12.07.2008
LES "FAUVES" A CHATOU

Couverture du catalogue de l'exposition"Chatou" (Galerie Bing - mars 1947) par Maurice de Vlaminck. Celui-ci habita Chatou de 1893 à 1905, notamment 87 rue de Saint-Germain (avenue Foch depuis 1931)
"Au mois de juillet 1900, étant en permission de quinze jours (ma libération devait avoir lieu en septembre), j’avais pris à Chatou le train pour Paris. Dans le compartiment où j’étais monté, assis en face de moi se trouvait André Derain. Bien qu’habitant depuis toujours le même pays, nous ne nous étions jamais adressé la parole.
Nous nous connaissions seulement de vue, pour nous être souvent croisés dans les rues du village. Derain avait assisté à des courses de vélo auxquelles je participais. Maintes fois, il avait pu me rencontrer, mon violon sous le bras ou trimbalant des toiles et ma boîte à couleurs.
A cette époque, Derain avait à peine vingt ans. C’était un grand type efflanqué, aux longues jambes. Il était habituellement vêtu d’un manteau à pèlerine et coiffé d’un chapeau mou. Il avait vaguement l’air d’un escholier de la Basoche du temps de Louis XV : quelque chose comme un François Villon amélioré…
Je ne sais quelle rage intempestive me le fit attaquer : - « ça va bientôt être votre tour de chausser des godillots ! » - « pas avant l’année prochaine, me répondit-il, un peu interloqué. » Le même soir, nous nous retrouvions sur le quai et nous reprenions notre entretien. Le résultat de cette rencontre fut qu’on se promit de travailler ensemble.
De notre historique atelier, des fenêtres d’où l’on apercevait le village de Chatou, le bateau-lavoir amarré à la berge, le clocher, l’église, les chevaux que les charretiers menaient à l’abreuvoir, les voitures des maraîchers qui passaient le pont, pour aller charger les carottes de Montesson et les navets de Croissy, il ne reste, à l’heure où j’écris ces lignes, qu’un dérisoire rez-de-chaussée. Avant que la bâtisse ne s’écroulât définitivement, on la fit battre et on n’en laissa, avec les sous-sols, que quelques murs sur lesquels on posa un toit.
Pour nous, c’est toujours le lieu où fut fondée « l’école de Chatou », premiers germes, premiers essais du mouvement qui devait prendre le nom de Fauvisme. Le Fauvisme n’était pas une invention, une attitude. Mais une façon d’être, d’agir, de penser, de respirer. Très souvent, quand Derain venait en permission, nous partions de bon matin, à la recherche du motif. Notre habituel terrain de chasse, c’était les côteaux de Carrières-Saint-Denis qui étaient encore couverts de vignes et d’où l’on apercevait toute la vallée de la Seine. A notre approche, les grives, les alouettes, s’envolaient dans le ciel clair.
D’autres fois, nous partions, pour faire en explorateurs une balade à pied de vingt à trente kilomètres. Nous remontions la Seine jusqu’à Saint-Ouen en suivant la berge. Notre enthousiasme n’avait d’égal que notre endurance et notre bonne humeur. Cinq francs dans la poche : nous n’en demandions pas plus ! nous déjeunions au hasard d’un morceau de boudin ou de petit salé ; tout nous était bon et la vie nous paraissait belle. La fille qui nous servait, les masures dans le soleil, les remorqueurs qui passaient, traînant une file de péniches : la couleur de tout cela nous enchantait… c’était Chatou !"

Maurice de Vlaminck (1876-1958)
"Chatou ! mais j’y suis né !
J’ai débuté avec le père Jacomin, dont les fils étaient mes camarades de classe, avant 89. ce père Jacomin était un ancien ami de Cézanne, mais il détestait sa peinture. Je n’ai probablement pas profité de ses leçons. Comme beaucoup d’artistes, le père Jacomin habitait Chatou qui était alors une sorte de « Barbizon », aux portes de Paris. Il m’emmenait faire du paysage avec ses fils, mais il nous appelait, Vlaminck et moi, les « Intransigeants ». C’est ainsi qu’on nommait, vers 1860, les méchants, les révolutionnaires. Mais même le courroux esthétique change d’expression ; Pierre Wolf avait lancé « les Barbouilleurs » pour flétrir l’impressionnisme. Les journalistes n’ont eu aucun effort d’imagination à fournir, ils nous ont appelé les barbouilleurs. Comme si Dieu le Père avait orchestré leur indignation, les professionnels du critère, pendant 20 ans de campagne contre l’Art, avaient trouvé le même qualificatif pour Cézanne, Manet, Van Gogh, Lautrec, Gauguin, Henri Rousseau. Picasso, un peu plus tard, devait bénéficier de la même distinction : barbouilleur ! ça vous classait ! Les deux barbouilleurs se promenaient comme des amoureux, ils avaient un amour commun : la peinture. Que de fois ai-je accompagné Vlaminck jusque devant sa porte, il revenait jusque chez moi, je le raccompagnais encore, lui aussi, et ainsi de suite jusqu’au matin. Quelques heures après, nous repartions avec la boîte à couleurs et le chevalet de campagne. Toujours grisés de couleur, et de soleil qui fait vivre la couleur !
Vlaminck et moi avons ensuite eu un atelier commun, à côté de chez Fournaise, que les Impressionnistes avaient rendu célèbre. Renoir y a peint « La Grenouillère » et « Les Canotiers », je pense que « Les Demoiselles » de Courbet y ont été peintes en 1855. J’y ai encore vu Degas, en barque, sur la Seine, vêtu d’une épaisse fourrure, en plein mois d’août. Plus tard, les « Intransigeants » sont devenus les « Indépendants ». On nous a appelés les « Fauves » parce que ça « gueulait », mais Chatou, c’était bien notre Jungle."

André Derain (1880-1954)


In Catalogue de la Galerie Bing,174 rue du Faubourg Saint-Honoré, mars 1947, exposition « Chatou »

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10.07.2008
GEORGES MANDEL DANS LA PRESSE


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21.06.2008
DISPARITION D'UN GRAND MILITAIRE ET RESISTANT, LOUIS LE CLEAC'H (1914-2008)
Monsieur Louis Le Cléac’h s’était installé avec sa famille en 1958 4 rue Lantoine à Chatou où il demeura 45 ans.
Son parcours fut celui d’un combattant. Né le 14 juin 1914 à Brest, il était devenu enfant de troupe à 10 ans. En 1927, il était entré à l’Ecole Militaire des Andelys puis en était sorti en 1930 pour rejoindre l’Ecole Militaire Préparatoire d’Autun. Muté à Epinal , il y reçut ses premiers galons de caporal-chef (17.11.1932) puis de sergent (17.06.1933).
Admis à l’Ecole Militaire d’Infanterie et des Chars de Combat à Saint-Maixent de 1937 à 1939, il y devint sous-lieutenant le 1er octobre 1938.
Le 6 avril 1939, il fut affecté au 159ème régiment d’Infanterie Alpine à Embrun et fut promu lieutenant le 25 juin 1940, trois jours après l’Armistice. C’est à ce moment qu’il entra en Résistance et fut chargé de liaison avec le Vercors. Officier de renseignements en 1943 à Grenoble à l’O.R.A, il fut cité à l’Ordre du Corps d’Armée par le général Koenig et décoré de la Croix de Guerre avec Etoile Vermeille.
Il prit le commandement du maquis de Rosporden le 6 juin 1944 sous le nom de code de « capitaine Mercier » et libéra la ville.
Nommé capitaine le 1er août 1944, il participa aux libérations de Concarneau puis de Lorient en octobre 1944 en prenant le commandement du 1er bataillon du 118ème régiment d’infanterie.
Le 20 septembre 1944 , il fut fait Chevalier de la Légion d’Honneur avec attribution de la Croix de Guerre avec Palme.
Affecté à l’Ecole Militaire Préparatoire d’Autun, il prit le commandement du Centre de Perfectionnement d’Infanterie le 15 septembre 1945 puis reçut la Médaille de la Résistance le 3 août 1946. De 1947 à 1951, il commanda la première compagnie d’Infanterie à Rottweil en Allemagne.
Envoyé en Indochine le 20 avril 1951 comme commandant du 4ème bataillon du 3ème régiment de la Légion Etrangère au Tonkin, il fut cité à l’ordre de la Division, reçut la Croix de Guerre des TOE (théâtre des opérations extèrieures) avec Etoile d’Argent et fut nommé Chevalier de l’Ordre National du Vietnam.
De retour en France en 1954, il reçut le commandement de la place de Saint-Brieuc et fut élevé au grade de Chef de Bataillon.
Le 12 mars 1956, il fut envoyé en Algérie dans les Aurès à la tête de la 13ème Demi Brigade de la Légion Etrangère.
Il fut nommé Officier de la Légion d’Honneur le 14 août suivant avec citation à l’Ordre du Corps d’Armée et attribution de la Croix de la Valeur Militaire avec Etoile Vermeille le 1er août 1957.
Affecté à Oran le 18 juin 1958, il reçut la Croix du combattant Volontaire 1939/1945 le 25 juin 1958. Il revint à Paris l’année suivante où il fut affecté au Service de la Sécurité de la Défense Nationale et des Armées puis entra dans le Corps de Réserve de l’Armée en 1961.
Promu lieutenant-colonel le 1er octobre 1968, il fut décoré de l’Ordre National du Mérite le 4 décembre 1978 et se vit attribuer l'une des plus hautes distinctions militaires, celle de Commandeur de l’Ordre de la Légion d’Honneur le 4 mai 1993.
Nous présentons nos plus sincères condoléances à sa famille et saluons un héros discret qui défendit toute sa vie le drapeau de la France avec un courage et un dévouement exceptionnels.
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24.05.2007
MAURICE BERTEAUX (1852-1911)

Maurice Berteaux est l'un des hommes les plus emblématiques de Chatou et de la IIIème République à la Belle Epoque. Député-maire de Chatou de 1893 à 1911, ministre de la Guerre en 1904-1905 et 1911, vice-président de la Chambre des Députés à partir de 1906, ténor du parti radical-socialiste, député le mieux élu de France en 1910, il conduisit les affaires de Chatou avec désintéressement et modernité. Il fallut le tragique accident du meeting aérien Paris-Madrid le 21 mai 1911 à Issy-les-Moulineaux pour l'arracher à une carrière qui le conduisait aux portes de la présidence de la République selon les observateurs de l'époque. Patriote intransigeant, cavalier émérite, homme juste et clairvoyant apprécié dans tous les partis, il baptise les voies d'une cinquantaine de communes d'Ile-de-France.

L'Association a organisé une conférence sur Maurice Berteaux le 18 février 1999 à l'Institut du Bon Sauveur à laquelle participèrent le directeur de cabinet du maire d'Issy-les-Moulineaux et le maire de Croissy-sur-Seine. L'auteur de cette conférence n'était autre que Bernard Oudin, écrivain, historien (auteur d'une biographie d'Aristide Briand et d'une histoire de Londres), et petit-fils d'un proche collaborateur de Maurice Berteaux. Chatou Notre Ville, aprés avoir édité une revue historique, s'apprête à publier un livre sur Maurice Berteaux.

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