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24/09/2016

LE SUPERBUS PATHE-MARCONI : UNE NOUVELLE VIE POUR L'AMBASSADEUR

Quarante ans jour pour jour après le décès de l'emblématique président de Pathé-Marconi, Pierre Bourgeois (1949-1959), nous vous proposons cet article de Monsieur Emmanuel Jourquin Bourgeois, son petit-fils :

"Il y a 2 ans déjà, Pierre Arrivetz avait la gentillesse de publier sur le site passionnant de l'Association Chatou Notre Ville, un article sur le Superbus Pathé-Marconi, étendard publicitaire de la Major du disque dans les années 1950. Il n’est pas besoin de rappeler que Pierre, outre son implication dans la conservation du patrimoine industriel de Chatou, est sans doute aucun l’un des meilleurs connaisseurs de l’histoire de Pathé-Marconi, entreprise fondée en décembre 1936.

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Cliché pour l'Inventaire Général de l'usine Pathé-Marconi - JM Vial - 1985 

Nos échanges réguliers me confortent à chaque fois dans le fait que le site Art déco de l’avenue Emile Pathé, aujourd’hui détruit au bénéfice de la promotion immobilière, demeure et demeurera dans la mémoire collective, l’un des hauts et des plus beaux lieux de l’industrie musicale française.

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Dessin provisoire du Superbus Pathé-Marconi signé par Philippe Charbonneaux, 1951 © Coll. EJB 

Du temps de son président Pierre Bourgeois (N1), l’après-guerre vit ainsi l’usine des Industries Musicales et Electriques Pathé-Marconi, produire les 78 tours en gomme-laque, les microsillons 45 et 33 tours en vinyle, puis les disques stéréo des plus grands artistes français et étrangers. En 1957, 54 000 disques étaient produits quotidiennement à Chatou.

 

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Pathé-Marconi - catalogue 1956 - "le répertoire le plus prestigieux du monde" © Coll. Pierre Arrivetz

 

Qui pourrait oublier les noms des prestigieux labels de Pathé-Marconi ? Capitol, Columbia, La Voix de son Maître, Metro-Goldwyn-Mayer, Odéon, Pathé, Parlophone : autant de marques de l’entreprise dont les noms résonnent encore aujourd’hui aux oreilles de chacun, autant de labels rappelant les visages et les voix d’Edith Piaf, de Charles Trenet, Luis Mariano, Tino Rossi, Maurice Chevalier, Bourvil, Yves Montand, les Compagnons de la chanson, Jean Cocteau, Gilbert Bécaud, Frank Sinatra, ou la diva Maria Callas.

Pathé-Marconi, fut également dans les années 1950, l’un des premiers fabricants européens de platines tourne-disques, de matériel radio et de téléviseurs, sous les marques Marconi ou La Voix de son Maître.

 

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De 1953 à 1959, le Superbus Pathé-Marconi accompagne la Caravane du Tour de France. L’imposant véhicule est ici représenté au côté des fourgonnettes Citroën 2CV type AZU modèle 1957, utilisées par l’entreprise pour le transport des téléviseurs La Voix de son Maître, au départ de l’immeuble parisien d’Asnières vers les points de vente des revendeurs de la marque © Coll. EJB 

Cette année 2016 marque un tournant majeur dans l’existence du Superbus bleu, dont rappelons-le, Pierre Bourgeois est à l’origine de la commande en 1950.

Après avoir été conservé pendant 15 ans au musée automobile Charbonneaux à Reims, le Super-Car tel qu’appelé sur les cartons d’inauguration Pathé-Marconi en 1953 et familièrement baptisé « l’Ambassadeur » en interne, vient le vendredi 27 mai 2016, de rejoindre la Cité de l’Automobile de Mulhouse.

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Le Superbus Pathé-Marconi à la Cité du Train, juin 2016 © Thierry Gachon pour L’Alsace

Trop long pour être abrité sous les hangars du musée automobile, le Superbus du Tour de France fut exposé une semaine dans la cour intérieure de la Cité de l’Auto, avant de rejoindre la Cité du Train pour côtoyer les locomotives anciennes ou les premiers TGV.

En effet, le véhicule de 14,30 mètres et la vingtaine de voitures exceptionnelles offertes par Hervé Charbonneaux (N2), fils du designer Philippe Charbonneaux, enrichissent maintenant les collections du musée national de la Cité de l'Automobile, sous l’œil attentif du conservateur-en-chef Richard Keller.

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Carton d’invitation pour l’inauguration du Super-Car, adressé par P. Bourgeois, président de Pathé-Marconi, à Ph. Charbonneaux, designer du véhicule, oct. 1953 © Coll. EJB 

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Le tracteur Pathé-Marconi avant sa restauration complète à Reims en 1990... Un moteur de marque UNIC est choisi pour remplacer le Panhard hors d’usage© Coll. Charbonneaux 

En plus du Superbus, Pathé-Marconi confia le dessin d’un autre véhicule au brillant designer : une Peugeot 203 break également carrossée par Antem et destinée à annoncer des événements au public pendant le Tour de France.

La Major possédait une douzaine de 203. Seule l’une d’entre elles fut modifiée par Charbonneaux en 1951. La partie arrière du break, complètement revue et apurée, abandonnait les galbes de la voiture de série au profit d’une ligne taillée à la serpe, donnant un aspect futuriste à ce véhicule déjà ancien à l’époque dans la gamme du constructeur.

Le système de sonorisation prit place dans le coffre spécialement aménagé, les haut-parleurs furent intégrés sur le toit dans un carénage représentant un réacteur d’avion.

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Peugeot 203 break avec haut-parleurs sur le toit dans un carénage type réacteur d’avion, carrossée par Jean Antem sur un dessin de Philippe Charbonneaux. La ligne de fuite du hayon arrière est typique des créations de Charbonneaux © Hervé Charbonneaux / Cité de l’Automobile de Mulhouse 

A cette période, un autre véhicule publicitaire unique et pour le moins original défendit les couleurs des Industries Musicales et Electriques Pathé-Marconi : une Chevrolet Bel Air modèle 1957. Celle-ci, propriété d’un dirigeant de la firme qui souhaitait s’en défaire, fut cédée au service publicité Pathé-Marconi. En parfait état de marche, la Sedan américaine confiée à Philippe Charbonneaux hérita de haut-parleurs sur le pavillon, cachés dans deux carénages type avion.

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Chevrolet Bel Air 1957, anciennement propriété d’un dirigeant de la firme. La sonorisation sur le toit est intégrée dans un carénage type avion, d’après un dessin de Ph. Charbonneaux © DR

Ainsi, les Chevrolet Bel Air et Peugeot 203 accompagnèrent la Caravane du Tour de France aux côtés du Superbus bleu et ce, jusqu’à la vente de ce dernier au journal Le Provençal en avril 1959.

Enfin, souvenons-nous, qu’une unique et imposante maquette en bois au 1/10e du Super-Car fut commandée par Pathé-Marconi. La reproduction fut exposée à Paris en 1952 au siège de la société du 30 boulevard des Italiens, au Palais de la Radio et du Disque. A ce jour, nul ne sait ce qu’elle est devenue (ci-dessous).

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Malgré la disparition de la marque, Pathé-Marconi conserve une image forte auprès du public. Synonyme de haute technicité, de réussite industrielle, de diffuseur incontournable de la musique enregistrée, les Industries Musicales et Electriques Pathé-Marconi ont toujours inspiré les fabricants de miniatures, répondant à la demande croissante des amateurs et collectionneurs de véhicules publicitaires.

Le Superbus a été en mars 2016, commercialisé par les éditions Hachette en collaboration avec Auto Plus. Le modèle au 1/43e avec son fascicule n° 1, annonce la collection hors série des véhicules publicitaires « les trente glorieuses de la réclame » et est d’ores et déjà considéré comme un objet de collection. La précision des détails et la qualité de la réalisation sont excellentes. L’échelle est parfaitement respectée.

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Superbus Pathé-Marconi reproduit par Hachette - don de l'auteur à P.Arrivetz 

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La miniature fabriquée par IXO, marque du groupe PCT, rencontra un tel succès dès sa sortie qu’elle fut rapidement épuisée. Seconde création Charbonneaux pour Pathé-Marconi, la Peugeot 203 break fut aussi reproduite à la même échelle, cette fois en toute petite série sur base Eligor et un temps distribuée par Momaco.

Trois autres véhicules au moins portant les couleurs de Pathé-Marconi furent reproduits au 1/43e : la camionnette d’intervention 2CV type AZU 1957 sur base Norev, parue avec le fascicule n° 55 de décembre 2005 dans la collection « Citroën 2CV » éditée par Hachette ; la 2CV berline type AZLP 1958 fabriquée par Vitesse, marque historique d’IXO créée par Bernard Peres dans les années 1980 ; la Renault 4CV commerciale 1961 sur base Eligor, disponible sur commande spéciale.

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2CV Pathé-Marconi AZU reproduite par Hachette - P.Arrivetz

En revanche, ni la Chevrolet Bel Air, ni les fourgons Chenard & Walcker, Peugeot D3 ou Citroën H1 utilisés pour le transport de gros matériel, n’ont été encore reproduits. On peut souhaiter que ces miniatures soient un jour éditées ou rééditées et diffusées largement, perpétuant un peu la mémoire d’une entreprise mythique de l’industrie musicale française.

L’Ambassadeur, c’est sûr, profite aujourd’hui d’une retraite dorée. On peut croire sans hésitation qu’après 30 ans de services divers et sans faille, de la musique au cirque en passant par la presse, ce Superbus, témoin d’une époque de faste, de reconstruction, d’insouciance, fait maintenant l’objet à Mulhouse de tous les soins et attentions qu'il mérite."

 

Emmanuel Jourquin-Bourgeois

 

Remerciements à Sylviane Mouton-Plisson, Branch Manager chez PCT Europe, Hervé Charbonneaux, président de Rallystory, Pierre Arrivetz, président de Chatou Notre Ville et membre du Conseil municipal de Chatou, pour m’avoir ouvert leurs archives, apporté des précisions, marqué leur intérêt.

 

Caractéristiques techniques d’après carte grise du véhicule

Genre : Tracteur

Marque : Panhard et Levassor

Type : K185 transformé

N° de série : 742088

Carrosserie : Tracteur

Puissance : 18 CV

Nombre de places assises : 2

Poids total autorisé en charge : 9 T 400

Poids à vide : 5 T 600

Poids total roulant autorisé : 15 T

Notes

(N1) Pierre Bourgeois (1904-1976) : imprésario et directeur artistique, notamment d’Edith Piaf chez Polydor (1934-1941), directeur puis président de Pathé-Marconi (1946-1959), producteur de musique et de télévision (1960-1972).

(N2) Hervé Charbonneaux (né en août 1950) : ancien expert en automobiles et pilote de rallyes, président-fondateur en 1987 de Rallystory, entreprise spécialisée dans l’organisation de rallyes automobiles.

Repères chronologiques

1936 : 12 décembre. Fondation des « Industries Musicales et Electriques Pathé-Marconi, Compagnie Générale des Machines Parlantes Pathé frères et Compagnie Française du Gramophone réunies », ayant le statut de filiale française associée de la Major britannique Electrical and Musical Industries (EMI).

1950 : Pierre Bourgeois, président de Pathé-Marconi, passe commande d’un véhicule exceptionnel destiné à assurer la promotion de la firme.

1951 : Philippe Charbonneaux (1917-1998), designer français connu pour ses travaux sur Delahaye, General Motors et père de la R16, assisté de Paul Bracq, futur patron du design de Mercedes, BMW puis Peugeot, dessinent le véhicule. Le camion, équipé d’un moteur Panhard IE 45 HL, est construit par le carrossier Jean Antem. La remorque, fabriquée et aménagée par Fruehauf, provient de chez Titan.

1952 : Le Super-Car Panhard & Levassor est livré à Pathé-Marconi. Le camion publicitaire est immatriculé à Paris le 13 mai sous le numéro 2823 BE 75.

1953 : Le vendredi 23 octobre à 17h30, l’Ambassadeur est inauguré par Pierre Bourgeois au restaurant Ledoyen, au Carré des Champs-Elysées.

1953-1959 : Le Panhard bleu accompagne la Caravane du Tour de France. A chaque ville-étape, les artistes Pathé-Marconi dont les Compagnons de la chanson ou Edith Piaf, se produisent sur la scène du camion-remorque. Europe 1, présidé par Louis Merlin, retransmet les extraits de ces spectacles dans ses Musicorama. Contrairement à la légende, il semble que Johnny Hallyday alors chez Vogue, n’ait jamais chanté sur la scène de l’Ambassadeur. De même, une interrogation demeure concernant Dario Moreno qui lui, enregistrait chez Philips.

1955 : Le Superbus Pathé-Marconi remporte le grand prix d'honneur du concours de « la publicité qui roule ».

1959 : Le journal Le Provençal acquiert le véhicule-remorque. La préfecture des Bouches-du-Rhône le ré-immatricule le 21 avril sous le numéro 9610 BG 13. En juin, Pierre Bourgeois quitte la direction de Pathé-Marconi.

1970 : Le cirque Gulliver achète à son tour le Superbus. La remorque repeinte en jaune à l’enseigne du cirque est tirée par un tracteur agricole rouge.

1974 : Philippe Charbonneaux rachète l’ensemble complet tracteur Panhard + remorque Titan au Cirque Gulliver.

1976 : Décès de Pierre Bourgeois.

1990 : Le Superbus rejoint les ateliers d’un carrossier de la Marne pour une restauration complète. A cette occasion, un moteur UNIC remplace le Panhard hors d’usage. Les 12 lettres métalliques et le trait d’union rivetés identifiant le logo de l’entreprise, sont remplacés par un lettrage peint directement sur la carrosserie. Repeint dans sa couleur bleue d’origine, le Superbus rejoint le musée automobile Charbonneaux à Reims. Pathé-Marconi devient EMI France, abandonnant toute référence à son nom historique.

1998 : Décès de Philippe Charbonneaux

2007 : Hervé Charbonneaux hérite la collection automobile de son père. 

2015 : La donation de la collection Charbonneaux à la Cité de l’Automobile de Mulhouse est signée. 

2016 :

3 au 7 février. L’Ambassadeur est exposé au salon Rétromobile de la porte de Versailles. Hervé Charbonneaux y rencontre Patrice Depeauw, transporteur et amoureux de mécanique. Les 2 hommes se mettent d’accord pour une restauration de l’engin. La révision en profondeur est assurée par Patrice et Bertrand, fidèle mécanicien de l’entreprise.

Mars : Hachette en collaboration avec Auto Plus commercialise le Superbus au 1/43e dans la collection véhicules publicitaires « les trente glorieuses de la réclame ».

Mai : Le 27 du mois, le Superbus bleu est transporté sur remorque à destination de Mulhouse.  Il est aujourd’hui conservé à la Cité du Train.

Bibliographie

Du dessin au design : Philippe Charbonneaux, de Hervé Charbonneaux, éditions Avant-Propos, Waterloo, Belgique, 2015. ISBN 978-2390000181 (photos du Superbus p.88 à 91 et 97).

Pub qui roule, de Fabien Sabatès et Dominique Pagneux, éditions Rétroviseur, 1995. ISBN 978-2840780090 (photos du Superbus en couverture et p.76).

Autoretro n° 109, sept. 1989 (photo de la maquette au 1/10e p.46, avec un article sur le designer Philippe Charbonneaux).

A lire aussi

Chatou, une page de gloire dans l’industrie, de Pierre Arrivetz, éditions Chatou Notre Ville, 2012.

Le Superbus Pathé-Marconi, par E. Jourquin-Bourgeois, site de Chatou Notre Ville, déc.2014 http://chatounotreville.hautetfort.com/archive/2014/12/23..."

 

08/04/2015

DISCOURS DE M.PIERRE BOURGEOIS PDG DE PATHE-MARCONI, A SA PRISE DE FONCTION

 

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Pierre Bourgeois, président de Pathé-Marconi de 1949 à 1959

 

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Emile Pathé, fondateur avec son frère Charles de la Compagnie Générale des Phonographes, Cinémas et Appareils de Précision en 1898, président de la Compagnie Générale des Machines Parlantes de 1919 à 1936, puis de Pathé-Marconi de  1936 à sa mort en 1937

  

Monsieur Pierre Bourgeois est devenu président de Pathé-Marconi de 1949 à 1959. A l'occasion de sa prise de fonction, il rendit un hommage au fondateur de l'industrie phonographique française et des industries de Chatou, dans un discours que son petit-fils, Monsieur Emmanuel Bourgeois, a bien voulu nous communiquer :

Monsieur Emile Pathé est né à Paris le 10 février 1860 et il est décédé à Pau le 3 avril 1937.

Il est un exemple de ce que peut réaliser un homme d'origine modeste, n'ayant reçu qu'une instruction élémentaire, lorsqu'à une belle intelligence se joignent une grande puissance de travail, une volonté ferme, une persévérance que les insuccès et les déboires ne peuvent entamer; une imagination vive toujours en éveil.

Ce n'est qu'en 1894 qu'il trouve la voie qui doit le conduire au succès en s'intéressant avec son frère Charles au Phonographe, conçu théoriquement par Charles Cros et réalisé pratiquement par Thomas Edison.

Dans un modeste local, à Vincennes, avec de très petits moyens, les deux frères arrivèrent à fabriquer des cylindres de cire et à les enregistrer.

A ce moment, le Cinéma faisait son apparition; les deux frères Pathé, avec la même intuition, qui peut paraître toute simple aujourd'hui mais qui était extraordinaire il y a cinquante ans, pressentent comme pour le Phonographe, l'avenir du Cinéma et ils s'y intéressent également. Dès lors, ils se partagent la besogne; Charles s'occupe exclusivement du Cinéma; Emile se voue corps et âme, avec une ardeur qui ne s'est jamais démentie, au Phonographe.

Les deux frères avaient formé entre eux une petite société en 1896. Des capitalistes, vivement frappés des résultats qu'ils avaient obtenus, leur conseillèrent de créer une société plus importante qui mettrait à leur disposition les capitaux leur permettant de poursuivre et de développer leurs travaux. C'est ainsi que prit naissance la Cie des Phonographes, Cinématographes et Appareils de Précision 98, rue de Richelieu, qui devint la Compagnie Générale des Etablissements Pathé-Frère (Phonographe & Cinématographe) 30 Boulevard des Italiens.

Revenons à l'œuvre d'Emile Pathé.

En 1897, pour répondre aux demandes sans cesse accrues des amateurs de Phonographe, il devint nécessaire de créer une usine. Elle fut construite à Chatou où elle occupe actuellement une superficie de 22.400 mètres carrés, + 26.500 m² occupés.

Du point de vue technique, le labeur d'Emile Pathé et de ses collaborateurs fut immense: tout était à  créer et l'on peut se rendre compte des difficultés à vaincre si l'on songe qu'il s'agit de construire par centaines de mille un matériel dont la précision est du centième de millimètre et qui doit être assez robuste et assez simple pour être employé par tout le monde.

Les jours d'Emile Pathé se passent à solutionner les problèmes qui se présentent chaque jour: construction ou fabrication; machines à enregistrer, cylindres en cire ou cires plates, galvanoplastie, matière à disques, presses, machines à reproduire (ce ne sont là que des têtes de chapitre) furent mises au point, perfectionnés d'une manière continue pendant cinquante ans.

L'activité d'Emile Pathé ne se borne pas à ces travaux, en voici quelques autres manifestations - pas toutes. Il donne un essor commercial considérable à la société; des succursales sont installées dans de nombreux pays portant très haut la renommée des produits français. Il s'occupe du nouveau droit qui se crée, par suite du développement du disque entre les auteurs, les éditeurs et l'industrie, question complexe, difficile, toujours en voie d'évolution en 1949.

Il est le premier à penser aux services que peut rendre la machine parlante aux écoles, à la propagation et à l'étude des langues vivantes, à la science pure, à la philologie: le Musée de la Parole de l'Université de Paris lui a d'ailleurs rendu justice en donnant le nom d'Emile Pathé à l'une de ses salles.

Le nom du Phonographe Pathé, du Pathéphone, grandit de plus en plus; les plus hautes récompenses lui sont décernées aux Expositions Françaises et Etrangères. Monsieur Emile Pathé est fait Chevalier de la Légion d'Honneur, puis Officier.

En 1919, le Phonographe se sépare complètement du Cinéma et ses activités se développèrent sous la raison sociale Compagnie Générale des Machines Parlantes Pathé-Frères, siège social: 30 Boulevard des Italiens.

En 1936, elle a absorbé la Compagnie Française du Gramophone (La Voix de son Maître, Columbia) et sa raison sociale est devenue Les Industries Musicales et Electriques Pathé-Marconi. Monsieur Emile Pathé en a été le Président du Conseil  d'Administration jusqu'à son dernier jour.

Ceci n'est que le bref résumé de toute une vie de travail et d'honneur. Tous ceux qui ont eu le privilège de vivre près de Monsieur Emile Pathé n'oublieront jamais la sûreté de son commerce, la délicatesse de son amitié, sa grande bonté.

Pierre Bourgeois

Président-directeur général

 

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Une pochette de disque 78 tours des années trente - collection Pierre Arrivetz

 

 Pour en savoir plus :

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En commande à chatounotreville@orange.fr ou directement par carte bleue dans la colonne de gauche du blog : "Editions historiques - commander"

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16/06/2014

QUAND LE GAUMONT-PALACE ECLAIRAIT LES ARTS DECORATIFS (1931)

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Le décorateur catovien Georges Rémon (1889-1963), habitant du 61 avenue Foch, a animé la chronique des Arts Décoratifs pendant l'entre-deux-guerres, en particulier dans la revue "Mobilier et Décoration" dont il fut l'un des rédacteurs jusqu'en 1932.

Le sujet que nous reproduisons après recherches à la bibliothèque Forney est un thème flatteur pour l'industrie du cinéma mais aussi un témoin disparu de son passé glorieux : le Gaumont Palace autrefois situé 1 rue Caulaincourt dans le 18ème arrondissement de Paris.

Acheté et rénové par Gaumont en 1911 qui en fit l'une des plus grandes salles de spectacle et son siège social, il fut transformé en salle Art Déco de 5.000 places en 1931 par la firme.  Vendu en 1973 pour des questions de rentabilité et par ailleurs non protégé, il fut entièrement rasé. 

Mais laissons le catovien George Rémon évoquer cette oeuvre qui vint soutenir l'Art Français.

"J’ai, sous les yeux, l’excellente description publiée par la société Gaumont sur les transformations subies par le Palace du boulevard de Clichy, devenu, par l’ampleur de ses proportions, par le nombre de places qu’il contient et, plus encore, par l’importance des aménagements techniques et scientifiques qui y ont été introduits, le plus magnifique et le plus moderne de nos cinémas.

On a bien raison d’y évoquer l’historique de cette grandiose salle de spectacle depuis l’Hippodrome, la piste gigantesque en forme d’ellipse où évoluaient, sous le règne de Bostock, des multitudes de personnages et d’animaux dans un décor qu’on voulait le plus fastueux possible.

C’est en effet un chapitre que Paul Morand devrait ajouter à cette piquante chronique rétrospective intitulée par lui : 1900. Le stade original fut ensuite scindé en deux lorsque la société Gaumont transforma il y a une dizaine d’années le cirque aux destins éphémères en une salle de spectacle cinématographique. Simple adaptation qui laissait subsister toutes les caractéristiques de l’ancienne construction et qui ne correspondait pas aux progrès étonnants  accomplis par le cinéma dans ses multiples avatars.

La société Gaumont décida de réaliser une synthèse imposante des problèmes qui se posent désormais aux fabricants de spectacles et en matière de ventilation, d’hygiène et de confort, de technique du son, de l’éclairage, en matière de visibilité, en soumettant d’une manière aussi rigoureuse que possible le parti décoratif aux lois de la nécessité.

L’entreprise en fut confiée à Monsieur Henri Belloc, qui venait d’édifier le Palais Rochechouart avec un sens extrêmement averti des difficultés du problème.

La place ne nous permet pas d’examiner dans le détail tous les points qui ont été abordés au Gaumont-Palace et résolus. Mais du moins indiquerons-nous les données que nous tenons pour tout à fait essentielles.

Nous n’aurons pas à insister autrement sur la façade qui masque fort opportunément l’ancienne et lui substitue un ensemble ordonné avec beaucoup de simplicité. C’est moins une façade qu’un grand frontispice, une page magistrale d’architecture publicitaire, une immense enseigne lumineuse répondant entièrement à sa destination.

La lumière irradie par et à travers la marquise pourtournant le vaste édifice ; elle jaillit des grandes baies, elle ruisselle en cascade des gradins qui couronnent le tout.

 

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Si l’on pénètre dans le hall, on est d’emblée frappé de ses harmonieuses proportions. Le plafond éclairant affecte une forme originale, un dessin dont le mouvement curviligne inusité accentue la grandeur.

Les tonalités ont été choisies avec goût, les revêtements en marbre, le sol en rose, les portes et les rampes en métal chromé composent un ensemble d’où toute surcharge est exclue et qui a fort belle allure.

 

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La salle, immense vaisseau, accusera, du reste, ce caractère de parfaite unité, mais les proportions en sont si heureuses que l’impression grandiose qui s’en dégage n’apparaît point énorme ou monstrueuse. Tout y est motivé, tout y est à sa place, tout y parle un langage discret et sobre.

 

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L’ancienne salle se trouvait en réalité à la hauteur d’un étage. Monsieur Belloc a ramené la nouvelle salle au rez-de-chaussée et logé en sous-sol divers services.

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L’écran a été reporté assez loin en arrière de l’ancien écran. Mais il fallait respecter à la lettre les prescriptions impérieuses de la préfecture de police. Aussi bien était-il devenu nécessaire de modifier la largeur des couloirs de dégagement et des galeries et d’autre part d’assurer entre les rangées de fauteuils les intervalles réglementaires. On remarque au plafond dont la voûte domine une courbe très aplatie, une succession de nervures transversales. Elles jouent le rôle d’amortisseur de son. L’acoustique a fait l’objet d’études remarquables. L’avènement du film sonore et parlant  a rendu le problème acoustique singulièrement complexe et épineux et on louera Monsieur Belloc et la compagnie Radio-Cinéma dont les savantes observations ont  été couronnées de succès.

 

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L'escalier menant à la salle surplombé par le plafond lumineux du hall

 

La résistance aux réverbérations sonores est assurée par le choix judicieux de matériaux. Les parois des murs sont revêtues d’un feutre peint à une seule couche au pistolet d’un effet très heureux.

Notons encore la forme du sol en cuvette pour permettre de voir la scène de toutes les places. L’architecte a construit deux galeries, la seconde en retrait sur la première.

On remarquera le dessous du balcon réalisé au moyen de gorges en staff et contenant des dispositifs  prévus au point de vue de l’acoustique, de l’éclairage et de la ventilation.

 

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Les fauteuils sont garnis de rouge, armés d’un bâti métallique. Les soubassements en matière incombustible, imitent les frisures d’un bois très foncé. La scène qui compte prés de 15 mètres de hauteur sur 22 de large, est flanquée de deux grands pylones contenant les escaliers d’accès aux chambres des orgues dont on aperçoit les abat-sons éclairés par réflexion.

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Le rideau est en velours rouge, du même ton que les fauteuils. L’ensemble est remarquablement majestueux et impose au spectateur une impression d’intimité et de concentration vraiment subjuguante. A l’entr'acte, on visitera les salons de thé. Le bar, le foyer de la corbeille, les galeries promenoirs, on remarquera dans celle du premier une suite de fresques réalisées au pistolet sur un fond d’argent patiné par un décorateur de talent, Monsieur Gaston André.

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Mais pour avoir une idée complète du splendide travail accompli au Gaumont-Palace, lequel prétend à être le plus grand grandiose « Palais du son et des images vivantes »  connu, il est indispensable de se rendre compte de la nature, de la variété et de l’importance de toutes les installations nécessitées par l’équipement technique électro-technique.

Et n’ayons garde d’omettre que la scène est organisée en prévision de toutes les manifestations spectaculaires possibles, y compris le théâtre, la musique et la danse, et que derrière la scène ont été aménagées les loges d’artistes et les divers services avec ce luxe de confort et de commodité que l’architecte a pu et su apporter dans les moindres parties du prestigieux ensemble qu’il avait à réaliser."

 

Georges Rémon

Mobilier et Décoration - 1931 

                                                                  

Source :

Bibliothèque Forney - Ville de Paris

 

 

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Locomotive SNCF P241 (1948-1952), emblème de l'association

 

 

06/03/2014

LES ARTS DECORATIFS A L'EPOQUE DE L'USINE PATHE (1929)

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Fade de l'usine Pathé-Marconi en 1998 rue Emile Pathé à Chatou 
 
Chatou
 Berceau de l'industrie phonographique française (1898)
Berceau du microsillon en Europe (1951) 
 
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photo ADAGP - J-B.Vialles - répertoire Inventaire Général pour l'Ile-de-France
 
 
 
 
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Extrait du plan de l'usine de 1929 des architectes londoniens Wallis, Gilbert et Partners : la porte d'entrée (à droite) était prévue avec des motifs décoratifs. Les plans sont signés de la Compagnie Française du Gramophone, filiale française de la compagnie anglaise Gramophone, plus connue sous le sigle "La Voix de Son Maître", l'une des trois sociétés phares formant le consortium de production phonographique à Chatou avec Columbia et Pathé, en fait la Compagnie des Machines Parlantes d'Emile Pathé. La réunion de l'ensemble prendra le nom d'Industries Musicales et Electriques (I.M.E.)Pathé-Marconi en 1936. Aprés-guerre, la production phonographique aux usines de Chatou couvrira un trust mondial des marques Pathé, Columbia, La Voix de Son Maître, Swing, Odéon, Cetrasoria, Pathé-Vox, Metro-Goldwyn-Mayer (musiques de films), Capitol, ce dernier fleuron de l'édition phonographique américaine étant racheté par EMI.
 
 
 
 
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 Couverture du catalogue de microsillons 1959
collection Pierre Arrivetz
 
 
 
 
L'association Chatou Notre Ville a mené deux grands combats dans son existence depuis 15 ans : la sauvegarde de la Foire à la Brocante et aux Jambons dans l'Ile de Chatou menacée par un projet public de complexe hôtelier en 1994, combat réussi au terme de 4000 signatures, le combat pour une préservation partielle de l'usine Art Déco Pathé-Marconi de 1999 à 2004, combat, qui, malgré les pétitions les plus prestigieuses, a vu le triomphe, avec le soutien avancé des pouvoirs publics locaux, de la spéculation la plus banale et la table rase du berceau du microsillon qu'était l'usine. Celle-ci avait été construite de 1929 à 1931 sur les plans des architectes Art Déco anglais les plus célèbres, Wallis, Gilbert et Partners. La présente rubrique présente des architectures et aménagements intèrieurs Art Déco contemporains de l'usine Pathé, laquelle aurait pu abriter un certain nombre d'équipements publics de la commune (médiathèque, conservatoire, salle de spectacle et de cinéma ...).
 
 
 
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Dessin de Raymond Gid pour les costumes de l'un des 45 tableaux
de la revue du Casino de Paris "Paris qui brille" de novembre 1931:
"La Folie des Disques" avec Mistinguett,
grande vedette de la Compagnie des Machines Parlantes
 
 
 
 
Rappelons aussi que la société Pathé,   branche cinématographique indépendante d'EMI (cette dernière société avait mis en vente l'usine), avait proposé d'apporter son aide documentaire et matèrielle en suggérant la réalisation d'un musée des industries cinématographiques et musicales dans le cas où les collectivités publiques auraient entrepris une conservation.
 
Voici quelques exemples, disparus ou non , de cette architecture appliquée notamment aux salles de spectacle française et américaine.
  

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La salle cinématographique du Palais de l'Information construit pour l'Exposition Coloniale de Paris de 1931.
 
 
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Une image de l'ancien monde de la IIIème République : le président de la République Paul Doumer traversant le corridor Art Déco du Palais de l'Information de l'Exposition Coloniale de Paris de 1931 aux côtés de son organisateur, le ministre Paul Reynaud.
 
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L'entrée du Palais de l'Information vue de la Porte Dorée.
Le Palais couvrait une superficie de 19.000 mètres carrés.
 
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Le grand hall du bureau de la presse au Palais de l'Information.
 
 
 
L'exemple des théâtres américains des années trente
 
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Une salle de théâtre américaine en 1933 
(une spectatrice presse sur un bouton
pour obtenir le programme)
 
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"Il est à peu près impossible d’énumérer les innombrables détails qui font de ces salles de spectacles des merveilles d’ingéniosité, de confort et de luxe. Quand un européen visite ces théâtres, il est comme Ali Baba pénétrant dans la caverne où se trouvent amassés des trésors . Chaque partie a été étudiée avec tant de soin et décorée avec tant de raffinement que l’on éprouve une sorte d’ivresse non pas tant à cause de la perfection que de la richesse de l’ensemble. Il ne faudrait cependant pas croire que ce luxe soit tapageur. Le style moderne, qui aime la simplicité, a permis aux architectes et aux décorateurs d’éviter certaines fautes qu’avaient commises les entrepreneurs de certains cinémas, « les plus grands du monde », qui étaient comparables à des châteaux forts transformés en salles des ventes. (…) Tout est donc combiné pour que le spectateur ne subisse aucune contrariété et qu’il ait une joie complète. Et, de fait, dés qu’il est entré dans un de ces nouveaux théâtres, l’homme de la rue est baigné dans une atmosphère miraculeuse. (…)
 

Après avoir visité ces théâtres, j’ai cherché une faute, une erreur de goût , un détail à critiquer, et je dois dire que l’éblouissement  que m’imposaient tout ce luxe et cet incroyable confort, ne m’a pas permis de garder tout mon sens critique (…) Ph.S

 

"Le Miroir du Monde" - 10 juin 1933

 

 

 

 

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Le Grand Rex, créé par Jacques Haïk et inauguré le 8 décembre 1932, contemporain de l'usine Pathé. Conçu pour 3300 places par l'architecte Auguste Bluysen et l'ingénieur Emerson, il demeure l'un des rares cinémas Art Déco français ayant gardé une authenticité. Il est le pionnier des salles dites "atmosphériques" dont la décoration prévoyait un ciel étoilé. La salle fut pourvue d'un décor paysagé dans le style Art Déco méditerranéen des villas de la Côte d'Azur. Son escalier mécanique, premier du genre en France, fut inauguré en 1957 par Gary Cooper et Mylène Demongeot.
 

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Le "Rex" à son inauguration en 1932
 

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La première grande salle de cinéma des Champs-Elysées : le "Marignan-Pathé" réalisé en 1933 à l'angle de la rue Marignan et de l'avenue des Champs-Elysées comportant 1800 places (833 à l'orchestre, 320 en mezzanine et le reste au balcon). Oeuvre de la Société Foncière des Champs-Elysées avec le concours de la Société "Constructions Edmond Coignet", des Etablissements Rontaix et de Monsieur Bruyneel, architecte décorateur. Les plans de l'immeuble ont été dressés par Monsieur Arfvidson, architecte du Gouvernement.

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La salle de cinéma d'une façade de 33 mètres et ci-dessous, un aspect du hall

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"Le Génie Civil" - 17 juin 1933 

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Le cinéma Paramount (plus tard appelé "Paramount Opéra") inauguré le 24 novembre 1927 à l'angle du boulevard des Capucines et de la Chaussée d'Antin dans le bâtiment du théâtre du Vaudeville construit en 1869. Il comportait une salle de prés de 2000 places et demeura la propriété de Paramount jusqu'en 2007, date à laquelle Gaumont reprit les lieux. Le réaménagement intèrieur de 1927 fut assuré par les architectes Bluysen et Verity. Quelques aspects de cette reconversion figurent ci-dessous.

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 "Le Génie Civil" - 24 mars 1928

 
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Le théâtre du paquebot Normandie (1935)
 
 
 
 
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Ci-dessus, le grand salon du paquebot Normandie par le cabinet d'architectes Bouwens de Boijen avec les peintures de Dupas, les laques de Dunand, les verres gravés du maître-verrier Champigneulle.
 
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A bord du paquebot Normandie, la porte en laque signée Dunand
entre le grand salon et le fumoir.
 
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Salle à manger Art Deco du paquebot Normandie
 
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Grand hall du paquebot Normandie
 
 
 
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Crédit L'Illustration tous droits réservés - www.lillustration.com
 
 
Le 30 juin 1933, l'imprimerie du grand journal l'Illustration fut inaugurée à Bobigny, oeuvre de Messieurs Lefébure, dessinateur, et Hischmann, ingénieur. La porte d'entrée du hall ci-dessus était de Raymond Subes. Ci-dessous le grand hall Art Deco. Tout concourait à en faire un chef d'oeuvre de l'art industriel français. Le bâtiment, en béton armé comme l'était l'usine Pathé, a été préservé par les pouvoirs publics et est en cours de restauration bien qu'il n'ait jamais eu l'importance de l'usine Pathé de Chatou dans la culture du XXème siècle. Sa nouvelle vie est celle d'un équipement public universitaire.
 
  
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Crédit L'Illustration tous droits réservés - www.lillustration.com
 
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Crédit L'Illustration tous droits réservés - www.lillustration.com
 
 
Source : "L'Illustration" - 1er juillet 1933
 
 
 
A l'Exposition Universelle de Paris de 1937,
le pavillon Photo Cine Phono 
 
 
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Sur les Champs-Elysées, la "Maison de France"
 
 
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« Maçons, charpentiers en fer, menuisiers, marbriers, décorateurs, électriciens, tous les représentants des corporations du bâtiment se succédèrent et, animés par M.M. Louis Boileau et Charles Besnard, architectes, des mois durant, jour et nuit, travaillèrent jusqu’à ce qu’ils eussent érigés vers le ciel un immense palais, paré de marbre percé de larges verrières, et dont le gros œuvre fut terminé en octobre 1931 (…) ».

 

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L'un des vitraux du bâtiment illustrant les sports
 
 
 
 
 
De Paul Vallat, président de l’Office National du Tourisme :

 

« Dans ce vaste hall, sont groupés tous les services utiles au public. Ce bureau fournit à chacun une riche, une abondante documentation. Celui-ci est commun à tous les chemins de fer français. Ces deux autres appartiennent respectivement aux compagnies de navigation maritime aérienne. Ici, le Touring-Club et l’Automobile-Club délivrent les tryptiques nécessaires pour les passagers en douane. Là , le Crédit National Hôtelier pratique le change et l’établissement des chèques de voyage ; plus loin, un service spécial, relié directement à la Préfecture de police, délivre le passeports.

 

Il y aura même dans quelques jours, dans nos murs un studio, où l’on pourra se faire établir toutes photographies destinées aux cartes d’identité. Cette simple énumération  ne vous montre-t-elle point quelle économie de temps, d’urgence et de force nerveuse réalisera le touriste à la veille d’accomplir un voyage ? » (…)

 

« Voici une salle de correspondance, un bureau de tabac, un bureau de location pour tous les théâtres, concerts, music-halls de Paris ; une autre où les journalistes seront chez eux, pourront téléphoner, travailler se réunir. Deux étages de sous-sols, d’un style aussi moderne, aussi pratique que celui de ce hall, reliés avec lui par un ascenseur double, sont destinés à des expositions temporaires : couture, mode, joaillerie, bijouterie, etc…(…)

 

Dans nos sous-sols seront également installés un cinéma et des dioramas montrant la prodigieuse richesse de notre pays au point de vue touristique et thermal. Au-dessus du rez-de-chaussée, deux autres étages seront réservés à un salon permanent des industries d’art et à une exposition permanente des manufactures nationales des Gobelins, de Sèvres, de Beauvais, de la Monnaie, de la calcographie du Louvre. »

 

"Le Miroir du Monde" - 20 février 1932

 

27/10/2013

"QUAND L'ART DECO SEDUIT LE MONDE" SAUF CHATOU...

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C'est sur l'affichage de ce bas-relief de la façade d'entrée du Théâtre des Folies Bergères réalisé par Maurice Picaud en 1928 que la Cité de l'Architecture et du Patrimoine vient de lancer au Trocadéro la plus grande exposition sur l'architecture Art Déco (1919-1940) et sur l'oeuvre de ses promoteurs français, en France et dans une partie du monde où leur pérennité a été assurée. Alors que l'Art Déco avait séduit et continue de séduire par son mobilier, on doit à cette magnifique exposition d'y étaler quantité de palettes et plans des constructions privées et publiques ayant fait la renommée de ce style resté sans succession.

L'exposition se déroule jusqu'au 17 février 2014, offrant à titre extraordinaire des séances de cinéma sur les films de l'époque dans le cadre d'un cycle "L'Art Déco à l'écran", dont un documentaire qui intéressera les membres de l'association sur un thème largement abordé pour des raisons locales "A bord du Normandie" les samedi 23 novembre 2013 et 18 janvier 2014 à 18h30.

Nous ne pouvons qu'exhorter les Catoviens à se rendre à cette exposition.

Face à une telle reconnaissance, notre association a la responsabilité, puisque c'est son objet social, de constater qu'à Chatou, l'Art Déco était peu présent mais que la municipalité a cru faire oeuvre de modernité en en condamnant méthodiquement ses rares illustrations :

* l'usine Pathé-Marconi, berceau du microsillon en 1951, érigée rue Emile Pathé sur des plans de 1929 du cabinet Wallis, Gilbert et Partners, les plus grands architectes anglais de l'Art Déco, répertoriée à l'Inventaire, détruite en novembre 2004 pour la réalisation d'une Zone d'Aménagement "Concertée" malgré une liste impressionnante d'oppositions dans le monde du cinéma, du patrimoine, de l'entreprise, de l'architecture et même de la politique

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Cliché pour l'Inventaire général - J-B Vialles (1985)

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Extrait du plan de Wallis, Gilbert et Partners

 

* l'ancien cinéma de Chatou "l'Olympia", érigé rue du Général Colin en 1925 sur les plans de l'architecte Lucien Desgrivan, condamné par le PLU voté le 9 novembre 2006 lequel autorise la construction d'un immeuble de 16 mètres de hauteur à son emplacement (PLU - zone URB / emprise au sol autorisant la constructibilité sur 100% de la superficie du terrain (art.UR.9 du règlement du PLU) / hauteur autorisée  16 mètres (art.UR.10 du règlement du PLU).

 

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* des villas situées avenue Adrien Moisant, rue Henri Penon et rue de la Faisanderie auxquelles ont été retirées l'obligation de conservation prévue antèrieurement en dépit des dispositions ouvertes à la protection de l'article L.123-1 7 du Code de l'Urbanisme

 

L'Association Chatou Notre Ville, qui entend sauver et valoriser le patrimoine de Chatou, continuera à se battre pour mettre un point final à ce jeu de massacre ordonné principalement à l'aûne d'une volonté de densification et d'une indigence culturelle imputables aux seuls élus locaux, laquelle n'a invariablement pour résultat que la spéculation au profit de la dévalorisation de Chatou.

  

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10/07/2013

PATHE-MARCONI BOULEVARD DE LA REPUBLIQUE A CHATOU : LES GRANDS DU JAZZ

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Catalogue de jazz Pathé-Marconi 1955 - collection de l'auteur

 

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Le rôle de Chatou dans la production phonographique en Europe a été capital. Le livre de l'association "Chatou, une page de gloire dans l'industrie", a pour vocation de le rappeler à la suite de l'arasement pour un projet de ZAC municipal de l'usine qui fut le symbole de ce patrimoine culturel du XXème siècle. Profitons néanmoins du blog pour en donner quelques illustrations nouvelles. Ainsi ce catalogue 1955 de Pathé-Marconi énonçant tous les compositeurs et musiciens du jazz édités par la firme : en fait, tous les "grands" réunis sous les divers labels : Louis Armstrong, Count Basie, Sidney Bechet, Cab Calloway, Benny Carter, Nat King Cole, Miles Davis, Tommy Dorsey, Duke Ellington, Errol Garner, Dizzy Gillespie, Benny Goodman, Lionel Hampton, Coleman Hawkins, Fletcher Henderson, Woody Herman, Earl Hines, Harry James, Stan Kenton, Gene Krupa, Mezz Mezzrow, Glenn Miller, Jerry Roll Morton, Gerry Mulligan, Charlie Parker, Django Reinhardt, Artie Shaw, Art Tatum, Mugsy Spanier, Fats Waller, Billie Holiday, Sarah Vaughan... Le dessin de la couverture est signé Robert Lamoureux.

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Jacqueline Huet (1929-1986), actrice devenue speakerine, aux usines Pathé de Chatou en 1958 : ici un moule pressoir, il fallait alors 14 secondes pour presser un disque avant de rouvrir le moule.

 

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Un exemplaire de supplément au catalogue 1954 Pathé-Marconi

pour "La Voix de Son Maître"  - collection de l'auteur

 

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Un exemplaire de supplément au catalogue 1955 Pathé-Marconi

pour l'édition de la "M.G.M"  - collection de l'auteur

 

 

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Un aspect de l'usine Pathé-Marconi (plans de 1929), berceau du microsillon en 1951, quelques heures avant sa démolition. En Angleterre, les usines Art Deco de Wallis, Gilbert et Partners, architectes de l'usine de Chatou,  ont été conservées et ravalées. En France, la nullité culturelle a hélas dominé le champ politique et privilégié la destruction intégrale. Cliché J.P Ratel.

 

 

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"Chatou, une page de gloire dans l'industrie", 252 pages, 55 pages couleurs, livre-disque proposé par l'association.

 

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19/12/2011

LE CHATEAU DU FERMIER GENERAL CHAPELLE

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Chatou-Croissy-Sur-Seine - Images du Patrimoine 1993 - Inventaire Général - Sophie Cueille - tous droits réservés

Sur l'actuelle avenue Foch vers la rue des Ecoles côté des numéros impairs, presque en face de l'actuel hôtel de ville, un château fut édifié par le fermier-général Chapelle en pierre et décor de briques vers 1710. Passé en diverses mains, on le retrouva avec son domaine dans un dessin (ci-dessous)  du marquis d'Argenson, secrétaire d'Etat de Louis XV, qui dut fréquenter les lieux lorsqu'ils entrèrent dans la propriété de Madame de Bersin, grand propriétaire à Chatou dont le successeur, Madame de Crussol d'Amboise, fut l'une des futures guillotinées de la Terreur par la grâce de dénonciations locales. 

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Bibliothèque de l'Arsenal - tous droits réservés

 

La propriété rentra dans le patrimoine du marquis d'Aligre, pair de France sous Louis XVIII, Napoléon ("Les Cent Jours") et Louis-Philippe, puis disparut aux fins du lotissement que le marquis projetait pour créer l'avenue d'Aligre vers 1844. Les constructions bordant la voie n'arrivèrent que tardivement du fait de la difficile succession du marquis d'Aligre, mort en 1847. La démolition de l'édifice signa la disparition du plus beau château de Chatou.

 

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31/07/2009

USINES PATHE, LE PATRIMOINE DU XXEME SIECLE

Chatou est à la fois le berceau de l'industrie phonographique française en 1898 et le berceau du microsillon en Europe en 1951.

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carte collection Pierre Arrivetz

Cette histoire industrielle singulière a débuté en 1898 lorsque Charles et Emile Pathé, qui avaient fondé leur propre entreprise de phonographe et de cinéma trois ans plus tôt, entrèrent dans les vues d'un investisseur industriel audacieux, Claude Grivolas (1855-1938). Celui-ci les aida à créer une société anonyme et acheta des terrains boulevard de la République à Chatou pour construire leur première usine. Emile Pathé fut le dirigeant de l'industrie phonographique jusqu'à sa mort. Jusqu'en 1907, les bénéfices du phonographe surpassèrent ceux du cinéma et vinrent protéger l'industrie du cinéma de Charles Pathé grâce aux parts détenues par celui-ci dans le phonographe.

En 1928, la Compagnie des Machines Parlantes d'Emile Pathé fut acquise à 40% par les firmes anglaises Columbia et His Master's Voice qui achetèrent les parts de Charles Pathé dans l'industrie d'Emile. La fusion fut à l'origine de la construction de l'usine en béton armé rue Centrale (rue Emile Pathé depuis 1937). Baptisée "Société Générale de Disques", l'usine fut édifiée entre 1929 et 1931 par les plus grands architectes anglais de l'Art Déco, Wallis, Gilbert et Partners. La production y fut de 20 millions de disques par an cependant que le reste du site continuait à produire TSF et gramophones. Les premières télévisions furent fabriquées également sur le site de Chatou jusqu'en 1958.

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Usine Pathé-Marconi de Chatou construite de 1929 à 1930 - cliché ADAGP -JB.Vialles - Répertoire de l'Inventaire Général (1986) DRAC Ile-de-France. L'usine était répertoriée à l'Inventaire mais non classée. Elle a aujourd'hui disparu.
 
 
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cliché Pierre Arrivetz - avant la destruction
 
 
Deux réalisations du cabinet Wallis, Gilbert et Partners, les plus célèbres architectes de l'Art Deco en Angleterre : l'usine Pathé de Chatou (1929) et ci-dessous, l'usine Hoover de Londres (1932).  L'usine Hoover, devenue un siège d'entreprises, accueille des tournages de films d'époque, poursuivant sa longue existence. 
 

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Hoover Building (1932) à Londres par Wallis, Gilbert et Partners - cliché Pierre Coupin (2009) -
 
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Ancienne usine des parfums Coty, par Wallis, Gilbert et Partners, à Brentford dans la banlieue de Londres (1932) - (Copyright © 2005 WLD)
 
 
 
Le 12 décembre 1936, Pathé, Columbia et Gramophone His Master's Voice fondèrent  les industries musicales et électriques (IME) Pathé-Marconi dont Emile Pathé fut le premier président jusqu'à sa mort le 14 avril 1937.  Dans les années 1945-1960, la production absorbée par les IME Pathé-Marconi de Chatou recouvrait les labels Pathé, La Voix de Son Maître, Columbia, Odéon, Capitol, Métro-Goldwyn-Mayer, Cetrasoria, Témoignages, Pathé-Vox, Swing. Trois ans aprés les Etats-Unis, en 1951, l'ingénieur de Pathé-Marconi Pierre Gilloteau y réalisa le premier disque microsillon en Europe grâce à des études menées conjointement par les laboratoires Pathé-Marconi et Péchiney. 

Pas moins de quatre générations de Catoviens et d'habitants de la région travaillèrent sur le site de Chatou jusqu'à ce qu'intervienne une délocalisation en Allemagne en 1990.

 

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Catalogue Pathé-Marconi 1954  - collection Pierre Arrivetz

 

Les milliers d'artistes qui y ont été produits, parmi lesquels Edith Piaf, Charles Trénet,  Tino Rossi, Maria Callas, Enrico Caruso, Frank Sinatra, Maurice Chevalier, Mistinguett, Joséphine Baker, Luis Mariano, Gilbert Bécaud, Charles Aznavour, Les Beatles, sans compter tous les chefs d'orchestre de musique classique du XXème siècle (Toscanini, Klemperer, Karajan, Ménuhin, Prêtre, Plasson...) et les musiques de films de la M.G.M. (comédies musicales) ont assuré la renommée de l'industrie de Chatou à travers le monde. Il va de soi qu'un musée prestigieux y aurait eu sa place, rassemblant l'histoire des industries phonographiques et cinématographiques, ainsi que cela fut âprement suggéré par l'association.

 Malgré une mobilisation nationale ayant un retentissement médiatique sans précédent à l'initiative de Chatou Notre Ville (TF1, Le Monde, Le Figaro, Le Moniteur...) et la possibilité d'une inversion de l'aménagement avec un terrain communal situé à 300 mètres, la municipalité choisit la destruction totale de l'usine pour un projet de promotion immobilière en 2004.  

  

DES SOUTIENS PRESTIGIEUX ET DE TOUS HORIZONS RECUEILLIS PAR L'ASSOCIATION POUR LA CONSERVATION AU MOINS PARTIELLE DE L'USINE PATHE-MARCONI DE CHATOU

 

Liste au 1er octobre 2004

Eddie Barclay, Fondateur de la Compagnie Phonographique Française (1945), Emmanuel Bréon, Directeur du Musée des Années Trente, Conservateur en chef des Musées de la Ville de Boulogne, Jean-Christophe Averty, Créateur et animateur de l'émission "Les Cinglés du Music-Hall" sur France-Culture, Maurice Culot, Architecte, Membre de la Commission des Monuments Historiques, Grand Prix de la Critique Architecturale, Chargé de mission à l'Institut Français d'Architecture, Président de la Fondation pour l'Architecture - Bruxelles, Jean-Marie Drot, Catovien, Ancien directeur de l'Académie de France d'Architecture à Rome, Auteur-réalisateur d'émissions de radio et télévision, Charles Bourély, Catovien, Inspecteur Général Honoraire des Monuments et des Sites, Pierre Vercel, Catovien, Ancien directeur général et président de Pathé-Cinéma, Pascal Sevran, animateur - réalisateur de télévision, spécialiste de la chanson française, Le Prince Géraud de la Tour d'Auvergne, Inspecteur Général Honoraire de l'Administration Culturelle, Président de Portus Magnus, association internationale pour le développement archéologique, écologique et portuaire d'Alexandrie,  Marie-France Calas, Conservateur Général du Patrimoine, Spécialiste du patrimoine sonore et audiovisuel,  José Sourillan, Ancien Directeur des Archives Audiovisuelles de RTL, auteur de disques d’histoire et de documentaires, Roselyne Germon, petite-nièce de Jacques Haîk, Créateur du cinéma " Le Grand Rex " (1932),  André Hébrard, Catovien, ancien haut fonctionnaire délégué à la Reconstruction, Georges Martin Saint-Léon, Catovien, Ancien président de l'Office du Tourisme de Chatou-Croissy-Carrières-Montesson, Pathé, Société cinématographique créée par Charles Pathé en 1896, L.V.M.H (Moët Hennessy Louis Vuitton), Institut des Archives Sonores, Société possédant un fonds historique de 400.000 documents sonores de 1880 à nos jours - projet d'"université de la parole", les familles de Charles et Emile Pathé, Line Renaud, chanteuse, comédienne, Pierre Arditi, comédien, Claude Piéplu, comédien, Annie Cordy, chanteuse, comédienne, Georges Lautner, cinéaste, Mick Micheyl, chanteuse, sculpteur, Claude Bolling, musicien, chef d'orchestre, Claude Pinoteau, cinéaste, Pierre Tchernia, cinéaste, créateur de l'émission de télévision " Monsieur Cinéma ", Robert Enrico, cinéaste (décédé), Bruno Podalydés, Catovien, cinéaste, Yves Duteil, chanteur, Clelia Ventura, Catovienne, scénariste, fille de Lino Ventura, Odette Ventura, épouse de Lino Ventura, Marie-Christine Audiard, épouse de Michel Audiard,  Marie-Thérèse Orain, comédienne, chanteuse, Europa Nostra, Association paneuropéenne du Patrimoine, présidée par Son Altesse Royale le Prince Consort de Danemark, Société pour la Protection du Paysage et de l'Esthétique de la France, association reconnue d'utilité publique, membre de la Commission des Monuments Historiques, La Demeure Historique, association reconnue d'utilité publique, L'Institut du Patrimoine Wallon, Comité d'information et de liaison pour l'archéologie, l'étude et la mise en valeur du patrimoine industriel (CILAC), Association des Amis du Musée de Nogent, Musée-Association " Les Amis d'Edith Piaf ", Association " Les Amis de Barbara ", Association " Les Amis de Tino Rossi”, Association " Les Amis de Louis Amade " (préfet de police, poête, auteur de chansons de Gilbert Bécaud et Charles Trénet), Association du souvenir à Luis Mariano, Association “Les Amis de Jean Sablon”,  Jean-Pierre Pasqualini, Rédacteur en Chef du Magazine Platine, Spécialiste de la chanson française, Corinne Lepage, ancien ministre de l'Environnement (Cap 21), André Santini, député-maire (UDF) des Hauts de Seine, ancien ministre, le prince Charles Bonaparte, maire-adjoint d’Ajaccio, Emmanuel Hamelin, député (UMP) de Lyon, membre de la commission des affaires culturelles de l'Assemblée Nationale, Olivier Dassault, député (UMP) de l'Oise, Pierre Amouroux, député (UMP) des Yvelines, Jérôme Lambert, député (PS) de la Charente, Anne Hidalgo, première adjointe (PS) au Maire de Paris, Serge Méry, vice-président (PS) du Conseil Régional d'Ile de France, Olivier Galiana, conseiller régional (PS) d'Ile de France, Michel de Rostolan, conseiller régional (FN) d'Ile de France, Michel Bayvet, conseiller régional (FN) d'Ile de France, Gilberte Decossin, ancienne déléguée du comité d’entreprise de l’usine de Chatou (CGT).

 

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L’alerte médiatique était donnée depuis plusieurs années par le Courrier des Yvelines et le Parisien. Elle prit un nouveau tour lors du Salon du Patrimoine au Carrousel du Louvre consacré au patrimoine industriel en novembre 2002, auquel participa l’association aux côtés de l’entreprise Pathé. Le journal “Le Monde”, sous la plume d’orfèvre d’Emmanuel de Roux, puis “le Figaro”, dans un grand article d’Hervé Guénot et enfin TF1, dans son journal de 20 h incluant un reportage mémorable de Marion Desmarrets présenté par Claire Chazal, mirent la question sous les yeux de l’opinion publique. Le Moniteur, le Nouvel Observateur, furent aussi de la partie. Le ministre de la Culture de l’époque, Jean-Jacques Aillagon, se concerta avec le maire et l’ABF partisans de la démolition, et refusa une mesure de protection. L’enquête publique en avril 2003 dans la commune révéla ensuite 1806 signatures sur 1877 favorables à une conservation partielle du site (96% des avis exprimés).

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Cassandre - 1932

 

En septembre-octobre 2004, l’association ayant saisi les élus nationaux , le président de l'Assemblée Nationale, Monsieur Jean-Louis Debré, saisit le Ministre de la Culture, de même que le ministre de l'Intérieur et le Ministre des Libertés Locales, Monsieur Jean-François Copé. Le ministre des Finances, Monsieur Nicolas Sarkozy, demanda au préfet d'examiner notre dossier avec " bienveillance. " Le successeur de Monsieur Aillagon refusa à son tour de donner suite aux demandes que l’association adressa en mai et septembre 2004 lorsque le site était encore debout.

 

Jusqu’à la fin, il ne fut jamais tenu aucun compte des arguments des défenseurs d’une conservation partielle. Le site fut entièrement rasé en novembre 2004. Les Domaines avaient proposé à la commune de préempter sa vente pour 4,7 millions de francs en 1998...

 

 

07/03/2009

EVOCATION D’UNE PROPRIETE D'ARTISTES SUR LES BORDS DE SEINE A CHATOU

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"Les propriétés ne font pas défaut à Mademoiselle Falconetti ; cependant entre toutes, l’artiste préfère la maison qu’elle possède à Chatou. C’est une grande bâtisse blanche, carrée, élégante, avec des fenêtres arrondies. Une marquise de fer forgé, très ouvragée, orne la porte d’entrée qui s’ouvre sur un perron.

 

La façade est à demi-cachée sous des haies fleuries. Il y a une grande terrasse qui s’en va jusqu’à la Seine, et d’où l’on voit les petites villes qui paressent dans un bain de soleil, sur l’autre rive.

 

De cet observatoire que ne trouble aucun beuglement de clackson et où nulle poussière d’auto n’arrive, on plonge, au-delà du fleuve que sillonnent de lents remorqueurs, dans un horizon de verdure, de plaines tâchetées, de coteaux chevelus. Des bois, piqués par la première pointe d’automne, ont des feuillages qui se dorent ; et leur ligne se découpe dans le ciel bleu, bleu très doux d’Ile-de-France – comme l’échine d’un fauve qui s’apprête à bondir.

 

Proche est l’île de Croissy que chanta, en des vers érotiques, Catulle-Mendés, ce parnassien à la muse jamais lassée. Un parc entoure cette demeure ; et n’étaient les allées trop soigneusement ratissées, on croirait à pénétrer dans des fourrés plein d’ombre ; à voir ces bouquets d’arbres massifs qui ont dépassé leur centième année ; à découvrir ces rocailles que mangent les mousses, être perdu au cœur de quelque vieux bois.

 

Mais soudain les chemins se rejoignent et voici dans une clairière de spacieux fauteuils en rotin, un petit guéridon très coquet sur lequel le thé refroidit…et l’on cherche l’orchestre pour quelque five o’clock dansant.

 

Le mobilier de cette villa est simple, confortable ; les bibelots mêlent leurs formes frêles et précieuses aux fleurs qui éclatent dans des vases au flanc large.

 

- Ce qui m’a fait choisir cette demeure, mon Dieu, le hasard…le bienheureux hasard, me dit Mademoiselle Falconetti, le même qui vient en aide aux auteurs pour dénouer les situations les plus embrouillées. Je suis venue, j’ai vu, je fus conquise ; et depuis, tout me retient ici : le calme, l’air, la belle route que l’on prend pour arriver à Chatou, le limpide horizon où les yeux se reposent et puis, les souvenirs – les souvenirs – les souvenirs de théâtre, car cette villa appartenait naguère à Anna Judic. Et l’interprète de tant d’œuvres dramatiques nous parle de l’ombre légère de celle qui fut une fine, délicate et sensible chanteuse d’opérette."

 

Pierre Heuzé

COMEDIA - 28 AOUT 1926

 

 

Les habitantes célèbres du 3 avenue d’Eprémesnil

 

 

René Jeanne Falconetti (1892-1946), actrice du cinéma muet, directrice du Théâtre de l’Avenue, héroïne au cinéma de « La passion de Jeanne d’Arc » de Carl Dreyer en 1926 (illustration ci-dessous), joua au théâtre Edouard VII « Le Comédien » de Sacha Guitry en 1921, au théâtre de l’Athénée « La Guerre de Troie n’aura pas lieu » de Jean Giraudoux en 1935.

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L'actrice de Chatou en couverture du magazine "Mon Ciné" le 3 novembre 1927. Le réalisateur Carl Dreyer signa l'une des plus grandes fresques sur Jeanne d'Arc. Il employa notamment le petit-fils de Victor Hugo pour dessiner les costumes du film. Jeanne d'Arc avait été canonnisée en 1924.
 
 

Anna Judic (1850-1911), artiste de l’opérette, l'une des premières artistes produites sur cylindres Pathé à Chatou vers la fin de sa vie

 

 

 

 

 

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La catovienne Anna Judic, en couverture du Monde Illustré le 7 octobre 1893
Elle créa notamment pour Offenbach le rôle de la princesse Cunégonde dans son opérette "le roi Carotte" en 1872
collection Pierre Arrivetz

 

 

 

 

 

 

Anna Judic, de son premier nom Anna Damien, naquit à Semur en Côte d’Or en 1850. Elle était la fille de la buraliste du théâtre du Gymnase, elle-même maîtresse du directeur de ce théâtre. Après une année passée au Conservatoire, c’est au Gymnase qu’elle débuta une grande carrière d’artiste d’opérette en jouant “les Grandes Demoiselles” en 1867. Elle se maria en 1868 avec M. Judic, un commissionnaire  employé par des troupes avec succès pour ses dons de comique, chanteur et musicien.  En 1868, elle fut embauchée au théâtre de l’Eldorado. C’est là qu’elle devint une étoile en jouant notamment “Paolo et Pietro”, “la Vénus infidèle, “Faust passementier” etc...

 

Un journaliste écrivit: “ L’ingénue Judic est une véritable croqueuse de pommes; avec son bon rire d’enfant, elle nous jette au visage les pépins du fruit défendu”. Le directeur de l’Eldorado fut à ce point satisfait qu’il alla jusqu’à embaucher son mari comme régisseur du théâtre. Le 4 septembre 1870, jour de la déclaration de guerre à la Prusse, l’Eldorado ferma ses portes. Les Judic partirent en tournée dans les grandes villes de Belgique. Partout ovationnée, ce fut le triomphe à Bruxelles lorsque Anna prêta son concours à une oeuvre de bienfaisance, “La Crèche Marie-Louise”.

 

De retour en France, elle se produisit au Grand Théâtre de Lille où elle chanta le 22 janvier 1871 au profit des blessés français. La représentation, qui rapporta une souscription de 27.000 F  or, valut à  Anna Judic de recevoir un superbe médaillon de la ville.

 

En 1872, Jacques Offenbach et Victorien Sardou l’appelèrent pour créer au Théâtre de la Gaîté le rôle de la princesse Cunégonde dans “le Roi Carotte”. Elle alla “se faire couvrir de roses au théâtre de l’Alcazar à Marseille” (“Paris-Artiste” - 20 octobre 1883) puis le théâtre des Folies-Bergères lui fit tourner “Ne m’chatouillez pas, éclat de rire en six couplets” applaudi par la foule des parisiens et des étrangers (réf.idem).

 

Après des représentations du “Roi Carotte” à la Gaîté, le directeur des Bouffes-Parisiens l’engagea  pour créer le rôle de Malda dans “la Timbale d’argent” de Jaime fils et Léon Vasseur. Elle ne quitta les Bouffes qu’en 1876  après avoir chanté notamment dans “Petite Reine”, “Branche cassée”, “Mme l’Archiduc”.  Elle entra alors au Théâtre des Variétés pour créer “Docteur Ox”, “Charbonniers”, “Niniche”, “La femme à papa”, “la roussotte”, “Lili”, “Mamzelle Nitouche”, “la Cosaque”, “la Noce à Nini”, “la Japonaise” etc... Elle y reprit également “la Belle Hélène”, “la Grande-Duchesse”, “Le grand Casimir”, dont les rôles avaient été attribués auparavant à la célèbre cantatrice Hortense Schneider.

 

Elle  tourna ensuite à l’Eden-Théâtre “La fille de Mme Angot” et après plusieurs tournées à l’étranger et quelques représentations aux Menus-Plaisirs, à l’Eldorado et à l’Alcazar d’Ete, elle rentra aux Variétés dans “Lili” en 1894, reprit “Nitouche” et créa “Rieuse”. Engagée au Théâtre du Gymnase, elle créa “l’Age Difficile” en 1895. C’est en 1883 qu’Anna Judic acheta la propriété du 3 avenue d’Epremesnil. La Liberté de Seine et Oise du 21 avril 1911 rapporta : “très éprise des beautés de la région, elle avait chargé une pléiade d’artistes d’en peindre les plus jolis sites qui garnissaient cette villa, où tout le monde du théâtre, de la littérature et des arts défila...”.

 

En 1892, Anna Judic fut décorée à Constantinople par le sultan. Elle mourut à Golfe Juan en avril 1911, où depuis trois mois, la maladie la tenait alitée.

 

 

27/10/2007

VILLA PETIT

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La villa édifiée à la veille de l'arrivée du chemin de fer en 1835 pour Camille Letertre, huissier de justice, agrandie par Jules Petit, conseiller à la cour impériale et conseiller municipal de Chatou sous Napoléon III (voir "Chatou, de Louis-Napoléon à Mac-Mahon 1848-1878"), détruite avec la construction de la piscine.