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09/07/2014

70 ANS DE L'ASSASSINAT DE GEORGES MANDEL

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Le 7 juillet 2014, l'association a déposé une gerbe au cimetière de Passy sur la tombe du ministre Georges Mandel, abattu par la Milice 70 ans plus tôt, né à Chatou le 5 juin 1885.

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Cliché de Georges Mandel publié en 1939 mais datant probablement du début des années trente.

 

Discours prononcé par Pierre Arrivetz, président de l'association 

 

"Georges Mandel est né à Chatou à l’actuel 10 avenue du général Sarrail le 5 juin 1885. Cet homme au profil atypique devint le chef de cabinet de Georges Clemenceau lors de son ministère de 1917 à 1920 qui mena la France vers la victoire.

Député indépendant de 1919 à 1924 puis de 1928 à 1940, Georges Mandel  fit de l’efficacité une idée au pouvoir dans un régime marqué par la démission, une efficacité traduite dans son action au ministère des PTT de 1934 à 1936, puis au ministère des Colonies de 1938 à 1940, enfin dans les quelques jours de son passage au ministère de l’Intérieur en juin 1940.

Emprisonné par le régime de Vichy, il fut abattu par la Milice sur complicité allemande le 7 juillet 1944, un mois après le Débarquement sur les plages de Normandie. 

Pourquoi lui rendre hommage lors de ce 70 ème anniversaire de la Libération de la France ? parce que Georges Mandel convainquit le 13 juin 1940 le général de Gaulle de poursuivre la lutte, qu’il mourut pour son patriotisme en refusant à deux reprises l’évasion vers l’Angleterre en 1940 et  demanda sans cesse à poursuivre le combat de la France dans les Colonies. 

Il avait en effet commencé à les réarmer, y avait nommé plusieurs gouverneurs d’opinion résistante qui rejoignirent la France Libre malgré la pression contraire des évènements : Felix Eboué au Tchad, le général Catroux en Indochine, Louis Bonvin aux Indes Françaises.

En Afrique du Nord, le général Noguès, résident général nommé sous le Front Populaire et maintenu par Georges Mandel , télégraphia le 17 juin 1940 au gouvernement Pétain vouloir continuer la lutte aux côtés de la Marine française, alors la 4ème du monde, gageant pour certains des succès en Méditerranée notamment contre l’Italie ainsi que d’importantes difficultés pour l’Allemagne de prendre le contrôle de cette zone face à la coalition navale et aérienne franco-britannique et ce, alors que 700 avions neufs lui avaient été livrés de la métropole. La trahison de l’amiral Darlan, chef de la Marine française, se chargea de briser cette opportunité.

Mais les faits donnèrent raison au ministre Mandel : les premiers pas de la Libération et la renaissance militaire de la France se firent dans les Colonies, l’Afrique du Nord le 8 novembre 1942 où se déroula le premier débarquement américain et où s’organisa le 1er août 1943 par la fusion des Forces Françaises Libres et de l’armée coloniale une armée française de 350.000 hommes qui bientôt libéra le sol de la Corse, de la Provence et de l’Italie.

Peu d’hommes politiques de la IIIème République ont payé de leur sang la tragédie de la Seconde Guerre Mondiale. L’ancien chef de cabinet de Clemenceau et ministre Georges Mandel, ennemi clairvoyant et redoutable du nazisme que Churchill réclamait à ses côtés, fut pourtant de ceux-là.

Sa petite patrie d’adoption, Chatou, est fière de lui rendre aujourd’hui l’hommage de la résistance et de la libération de la France."

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29/05/2014

CHATOU, LA VOIX ET L'IMAGE

 

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Le médaillon de Georges Mandel du sculpteur François Cogné offert par la Société des Amis de Georges Clemenceau et posé à l'initiative de l'association Chatou Notre Ville le 5 juin 2008 sur sa maison natale à Chatou 10 avenue du Général Sarrail.

 

L’œuvre de Georges Mandel, né à Chatou 10 avenue du Chemin de Fer (avenue du Général Sarrail depuis 1931) le 5 juin 1885, finira-t-elle jamais d’alimenter les pages de ce blog ? ministre des P.T.T. de 1934 à 1936, Georges Mandel se distingua en transformant une institution empoussiérée et paralysée en  un service de pointe dont l’aura n'a jamais été retrouvée auprès du public depuis la fin de la guerre mondiale.

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L’un des grands évènements dont le ministre fut l’habile promoteur fut sans aucun doute la réalisation  de la première émission de télévision française le 26 avril 1935. Au programme, une présentation de la compagnie de Molière en Italie par Béatrice Bretty. Sociétaire de la Comédie Française de 1914 à 1959, Béatrice Bretty devint la compagne de Georges Mandel, et par cette audition qui dut bien la surprendre, la première speakerine de l’histoire de la télévision.

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Derrière la vitre du studio d'enregistrement au ministère des P.T.T. rue de Grenelle, Béatrice Bretty apparaît pour la première émission de télévision le 26 avril 1935 - Le Miroir du Monde 4 mai 1935 - collection de l'auteur

 

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Une image plus douloureuse, la commémoration à Fontainebleau de l'assassinat de Georges Mandel en 1947. Léon Blum président du Conseil embrasse sa compagne Béatrice Bretty. Georges Mandel avait été assassiné par la Milice le 7 juillet 1944.

 

Le nom de la comédienne du Français ne fut pas seulement associé au natif de Chatou Georges Mandel. Jusqu’en 1956, Béatrice Bretty fit partie des artistes enregistrées par la firme Pathé-Marconi dont les disques étaient pressés boulevard de la République à Chatou.

Pathé-Marconi édita en effet deux disques pour la Comédie Française avec Béatrice Bretty sous le label Pathé (33 tours DTX 168 à 170 et DTX 201 à 203 à étiquette verte) :  la 795ème représentation  du « Bourgeois Gentilhomme » dont la musique de Lulli fut orchestrée par André Jolivet enregistrée  le soir du dimanche 22 mai 1955. Maurice Escande, Jean Piat, Michel Galabru, Hélène Perdrière étaient alors de la distribution. Puis dans « Ruy Blas » de Victor Hugo, Béatrice Bretty servit la pièce entourée notamment de Pierre Dux, Robert Manuel, Georges Descrières, Gisèle Casadessus et Denise Gence.  

 

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Extrait du catalogue "Dernières nouveautés microsillons classique et variétés, La Voix de Son Maître,  Columbia, Pathé, Capitol, M.G.M. n°3 Pathé-Marconi" (1957) - collection de l'auteur 

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La collection des disques de la Comédie Française valut à Pathé-Marconi de recueillir de régulières récompenses telles que le Grand Prix de l’Académie du Disque Français ou le Prix du Président de la République. A l’heure où la télévision n’était qu’un enfant et le théâtre réservé à un public restreint, les disques de la Comédie Française produits à Chatou pouvaient entrer chez les particuliers et dans les écoles. Les voix qu’ils diffusaient contribuèrent à faire découvrir le théâtre. Seule une industrie puissamment armée pour répondre aux modes musicales du moment pouvait se permettre d’éditer des productions plus marginales à caractère éducatif comme celle de la Comédie Française. La conservation de la voix des sociétaires qui ne franchirent jamais les portes du cinéma y trouva son compte.

 

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Aspect en 1998 de la façade de l'usine Pathé-Marconi érigée entre 1929 et 1931 rue Emile Pathé, berceau du microsillon en 1951 - le style Art Deco et le symbole d'un siècle d'industrie phonographique n'empêchèrent pas sa destruction en 2004 à la demande de la municipalité.

 

Derrière l’évocation de Georges Mandel et de Pathé-Marconi, le patrimoine de Chatou n'a-t-il pas gagné la postérité du son et des images au XXème siècle ?

 

Bibliographie :

"Chatou, une page de gloire dans l'industrie" (2012), édition Chatou Notre Ville

 

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18/03/2014

14 JUILLET 1939 : GEORGES MANDEL NOMME GEORGES CATROUX

 

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Au ministère des Colonies, une rare photo de Georges Mandel en train d'examiner des clichés de son chef d'état-major, le général Buhrer, en décembre 1939. Sur le devant de son bureau, la statue de Clemenceau qui ne le quittait jamais - "Match" décembre 1939 - collection de l'auteur

 

Le destin des hommes forgé à l’idée de combat pour  la civilisation française : voilà où l’on pouvait rencontrer la mesure de Georges Mandel, né à Chatou le 5 juin 1885 10 avenue du Chemin de Fer.

Chef de cabinet de Clemenceau de 1917 à 1920, député indépendant siégeant à droite de 1919 à 1924 puis de 1928 à 1940, ministre modernisateur des PTT de 1934 à 1936, le natif de Chatou souhaitait ardemment dans l’ombre du Tigre placer son action dans un sursaut de défense nationale. Mais sous l’influence d’un état-major périmé, le cénacle radical-socialiste, plus enclin à siéger qu’à combattre, lui refusait obstinément  les postes qu’il demandait pour armer, réformer et produire : soit, lui, Georges Mandel, transformerait un poste jugé secondaire en un  avant-poste de la résistance française.

Ministre des Colonies depuis 1938, il combattait au sein même du gouvernement pour obtenir des crédits en faveur de leur armement, renvoyait les fonctionnaires qui ne se rendaient pas à leurs postes, tentait de développer l’économie de la France d’Outre-Mer.

Mais seul, toujours seul, face à un mur d’ignorance, de mépris et d’inertie, son action dans le vaste empire devait bien souvent se contenter des réquisitions sur place et de biais invraisemblables. Faire avancer la cause de la défense de territoires peu considérés de la métropole et encore moins de l’état-major, dont la prescience fondée sur le déroulement de la Grande Guerre ne pouvait permettre de songer à faire des colonies un bastion de la France  en armes, telle était sa mission.Le point de vue de l’action et de la compétence n’en pouvait que plus déterminer les nominations de Georges Mandel. Le 14 juillet 1939, le ministre  des Colonies appela le général Catroux, un "réprouvé" comme lui. 

 

 

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Le gouverneur  général Catroux à la sortie du palais du roi du Laos en 1940.

 

Né en 1877, écarté des instances de l’état-major au faîte d’une carrière de trente ans en Afrique du Nord, Georges Catroux avait lui-même fait faillite en politique en condamnant les Accords de Munich, « le moment le plus douloureux pour l’amour-propre français, et la faillite de notre politique internationale » et en tenant lui aussi les colonies comme un futur champ de bataille à intégrer dans les plans de la Défense Nationale.

Au total, Georges Mandel  le considérait comme l’homme de la situation. Le général cinq étoiles Catroux, ancien collaborateur de Lyautey, remplaçait un civil au poste de Gouverneur Général de l’Indochine (Tonkin, Annam, Laos, Cambodge, Cochinchine) une terre qu’il n’avait connue que brièvement à ses débuts de 1902 à 1905 mais qui avait décidé de son engagement colonial. Après avoir constitué son cabinet, le général Catroux rejoignit son poste le 2 septembre 1939, au terme d’un voyage de quatre jours. 

 

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Sans doute l'image d'avant-guerre la plus connue de l'Indochine des Français de la métropole qui n'eurent pas l'occasion de se rendre à l'Exposition Coloniale de Paris de 1931: celle renvoyée par la publicité des compagnies maritimes. Ici Les Chargeurs Réunis sous l'excellence du trait du dessinateur Sandy Hook. Collection du Musée Maritime et Portuaire du Havre - tous droits réservés.

 

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 Une image de l'Indochine clamant pour l'éternité l'hostilité de son âme à la guerre : la baie d'Along, parcourue ici par un vapeur français en 1939 semblant égaré dans le paysage.

   

L’Indochine n’était rien moins qu’une perle de l’Asie et à l’aube de la deuxième guerre, dégageait une forme de prospérité qui n’était même plus troublée par l’agitation communiste et nationaliste. Le péril de l’Allemagne n’y était qu’une évocation. Pourtant, le nouveau gouverneur était chargé d’approvisionner la métropole en matières premières pour faire face à l’ennemi.

Mais l’objectif se heurta à un obstacle de taille. La France indochinoise, sous la férule de Georges Mandel, alimentait en effet la Chine de Tchang-Kaï-Chek en matières premières face à son envahisseur, le Japon, dont l’occupation atteignit la frontière de la colonie à l’été 1939.

Comprenant que l’Indochine devait être mise hors d’état pour accomplir son destin hégémonique en Asie, la junte nipponne envoya en février 1940 le général Tsuhihashi convaincre le général Catroux d’arrêter les livraisons à la Chine, ce que le général finit par faire pour le carburant. L’éloignement de la métropole de l’Indochine l’avait mise en dernière position des financements du ministre pour l’armement. Seule la présence de l’armée britannique à Singapour apportait une nuance à l’étalage d’impuissance militaire relevé par le nouveau gouverneur. Le 19 juin 1940, il dut fermer la frontière du Tonkin à la Chine sous peine de précipiter l’invasion japonaise et accepter des contrôles du commandement japonais sur son territoire.  Il envoya une note au premier gouvernement Pétain le 20 juin 1940 en demandant la conservation de la coopération économique et politique avec l’Angleterre.

La signature de l’Armistice deux jours plus tard, à laquelle il s’opposa, porta un coup fatal à une tentative de résistance, la France étant au demeurant déconsidérée dans l’esprit public  de ses administrés, notamment d’Extrême-Orient. Quant au gouvernement Pétain, son esprit de résistance se manifesta soudainement en Indochine.

Celui-ci prit prétexte des concessions du général Catroux pour le remplacer par l’amiral Decoux.  En fait, le général Catroux, qui avait signifié au gouvernement Pétain le 22 juin qu’il entendait conserver sa liberté d’action, représentait devant les yeux effrayés des vichyssois l’homme de Mandel par qui une dissidence de l’Indochine était possible. Mais, n’ayant pu contracter aucun appui militaire anglais ou américain dans la période qui suivit l’Armistice au titre d’une éventuelle dissidence qui l’aurait laissé seul face au Japon, le général remit les pouvoirs le 20 juillet à l’amiral Decoux et rejoignit le général de Gaulle à Londres en août.

Le court séjour du général Catroux en Indochine de septembre 1939 à juillet 1940 lui permit d'engager les travaux promus par Georges Mandel et dont un entretien du général avec Paul-Emile Cadilhac, reporter de l'Illustration, donne une idée précise :

"La bataille moderne est une grosse mangeuse d'avions et de munitions. Il faut pouvoir l'alimenter. D'où l'idée de Monsieur Mandel de créer en Indochine une usine d'aviation et, en attendant mieux, des cartoucheries. L'Union Indochinoise doit, en cas de nécessité - blocus par exemple - pouvoir se passer de la métropole. (....) Voilà pourquoi, par un matin printanier de février (1940), je me trouve à 40 kilomètres d'Hanoï, vers la pointe du delta tonkinois, tout à côté du camp militaire de Tong en compagnie de Monsieur Kaleski, ingénieur et directeur des travaux de la future usine. Des centaines d'ouvriers s'activent sur le terrain. Des rouleaux circulent, des routes s'achèvent et d'ici quelques mois, l'usine se dressera à proximité du camp d'aviation, dont le terrain, doté d'une nouvelle piste d'envol de 1100 mètres, servira aux essais des avions.

Les bâtiments, très dispersés et à l'épreuve des bombes, défendus d'ailleurs par de nombreuses batteries aériennes et des escadrilles de chasse, fabriqueront et les cellules et les moteurs. Le personnel groupera 3000 ouvriers indochinois encadrés par des spécialistes français. L'usine sera utilisée à deux fins : fabrication de matériel neuf - 150 avions par an au début - pour l'Indochine et nos diverses possessions ; réparation et remise au point du matériel en service. Parallèlement, on édifie trois vastes cités ouvrières destinées aux européens et au personnel annamite. J'ai visité à Phu-Tho, toujours au Tonkin, la première cartoucherie d'Indochine. Quand elle fonctionnera à plein, elle sortira par jour 50.000 cartouches."

Et le journaliste de conclure après avoir égrené tous les plans de modernisation du pays: "Il semble donc que demain l'Indochine doive se développer industriellement plus encore. Il faut s'abstenir de faire avec elle du colbertisme, et du plus étroit, mais au contraire l'encourager et l'aider à se réaliser toute entière. Cela suppose un plan d'ensemble, une direction ferme, une volonté tendue. Depuis Paul Doumer, on a ici changé trop souvent de gouverneur général. Celui qui passe ne peut rien créer. Un jour qu'on complimentait Lyautey sur le miracle du Maroc, il répondit avec modestie, évidemment trop de modestie : "j'ai duré !". Durer est une nécessité. Actuellement grâce à un choix éclairé, l'Union Indochinoise possède à sa tête un chef - un vrai chef. Qu'on lui donne le temps et il accomplira ici de grandes choses". Une grande ambition était bien à l'oeuvre mais trop tard alors que la métropole s'écrasait dans la défaite.

La suite appartient à l’histoire des Français Libres dont une ordonnance du général de Gaulle du 27 octobre 1940 a livré les premiers symboles :

 

"Ordonnance n° 2 portant nomination

des membres du Conseil de défense de l'Empire

Au nom du Peuple et de l'Empire français,
Nous, général de Gaulle, chef des Français libres,

Ordonnons,

Article premier.

Sont nommés membres du Conseil de Défense de l'Empire institué par l'ordonnance n°1 du 27 octobre 1940, Général Catroux, Vice-Amiral Muselier, Général de Larminat, Gouverneur Éboué, Gouverneur Sautot, Médecin Général Sicé, Professeur Cassin, Révérend Père d'Argenlieu, Colonel Leclerc.

Article 2.

La présente ordonnance sera publiée au Journal officiel de l'Empire et, provisoirement, au Journal officiel de l'Afrique équatoriale française.
 

Fait à Brazzaville, le 27 octobre 1940
C. de Gaulle."

 

 

A noter que dans la foulée de ses nominations au Ministère des Colonies, Georges Mandel promut en 1939 Jacques Valentin Cazaux, inspecteur général des Colonies, qui organisa le premier mouvement de résistance en Indochine le jour de l'Armistice et fut emprisonné par Vichy le 20 novembre 1940.

 

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La banque de l'Indochine à Saïgon en 1939

 

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La Chambre de Commerce de Saïgon en 1939, offrant notamment à la population des cours d'apprentissage, de sténo-dactylo et de "teneurs de livres", assurant les recherches d'emploi par un Office de Placement et octroyant une aide financière aux associations d'employés français et "indigènes".

 

La région de Saïgon (au sud de l'Indochine) portait une économie importante : 20 rizeries, 44 décortiqueries, 5 brasseries, 3 distilleries, 3 manufactures de caoutchouc, 15 entreprises de construction et de travaux publics, 3 ateliers de construction mécanique, 3 usines de conserves, 2 usines de raffinage d'huile, 4 savonneries, 3 raffineries, 4 manufactures de cigarettes, 2 entreprises de débitage de bois, plusieurs usines d'électricité et de distribution d'eau, forges, entreprises de transports fluviaux et maritimes, fonderies, briqueteries, tuileries. La Cochinchine représentait à elle seule plus des deux tiers de la valeur des produits exportés d'Indochine. A Paris, l'Agence de l'Indochine était située 20 rue La Boëtie.

 

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En 1939, une micheline du"pont en dentelles" au Yunnan du réseau de chemin de fer indochinois qui était constitué de deux services publics : un réseau administré directement par la colonie de 2585 kms et un réseau concédé à la Compagnie Française de l'Indochine et du Yunnan de 848 kms.  Une image moderne dans la propagande coloniale.

L'oeuvre coloniale ne profitait pas seulement aux Français. En 1936, 3.168.735 consultations médicales furent données gratuitement, 17.676 opérations chirurgicales, 2.619.000 vaccinations antivarioliques, 88.629 vaccinations anticholériques et 14.183 vaccinations anti-tuberculeuses furent pratiquées.Le paludisme, la mortalité infantile furent jugulés, les affections occulaires traitées. Pour les Indochinois, 1237 écoles de villages voisinaient 1009 écoles élémentaires de l'Etat, 8 écoles primaires supèrieures ou normales, un établissement d'enseignement secondaire, 182 écoles dites de "plein exercice" etc...

 

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Une plantation d'heveas, arbres à caoutchouc, en Cochinchine, en 1939 et ci-dessous, le filtrage du latex. Avec le riz, l'opium et le tabac, il constituait la grande richesse agricole du pays. 

 

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Le 22 septembre 1940, le Japon prit d'assaut Langson (800 morts côté français) et occupa le Tonkin avec 20.000 hommes. Le 25 juillet 1941, il occupa l'Indochine tout entière. Le 9 mars 1945, l'armée nipponne aux abois attaqua les quelques garnisons françaises casernées et aprés les avoir désarmées, les décima non sans commettre des atrocités dont cette armée était malheureusement coutumière (1128 morts français dont 460 blessés amenés au bord d'une tranchée décapités, mitraillés et empalés à Lang-Son). Les Japonais en profitèrent pour armer et appeler à la rébellion les nationalistes indochinois. Pendant toute cette pèriode, aucun secours allié ne fut accordé à la France face au Japon.

 

Sources :

"Catroux" par Henri Lerner - préface de Jean Lacouture - Albin Michel (1990)

"Georges Mandel ou la passion de la République" par Bertrand Favreau - Prix de l'Assemblée Nationale - Fayard (1996)

"Match" - 28 décembre 1939

 "L'Illustration" - 11 mai 1940

"Le Monde Illustré" - 7 avril 1945

"Lang Son" - wikipedia

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26/11/2013

"MONSIEUR LE MAIRE..."

Le 2 juillet 1935, Monsieur Rousseau, délégué du Touring-Club de France de Chennevières-sur-Marne, saisit le ministre des P.T.T. du problème de l’affichage sauvage sur les poteaux téléphoniques et télégraphiques.

Le 9 août suivant, une circulaire du ministère partait en direction des maires de France dont celui de Chatou :

« Monsieur le Maire,

J’ai l’honneur de vous faire connaître que je viens d’être saisi de requêtes au sujet d’affiches apposées sur les poteaux portant nos fils télégraphiques et téléphoniques.

Ces affiches aux multiples couleurs, la plupart émanant d’officiers ministériels, huissiers et avoués, sont rapidement déchirées par la pluie et le vent, produisant un effet déplorable à l’intérieur des agglomérations et le long des routes.

De telles pratiques sont rigoureusement interdites. Aussi, pour y mettre un terme, vous serais-je particulièrement obligé de bien vouloir me signaler les auteurs des affichages en question pour me permettre de les aviser de cette interdiction.

Les intéressés seront en outre prévenus qu’en cas de récidive, ils seront l’objet de poursuites judiciaires.

De mon côté, je donne toutes les instructions utiles aux agents de mon service pour qu’au cours de leurs déplacements, ils vous signalent le contenu de ces affiches, ainsi que les noms et adresses des personnes pour lesquelles elles ont été apposées.

Je vous remercie par avance du bienveillant concours que vous voudrez bien apporter à mon administration en cette circonstance.

Veuillez agréer, Monsieur le Maire,…

Le Ministre des P.T.T.

Georges Mandel"

 

 Source :

- La revue du Touring-Club de France - novembre 1935

 

 

 

22/11/2013

RANAVALO, REINE DE MADAGASCAR

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La reine Ranavalo à la gare de Lyon - juin 1901 - Le Petit Journal - collection de l'auteur

 

Madagascar, perle de l’Océan Indien, a cumulé les expériences douloureuses dés le XIXème siècle. La colonisation de la France cherchant à contrer l’Angleterre vers qui le royaume malgache s’était tourné sous le Second Empire, ne fut pas le moindre des souvenirs. Initiée par Jules Ferry, les commerçants et les députés réunionnais, une première expédition en 1883 avec bombardements sur les ports de Majunga et Tamatave fut menée par l’amiral Pierre et conduisit à une première occupation localisée.

Devant la priorité accordée à la conquête du Tonkin, l’affaire fut limitée à la signature d’un traité de protectorat avec la France le 17 décembre 1885 reconnaissant la souveraineté de la reine Ranavalo III sur l’Ile contre la cession de la baie de Diégo-Suarez et l’installation d’un résident à Tananarive chargé des relations extérieures du royaume . Puis, les malgaches n’acceptant pas l’occupation et menant des opérations pour expulser les français sous l’empire du premier ministre de la reine Ranavalo, Rainilaiyarivony, une seconde expédition de 15.000 hommes sous le commandement du général Duchesne fut organisée en 1895.

Des régiments mal équipés moururent de la fièvre jaune, celle-ci emportant 5.000 hommes, mais il n'en résulta pas moins que Madagascar fut affligée du statut de colonie par une loi du 8 août 1896. La résistance malgache continuant, le général Galliéni fut envoyé et fusilla pour l’exemple le ministre de l’intérieur et l’oncle de la reine Ranavalo, ce qui encouragea cette dernière à poursuivre une rébellion constamment appuyée sur la Bible.

Ne trouvant plus de moyen d’arrêter une population qu’il ne comprenait pas, le gouvernement français sur l’instance de Gallieni organisa la déchéance de Ranavalo III. C’est ainsi que la reine dut s’embarquer le 10 mars 1897 à destination d’un exil sans retour vers l'Algérie.

Ranavalo vécut dés lors modestement en résidence surveillée. Mais de cette vie contrainte fut forgé pour l’histoire le statut d’une souveraine courageuse incarnant l’indépendance de Madagascar. Pendant cette période, on put voir très rarement la reine participer aux manifestations parisiennes, sa circulation étant entravée. L’une de ses arrivées dans la capitale en juin 1901 est l’objet de la gravure du Petit Journal que nous vous présentons.

Madagascar entra dans la Grande Guerre comme une conscrite involontaire puis fut à nouveau réquisitionnée pour la guerre au Levant en 1920-1921. La chair à canons fut une belle constante de la politique française. Le 23 mai 1917, Ranavalo III s’éteignit dans sa résidence d’Alger. Son dévouement au service des soldats français lui avait valu le Grand Cordon de la Légion d’Honneur.

Entre 1920 et 1940, Madagascar connut son premier grand développement économique et international, bénéficiant par ailleurs de la politique assez positive des infrastructures publiques voulue par la France. A la veille de la Deuxième Guerre, alors que 4.500 français servaient à Madagascar et que 2.700 malgaches étaient envoyés en métropole pour renforcer les unités combattantes, le ministre des Colonies dont nous ne cessons d'abreuver nos pages, Georges Mandel, né à Chatou 10 avenue du Chemin de Fer le 6 juin 1885, ordonna, à la demande du gouverneur Cayla, de faire ramener à Tananarive les cendres de la reine Ranavalo.  Décidée en septembre 1938, cette mesure demeure sans doute le plus grand acte de dignité de la France dans cette tragique aventure.

 

Source :

- "Le Miroir du Monde - Le Monde Illustré" - 17 septembre 1938

 

19/11/2013

IL Y A 80 ANS, GEORGES MANDEL CLAMAIT LA VERITE A LA CHAMBRE

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 Le 9 novembre 1933, le natif de Chatou Georges Mandel, ancien chef de cabinet de Clemenceau (1917-1920), député non-inscrit du centre droit (1919-1924/1928-1940), interpella le ministère Sarraut et la Chambre des Députés sur le réarmement de l'Allemagne et la violation du Traité de Versailles. Nous sommes allés chercher son intervention dans les Archives de l'Assemblée Nationale pour en transcrire quelques extraits :

 "(...) Nos voisins d’Outre-Rhin, c’est évident, n’ont jamais pris leur parti de la défaite. Ils n’ont qu’un objectif : démanteler les traités pour que, selon le mot de leur maréchal-président, « les anciennes terres allemandes redeviennent allemandes ». Et tour à tour, avec Stresemann, avec Curtius, avec Bruning, ils avaient essayé, en « finassant », de réaliser leurs desseins par des voies pacifiques.

Mais, depuis l’avènement du Troisième Reich, ils comptent de nouveau sur l’emploi de la force ; et alors que, jusque-là, ils s’étaient bornés à éluder secrètement les clauses militaires du traité, qu’ils avaient « cherché par des chemins de traverse », comme au temps de Stein et Scharnost, à relever leur puissance guerrière, les voici qui jettent à nouveau le masque et qui se disposent à réarmer, sans doute ouvertement, après le 12 novembre. Or, quelle va être la riposte du gouvernement ? (…)

 (...) Tandis que tous les autres pays victorieux ont augmenté leurs dépenses de défense nationale – l’Angleterre de 20,9%, les Etats-Unis de 56,6%, l’Italie de 77%, le Japon de 203% - la France est le seul qui, depuis 1913, ait à peu prés maintenu les siennes au même niveau.

 

Et, alors qu’elle avait abaissé la durée du temps de service à deux années, puis à dix-huit mois et enfin à douze mois, et réduit de moitié le chiffre de ses divisions métropolitaines, elle a accueilli le triomphe et l’avènement de l’hitlérisme par une diminution massive de 2 milliards sur ses crédits de la guerre, de la marine et de l’air.

 

Or, comment le Führer a-t-il répondu ? par des mesures que des socialistes tels que Monsieur Grumbach et que notre collègue Monsieur Weill ont qualifiées de « véritables mesures de guerre ». Ce serait dés lors de la démence que de se prêter à un affaiblissement quelconque de nos effectifs et à une destruction, même partielle, de notre matériel, sans autre contrepartie que l’organisation du contrôle.(…)

 

(...) Il est dés lors, bien évident que l’organisation du contrôle réciproque, même s’il est complété par le système de contrôle et de limitation budgétaire préconisé par notre collègue Monsieur Palmade, ne saurait constituer à aucun degré une garantie suffisante, car il est singulièrement plus aisé de frauder dans un pays de dictature, où le secret est de règle, que chez nous, par exemple, où tous nos préparatifs militaires s’étalent au grand jour d’un budget librement discuté par le Parlement et la presse, et où des dénonciateurs éventuels pourraient se dresser de toutes parts sans s’exposer d’aucune manière à l’auréole du martyre.(…)

 

(…) Mais, je le répète, je me reprocherais d’insister, car, quelques légitimes inquiétudes que  puissent inspirer tel ou tel projet, celles-ci n’importent guère par rapport à ce fait capital que, tandis que les chancelleries poursuivent, avec leur lenteur traditionnelle, des échanges de vues sur les moyens les plus sûrs d’organiser la paix par le désarmement, les Allemands, eux, continuent à armer à toute vitesse.

Et, à moins que nous n’avisions, ils finiront par effacer, par annuler la marge de supériorité militaire que nous avions gardée jusque-là. Il est alors à craindre qu’ils ne soient tentés de profiter de la période des classes creuses, qui correspondra à ce délai de trois ou quatre ans réclamé par Hitler, pour nous acculer à ce dilemne tragique : la révision générale des frontières ou la guerre.

(…) De l’aveu de tous ceux qui en reviennent, l’Allemagne s’est transformée en un vaste camp en armes. La militarisation s’y effectue dans tous les domaines.

 

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Un défilé des jeunesses hitlériennes en 1933

 

 

Elle commence à l’école, à l’université, où l’instruction militaire est devenue obligatoire, pour se continuer par la conscription camouflée, le travail obligatoire, les milices hitlériennes.

Celles-ci constituent d’ailleurs, une puissante armée qui, selon les déclarations du chef d’état-major Roehm, comprend, avec de grandes unités de transports automobiles, 18 divisions d’inégale importance, se composant de 59 brigades, soit, en y ajoutant les Jungsthalhelm, un total de 900.000 hommes, dont beaucoup sont encasernés.

De telle sorte qu’avec la Reischweihr, la police auxiliaire, qui a été créée en mars 1932 en violation de l’article 162 du Traité de Versailles et qui sera peut être supprimée ces jours-ci, mais qui sera alors remplacée par les milices fournies par l’organisation du travail obligatoire, le Reich dispose d’un effectif quasi-permanent de 800.000 à 900.000 hommes, soit prés du double de notre armée métropolitaine, qui est, du reste, moins nombreuse qu’elle ne l’était aux temps pacifiques de la Monarchie de Juillet.

Est-il besoin d’ajouter que ces formations sont constituées d’unités de toutes armes, qui disposent pour partie d’un matériel de qualité au moins égale à celui des meilleures années, ne serait-ce que parce qu’il est de fabrication ultra-récente.

Les régiments de police, par exemple, ont des fusils, des mitrailleuses, de l’artillerie de campagne, jusqu’à des autos canons.(…)

Les nazis possèdent une aviation dont les escadrilles qui ont été organisées par pays, ont pris depuis le mois de mars dernier un tel développement, que, selon les déclarations d’un chef de groupe, le comte Helldorff, elles comptent à elles seules près d’un tiers des pilotes de l’ensemble du Reich, soit environ un millier, tandis que – comparez les chiffres, ils sont suggestifs – le nombre des brevets de pilote de ligne délivrés annuellement en Allemagne oscille entre 115 et 150, contre 66 en France ; et dans l’aviation commerciale où ont été construits des appareils de manière à pouvoir être transformés en quelques heures en avions militaires, on a décerné, rien qu’en 1932, 1614 brevets de pilote contre 906 en France.

Par ailleurs, un grand constructeur étranger d’aéroplanes qui va fréquemment en Allemagne pour ses affaires, qui n’y était pas allé depuis quelques temps et qui en revient après y avoir fait des constatations édifiantes, m’a communiqué les renseignements suivants dont je n’ai pas à souligner l’intérêt (…)

« L’Allemagne, dit-il, fait un prodigieux effort pour son aviation. Elle a déjà commencé la fabrication de nombreux avions militaires, et si elle prend grand soin de représenter que ces fabrications sont faites pour des besoins commerciaux, elle ne peut cependant plus donner le change. C’est ainsi que la Deutsch Luft Hansa vient de commander chez Junkers 50 avions trimoteurs qui sont utilisables pour des reconnaissances à grande distance et pour le bombardement. Junkers a même reçu l’ordre de fabriquer la presque totalité de ces avions sous leur forme militaire, qui ne diffère d’ailleurs de la forme commerciale que par quelques détails d’aménagement.

Heinckel vient de recevoir la commande de 100 avions de combat, puissamment armés, portant deux observateurs capables d’emporter des bombes et doués d’une vitesse qui atteint 350 km/h." C’est un avion de ce type qui a fait vendredi dernier le voyage Berlin-Seville.

Les Bayrerische-Werke sont en train de fabriquer 100 moteurs d’un type américain de 700 chevaux dont ils viennent d’acheter la licence, et 15 autres constructeurs font des avions de même qualité alors que l’Angleterre n’a en tout que constructeurs.

Tous les avions allemands restent dehors et, contrairement aux avions français, n’ont pas besoin de hangars, ce qui doit accroître leur mobilité et faciliter leur utilisation. Les 18 usines actuelles – statistiques officielles – sont capables, en moins de six mois, de sortir une flotte aérienne considérable.

Au reste, l’Allemagne peut remettre en route, également dans le secret, les usines dont elle s’est servie pendant la dernière guerre. En tout état de cause, avec ces 18 usines qui fonctionnent à l’heure présente à plein rendement, l’Allemagne sera en mesure de construire d’ici juin 1934, 2300 avions par mois.

En attendant, en violation formelle des accords, les nazis ont aménagé sur la rive gauche du Rhin, à Bekemberg, prés de Gelsenkichen, un vaste aéroport qui constitue peut être le plus grand camp pour le vol à voile de l’Europe, et ils ont établi une dizaine d’autres camps – j’en ai là la liste – en sus de ceux qui étaient autorisés, dans la zone rhénane démilitarisée, sans que notre gouvernement ait plus protesté à ce sujet que contre la présence, dans cette même zone rhénane démilitarisée, de forces de police et de formations hitlériennes groupant jusqu’à 130.000 hommes, qui s’y livrent à un entraînement militaire méthodique.

Il ne faut donc pas s’étonner si les Allemands, qui avaient toujours, depuis 1920, fait fabriquer en fraude du matériel de guerre à l’étranger, en Suède, en Hollande notamment, ne se sont plus gênés pour en faire chez eux et, même, pour préparer dans des laboratoires tels que ceux de Hambourg, des gaz empoisonnés et toxiques.

Les preuves de ces infractions abondent. C’est ainsi qu’en tenant compte des seules dépenses immédiatement apparentes, l’Allemagne consacre à son armement 30% de plus que la France.

Monsieur de Marcé a pu établir, chiffres en main, que si l’Allemagne n’avait disposé que des crédits spécialement affectés à cet effet, elle aurait pu acquérir depuis 1931 15.000 mitrailleuses au lieu de 2336 autorisées par le Traité de Versailles, 1250 canons au lieu de 337 autorisés par le traité, 1300 minenwerfer au lieu de 258.

D’autre part, tandis que l’ensemble des importations en Allemagne diminuait, celle des matières premières telles que le cuivre , le manganèse, le nickel, les riblons propres à la fabrication du matériel de guerre augmentait dans la proportion de 1 à 3 à 5 et à 6 ; les importations de bauxites, c’est-à-dire des minerais d’aluminium qui sont nécessaire à la fabrication des cellules d’avions et qui étaient en 1932 de 400 à 500 tonnes par mois, en sont arrivées à dépasser 5500 tonnes ; et alors que l’Allemagne exportait suivant les années 30.000 à 50.000 tonnes de goudron de houille, qui donne par distillation des huiles légères servant à la fabrication des explosifs supérieurs, elle en a importé 15.000 tonnes pendant ces derniers mois.

Durant ce temps, une quarantaine d’usines – et elles ne sont pas toutes autorisées, j’en ai là l’état mais je vous en épargne la lecture – une quarantaine d’usines, de fabriques de matériel de guerre, de poudres et d’explosifs ont augmenté l’effectif de leur personnel.

Krupp, qui fabrique un 77 silencieux portant à 12 kilomètres, a pris des ouvriers en surnombre. De même, Daimler, Bussing, qui font des tanks, des automitrailleuses, Mauser, dont vous connaissez la spécialité, a été jusqu'à doubler le chiffre de son personnel.

Ainsi a-t-on assisté en bourse, malgré la dépression du marché, à une hausse continue des valeurs des maisons qui travaillent pour la défense nationale. Certaines d'entre elles, que Monsieur le Ministre doit connaître - il me fait un signe d'assentiment, je n'en suis pas surpris - qui avaient, du reste, changé de nom et de destination depuis 1918, n'ont pas hésité à s'intituler de nouveau "Fabriques d'armes et de munitions".

Dans ces conditions, vous pensez bien - et je n'ai fait que citer quelques faits entre beaucoup d'autres - on ne peut plus avoir l'illusion que l'adoption à Genève d'une convention de désarmement, à laquelle je ne verrais pour ma part que des avantages, pourrait encore produire un tel effet moral qu'elle empêcherait l'Allemagne de réarmer.

Permettez-moi de vous le dire, mon cher Guernut. Vous me faites l'effet de ces généraux qui prépareraient aujourd'hui la guerre de 1914. Vous êtes à un stade périmé. Ce que vous vous flattez d'éviter s'est déjà produit. 

Il ne faut plus parler, comme le fait tout le temps Monsieur Léon Blum, des armements de l'Allemagne au futur, mais bien au passé ou au moins au présent. Plus en tout cas au futur.

Il résulte de renseignements précis, puisés aux meilleures sources et qui, j'en suis sûr, correspondent à ceux recueillis par le gouvernement, qu'à l'heure présente, l'Allemagne est en mesure de mobiliser, en l'espace de moins de 5 jours, un minimum de 45 divisions, soit 25 provenant de la démultiplication de la Reischwehr et 20 constituées des éléments nazis les plus jeunes et les mieux entraînés des formations S.S. et S.A, sans préjudice d'un grand nombre de divisions de Grenzschutz destinées à la couverture immédiate de la frontière. Et elle a poussé sa mobilisation industrielle jusqu'à un tel degré de perfectionnement que, grâce aux masses d'hommes dont elle dispose, elle serait sans doute vite prête à en lever d'autres.

Il n'y a plus, dès lors, d'hésitation possible. (...) Nous sommes dans une situation à peu prés semblable à celle dans laquelle nos aînés se sont trouvés au moment de Sadowa (*victoire de la Prusse sur l'Autriche en 1866), quand Monsieur Thiers proclamait, à cette même tribune, avec une clairvoyance prophétique, qu'il n'y avait plus une faute à commettre. Aujourd'hui comme il y a soixante sept ans, la paix ne peut être sauvée qu'au prix d'une action aussi prompte qu'énergique.

(...) Voyez-vous, il faut avoir le courage de l'avouer : à l'action qui s'impose, oui, il y a un obstacle. Un seul, mais il est grand. C'est cette atonie de notre propre opinion ; et chez nos dirigeants, cette phobie de l'action, qui sont révélatrices du trouble, de l'affaissement moral, qui, comme le notait justement l'éminent président du Sénat *, est à l'origine de la plupart des difficultés de l'heure, qu'elles soient d'ordre économique, financier ou extérieur. »

 

 * Jules Jeanneney, ancien secrétaire d'Etat dans le cabinet de guerre de Clemenceau (1917-1920), président du Sénat (1932-1940), appartenant au groupe radical-socialiste. Comme Georges Mandel, il demandera en vain avec son collègue Edouard Herriot président de la Chambre des Députés au président de la République Albert Lebrun la poursuite des combats en Afrique du Nord avec la Flotte (4ème flotte mondiale) au lieu de l'appel au maréchal Pétain pour succéder au cabinet Reynaud démissionnaire (16 juin 1940). A ce sujet voir notre article "L'invasion allemande et l'affaire de l'Armistice" dans la rubrique "Chatou et la deuxième guerre mondiale".

 

 

Cérémonie du 5 juin 2008 organisée par l'association Chatou Notre Ville pour la pose du médaillon offert par La Société des Amis de Georges Clemenceau présidée par Monsieur Marcel Wormser sur la maison natale de Georges Mandel à Chatou ,10 avenue du Général Sarrail

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Discours d'inauguration du médaillon de Georges Mandel sur sa maison natale du 10 avenue du Général Sarrail le 5 juin 2008 prononcé par Pierre Arrivetz 

"Monsieur le Sous-Préfet, Monsieur le Maire, Monsieur le Bâtonnier, Cher Monsieur Wormser, Mesdames, Messieurs les élus et présidents d’associations, Mesdames, Messieurs,

L’association Chatou Notre Ville tient à vous remercier de votre présence sur ce site emblématique d’une histoire du XXème siècle. D’entrée, je tiens à préciser que cette cérémonie, organisée par l’association, compte derrière elle, le dévouement particulier de Monsieur et Madame Caillaud, propriétaires de la maison natale de Georges Mandel, la contribution éloquente de l’association des Amis de Georges Clemenceau à qui l’on doit le médaillon, le bon accueil de Monsieur Fournier, maire de Chatou, qui nous a offert le concours des services techniques et la communication du journal municipal, enfin la mise à disposition d’une partie du budget de nos adhérents au service de votre information et du petit buffet qui doit suivre.

Il y a onze ans maintenant, notre association avait organisé salle Jean Françaix une conférence sur Georges Mandel à l’occasion de la parution du livre couronné du prix de l’Assemblée Nationale du bâtonnier Favreau, dont je salue la présence ce soir, qui s’était déplacé à Chatou pour nous conter l’histoire de cet homme singulier.  Cet ouvrage amplifiait des travaux précédents, non moins conséquents, sur une figure qui éclaire gravement notre passé.

Né au 10 avenue du Chemin de Fer lors de la villégiature de ses parents à Chatou (aujourd’hui 10 avenue du Général Sarrail), Georges Mandel  entra dans la vie publique par une bataille,  celle de l’apprentissage qu’il réalisa dans le milieu journalistique et politique. Cette première expérience évolua lors de  l’accession de son chef, Georges Clemenceau , à la tête d’un cabinet de guerre en 1917 formé pour la victoire de nos armées. Georges Mandel, travailleur acharné doté d’une mémoire peu commune et d’une perspicacité évidente, qui ne disposait d’aucun diplôme, ne se rendait pas sympathique, traitait les adversaires du Tigre avec des formules lapidaires et n’hésitait pas à ressortir à titre dissuasif les papiers compromettants de tel ou tel pour déjouer les complots, permit à Georges Clemenceau de jouer à plein son rôle d’homme providentiel. A 32 ans, et après 13 ans de bons et loyaux services, le natif de Chatou devint en effet le chef de cabinet du sauveur de la patrie.

Dans un film diffusé récemment par les Archives Départementales des Yvelines et  prêté par le Service des Armées, on aperçoit le jeune Mandel au cours des réunions du Traité de Versailles, pendant lesquelles Georges Clemenceau tentait d’imposer la voix de la France martyre.

Après avoir reçu en héritage la victoire poursuivie par le Tigre, Georges Mandel put donner sa mesure dans la France meurtrie. Ce fut sa seconde naissance. Candidat aux élections en Gironde dans l’arrondissement de Lesparre en 1919, il se fit élire sous les couleurs du Bloc National, et après une défaite aux élections de 1924, redevint député comme conservateur indépendant dans cet arrondissement, de 1928 à la seconde guerre mondiale. Ses élections, homériques à un point que l’on ne peut plus soupçonner aujourd’hui, étaient ponctuées  d’attaques antisémites provenant de ses adversaires tant de droite que de gauche.

Devenu ministre en 1934, il fut l’un des rares rescapés de la vague du Front Populaire en 1936, réussissant le tour de force de se faire élire à la Chambre au premier tour. Sait-on aujourd’hui que Georges Mandel, président de la commission du suffrage universel et soucieux de réformer le système des partis, se battit en 1931 pour l’élection à un tour et le droit de vote des femmes ?

Pourquoi Georges Mandel fut-il l’un des hommes les plus attaqués de son époque, alors que tant d’autres, par leurs erreurs ou leur faiblesse, échappaient à la vindicte ? parce qu’il avait commis le pêché mortel de défendre l ‘application du Traité de Versailles contre le réarmement allemand, qu’il osait être juif sans être de gauche, qu’il luttait contre l’aveuglement en publiant dans son journal des extraits de Mein Kampf en 1934, qu’il dénonçait toutes les démissions concernant la stratégie et la défense de la France, qu’en plein effondrement il prônait la poursuite des combats dans les Colonies, qu’il avait lui-même armées et qui devaient se révéler un bastion contre l’envahisseur.

Mandel imposait une cohérence implacable à tous ceux, qui pour assurer leur avenir, préféraient ignorer les impératifs de sécurité nationale. En somme, son erreur fut  d’avoir raison trop tôt dans une France vaincue par le traumatisme de la Grande Guerre.

En tant que ministre, Georges Mandel trancha avec ses contemporains par son efficacité. Toujours confiné dans des ministères subalternes pour ne pas déplaire à l’état-major et ne pas porter ombrage  aux leaders radicaux-socialistes qui s’arqueboutaient  aux leviers du pouvoir, il réussit partout où il passa ainsi que nous le rappelle le bâtonnier Favreau dans son ouvrage : aux PTT, anémiés par la routine et les féodalités, il fut de 1934 à 1936 le ministre des usagers.

Il créa un service central des réclamations, rendit publiques les plaintes et les sanctions, abaissa le prix des communications téléphoniques et télégraphiques, répandit le téléphone dans les campagnes, créa un service de réservation téléphonique pour les théâtres, les trains, les bateaux et les avions, tenta en vain d’imposer le service postal du dimanche, créa la première compagnie postale aérienne intérieure, combattit les grèves en envoyant du personnel de remplacement. 

Il fut également le ministre du progrès technique, mis au service du rayonnement de la France. Les grands postes émetteurs, d’une puissance  de 60 kilowatts furent portés à 100 kilowatts., Radio-Colonial émit 24 heures sur 24 et ce, en 7 langues. Le ministre supprima la publicité sur les ondes d’Etat, assura la retransmission plusieurs fois par semaine des pièces des théâtres subventionnés et des plus grands concerts. En 1935, la radio fut même appelée à diffuser des cours de vacances pour les enfants du primaire et des lycées. Dés lors, on ne s’étonnera pas que le secteur de la construction de la TSF, concentré dans les usines Pathé de Chatou, connut un nouvel essor sous son ministère.

Enfin, Georges Mandel signa le 26 avril 1935 l’apparition de la première émission publique de télévision.

Chassé des PTT en 1936 par l’arrivée du Front Populaire, le ministre revint aux Colonies en 1938, qu’il arma et développa sur le plan économique. Malgré la politique de rattrapage qu’il imposa à ses subordonnés et une progression certaine, le temps manqua pour achever l’essentiel. Notons que le général Catroux, gouverneur d’Indochine, et Félix Eboué, gouverneur du Tchad, furent nommés par lui. On sait qu’ils devinrent des piliers de la France Libre.

En 1939, lorsque la propagande battait son plein, le journal « L’Ame Gauloise » n’hésita pas à qualifier Mandel de « constructeur d’empire ». L’engagement de l’Outre-Mer et de ses ressources au-delà de ce qui avait été réalisé en 1918, témoigna du combat quotidien du ministre pour vaincre la démission et lutter contrer l’ombre grandissante de l’hitlérisme.

Un moment de la vie de Georges Mandel demeure pour nous comme un signe du destin sur deux engagements historiques :   c’est le passage à témoin que constitue l’entrevue de Georges Mandel ministre de l’Intérieur avec Charles de Gaulle sous-secrétaire d’Etat à la Défense le 13 juin 1940, à la veille de l’occupation de Paris par l’armée allemande. Selon le témoignage du Général dans ses Mémoires de Guerre, les propos du ministre en sa faveur l’impressionnèrent, le convainquant de ne pas démissionner et de s’engager dans la voie de l’appel à la résistance. Ensuite, c’est une encre noire qui étreint la vie de ce Catovien de naissance.

Si Churchill fit tout pour sauver Mandel, celui-ci refusa de s’expatrier pour ne pas être accusé d’être un juif traître à son pays. C’est ainsi qu’après quatre ans d’emprisonnement à l’initiative du régime de Vichy, Georges Mandel fut livré par la Gestapo à la Milice.

Son assassinat par des compatriotes, est une tragédie au regard de l’histoire, au regard de cette aventure de résistants politiques qui avaient compris que le destin de la France ne devait pas se jouer entre les mains de ses oppresseurs mais de ceux qui pour toujours, incarneraient l’esprit de son indépendance et de sa liberté.

Saluons donc votre naissance Georges Mandel, elle est pour Chatou une fierté et pour les générations futures, le début d’un combat mis en lumière par des historiens de talent, comptant désormais - hommage suprême -, l’actuel président de cette patrie que vous avez toujours su défendre." 

   

 
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Pierre Arrivetz et à gauche en costume marron, Alain Hamet, président de l'Amicale des Anciens Résistants et FFI et à droite en costume sombre, Jean-Claude Issenschmitt, président du Souvenir Français Chatou-Montesson
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Monsieur Marcel Wormser, président de la Société des Amis de Georges Clemenceau entouré de Jean-Claude Issenschmitt, président du Souvenir Français Chatou-Montesson et de Pierre Arrivetz, président de l'association Chatou Notre Ville
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Monsieur Ghislain Fournier, nouveau maire
et conseiller général de Chatou
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Monsieur Jean-Pierre Rotschild, petit-neveu de Georges Mandel, à sa droite Monsieur Mouchel-Blaisot, Sous-Préfet des Yvelines et Monsieur Alain Hamet, président de l'Amicale des Anciens Résistants et FFI à droite de Pierre Arrivetz
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Une photo d'ensemble pour la pose du médaillon sur la maison natale de Georges Mandel : à l'extrême gauche, Madame Jacqueline Penez, conseillère régionale et conseillère municipale de Chatou, Monsieur Jean-Pierre Rotschild, petit-neveu de Georges Mandel, Monsieur Lucien Ruchet, trésorier de l'Amicale des Anciens Résistants et FFI, Monsieur Mouchel-Blaisot, Sous-Préfet des Yvelines, Monsieur Marcel Wormser, président de la Société des Amis de Georges Clemenceau, Monsieur Ghislain Fournier, maire et conseiller général de Chatou, Monsieur Alain Hamet président de l'Amicale des Anciens Résistants et FFI, Pierre Arrivetz, président de l'association Chatou Notre Ville et conseiller municipal, Maître Bertrand Favreau, ancien bâtonnier du barreau de Bordeaux, auteur de l'ouvrage "Georges Mandel ou la passion de la République " (Fayard) couronné du Prix de l'Assemblée Nationale (1996), Monsieur Jean-Claude Issenschmitt, président du Souvenir Français de Chatou-Montesson et ancien maire-adjoint, Monsieur et Madame Caillaud, propriétaires de la maison natale de Georges Mandel et hôtes de la cérémonie, Monsieur Max Agir, président de l'Association des Pupilles de la Nation
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Le livre de Bertrand Favreau couronné du
Prix de l'Assemblée Nationale (1996)
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Le Courrier des Yvelines qui a "couvert" cette manifestation

 

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Des images émouvantes. L'hommage à Fontainebleau sur le lieu de l'assassinat autour de la stèle de Georges Mandel de Léon Blum, chef du dernier Gouvernement Provisoire de la République Française (16 déc.1946-16 janv.1947), en présence du fils de Winston Churchill, Randolf Churchill. Et Léon Blum embrassant à cette occasion Béatrice Bretty, sociétaire de la Comédie Française et compagne de Georges Mandel - Le Monde Illustré 20 juillet 1946 -

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Une très belle photographie de Claude Mandel, fille du ministre assassiné qui vécut dans la maison natale de Georges Mandel à Chatou jusqu'en 1994, avec un Conseiller de la République  Camerounais lors d'un hommage au Ministère de la France d'Outre-Mer pour le troisième anniversaire de la mort de son père, ministre des Colonies de 1938 à 1940 - Le Monde Illustré 19 juillet 1947 -

 

 

 

 

 

15/11/2013

GEORGES MANDEL, LE MINISTRE DE LA SANTE DES COLONIES (1938-1940)

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Collection de l'auteur

 

Dans la société politique française de l’entre-deux-guerres, le natif de Chatou Georges Mandel était l’homme qui comprenait et agissait. Depuis sa première nomination en 1934, ses ministères ne traduisaient plus seulement une occupation de fonctions mais une succession d’offensives contre les maux intérieurs qui grevaient l’intérêt de la France.

L’opinion publique avait pu applaudir à l’efficacité de ses services aux PTT entre 1934 et 1936, Mandel lui offrant le charme d’une image d’homme fort et compétent au milieu d’une instabilité et d’une légèreté chroniques.

Le ministère des Colonies, entre 1938 et 1940, représenta une action méconnue de la défense nationale sur un territoire de 110 millions d'habitants, la France possédant le second empire colonial du monde. Quant à l’état-major, qui détestait Mandel pour son esprit d’initiative et lui reprochait d’être resté prés de Clemenceau au lieu d’être allé aux tranchées en 1914,  son incapacité et son aveuglement concernant la défense du pays le conduisit naturellement à se désintéresser de ce que le ministre avait discerné dans le second front possible des colonies, avisant l’existence d’un secteur subalterne.

C’est ainsi que ce que Mandel exigeait, on le lui accordait. Le ministère des Colonies, repris tardivement en mains par lui à la suite de l’effondrement du Front Populaire en 1938, fut à son tour passé par les oukases de l’homme d’Etat.  Une partie de son action se situa sur le plan de la santé publique. Les crédits affectés aux services sanitaires offerts à la population furent partout augmentés :

-         En Indochine, de 90.590.000 francs en 1938, ceux-ci furent inscrits pour 112 .590.000 francs, soit une augmentation de 22 millions

 

-         A Madagascar, de 24.770.000 francs, ceux-ci passèrent à 33.068.000 francs, soit une augmentation de 8.298.000 francs

 

-         En Afrique Occidentale, on passa d’un budget de 100 millions à un budget de 162.280.000 francs

Seule l’Afrique Equatoriale dont les crédits avaient été augmentés de 50% en 1937, furent maintenus au même chiffre en 1939.

Derrière les chiffres, l’action visait l’augmentation des personnels médicaux civils et militaires, la modernisation des écoles de médecine de Dakar, Tananarive, Pondichéry, Hanoï, Brazzaville, la création d’un service d’assistance sociale pour tous les pays indochinois à l’exemple de celui existant en Cochinchine, la mise à disposition des médicaments contre la syphilis, le paludisme, la peste etc…N’ayant pas de goût pour la généralité, le ministre édita des circulaires  prescrivant l’approvisionnement des pharmacies des colonies pour six mois pour les médicaments, pansements, matériel sanitaire, et ce, afin de pourvoir à une éventuelle rupture de communication entre la métropole et les colonies. Les moyens de transports, en nombre insuffisant pour les ambulances et transports sanitaires, furent assignés également à l’augmentation.

Les campagnes renforcées de vaccination produisirent leurs effets : à Madagascar, où l’on enregistrait 2006 morts de la peste en 1936, le chiffre tomba à 671 cas en 1938. En Afrique Occidentale et en Indochine, ne subsistèrent que quelques cas isolés. A la suite d’un arrêté du 14 septembre 1938 du ministre, une campagne de vaccination contre la fièvre jaune toucha 100.000 sujets en Afrique Occidentale Française cependant que la gratuité de la quinine contre le paludisme était imposée en faveur des fonctionnaires civils et militaires et de leurs familles. Des épidémies de méningites cérébrospinales venues du Nigéria furent jugulées en peu de temps au Soudan, Niger et Côte d’Ivoire en 1938.

Georges Mandel créa également une Commission consultative de la maladie du sommeil au ministère des Colonies, bénéficiant du concours de la Société de Pathologie Exotique de Paris, et chargée de statuer sur toutes les questions thérapeutiques et techniques de la maladie. Une Commission contre la lèpre aboutit à un recensement des malades, à une campagne de soins de l’Institut de Bamako et au projet de construction de villages spécialisés pour les lépreux. Les œuvres sociales furent encouragées, un Institut Pasteur créé en Martinique, un autre au Cameroun, et des services radio-médicaux furent installés dans tout l’Empire.

De cette action obscure mais utile, des éloges furent tirés de la part de praticiens de l'époque mais qui s’en souvient aujourd’hui ?

 

Source :

L'oeuvre sanitaire de Monsieur Georges Mandel aux Colonies par le docteur Sasportas - "L'Hygiène Sociale" - novembre 1939

 

09/10/2013

GEORGES MANDEL : PREMIERE NOMINATION AU GOUVERNEMENT LE 8 NOVEMBRE 1934

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La chronique de François de Roux lors de la première nomination de Georges Mandel à un poste ministériel

 

« Les registres de l’état-civil indiquent que Monsieur Mandel est venu au monde à Chatou, le 5 juin 1885. Il ne faut pas trop se fier aux registres de l’état-civil. En réalité, Monsieur Mandel est né le jour où il collabora pour la première fois avec Monsieur Clemenceau. C’est sa venue au monde politique qui lui donna la vie.

 

La première rencontre de Monsieur Mandel et du Tigre date d’il y a prés de trente ans. Monsieur Mandel, qui était passé par le lycée et la faculté de droit, venait d’achever sa deuxième année à l’Ecole des Sciences…politiques, naturellement. Il était alors très maigre. Il avait un nez pointu. Il ressemblait à un rat. A vingt ans, il était comme à cinquante. Physiquement, Monsieur Mandel n’a pas changé.

Le jeune licencié en droit avait une ambition…provisoire. Il voulait faire partie de l’équipe de Clemenceau. Il ne voulait que cela : mais il le voulait bien. Clemenceau n’était pas commode à aborder. Muni de plusieurs lettres de recommandation, Monsieur Mandel avait tenté en vain, plusieurs fois, de se faire écouter par le directeur de l’Aurore. Déjà tenace, il ne se décourageait pas. Et le jour où il réussit, Clemenceau  était de fort mauvaise humeur.

Le chapeau sur l’oreille, il quittait, un soir, le soir pour aller dîner, lorsque Mandel parvînt, on ne sait comment, à s’agripper à lui. Clemenceau rentra dans son bureau avec le jeune gringalet.

Les collaborateurs pensèrent que le Tigre atterré ne ferait qu’une bouchée de sa maigre proie. Pas du tout. Après un quart d’heure, la porte s’ouvrit  et l’on vit Clemenceau  souriant apparaître aux côtés de Mandel, souriant aussi. Les deux hommes se dirigèrent vers la salle de rédaction.

-         Messieurs, dit Clemenceau, je vous présente un nouveau collaborateur, Monsieur Mandel qui rédigera désormais le bulletin quotidien de politique étrangère…Monsieur Mandel ne connaît absolument rien à la politique étrangère. C’est ce qui m’a décidé à l’engager. Je suis sûr ainsi qu’il n’apportera dans son travail ni préjugés ni parti pris.

La fortune, pour la première fois, souriait à Monsieur Mandel. Clemenceau apprécia tout de suite ce garçon merveilleusement renseigné sur tout ce qui touchait au Parlement et à ses coulisses, et qui avait la politique dans le sang. A la faveur de ces rares qualités, il lui arrivait de ne pas très bien écrire le français. Une fois, cependant, il le fit appeler et lui dit :

-        Mandel, vos articles ne sont pas plus bêtes que d’autres : mais ils sont mal rédigés. Désormais, pour chaque phrase, vous êtes autorisé à user, d’un sujet, d’un verbe, d’un complément direct…direct, vous m’entendez…Quand vous tiendrez absolument à mettre un complément indirect, vous viendrez me demander l’autorisation.

Monsieur Mandel n’a jamais été un grand journaliste. Mais il fut un chef de cabinet extraordinaire, de 1917 à 1919. Il entreprit, dés ce moment-là, de se faire des ennemis un peu partout. C’est la tactique  qu’il a toujours suivie, et qui lui a toujours réussi…

Au cabinet de Clemenceau, Mandel put exercer, en fait, une fonction qu’il aime entre toutes et qu’il n’est pas encore arrivé à rattraper depuis quinze ans qu’il l’a perdue…Il fut le véritable ministre de l’Intérieur.

A la place Beauvau régnait alors mais ne gouvernait pas, un vieux monsieur riche et courtois, qui,  sur l’ordre de Clemenceau, s’était cinq ans auparavant, présenté à la Présidence de la République contre Poincaré, et avait échoué. On l’appelait Monsieur Pams.

Tout au début de leur collaboration, Mandel allait presque quotidiennement au Ministère de l’Intérieur, indiquer au ministre ce qu’il devait faire. C’est même au cours d’une de ces visites qu’il découvrit que le bureau du sous-secrétaire d’Etat avait été déménagé et transporté dans la cave, en prévision des raids de gothas.

Monsieur Mandel fit promptement remonter au deuxième étage le courageux sous-ministre, qui, devant la colère du délégué du « patron », ne savait plus où se mettre.

Par la suite, Monsieur Mandel ne quitta plus son bureau de la rue Saint-Dominique. Monsieur Pams se dérangeait et venait lui-même aux ordres.

La guerre achevée, comme il était difficile de prolonger indéfiniment la Chambre de la Victoire, on fixa au 16 novembre 1919 la date des élections. Monsieur Mandel était tout-puissant.

Il se présenta en Gironde à la tête d’une liste qui, seule dans la France entière, eut le droit de s’étiqueter « clemenciste ». Ce mot nouveau servait à double fin : c’était à la fois une recommandation et une opinion politique. Monsieur Mandel entra au Parlement en triomphateur.

Cependant, Clemenceau qui avait conservé le pouvoir avait vu, avec regret, Mandel quitter son cabinet, Mandel qui lui rendait de si grands services et des plus variés.

On raconte, qu’au moment de l’Armistice, chaque fois que Clemenceau sortait du ministère, il trouvait dans la cour une délégation « de quelque chose », précédée d’une petite fille qui tenait à la main un bouquet et de l’autre un compliment écrit.

Clemenceau, excédé, avait fini par trouver un truc excellent. En passant, il disait : « je n’ai pas une minute mais Mandel est un autre moi-même. Dites-lui le compliment et donnez-lui les fleurs. Il embrassera à ma place cette charmante enfant.

A la Chambre, Mandel tenta par de savantes  combinaisons, de faire entrer son grand patron à l’Elysée. On sait qu’il ne réussit pas. Pendant toute la législature, il perdit son temps en manœuvres inutiles. Il faisait alors partie d’un petit groupe, se réclamant de Clemenceau, qui comptait notamment parmi ses membres André Tardieu et Loucheur.

Ces messieurs désiraient le pouvoir, le pouvoir intégral. Loucheur lâcha le premier pour entrer comme ministre des Régions Libérées dans un cabinet Briand. Ca, c’était naturel. Ce qui l’était moins, c’était l’obstination de Mandel…Elle a fini par céder après quatorze ans.

De méchantes langues assurent qu'elle aurait cédé beaucoup plus tôt si un président du Conseil avait eu l’idée, avant Monsieur Flandin, d’offrir le moindre maroquin à Monsieur Mandel. L’offre tardive du ministère des PTT lui a permis de rester toujours fidèle à son chef.

Vivant, Clemenceau eût certainement pris de travers la collaboration avec Flandin. Mort, il ne pouvait même pas empêcher Mandel de déposer une gerbe sur le monument des Champs-Elysées avant d’assister à son premier Conseil.

Voici donc Monsieur Mandel à la tête d’une administration qui compte deux cent mille agents et qui dispose du Central Télégraphique, du Central Téléphonique et de la radio…La radio française est en piteux état. On attend, depuis quinze jours déjà, que Monsieur Mandel veuille bien s’occuper d’entreprendre une réorganisation. Il y a la une tâche urgente et nécessaire, plus importante que les petits jeux parlementaires.

On attend aussi Monsieur Mandel à la première grêve des postiers. Lui, il attend autre chose. Il attend le ministère de l’Intérieur…Et il pense que rien ne presse puisque Clemenceau lui-même n’est devenu pour la première fois le premier des flics qu’à soixante ans passés."

 

« Voilà »  - 1er décembre 1934

 

 

11/11/2012

"CLEMENCEAU" SUR FRANCE 3

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Sortie du Traité de Versailles: au premier plan, Clemenceau et Wilson, au fond, quatrième en partant de la gauche, Georges Mandel, son jeune chef de cabinet, né à Chatou le 5 juin 1885. Source : "Georges Mandel, l'homme politique" par Georges Wormser - cliché coll. Georges Sirot - Librairie Plon 1967.

 

Servi par une reconstitution sans défaut et des comédiens excellents, Didier Bezace dans le rôle de  Clemenceau, Marc Citti dans celui de Georges Mandel, Grégory Gadebois dans celui de Georges Wormser et Thierry Gibault dans celui du général Mordacq, le téléfilm « Clemenceau » d’Olivier Guignard diffusé sur France 3 le 10 novembre 2012 a offert au grand public l’histoire d’une phase décisive de la Grande Guerre. Alors que le conflit mondial, loin de s’enliser, tournait au désavantage de la France trois ans après son déclenchement, Georges Clemenceau, ancien président du Conseil de 1906-1909 alors âgé de 75 ans, fut nommé en désespoir de cause par le président Poincaré. Changement de chef, changement de méthode, changement de commandement, changement d’attitude. La durée et le caractère meurtrier du conflit auraient perdu tout sens si la France avait signé une paix blanche. 

Le général Foch nouvellement nommé contenait l’invasion, mais il manquait les clés de la victoire : l’arrivée du million de soldats américains conjuguée au lancement des chars et à la multiplication des avions, fit  passer l’espoir dans le camp allié en août 1918. La persévérance payait enfin, Foch faisait reculer l’armée allemande. Pendant tout ce temps, Georges Mandel agissait, défaisait les intrigues, représentait Clemenceau dans tous les secteurs hors la guerre. Il fut le chef de cabinet de Clemenceau, l’homme de confiance détesté qui tint les parlementaires jusqu’à la victoire.

Même en fiction, le discours de Clemenceau et ses paroles sur la « France retrouvée » aux côtés des représentants de l’Alsace-Lorraine, ont permis au spectateur de ressentir l’émotion bouleversante du sacrifice et de la gloire du pays. « Etre fort pour imposer la paix », un appel de raison de Clemenceau rendu à la vie civile que l’on refusa d’entendre. En 1920, battu aux élections présidentielles sur la campagne d’Aristide Briand qui fit élire Paul Deschanel, dont le passage à la folie interrompit piteusement le mandat, Clemenceau vit peu à peu jusqu’à sa mort son action se diluer dans les jeux parlementaires habituels et l’impuissance de la S.D.N. promue par Briand apparaître au grand jour.

Après la disparition de Clemenceau (1929), Georges Mandel fut le seul parlementaire avec Henri de Kerillis à s’opposer aux violations continuelles des clauses du traité de Versailles. L’éclat de la victoire de 1918, le patriotisme de la Grande Guerre, le tribut trop lourd payé par la France, furent jetés aux orties. A l’arrivée d’Hitler, un pacifisme électoraliste, un nationalisme de règlements de compte, une stratégie de défense nationale forgée par la médiocrité, relayèrent puis balayèrent la victoire de 1918.

23/06/2012

"GEORGES MANDEL" (1885-1944) PAR PAUL COBLENTZ

MANDEL PORTRAIT 4.jpg « Georges Mandel, je veux dire Louis Georges Rotschild, car tel était son véritable nom, est né le 5 juin 1885 à Chatou. Ses parents y passaient cette année-là les mois d’été dans une petite villa située avenue du Chemin de Fer (aujourd’hui rue du Général Sarrail).

Chatou 1885…15 kilomètres de Paris…C’était alors le bout du monde, une halte de quelques « pataches », de quelques rares omnibus, l’arrêt d’une ligne de grande banlieue aux trains peu nombreux. Les estivants n’en venaient pas moins y découvrir pendant les vacances les multiples agréments que la Seine offre à ses fidèles. Les Guides Bleus de l’époque vantaient en aval et en amont de Chatou deux îles bénies des amoureux, un excellent estaminet au milieu d’herbages « médiocres mais fleuris » qui attirait vers Chatou bien des gourmets de Paris et de Saint-Germain.

Les pêcheurs numéro 1, comme on les appelait alors (on dirait aujourd’hui « les mordus ») se donnaient rendez-vous sur les berges de Chatou pour y traquer sans merci ces fritures merveilleuses dont l’espèce tend depuis à disparaître.

Si j’insiste quelque peu sur cette charmante bourgade natale de Georges Mandel, c’est que, quarante ans plus tard, l’homme d’Etat aimait encore à s’y arrêter au passage, à y rêvasser quelques instants, ce qui contrastait singulièrement avec ses habitudes, et, il faut le noter, avec le peu de cas que ce politique faisait du spectacle de la nature.

Entre deux suspensions de séance tumultueuse au Palais Bourbon, tandis que les couloirs bouillonnaient d’une fièvre tapageuse dont Mandel était bien souvent le satanique animateur, Lautier prétendait que le député de Lesparre, montant seul dans sa voiture, a donné plus d’une fois cet ordre à son fidèle chauffeur : « - Henri, à Chatou, aller et retour. » (…) »

In Paul Coblentz "Georges Mandel" (1946)         

 

 

Pour en savoir plus sur l'homme d'Etat né à Chatou, voir notre rubrique "*Manifestations historiques" au sujet de la pose du médaillon de Georges Mandel le 5 juin 2008 sur sa maison natale avenue Sarrail.