’atelier où nous nous retrouvions…où l’on remisait, toiles, couleurs, chevalets…Le pont de Chatou…La Grenouillère…Le restaurant Fournaise…Les balades à pied sous un soleil brûlant ou dans la campagne couverte de neige.
Sans un sou dans la poche, nous explorions Paris, parcourant des kilomètres le long des berges de la Seine…Montmartre, l’atelier de la rue de Tourlaque où « les putains respectueuses » de la place Blanche et du Rat Mort venaient poser, celui de la rue Bonaparte où pendant des soirées entières nous parlions des peintres de la génération qui nous précédait, de ce que ces peintres avaient réalisé, des moyens qu’ils avaient employés et dans quel sens et vers quel but ils avaient dirigé leurs efforts. Manet, Renoir, Monet, Cézanne…Et le réalisme : Zola, les Goncourt…Les visites aux musées, au Louvre…Les Primitifs..La naissance du Cubisme. La mode dans l’invention dans la peinture, l’Art, l’intention de l’esprit, Picasso, Guillaume Apollinaire, « Dadaïsme », « Surréalisme »…
Foncièrement classique de nature, de sentiments et de goûts, André Derain acceptait difficilement de s’engager dans le chemin des écoliers que prenait alors la peinture.
Cette interprétation déshumanisée, ces rébus d’où la vie était exclue, le chaos dans lequel étaient plongées la nouvelle génération et la peinture, les nouvelles formules en « isme » le rendaient inquiet.
Il déserta les Salons et les Expositions, se retira à l’écart pour ne plus être d’avant-garde, acceptant de passer pour « ne plus être dans le coup ».
De tous les peintres de notre génération, je n’en connais aucun, sauf André Derain, qui eût été capable de bâtir, de mettre debout sans vulgarité, gaucherie et banalité, une composition comparable à celle de l’ « Atelier », ou à celle de « Un enterrement à Ornans », de Gustave Courbet.
Nos caractères et notre nature même s’opposaient. Etait-ce cela qui nous faisait nous rapprocher et discuter sans fin sur les mêmes sujets ? la Vie ? la Peinture ? la Peinture qui avait fait naître en nous une amitié qui dura de longues années. Des évènements surgirent.
La guerre et la vie firent naître des dissentiments et des heurts et creusèrent pendant plus de vingt ans un fossé profond entre nous. Mais chacun reconnut toujours en l’autre qualités et défauts, sans haine ni mépris.
J’ai revu André Derain deux mois avant sa mort dans une auberge où nous avons déjeuné ensemble. Derain a aimé la vie en égoïste raffiné, il a aimé la bonne chère, le bon vin et les femmes…Sa conversation était empreinte d’un humour singulier.
Je retrouvais malgré les ans qui avaient mûri son visage et alourdi son corps le Derain que je connaissais bien.
Pendant qu’il me parlait, je revoyais les toiles qu’il avait peintes à différentes époques. Le goût sûr et raffiné, l’intelligence de son dessin, l’équilibre et l’ordonnance des formes, le choix et la sobriété des tons et de la couleur qui se trouvent dans son œuvre contribuent à faire de Derain un peintre…Un Grand Peintre.
Avant de nous quitter, nous nous serrâmes la main :
- « j’irai te voir, me dit-il. Nous avons tellement de choses à nous raconter et à mettre au point !
Avec André Derain disparaît un des piliers de la Peinture française contemporaine.
VLAMINCK "
Source : transcription du journal "Arts" du 22 septembre 1954, collection de l'auteur

30/01/2014
DIMANCHE 26 JANVIER 2014 : ASSEMBLEE GENERALE DE L'AMICALE DES 27 FUSILLES ET RESISTANTS

L’Amicale des 27 Résistants, Fusillés et FFI de Chatou tenait son assemblée générale dimanche 26 janvier 2014 salle des Champs Roger. Une assemblée importante en raison des débats sur la commémoration des 70 ans de la Libération de Chatou fin 2014.
Etaient présents des membres des familles des 27 Martyrs mais aussi monsieur le sénateur Gournac, membre de la Commission des Forces Armées au Sénat, qui lui-même a eu à coeur de maintenir sa participation à l'assemblée malgré la refonte de ses engagements dans la vie publique ainsi qu'arrivés en fin de réunion, Monsieur le Maire de Chatou et Monsieur Faur, délégué aux Anciens Combattants. Monsieur Jean-Claude Issenschmitt, président de la section locale du Souvenir Français, participait également. Monsieur Gournac a rappelé qu'un membre des 27 était originaire du Pecq, en l'occurrence Jean Ramain, habitant du 11 rue des Prairies, tué à 22 ans comme ses autres camarades, mutilé et enterré dans la fosse de la Pièce d'Eau.
Le président Alain Hamet, à la suite d'une requête communément formulée notamment par Chatou Notre Ville depuis plusieurs années, a demandé à monsieur le maire de Chatou ne plus programmer le même jour le Forum des associations et la cérémonie de la Libération. La proposition principale étant de mettre le forum des associations le samedi et la commémoration le dimanche. Ceci afin de dégager les associations, élément actif de notre ville au titre de l'intérêt général, pour la commémoration de la Libération.
Le président Hamet a formulé la demande d'une représentation armée lors de la commémoration à Chatou. Monsieur Hamet a également indiqué qu'il animerait une conférence du Club de la Boucle sur l'histoire des 27 Martyrs en février 2014.Un échange a eu lieu convenant d'une réédition du livret original de 1947 sur les 27 Martyrs, aujourd'hui presque introuvable, réédition que Monsieur Issenschmitt pour le Souvenir Français compte prendre en charge, livret complet mais comportant des clichés pénibles pour un public jeune selon les adhérents (cf ci-dessous, extrait du livret, collection de l'auteur).

Madame Claire Salvy a soulevé l'opportunité d'une organisation avec la commémoration le dimanche de la 2ème D.B. du général Leclerc. Des éléments de cette division auraient traversé Chatou par l'avenue Foch en provenance de Saint-Germain-en-Laye selon un cliché communiqué à l'Amicale par l'auteur de ces lignes en provenance du fonds Jacques Catinat qui lui a été légué. La 2ème D.B. est annoncée comme ayant traversé Chatou le 26 août 1944 par les notes de combat du groupe de F.F.I. du Front National (Résistance communiste) dans le livret des 27 Martyrs.

Monsieur Gournac, maire du Pecq pendant 22 ans, a profité de l'occasion pour évoquer les recherches qu'il a fait faire en Angleterre sur le bombardement du 3 mars 1942 sur la ville du Pecq, lequel a entraîné la mort d'une quarantaine d'habitants, suscitant une certaine incompréhension. Ce bombardement que Monsieur Gournac a toujours commémoré était considéré jusqu'ici comme une erreur géographique. En réalité, les archives anglaises ont démontré qu'il s'agissait d'atteindre un dignitaire nazi habitant sur la côte de Saint-Germain-en-Laye, ce qui, évidemment, ne s'est pas produit, au détriment de la ville du Pecq. *
L'affaire des 27 Martyrs de Chatou, l'un des deux massacres en Ile-de-France perpétré en 1944, commence à être de nouveau connue du public. L'association lui a consacré notamment une partie de son coffret audio "Les Voix de la Guerre 1939-1945" réalisé avec l'Amicale réunissant voix officielles et témoignages d'habitants, la transmission de la mémoire rencontrant de plus en plus de difficultés malgré les moyens techniques actuels.

Le coffret « Les Voix de la Guerre », œuvre inédite dans une commune française, avait été présenté publiquement le 10 décembre 2011 à Chatou salle Jean Françaix sous le parrainage de Mademoiselle Brigitte Auber, actrice d’Alfred Hitchcock, en présence notamment de monsieur le sénateur Alain Gournac.
Par ailleurs, indiquons qu'un nouveau coffret audio est en passe d'être achevé par l'association Chatou Notre Ville, "LES VOIX DE L'APRES-GUERRE VOLUME 1 1946-1947" dont la réalisation a été de nouveau conduite par José Sourillan, ancien directeur des archives de RTL et Arnaud Muller, vice-président de l'association. La richesse des enregistrements, lesquels touchent à différents aspects de la vie politique, industrielle et artistique, justifiera une présentation officielle. Tous les témoignages recueillis n'y figurent pas en raison de la chronologie suivie dans cette œuvre extrêmement laborieuse pour les réalisateurs. Une première partie importante sur l'Indochine y figure cependant.
Enfin, la Libération de Chatou a inspiré le roman d'un auteur de Chatou, Madame Tanya Leroy, dont l'ouvrage doit être présenté le 1er février 2014 à la Librairie Presse et Loisirs avenue Guy de Maupassant.

* selon nos recherches aux archives départementales, le bombardement du 3 mars 1942 a également tué un croissillon, Monsieur André HIERNARD né le 7 novembre 1918, mort de ses blessures le 7 mars, un registre de la préfecture le mentionnant (d'après un écrit du service, l'usine de verrerie PARA MANTOIS de Croissy était visée):


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