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27/12/2016

LE PAQUEBOT "PARIS", UNE CONTRIBUTION DES ATELIERS REMON

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La Grande Guerre avait ouvert en France une plaie géante, la tragédie d’une déshumanisation et d’une destruction sans précédent. La reconstruction devait se faire au plus vite. Le secteur de l’industrie s’y employa cependant que la création artistique française réapparut comme une fleur au printemps.

Mis en chantier en 1913, le paquebot « Paris » de la Compagnie Générale Transatlantique (carte ci-dessus) figura ce lien entre le rayonnement de la Belle Epoque et les lueurs du lendemain de la dévastation.

Lancé le 15 juin 1921, le navire disparut le 18 avril 1939 dans un incendie considéré communément comme criminel. Entre-temps, il avait redonné corps à une époque sur laquelle 4000 passagers ne manquèrent pas de jeter leur dévolu lors de chaque traversée.

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Le paquebot "Paris" (1921-1939) à quai à Saint-Nazaire

 

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paquebot "Paris", affiche d'Albert Sebille 

 

 

une illustration musicale de jazz des années cinquante sur une composition d'époque à écouter en installant windows media player sur votre bureau et une enceinte

 

 

  

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Cliché revue "La Renaissance de l'Art Français" (1921)

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Les ateliers Rémon (cf nos articles précédents sur le Catovien Georges Rémon) lui donnèrent le ton d’une magnificence passée à travers la réalisation d’une pièce commune, emblème de l’art de vivre à la française.

S’asseoir dans la grande salle à manger du « Paris » comme dans le fauteuil d’un palace 1900, contempler l’avenir, saluer l’Amérique, fouler le sol d’une nation conquérante tout en quittant le patrimoine rassurant et envié de la présence française, devint le programme attitré de milliers de voyageurs des deux continents. 

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Des vues de la grande salle à manger des premières classes réalisée par les ateliers Rémon. 

 

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Voici ce qu'écrivit  le journaliste Paul-Sentenac dans "La Renaissance de l'Art Français" en 1921 :

"La salle à manger des premières classes rivalise avec le grand salon pour la richesse de la conception Rémon et fils. Avec ses deux étages, avec le vitrage ouvragé de son plafond, avec la peinture d'Albert Besnard qui se place un peu à la manière d'un rideau de scène, cette pièce se présente presque comme une salle de théâtre. Ceci n'est-il pas très parisien pour un bateau qui a reçu le nom de "Paris" ?

Sur les panneaux, en clair citronnier de Ceylan, alternent en marqueteries, les souples retombées du léger houblon, de la vigne aux grappes plus lourdes, des feuillages du prunier aux fines feuilles, aux prunes violettes, ou du figuier aux larges feuilles.

Enfin, les rampes des escaliers, les balcons des galeries, les encadrements des fenêtres aux rosaces de pignes constituent de patients travaux de ferronnerie.

La sûreté et l'habileté du ferronnier Robert s'allient à l'élégance de ses arabesques. L'artiste a utilisé ingénieusement le sujet d'une fable de La Fontaine, "Le Renard et la Cigogne", pour la rampe centrale de l'escalier. Les sièges de cette salle à manger avec leurs formes amples, leurs tons éclaircis, avec l'entrelassure de leurs fonds, se montrent d'une accueillante modernité".

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L'expert français en grands paquebots, Louis-René Vian, ancien élève de l'école Camondo, écrivit au sujet du réaménagement intèrieur du "Paris" en 1929 :

"le salon de thé de 1929 comportait une innovation remarquable : la première piste de danse en dalles de verre lumineuses installée à bord d'un paquebot. Les ridicules colonnes cédaient la place à de robustes piliers cylindriques en laque noire moirée, que venaient égayer les tentures cyclamen. Les parois furent habillées de dessins des monuments de Paris traités dans des camaïeux doux et discrets".

 

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Le fumoir des premières classes - les colonnes étaient en marbre jaune et vert à médaillons, les sièges en cuir rouge. Architectes : Raguenet et Maillard, ferronnerie : Raymond Subes.

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La descente des premières classes du "Paris". 

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Le salon mixte du "Paris".

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Une cabine de luxe par Tardif - peinture décorative de Henri Lebasque pour le petit salon de luxe - piano avec marqueterie de nâcre.

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Le salon de conversation des premières classes du "Paris".

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La grande descente du "Paris" était surmontée d'une coupole. L'ensemble était conçu par Bouwens de Boijen et le maître ferronnier Edgar Brandt.

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L'incendie du "Paris" au Havre le 18 avril 1939, résultat d'un attentat supposé par les nombreux feux qui partirent du bateau et qui coûta la vie à l'officier de sécurité du bord, le capitaine Sourdille.  

 

Sources :

"La Renaissance de l'Art Français" - 1921  par Paul-Sentenac

"Arts Décoratifs à bord des Paquebots Français 1880 - 1960" - 1992 - éditions Fonmare par Louis-René Vian

Archives Ouest-France

 

 

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Pour en savoir plus, le bulletin historique de l'association 2010 (62 pages), en vente au prix de 15 euros pour les non-adhérents.Pour tout renseignement : piarri@orange.fr
 

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Locomotive SNCF 241 P compound fabriquée aux usines Schneider du Creusot de 1948 à 1952, emblème de l'association.

 

 

 

 

 

 

 

25/03/2015

A L'HEURE EGYPTIENNE AVEC GEORGES REMON

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Nous avions abordé dans un article précédent le commentaire de l’architecte décorateur Catovien Georges Rémon (1889-1963) sur la nouvelle résidence générale du Maroc, construite sur les plans de l’architecte Albert Laprade à partir de juillet 1918.

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Un dessin de Georges Rémon dans ses jeunes années avant 1914 pour une fantaisie orientale dans son album "Intérieurs d'Appartements Modernes" - éditions Thézard. Collection de l'auteur.

 

Georges Rémon aborde l’architecture nouvelle de l’Egypte dans une rubrique qu’il lui consacre en 1927 dans la revue "Jardins et Cottages". L’Egypte est un pays sous occupation britannique depuis 1876 – les troupes anglaises ne quittent le pays qu’en 1936 – avec une colonie française autour du canal de Suez, un pays dont Fouad Ier fut le sultan en 1917 avant d'être proclamé roi d’Egypte et du Soudan (1922-1936).

« Les villas construites récemment à Alexandrie et au Caire par Messieurs Messieurs Azéma, Edrei et Hardy, architectes, avec la collaboration de Monsieur P. Labbé, nous rappellent celles que "Jardins et Cottages" présentait dans un de ses précédents numéros.

Elles s’inspirent du même esprit, affectent les mêmes caractères généraux. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire les remarques typiques qui émaillaient pertinemment l’étude à laquelle nous faisons allusion.

« Si l’on veut bien considérer que l’aristocratie égyptienne, écrivait-on, passe en France les mois les plus chauds de l’année, on comprendra que la conception d’une villa en Egypte ne possède pas nécessairement l’architecture des pays chauds . »

Et, de fait, il ne faut pas s’attendre à rencontrer dans ces types d’habitations somptueuses, créées pour satisfaire les goûts et les habitudes d’une élite qui entend vivre à l’européenne, celle qui rappelle l’architecture autochtone.

Ce que les architectes ont pu faire au Maroc, par exemple, en combinant étroitement le goût latin et les conceptions arabes, soumis pareillement aux conditions du climat et à la nature du site, n’est plus du tout exigible en Egypte, puisque « les besoins et les habitudes de sa population cultivée amènent l’architecte à exécuter ses constructions suivant les modes septentrionaux. »

On lui demande seulement d’obéir à certaines prescriptions, toujours identiques, influant sur le plan et le dessin des façades. C’est d’abord la terrasse, laquelle sert à deux fins. Partagée en deux parties bien distinctes et bien séparées, sans qu’on puisse et qu’on doive voir de l’une ce qui se passe dans l’autre, elle comprend une zone réservée aux maîtres qui y séjournent volontiers et y tiennent leurs réceptions, et une zone à l’usage du service.

L’architecte ne peut donc mieux faire que d’adopter, en la modifiant, en la tempérant, en lui communiquant une note personnelle, l’ordonnance des villas latines ou italiennes. Il lui faut donc se garder de tomber dans la copie étroite et servile de types dont la formule est depuis longtemps fixée et ressassée.

Mais il lui faut surtout éviter de suivre, dans toutes leurs exigences, les indications d’une clientèle malheureusement trop encline à aimer la pompe et l’apparat. A ce double point de vue, Messieurs Azéma, Edrei et Hardy ont eu le mérite de créer des ouvrages qui, tout en tenant compte des préférences individuelles, marquent une parfaite leçon de goût.

Ils ont réussi à imposer une remarquable économie en matière d’ornements. Ils ont scrupuleusement fait triompher  le sens de la ligne, le sens de l’équilibre, et ils ont introduit le judicieux emploi de la polychromie qui, conférant à leurs productions un accent en rapport avec le milieu, suffit à compenser ce qu’un parti pris essentiellement classique eût pu comporter de froideur et de sécheresse.

Examinons, par exemple, la villa construite au Caire pour Monsieur Green (illustration ci-dessous). Le principe de la couleur y est observé. Les tuiles romaines et les dessous de corniche opposent leurs tonalités rouges à la nuance ocrée de l’enduit de façade.

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Un porche d’entrée conduit directement à un bureau et au hall qui dessert le salon, le fumoir et la salle à manger. Le fumoir donne sur une loggia, la salle à manger sur une terrasse dominant les jardins.

L’entrée de service, la cuisine et le garage sont situés sur la face sud de l’habitation. Au premier étage où l’on accède par un escalier partant du hall, se trouvent trois grandes chambres, la chambre d’enfants, une nursery, une chambre d’ami donnant sur la terrasse au-dessus du garage. La principale chambre a vue sur la terrasse aménagée au-dessus de la loggia.

 

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Voici maintenant la villa de Monsieur Barcilon (ci-dessus), construite à Alexandrie, et qui par l’utilisation des graciles colonnettes que l’on distingue en haut de l’escalier d’entrée, évoque la grâce des fines arcatures mauresques. Ici encore, le contraste entre les tons rouges des graffiti, des briques et des boiseries apparentes, d’une part, et le coloris jaune de l’enduit, est particulièrement heureux.  L’entrée communique avec un important vestiaire donnant sur les lavabos et les w-c . La partie centrale est occupée par un vaste hall débouchant sur une terrasse et située entre le grand salon, que prolonge une véranda, et la salle à manger agrémentée d’une pergola.

Le service est aménagé dans le sous-sol, autour d’une grande salle de billard qui en occupe le centre. Enfin, à la partie supérieure, une haute terrasse où prennent place, ainsi que nous l’avons indiqué, les chambres de domestiques, la buanderie avec séchoir, soigneusement séparées de la terrasse des maîtres, aménagée en salon de réception, avec pergola et motifs de verdure.

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Plan du jardin de la villa de Monsieur Barcilon à Alexandrie 

 

On examinera de même attentivement les plans de la villa de Monsieur  D. Cicurel , située, comme la précédente, à Alexandrie (illustration ci-dessous). L’entrée conduit à un vestibule et au vestiaire.

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Le hall central est situé entre deux salons, prenant jour sur une terrasse et la salle à manger qui donne sur une véranda. Au premier étage, six chambres et salles de bains entourent le hall. L’escalier de service occupe une tourelle construite à l’angle nord-est de la villa.

Les façades sont harmonieusement dessinées. Quelques ornements simples, balustres et acrotères, d’inspiration classique, une attrayante polychromie assurée par l’opposition entre les surfaces d’enduit jaune et les champs de briques rouges, tels en sont les principaux caractères. Il faudrait, pour ces trois villas, insister sur les somptueux jardins qui les entourent, eux-mêmes ordonnés avec un sentiment architectural très sûr.

Nous voudrions insister tout particulièrement sur une autre villa (illustration ci-dessous), érigée en bordure du Nil, et qui, tant par la large ordonnance de son plan que par l’agrément de ses façades, nous semble avoir porté à leur point de perfection l’observation et la réalisation des principes mêmes que nous venons de signaler.

 

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Villa au bord du Nil de Monsieur et Madame Rateb Bey

 

Ajoutons qu’ici l’architecte a bénéficié d’une aisance inaccoutumée dans l’élaboration de son harmonieux dessein, la construction ne devant comporter aucune surcharge, aucun ornement superflu. La simplicité des lignes générales a, comme il était naturel, conduit l’artiste à concentrer toute son attention sur l’équilibre des volumes et sur le raffinement des détails. La façade qui domine le fleuve permet de juger de l’économie de l’ensemble et de la grâce des moindres parties, magnifiquement articulées.

C’est d’abord la terrasse couverte, avec la ligne de colonnes stylisées qui constituent un heureux souvenir des chapiteaux lotiformes.

C’est encore le fin profil de la loggia qui forme la partie médiane de la façade qu’on aperçoit en perspective. C’est, enfin, la belle ordonnance des larges baies avec le rythme élégant des fins piliers qui les encadrent.

N’ayons garde d’omettre de mentionner le charme qui se dégage d’une silencieuse répartition des champs colorés en rouge se découpant sur le ton ocré de l’ensemble, le tout couronné et festonné par les gracieuses lignes de verdure de la pergola supérieure.

Le plan nous renseigne sur les séductions de cette splendide propriété qui occupe vraiment une situation exceptionnelle et dont les habitants peuvent, au gré de l’heure, ravir leur vue des vastes perspectives du fleuve ou de l’intime et paisible enchantement de somptueux jardins sobrement ordonnés. »

 

Georges Rémon

Jardins et Cottages – avril 1927 - n°13

 

 

Sources :

Bibliothèque Nationale de France, département Sciences et Techniques

Archives Municipales de Chatou

Bibliothèque Historique de la Ville de Paris

Archives de la Légion d'Honneur 

13/09/2014

FRANCE-AMERIQUE DU SUD : LE PAQUEBOT "L'ATLANTIQUE" PAR GEORGES REMON

 

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Le 15 avril 1930, la Compagnie Sud-Atlantique (1912-1962) lança son navire amiral pour la liaison avec l'Amérique du Sud, le paquebot "L'Atlantique". Celui-ci attira à les regards du monde par la variété et la profusion de ses aménagements Art Déco.

Depuis l'exposition internationale des Arts Décoratifs de Paris de 1925 en effet, l'Art Déco trouvait un épanouissement et des ambassadeurs de premier plan dans les grands paquebots français, dont le style éclipsait la concurrence.

Ainsi, les navires qui suivirent l'exposition,"Ile-de France" (1927), "L'Atlantique" (1930) et "Normandie" (1935) devaient-ils porter à eux seuls le drapeau de la création française.

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Grille de Raymond Subes sur "L'Atlantique"

 

"L'Atlantique" connut comme presque tous ses congénères un destin tragique, réduit en cendres dans un incendie le 5 janvier 1933 au large de l'île de Guernesey.

Le décorateur catovien Georges Rémon, qui fut notamment directeur de l'Ecole des Arts Décoratifs de la Ville de Paris et participa à l'aménagement des navires de la Compagnie Générale Transatlantique et de la Cunard, écrivit lors du lancement du paquebot :

"D'autres insisteront sur  les caractéristiques de ce magnifique monument, l'un des plus considérables qui aient été édifiés à ce jour par la science de nos ingénieurs, construction puissante atteignant en longueur 227,10 mètres, comptant une largeur maximum de 30 mètres, jaugeant 40.000 tonneaux et dont on nous dit qu'il barrerait sans peine la place de la Concorde depuis l'entrée des Champs-Elysées jusqu'à l'entrée des Tuileries.

Cette "ville flottante", honneur de notre marine de commerce qui accomplira le voyage aller et retour de Bordeaux à Buenos-Aires escales comprises, en un temps record de trente jours, n'a pas pour unique mission de raccourcir ainsi considérablement la distance qui sépare la France de l'Amérique Latine.

La Compagnie Sud-Atlantique à qui nous devons la réalisation de ce paquebot aux proportions gigantesques a voulu que, nanti de tout le confort, de tous les agréments du style décoratif moderne, il servit, par l'exemple, la cause du goût français. 

Nulle propagande qui soit de meilleur ton et mieux appropriée à sa destination même. Le luxe est ici de bon aloi. Le décor épouse partout des exigences, les servitudes du parti constructif.

On sent que le programme a été longuement médité et que la difficulté des problèmes à résoudre a stimulé le zêle et l'ingéniosité des architectes et décorateurs.

Après avoir ouvert un concours entre décorateurs organisé sous le patronage de la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie, la Compagnie Sud-Atlantique fut conduite à confier l'ensemble des travaux à divers artistes, tout en soumettant les maquettes de décoration à l'appréciation du maître Albert Besnard qui accorda son agrément aux grandes lignes architecturales et aux harmonies de couleurs.

Ce qui frappe tout d'abord, lorsque l'on pénètre à l'intèrieur du paquebot, c'est l'économie de plan et la présence - véritable innovation - d'une longue galerie médiane qui part du hall d'embarquement et se prolonge dans l'axe du bâtiment.

C'est une véritable rue, bordée de boutiques aux luxueuses devantures, aux prestigieux éclairages, œuvre des excellents architectes Patout, Raguenet et Maillard à qui est due également l'opulente salle à manger des premières classes.

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L'attention des artistes s'est portée avec un raffinement particulier vers les recherches de couleurs.

Le hall d'embarquement fait contraster la somptuosité des parois de marbre blanc, la préciosité des pilastres en métal argenté avec les boiseries en noyer, ces tonalités étant soutenues par le tapis caoutchouc incrusté de motifs géométriques.

La salle à manger s'orne de magnifiques panneaux en laque argentée de Jean  Dunand, représentant une jungle stylisée merveilleusement décorative.

Un escalier d'apparat conduit au grand salon, mesurant 21 mètres de long sur presque autant de large et prenant jour sur le pont-promenade par douze fenêtre ornées de glaces azurées.

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Rampe et escalier d'apparat de "L'Atlantique" par Raymond Subes

 

A l'extrêmité des pièces de réception se trouve le salon de conversation ou salon ovale, dont la coupole est supportée par dix piliers de 9 mètres de haut. Les murs sont en palissandre verni et s'ornent  d'une frise en laque rouge. Le sol comporte une piste de danse en marqueterie.

Une petite chapelle est située à l'angle. Décorée par Alfred Lombard dans des tons très tendres, elle nous fait admirer son maître autel  en fer forgé et marbre et une joilie grille de communion , ouvrage de Raymond Subes.

Il n'entre pas dans le plan de ce bref article de décrire les installations diverses et complètes qui ont été prévues pour enchanter le séjour des passagers de tout âge, ni les différents bars, ni la salle de jeux des tout petits, ni la piscine en gris et bleu due à Hennequin et Landat ni les salles de culture physique, non plus que les emplacements réservés à la radiotélégraphie ni même tous les éléments de confort et de charme, dispositifs ingénieux, motifs décoratifs, matèriaux divers, qui sèment un peu partout leur note originale.

Nous tacherons surtout de présenter les intérieurs, les deux appartements de grand luxe qui ont été confiés respectivement à René Prou et à Montagnac et les appartements dits de luxe auxquels manquent la salle à manger privée et la terrasse particulière figurant dans les deux précédents.

L'appartement de Montagnac comporte un vestibule d'où l'on accède aux autres pièces, au salon qui occupe le centre entre la salle à manger, à droite, et la chambre, à gauche, les trois pièces donnant sur le pont.

Le salon harmonise entre eux les tons beige, marron, or, argent, gris et rouge corail.

Les lambris sont laqués beige marron ; le mobilier, en palissandre de Rio, se compose d'un meuble d'appui surmonté d'une glace en métal nickelé. La table de milieu comporte un plateau réversible. Les sièges sont couverts de velours fourrure ton loutre et corail.

La nuance corail se retrouve dans les linéaments ornementaux du tapis gris et beige et dans les rideux de soie.

La chambre, aux boiseries en sycomore, avec parcloses en métal nickelé, comprend deux lits séparés par une table de chevet supportant le téléphone, une coiffeuse avec tirettes à l'anglaise et surmontée d'une glace ronde, un bureau de dame, deux fauteuils et une chaise recouverts en velours fourrure argent et rouge capucine, deux penderies formant coffres encastrées dans les lambris de part et d'autre des lits. L'harmonie générale est dans les tons ivoire, argent et rouge capucine.

Nous reproductions permettent d'apprécier les proportions de cet ensemble remarquablement étudié et d'où se dégage une impression d'aisance et de luxe sobre et net. La salle à manger, en palissandre de Rio, s'harmonisant avec les tons brun, vert et beige du tapis et des sièges, communique avec la terrasse par une double porte en fer forgé.

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La salle à manger de l'appartement décoré par Montagnac

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Transportons-nous dans l'appartement de René Prou qui a composé, notamment dans sa chambre à coucher, des ensembles d'une rare distinction.

L'entrée beige et gris avec revêtements en chêne de Hongrie donne sur la salle à manger en palissandre où jouent les tons roses et verts des tapis et de la charmante tapisserie verdure d'Aubusson ornant un des panneaux.

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Salle à manger d'un appartement de luxe par René Prou

 

Les portes et les fenêtres, en acier chromé, avec glaces gravées, la console et la desserte en acier chromé, avec dalle de glace, introduisent dans l'ensemble une note de netteté.

Dans le salon, on remarque un judicieux emploi du métal, également dans les portes et fenêtres, sur les portes du bahut, dans le piètement de la table. Les boiseries, en laque rouge gravée, comportent un jeu de baguettes et de plinthes en acier chromé.

La chambre, aux boiseries sycomore, est ornée avec discrétion d'un panneau de galces divisées. Les meubles sont en loupe de frêne verni et nous signalerons tout particulièrement l'armoire, avec ses deux portes en glace gravée, d'une très heureuse composition.

Leleu a décoré l'un des appartements de luxe avec ce soin, ce sentiment des belles ordonnances qui caractérisent les ensembles réalisés par lui.

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Chambre d'appartement de luxe par Jacques Leleu

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Salon d'appartement de luxe par Jacques Leleu

 

La chambre et le salon sont tous deux en loupe de noyer blonds; dans la chambre, les rideaux, le fond de lit et les sièges sont traités dans une harmonie jaune s'accordant à la tonalité ivoire de couvre-lit en velours fourrure.

Dans le salon, les rideaux et les grands sièges sont verts, les petits fauteuils sont recouverts de tapisserie.

Dans l'une et l'autre pièce, des tapis de Da Silva Bruhns.

Nous reproduisons également le bel appartement de luxe qui a été décoré par Robert Valance.

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Une photographie du salon de l'appartement de luxe conçu par Robert Valance

 

Les boiseries sont en palissandre de Rio dont les frisages alternent avec des panneaux à surface calme en bois de fil.

L'une des faces comporte une porte coulissante formant panneau avec un bois gravé au jet de sable représentant "un léopard dans la jungle". Ce panneau, camaïeu sur fond rehaussé or patiné, a été exécuté par Gaëtan Jeannin.

Deux niches ont été pratiquées où viennent s'insérer la commode en palissandre et la table-bureau à dessus maroquin beige.

On remarquera la composition du sol, conçu , de même que le plafond, dans un sentiment géométrique ordonné avec goût. Une moquette et un tapis point noué marient leurs tonalités beige, abricot et brun.

Les meubles et les boiseries de la chambre sont en péroba verni. Une décoration en laque tons écaille, exécutée par Charpentier et Brugier, occupe le panneau de la porte coulissante communiquant avec le salon, ainsi que le fond de lit formant niche.

Les sièges sont recouverts d'un velours fourrure également dans les tons écaille, de même que les dessus de lit. On remarquera les armoires, la penderie, le miroir dissimulé sous la boiserie.

Au sol, un tapis moquette et un tapis au point noué font jouer leurs chaudes tonalités beige et abricot avec celles des rideaux de satin également abricot.

Dim, à qui est échue la décoration d'un appartement de luxe, a composé un palette décorative chaude et vibrante avec une prédilection pour les tonalités claires. Le salon, en boiserie frêne verni, s'ordonnance harmonieusement grâce aux pilastres arrondis en noyer verni. C'est le bois choisi pour les meubles et les sièges que recouvre un dams gris et vert de Dufy.

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Chambre de l'appartement de luxe décoré par la maison DIM

 

La chambre, en palissandre, s'égaie des tons gris et rose de la tenture en reps de soie et du drap rose recouvrant les sièges.

Outre les appartements, un certain nombre d'installations méritent une mention toute particulière.

Ainsi du café des premières classes  et du hall des secondes classes exécutés par Alavoine. Le café, lambrissé en chêne de Macassar, offre certaines parties de laque rouge. 

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Le bar des premières classes par Alavoine

 

Si, en plein jour, la lumière pénètre abondamment par les larges portes et baies pratiquées sur trois côtés, le soir, l'éclairage artificiel est diffusé par un plafond à plans courbes, d'une ligne très heureuse.

Le bar, où se marient les tons de l'ébène aux applications de métal, nous montre une suite de panneaux décoratifs, élégantes compositions de H.Redard, exécutée en glace gravée.

Les grands fauteuils sont en cuir rouge, les petits sont garnis de velours. Le hall affecte la forme d'un fer à cheval. De part et d'autre de la piste à danser centrale se trouvent le salon de correspondance et le salon de thé.

Au mur, des lambris de noyer verni. Sur le sol, un tapis caoutchouc à ornements géométriques.

Ces deux ensembles unissent avec un goût très sûr le parti décoratif aux exigences  du confort. On admirera l'heureuse réalisation de la maison Waring et Gillow à qui a été réservée la décoration du restaurant des premières classes.

Paul Follot qui a dessiné les maquettes avec son sentiment très profond de la stylistique traditionnelle, a su créer une impression de luxe sans rien négliger des modes de construction modernes.

L'emploi de colonnes lumineuses en verre pressé, de tablettes de glace, le choix des luminaires, et notamment des plafonniers en dalle de verre avec armature en métal chromé ne jure pas avec la richesse des tapis en haute laine d'Aubusson, avec la somptuosité des laques murales aux tons bruns dorés sur lesquelles se découpe la silhouette claire des meubles en sycomore et des tables en teinte corail.

Partout, on le voit, et nos photos rendent raison de la variété des procédés auxquels architectes et décorateurs ont eu recours, on s'est énormément soucié d'adapter l'installation des pièces aux nécessités de la construction et l'on a su en particulier traiter avec un rare bonheur le problème de la couleur et celui de l'éclairage.

De l'avis de tous ceux qui ont visité "L'Atlantique", il représente, non pas comme on l'a écrit assez improprement, un musée flottant mais une affirmation irréfutable de pouvoir de séduction et de la vitalité de notre art moderne.

Personne qui ait regretté les décors de style. Personne qui ne se soit récrié d'admiration devant le prodige de grâce et de beauté authentiques réalisé par une élite d'artistes.

Ainsi, pendant que la science des ingénieurs s'applique à abréger le plus possible de la durée de la traversée, le goût de nos décorateurs, les nuances de charme, de confort, d'intimité partout introduites grâce à eux feront peut être aux passagers privilégiés qui pourront savourer des joies rares trouver le voyage trop court.

Contraste piquant où se vérifie le vieil adage : "ars longa, vita brevis" (la vie est brève, l'art est long).

Georges Rémon

Mobilier et Décoration - 1930

 

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21/08/2014

LE CABINET DE TRAVAIL ET LE BUREAU PAR GEORGES REMON

 

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Bureau d'un administrateur - maison DIM, meubles en palissandre, frise de couleur crème, fauteuil en cuir rouge

 

Le catovien Georges Rémon (1889-1963) est l'homme le plus prolixe de ce blog. Décorateur du début du siècle à la deuxième guerre mondiale, il anima la rubrique des Arts Décoratifs, soit par ses entreprises notamment sur les grands paquebots, soit par ses nombreux articles sur la production et la création dans les arts décoratifs. 

Le temps s'y prêtait merveilleusement puisque quelques années après la victoire de 1918, la France s'offrit le prestige de l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs de Paris de 1925, marquant par là-même qu'une victoire militaire dans un pays exsangue pouvait précéder sa formidable renaissance, et même sa révolution, dans les arts. 

Nous nous permettons ainsi d'évoquer un article de sa main édité dans la revue "L'Art Vivant" du 1er juin 1925 consacré au cabinet de travail qui nous a paru très évocateur de son époque: 

"L’homme d’affaires est un homme pressé. C’est surtout un homme précis. Son cabinet de travail et de réception  doit donner une impression d’ordre, de méthode, de netteté.

Il serait trop aisé de décrire tour à tour, afin de les mieux opposer, un bureau d’homme d’affaires  du bon vieux temps, comme un Balzac, ou un Dickens se seraient plu à en détailler le troublant fouillis et celui qui convient à un administrateur imbu des sobres pratiques à l’américaine.

Point de dossiers  et de liasses en désordre, de paperasse à la traîne, point de ces lamentables cartons verts que nos administrations publiques seront bientôt seules à vouloir tolérer.

 
Dans une pièce où l’air et la lumière circulent librement, les meubles devront être nets, et les moins heureux ne seront sans doute pas ces classeurs ingénieusement disposés et répartis, en chêne transparent vernis, ou encore ces bureaux admirablement agencés , répondant de façon parfaite à leur destination même, et dont la conception suit, peut-on dire, des données d’une rigueur toute scientifique.

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Bibliothèque maison DIM en acajou satiné ciré

 

Mais parce que les solutions à adopter sont des plus rigoureuses, la recherche en devait déduire et tenter nos décorateurs amis de la simplicité et que n’effraie pas l’apparent paradoxe de communiquer à une idée empreinte d’une sécheresse toute géométrique, par d’adroits et quasi insensibles correctifs, ce charme tout particulier qui s’attache à tout ce qui satisfait pleinement la raison.

Nous signalions naguère le cabinet de l’administrateur des ateliers DIM comme réalisant d’une manière ensemble ingénieuse et confortable le problème de l’installation de bureau moderne.

 

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Meuble secrétaire en ébène macassar verni, filet d'ivoire - maison DIM

 

En voici maintenant un autre, que nous estimons également très réussi, œuvre de Francis Jourdain. C’est le bureau d’un directeur, réduit à sa plus simple expression et dont l’agrément certain vient, à coup sûr, de quantités de petits détails observés avec une jalouse et méticuleuse attention. Ce sont les bureaux de de forme carrée reposant sur des pieds de boule qui en atténuent la rigidité ; c’est le dessin des sièges, fauteuils et chaises, qui, en dépit de l’inscription murale invitant le visiteur à être bref, n’entendent pas commettre cette impolitesse d’être inconfortables ; c’est encore la présence d’un tapis dont la tonalité discrète réchauffe cependant l’aspect plutôt frigide des parois nues. Et j’aime aussi la forme choisie pour le plafonnier et l’abat-jour de la lampe de bureau. Cet ensemble constitue une heureuse synthèse. Nous en proposerons d’autres exemples dont nous aimons le parti de simplification ordonnée avec goût.

Dans une lettre adressée à la Grande Mademoiselle, Madame de Motteville, contemporaine des Précieuses, écrivait : « je voudrais que dans toutes les petites maisons il y eut des chambres lambrissées de bois tout uni et dont le seul ornement serait la netteté, et que chacun de nous eût un cabinet qui, selon vos ordres, belle Amelinte, fût rempli  de livres ».

Ce n’est pas de la bibliothèque féminine que nous voulons parler mais du bureau que les femmes de jour conçoivent comme un meuble élégant, laissant au Grand Siècle le goût de la pédanterie chez les femmes.

Nos décorateurs ne sont plus à chercher des bureaux et de secrétaires, aimables de lignes et de couleurs, qui prendront place dans le petit salon ou le boudoir de Madame, sans toutefois revêtir un caractère frivole.

Tel celui de Marcel Charpentier, prévu pour un coin de boudoir, pièce finement dessinée, laquée noir avec panneaux en aventurine or.

 

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Bureau des ateliers Marcel Charpentier - meubles en loupe d'orme et noyer ciré, fauteuil en cuir

 

Tel encore le bureau en amaranthe et bois noir, avec marqueterie, de Maurice Dufrene.

Et tel surtout le secrétaire édité par DIM, meuble précieux en ébène macassar verni, avec filets d’ivoire.

Ces meubles attestent que si nos décorateurs savent, s’il le faut, s’astreindre à respecter la rigueur géométrique d’un ensemble, ils n’en ont pas moins, quand il s’agit de décorer de la demeure féminine le souci de montrer tels qu’ils sont, épris d’élégance et de distinction.

Georges Rémon

"L'Art Vivant" - 1er juin 1925

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15/07/2014

L'USINE NOUVELLE VUE DES ARTS DECORATIFS, PAR GEORGES REMON

 

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 L'usine des parfums Phebel à Puteaux (1930) - Le quai de débarquement

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L’usine de l’entre-deux-guerres a subi des transformations qui l’ont éloignée des monuments du XIXème siècle. Le dernier grand style qui leur aura été imprimé est celui des Arts Décoratifs dont le catovien Georges Rémon (1889-1963) a donné un exemple intéressant dans un article consacré à la nouvelle usine des parfums Phebel à Puteaux (1930).  

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L'usine des parfums Phebel à Puteaux (1930) - Vue de la salle des lotions

« J’imagine aisément la satisfaction avec laquelle un esprit clair, méthodique et décidé tel que le jeune et excellent architecte R. Nicolas a dû entreprendre l’étude du programme qui lui fut soumis pour la fabrique de produits de beauté Phebel  Puteaux : l’édification d’un bâtiment contenant des locaux usiniers mais conservant cependant dans sa presque totalité l’apparence et l’allure d’une maison d’habitation.

Préoccupation qui venait fort opportunément tempérer sans toutefois l’adultérer, la distinction essentielle de cet ensemble et y introduire une nuance plus agréable, l’usine étant également appelée à recevoir une clientèle pour qui un aimable accueil doit être ménagé.

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L'usine des parfums Phebel à Puteaux (1930) - Vue générale

On trouvera une autre terrasse au-dessus des balcons de réception (illustration ci-dessous). Ceux-ci occupent le bâtiment semi-circulaire qui fait pendant à la direction et qui prend jour par une longue baie vitré.

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Le seul examen des reproductions dont s’accompagne notre article montre avec quelle liberté l’architecte a su capter et distribuer la lumière au moyen d’ouvertures construites soit en hauteur soit longitudinalement tout en conservant dans cet organisme bien articulé, le sentiment des justes proportions et du rythme indispensables.

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L'usine des parfums Phebel à Puteaux (1930)

Vue d'ensemble de la cour et jardins

 

Le souci de l’exacte mise en place de chacune des parties, l’obligation de satisfaire aux vœux déjà signalés : urgence d’un contrôle, nécessité d’effectuer une liaison rapide entre les divers services, laboratoires, locaux de fabrication de manutention, étuves, etc, le désir de conserver à l’ensemble une atmosphère de confortable habitabilité, tout cela s’équilibre en un tout harmonieux, logiquement conçu et réalisé avec une louable et magnifique aisance et un bonheur singulier. »

Georges Rémon – Mobilier et Décoration - 1930

 

16/06/2014

QUAND LE GAUMONT-PALACE ECLAIRAIT LES ARTS DECORATIFS (1931)

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Le décorateur catovien Georges Rémon (1889-1963), habitant du 61 avenue Foch, a animé la chronique des Arts Décoratifs pendant l'entre-deux-guerres, en particulier dans la revue "Mobilier et Décoration" dont il fut l'un des rédacteurs jusqu'en 1932.

Le sujet que nous reproduisons après recherches à la bibliothèque Forney est un thème flatteur pour l'industrie du cinéma mais aussi un témoin disparu de son passé glorieux : le Gaumont Palace autrefois situé 1 rue Caulaincourt dans le 18ème arrondissement de Paris.

Acheté et rénové par Gaumont en 1911 qui en fit l'une des plus grandes salles de spectacle et son siège social, il fut transformé en salle Art Déco de 5.000 places en 1931 par la firme.  Vendu en 1973 pour des questions de rentabilité et par ailleurs non protégé, il fut entièrement rasé. 

Mais laissons le catovien George Rémon évoquer cette oeuvre qui vint soutenir l'Art Français.

"J’ai, sous les yeux, l’excellente description publiée par la société Gaumont sur les transformations subies par le Palace du boulevard de Clichy, devenu, par l’ampleur de ses proportions, par le nombre de places qu’il contient et, plus encore, par l’importance des aménagements techniques et scientifiques qui y ont été introduits, le plus magnifique et le plus moderne de nos cinémas.

On a bien raison d’y évoquer l’historique de cette grandiose salle de spectacle depuis l’Hippodrome, la piste gigantesque en forme d’ellipse où évoluaient, sous le règne de Bostock, des multitudes de personnages et d’animaux dans un décor qu’on voulait le plus fastueux possible.

C’est en effet un chapitre que Paul Morand devrait ajouter à cette piquante chronique rétrospective intitulée par lui : 1900. Le stade original fut ensuite scindé en deux lorsque la société Gaumont transforma il y a une dizaine d’années le cirque aux destins éphémères en une salle de spectacle cinématographique. Simple adaptation qui laissait subsister toutes les caractéristiques de l’ancienne construction et qui ne correspondait pas aux progrès étonnants  accomplis par le cinéma dans ses multiples avatars.

La société Gaumont décida de réaliser une synthèse imposante des problèmes qui se posent désormais aux fabricants de spectacles et en matière de ventilation, d’hygiène et de confort, de technique du son, de l’éclairage, en matière de visibilité, en soumettant d’une manière aussi rigoureuse que possible le parti décoratif aux lois de la nécessité.

L’entreprise en fut confiée à Monsieur Henri Belloc, qui venait d’édifier le Palais Rochechouart avec un sens extrêmement averti des difficultés du problème.

La place ne nous permet pas d’examiner dans le détail tous les points qui ont été abordés au Gaumont-Palace et résolus. Mais du moins indiquerons-nous les données que nous tenons pour tout à fait essentielles.

Nous n’aurons pas à insister autrement sur la façade qui masque fort opportunément l’ancienne et lui substitue un ensemble ordonné avec beaucoup de simplicité. C’est moins une façade qu’un grand frontispice, une page magistrale d’architecture publicitaire, une immense enseigne lumineuse répondant entièrement à sa destination.

La lumière irradie par et à travers la marquise pourtournant le vaste édifice ; elle jaillit des grandes baies, elle ruisselle en cascade des gradins qui couronnent le tout.

 

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Si l’on pénètre dans le hall, on est d’emblée frappé de ses harmonieuses proportions. Le plafond éclairant affecte une forme originale, un dessin dont le mouvement curviligne inusité accentue la grandeur.

Les tonalités ont été choisies avec goût, les revêtements en marbre, le sol en rose, les portes et les rampes en métal chromé composent un ensemble d’où toute surcharge est exclue et qui a fort belle allure.

 

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La salle, immense vaisseau, accusera, du reste, ce caractère de parfaite unité, mais les proportions en sont si heureuses que l’impression grandiose qui s’en dégage n’apparaît point énorme ou monstrueuse. Tout y est motivé, tout y est à sa place, tout y parle un langage discret et sobre.

 

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L’ancienne salle se trouvait en réalité à la hauteur d’un étage. Monsieur Belloc a ramené la nouvelle salle au rez-de-chaussée et logé en sous-sol divers services.

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L’écran a été reporté assez loin en arrière de l’ancien écran. Mais il fallait respecter à la lettre les prescriptions impérieuses de la préfecture de police. Aussi bien était-il devenu nécessaire de modifier la largeur des couloirs de dégagement et des galeries et d’autre part d’assurer entre les rangées de fauteuils les intervalles réglementaires. On remarque au plafond dont la voûte domine une courbe très aplatie, une succession de nervures transversales. Elles jouent le rôle d’amortisseur de son. L’acoustique a fait l’objet d’études remarquables. L’avènement du film sonore et parlant  a rendu le problème acoustique singulièrement complexe et épineux et on louera Monsieur Belloc et la compagnie Radio-Cinéma dont les savantes observations ont  été couronnées de succès.

 

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L'escalier menant à la salle surplombé par le plafond lumineux du hall

 

La résistance aux réverbérations sonores est assurée par le choix judicieux de matériaux. Les parois des murs sont revêtues d’un feutre peint à une seule couche au pistolet d’un effet très heureux.

Notons encore la forme du sol en cuvette pour permettre de voir la scène de toutes les places. L’architecte a construit deux galeries, la seconde en retrait sur la première.

On remarquera le dessous du balcon réalisé au moyen de gorges en staff et contenant des dispositifs  prévus au point de vue de l’acoustique, de l’éclairage et de la ventilation.

 

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Les fauteuils sont garnis de rouge, armés d’un bâti métallique. Les soubassements en matière incombustible, imitent les frisures d’un bois très foncé. La scène qui compte prés de 15 mètres de hauteur sur 22 de large, est flanquée de deux grands pylones contenant les escaliers d’accès aux chambres des orgues dont on aperçoit les abat-sons éclairés par réflexion.

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Le rideau est en velours rouge, du même ton que les fauteuils. L’ensemble est remarquablement majestueux et impose au spectateur une impression d’intimité et de concentration vraiment subjuguante. A l’entr'acte, on visitera les salons de thé. Le bar, le foyer de la corbeille, les galeries promenoirs, on remarquera dans celle du premier une suite de fresques réalisées au pistolet sur un fond d’argent patiné par un décorateur de talent, Monsieur Gaston André.

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Mais pour avoir une idée complète du splendide travail accompli au Gaumont-Palace, lequel prétend à être le plus grand grandiose « Palais du son et des images vivantes »  connu, il est indispensable de se rendre compte de la nature, de la variété et de l’importance de toutes les installations nécessitées par l’équipement technique électro-technique.

Et n’ayons garde d’omettre que la scène est organisée en prévision de toutes les manifestations spectaculaires possibles, y compris le théâtre, la musique et la danse, et que derrière la scène ont été aménagées les loges d’artistes et les divers services avec ce luxe de confort et de commodité que l’architecte a pu et su apporter dans les moindres parties du prestigieux ensemble qu’il avait à réaliser."

 

Georges Rémon

Mobilier et Décoration - 1931 

                                                                  

Source :

Bibliothèque Forney - Ville de Paris

 

 

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Locomotive SNCF P241 (1948-1952), emblème de l'association

 

 

17/01/2013

A BORD DE L'"ILE-DE-FRANCE" (1927-1958) AVEC GEORGES REMON ET SES CONFRERES

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Le pont du paquebot "Ile-de-France" en 1927

 

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A l’aune de nos recherches, et toujours très soucieux de démontrer la place éminente des personnalités de Chatou dans l’Art Français, nous ne résistons pas à  vous infliger une nouvelle « vague » maritime à travers le paquebot transatlantique  « Ile-de-France », qui dans une bien moindre mesure que le « France » 1912 ou le « Paris » 1921, accueillit une réalisation des ateliers de Georges Rémon. Le décorateur Catovien n’a pas créé un style, on pourrait même le situer encore un peu en retrait de l’Art Déco et plus proche du Modern Style mais il est régulièrement placé au milieu de ses prestigieux confrères.

En effet, en dépit des budgets amoindris par rapport à ce qu’ils étaient dans l’avant-guerre, la création française se poursuit dans les grandes commandes publiques et privées tout en devant redoubler d’efforts pour surmonter les restrictions, attirant l’élite du monde entier, gouvernant les nouvelles perspectives du mobilier et de l’architecture.

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Dans "Art et Décoration" de 1928, Henri Clouzot écrivit : « le 22 juin 1927, vingt mois après la clôture de l’Exposition des Arts Décoratifs, le paquebot Ile-de-France levait l’ancre, emportant vers New-York la fleur de cet art de fraîche date qui avait enchanté Paris tout un été.

Il n’était plus question de constructions fragiles et éphémères, comme ces palais de staff et de carton-pâte que les premières pluies d’automne avaient vu s’évanouir sur les bords de Seine, mais d’un chef-d’œuvre d’architecture navale, d’une admirable unité de la flotte de la Compagnie Générale Transatlantique, où l’art n’avait pas seulement à satisfaire les yeux, mais à concourir à des fins précises, à des utilisations nettement déterminées.

Comme ce palais de « l’ambassade française », qui fut, sur l’Esplanade des Invalides, le foyer même de l’art nouveau , l’ « Ile-de-France » transportait, dans ses flancs, robustes, le meilleur de notre génie national, l’œuvre d’une équipe telle, que pour rencontrer la semblable, il faudrait remonter à la construction de l’Opéra par Charles Garnier ou plutôt aux chantiers des bâtiments royaux sous l’Ancien Régime, Fontainebleau ou Versailles (…) ».

L’ « Ile-de-France », long de 241 mètres, disposait d’une plate-forme permettant à un hydravion d’emmener le courrier en lui faisant gagner une journée et comptait trois classes, bien loin dans leur conception de l’époque des émigrants, toutes pourvues de salons, dancings…. Le navire était propulsé par trente-deux chaudières et régi par huit cents hommes d’équipage pour transporter environ mille-sept-cent passagers. Parmi les avantages du navire, celui offert à l'importante clientèle américaine du vin et du whisky dont la Prohibition avait établi la censure et de fait, la clandestinité.

 Notons qu’à la grande salle à manger étaient annexées quatre salles à manger particulières aux noms de l’Ile-de-France : « Saint-Cloud », « Saint-Denis », « Rambouillet », « Malmaison ». La Compagnie Générale Transatlantique, qui draguait sur ses navires les artistes reconnus, eut l’intelligence d’en confier la décoration au directeur de l’Ecole Boulle, Monsieur Fréchet, qui lui-même donna mission à ses élèves d’en assurer l’exécution.

Il n'existait que huit appartements de luxe à bord : "Noyon", "Compiègne", "Versailles", "Chantilly", "Senlis", "Saint-Germain", "Fontainebleau", "Beauvais".

Henri Clouzot précisa que « le verre a pris la place du bronze, du fer et du bois et que, depuis quelques années, le luminaire est incorporé à l’architecture à l’aide de gouttières, de corniches, de rampes, de caissons, voire même de poutres en verre pressé et gravé. La lumière est projetée sur la surface réfléchissante du plafond, d’où elle retombe en nappe dans la pièce. C’est peut-être, sur l’"Ile-de-France", la première application en grand de ces nouveaux principes, appelés à révolutionner, dans un avenir prochain, l’éclairage domestique. »

Les quelques illustrations qui suivent sont dans le domaine de l’évocation et non de l’inventaire auquel le blog entier ne suffirait pas.

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La suite "Senlis", par l'atelier du décorateur catovien Georges Rémon et ci-dessous, l'appartement "Chantilly", par les ateliers Martine de Paul Poiret. Paul Poiret fut le membre le plus illustre du Cercle Nautique de Chatou dont il  dessina le drapeau en 1902. Au déjeuner d'inauguration présidant au lancement du paquebot, le grand couturier était assis à la table de Georges Rémon.

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Salon de conversation par Sue et Mare

 

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Salon de conversation, canapé par Nelson

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La grille d'ascenseur par Raymond Subes

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Balustrade par Raymond Subes, établissements Borderel et Robert, ferronnier, ci-dessous une grille des mêmes auteurs. 

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L'un des vases de la Manufacture de Sèvres disposé pour l'éclairage des parties communes 

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Ci-dessus et ci-dessous, salon de conversation par Leleu 

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Le fumoir par Henri Pacon

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La salle à manger par Pierre Patout

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La salle à manger vue de la descente, par Pierre Patout

 

Et ci-dessous, la salle à manger d'une suite de luxe par Eric Bagge

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Suite par Eric Bagge

 

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Appartement de luxe par Marc Simon

 

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La chapelle par Robert Danis, architecte

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La porte de la chapelle par Raymond Subes

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Un salon de jeu par Ruhlmann avec laques de Dunand

 

 

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John Dal Piaz, le dernier président de la Compagnie Générale Transatlantique en tant que compagnie à capitaux intégralement privés (1855-1930), donna l'élan avant la crise économique aux Arts Décoratifs français à travers l'"Ile-de-France" (la Compagnie sera nationalisée en 1948). Celui-ci donné, la consécration intervint sur "Normandie". L'"Ile-de-France" devint quant à lui le paquebot le plus décoré de l'histoire maritime pour ses sauvetages.  

 

 

 

 

Sources :

"La Renaissance de l'Art Français" - 1928 - n°3, Bibliothèque Nationale de France, Département des Sciences et Techniques

Louis-René Vian

 

 

 

 

 

 

 

29/11/2012

RAYMOND SUBES PAR GEORGES REMON OU L'AGE D'OR DE LA FERRONNERIE

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Cage d'escalier par Patouillard-Demorianne, architecte, et rampe par Raymond Subes, ferronnier 

 

La ferronnerie connut une sorte d'âge d'or dans l'entre-deux-guerres. Le mouvement des Arts Déco imprimé par la France lui apporta une place particulière dans le monde de l'art. Le décorateur Catovien Georges Rémon (1889-1963), qui en fit la promotion notamment à travers son propre dessin sur le paquebot "Paris", revient ici dans son rôle d'observateur de l'art contemporain dans un article de 1926 consacré à Raymond Subes (1893-1970), l'un des plus illustres ferronniers français, employé dans l'entreprise de ferronnerie d'art d'Emile Robert et Ernest Borderel. Raymond Subes devait plus tard être attaché à la décoration des paquebots "L'Atlantique" (1933) et "Normandie" (1935), temples de l'Art Déco sur les océans :

"Il est hors de conteste que nos modestes ferronniers ont su admirablement traiter tous les problèmes que leur proposaient nos architectes et nos décorateurs et que les meilleurs d’entre eux ont atteint par la vigueur et la grâce de l’exécution, par le sentiment des belles ordonnances architecturales, une maîtrise qui ne nous interdit pas de les comparer aux plus grands artisans du passé.

On sait quelle part revient à un Emile Robert dans ce renouveau d’une technique et non d’un art. Comment ne pas associer à ce nom vénéré celui d’un créateur tel que Raymond Subes, l’un de ceux qui ont à coup sûr le mieux compris, le mieux interprété, avec des dons tout personnels, la robuste et noble leçon du maître.

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Cage d'escalier par Bruno Pélissier, architecte, et rampe par Raymond Subes, ferronnier

 

Nulle pièce sortie de ses mains, qu’il s’agisse d’une grille, d’un balcon, d’un départ et d’une rampe d’escalier, d’un lampadaire, d’un cache-radiateur, qui n’accuse le plus vif souci de simplification, de clarté, de netteté en même temps qu’un sens très averti de la composition ornementale, à la fois très sobre et très raffinée, stylisée avec une délicatesse et une virtuosité hors de pair.

 

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Escalier et terrasse par Hennequet frères, architectes, et balustrade par Raymond Subes, ferronnier

 

Faut-il évoquer ici combien fut importante la participation de Raymond Subes à l’Exposition de 1925 , tant à la classe du métal que dans quelques-uns des pavillons et ensembles les plus remarqués.

Rappelez-vous les ferronneries du pavillon Corcellet, à la douce patine bleutée, exécutées sur les plans de l’architecte P. Marrast, ou encore la porte du pavillon de la Société des Architectes, sur les plans de Tournon, rappelez-vous l’étonnante variété de ces lustres, lampes, appliques, consoles, miroirs, incomparables par le fini du détail et par l’esprit synthétique.

 

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Table, par Raymond Subes, ferronnier

 

Partout l’excellente remarque de mon ami G. Denoinville notant chez Subes l’heureuse subordination de l’effet décoratif à l’ensemble architectural. Ses œuvres, ajoutait-il, y gagnent ainsi en clarté et en vérité. »

En clarté, parce qu’il arrive, avec des moyens de composition qui lui sont très personnels, à tirer un parti excessivement ingénieux, ce qui emprunte de moins en moins aux éléments florifères des assemblages, des barres de fer, sans avoir recours à l’imitation, en leur infligeant  toutes les courbures possibles et en procédant par grandes lignes constructives qui dérivent le plus souvent de formules géométriques.  

Aussi bien ne soyons pas surpris si Raymond Subes est le collaborateur intime d’architectes aussi réputés que M.M. Perret, Tournon, Marrast, Haubold, Droz, Paquet, Expert, Hulot, Roux-Spitz, Lelièvre.

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Escalier par Granet, architecte, et Subes, ferronnier

 

Nous reproduisons ici quelques pièces récentes du maître ferronnier, en particulier plusieurs très belles rampes d’escalier, exécutées en collaboration avec M.M. Patouillard-Demorianne, Bruno Pélissier, Granet et Hennequet Frères.

Et ce sont encore une remarquable grille de porte avec imposte, à motifs fleuris, ou la grille de fenêtre à motifs filiformes. Subes exposait aux artistes décorateurs console, grilles et lampadaires présentés avec une aimable fantaisie, en même temps que de chatoyantes étoffes de Bianchini dont la souplesse et la grâce se mariaient avec bonheur à la rigidité et à la pureté des lignes du métal martelé.

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Porte par Lelièvre, architecte et Subes, ferronnier

 

Ce stand, l’un des meilleurs du salon, attestait les plus fines nuances du goût avec lequel Subes sait exalter dans l’esprit même de la matière qu’il façonne, la précision de son sentiment décoratif.

Nous retrouvons toutes les caractéristiques de son beau talent dans la table en fer avec piédestal et plateau de marbre que nous reproduisons, et surtout dans les ouvrages d’un style si pur, si dépouillé, où bannissant l’ornement floral, le maître ferronnier se meut dans les simples arabesques, les entrelacs, les réseaux et les moulurations rectilignes.

Voyez notamment à quelle sobriété de moyens et tout à la fois à quelles harmonieuses proportions est due la beauté grave et ferme d’une grille comme celle qui a été exécutée avec la collaboration de l’architecte Dureuil ou celle dont le décorateur Perret a fourni le modèle, comme celle, enfin, plus nourrie, plus pleine où se reconnaît la griffe de l’excellent architecte P. Marrast.

 

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Cache-radiateur par Raymond Subes

 

Il me semble que, dans ces créations, Raymond Subes affirme avec un bonheur singulier la mâle sûreté de son goût de plus en plus épris de simplicité, de calme et de perfection.

Georges Rémon 

Jardins et Cottage - juillet 1926

 

 

 

 

14/11/2012

1928 : DERNIERES HEURES DU C.N.C. A CHATOU

Le Cercle Nautique de Chatou (CNC), fondé en 1902, fut une enseigne permanente dans le monde de la voile jusqu’à sa disparition lors de la deuxième guerre mondiale. Son activité offrit au Chatou des « Roaring-Twenties » une animation qui s'est reconstituée aujourd’hui sous une autre forme, et ce, grâce au savoir-faire de l’association Sequana. 

Le Cercle émigra à Meulan en 1929, non sans avoir fait  de Chatou dans les années qui précèdent un lieu de compétition sportive, chose qu’il nous est difficile de concevoir aujourd’hui tant la vitesse du vent est faible sur la Seine.

Des témoignages pittoresques furent recueillis dans plusieurs revues dont la prestigieuse « L’Illustration ». Mais citons ici le compte-rendu instructif d’une régate à Chatou le 6 mai 1928 dans le journal "Le Yacht" :

« Dimanche dernier s’est disputé le Prix de la Société des Régates de Ouistreham. Il nous a été rarement donné de pouvoir contempler un départ de 22 monotypes dans le bassin de Chatou. La ligne de départ, qui n’a pas cent mètres de large, était littéralement couverte de voiliers et il fallut l’habileté déployée par les barreurs du club pour que les départs ne se transforment pas en un terrible cafouillage.

Un courant violent gêna la régate et le vent, à la descente, rendit la course un peu fastidieuse. Les débuts du nouveau bateau de Monsieur Edmond Martin, construction Giquel, furent particulièrement réussis : Extra-Dry II remporta facilement la victoire et nous sommes heureux de féliciter ici et propriétaire et constructeur. Belles courses de Kin-Kin et Trotinette.

Monsieur Kisby, un des plus anciens membres du CNC, présidait la course.

Malheureusement, de nombreux coureurs abandonnèrent après le premier tour, ne se sentant pas le courage d’entamer un second tour contre vents et courant.

Résultats :

1.       Extra-Dry II, à M. Edmond Martin

2.       Etourneau, à M.P.Harlé

3.       Kin-Kin, à M. Hemjic

4.       Trotinette, à M.Trotain

5.       Fox-Trot II, à M. Loys des Fillières

6.       Lézard, à M. Hadengue

7.       White-Cat II, à M.M. Lechat et Martin

8.       Avolo, à M. Messager

9.       Couin-Couin, à M.Lambert

10.     Flemme, à M. Maquerou

11.      Lambda, à M. Robert Martin

 

Ont abandonné : Goëland, barré par M. J.Hadengue, Porc-Epic à M.Thierry, Crapoussin, à M. Rimoux Salen, Pouet-Pouet, à M.Hug, n°46 à M. Lebrun, La Belote, à M. Rémon (décorateur-ébéniste ayant vécu à Chatou, longuement évoqué sur notre blog), n°62 à M. Bachet, Chardon, à M. Humbert, Pépette, à M. Prat, Ber-Pié, à M. Longe-Pié.

Le puissant cruiser auxiliaire Kiwi, de M. Guenot, et le canot automobile du C.N.C., le Spirit-of-Chatou, escortaient les coureurs.

Dimanche prochain se courra la Coupe Lucien Lelong (4ème année), réservée aux Dames. Le premier prix consiste en une robe sortant des ateliers bien connus Lucien Lelong, et le second en un chapeau offert par Monsieur Lebrun. Nul doute que toutes les yachtwomen du C.N.C. ne s’inscrivent dans cette compétition."

 

16/04/2012

1912 : IL Y A CENT ANS, LE NAUFRAGE DU "TITANIC" CEDAIT LA PLACE AU LANCEMENT DU "FRANCE"

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Gravure du supplément du Petit Journal -28 avril 1912

 

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La prière sur les lieux du naufrage du "Titanic" à bord du "Mackay-Bennet" affrété la White Star Line. L'expédition permit de repêcher une centaine de nouveaux cadavres. Gravure du supplément du Petit Journal - 5 mai 1912  

 

 

L'année 1912 sonna comme le glas de la Belle Epoque. En dépit des affaires européennes où un semblant de détente paraissait annoncer un avenir sans nuage, le monde n'eut d'yeux que pour la catastrophe maritime qui emporta le 15 avril 1912 le gratin du monde des affaires, ou plutôt des milliers de pauvres gens sous les sentences présomptueuses des promoteurs du plus grand navire de son temps, le "Titanic" de la White Star Line. L'aventure humaine n'apparaissait plus sans danger ni sans limite.  

Cinq jours après le naufrage, la Compagnie Générale Transatlantique, encore sous capitaux entièrement privés,  avait entendu répliquer dans un domaine accaparé par le monde anglo-saxon par une audace :  le lancement du paquebot "France" (illustration ci-dessous).

 

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Non un défi par sa taille, modeste pour ses concurrents avec ses 220 mètres en longueur. Mais imposant ses quatre cheminées (de 34 mètres de haut) que l'on ne retrouva sur aucun autre paquebot français, il se situa en première place pour la richesse du décor intèrieur,  alliée aux impérissables ressources de la gastronomie française et à la cordialité du service.

L'identité française n'était plus reléguée, elle était instruite sur les flots et portée par les artistes dont les noms cités aux  salons des Beaux-Arts rencontraient là une évidente célébrité.

Le style dominant, le style "Grand Siècle", valut au navire d'être surnommé le "Versailles des Mers", au gré de la réputation que lui accordait ses 2000 passagers lors de chaque traversée vers l'Amérique. Des décorateurs se surpassèrent pour y installer le confort de la "grandeur française".

 

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Le style "louisquatorzien" égrenait les plus grandes salles du pont des premières classes.  

Le salon mixte de musique décoré par les ateliers Rémon dont le futur Catovien Georges Rémon était l'un des maîtres d'oeuvre, menait à une enfilade de pièces, salon mauresque, café-fumoir, café-terrasse, dont la réalisation fut confiée à ces mêmes ateliers.

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Salon mixte de musique décoré par les ateliers Rémon et fils à bord de "France" 1912

 

Plus vaste encore que le grand salon, ce salon mixte de musique permettait à des passagers assis dans des fauteuils de style Régence placés au milieu de colonnes en marbre rose de deviser sous d'authentiques toiles de maîtres, en l'occurrence des "marines" de Lacroix de Marseille de 1774. L'ensemble était éclairé par une immense verrière.

 

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Quant au salon mauresque créé par Rémon, celui-ci tranchait volontairement avec le style ambiant. Il bénéficia de la présence d'un serveur algérien en habit traditionnel, accentuant l'évasion des passagers. Cet exotisme soudain devait tout à l'existence de l'empire colonial français dont l'Afrique du Nord était le meilleur symbole, lui-même à la source de l'orientalisme qui s'était développé depuis le milieu du XIXème siècle dans la peinture et l'architecture.

L'arrivée de la Grande Guerre deux ans plus tard marqua la transformation du paquebot pour le transport de troupes. La Compagnie Générale Transatlantique paya le prix de la réquisition : 29 de ses navires furent coulés dont deux paquebots, "La Provence" et "Le Carthage", cependant que "France" échappa par le tir de son unique canon à l'attaque d'un sous-marin allemand. 

La mise à la retraite du "France" n'intervint qu'après la mise en chantier du "Normandie" en 1932.

 

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Une image indissociable de la France. En 1924, à bord du "France" 1912, le président du Club des Cent, Louis Forest, remet au chef Jean Leer une médaille et un "diplôme de bonne cuisine".

Entre les deux avec une moustache, John Dal Piaz, président de la Compagnie Générale Transatlantique de 1920 à 1928, qui lança " l'Ile-de-France " en 1927, fut le promoteur d'une grande hôtellerie en Afrique du Nord et du premier billet "train-paquebot-hôtel-auto" (un monument lui fut dédié à Casablanca en 1931 après sa mort).

"L'Illustration" écrivit au sujet des cuisines : "l'espace est si grand que l'on n'arrive pas à démontrer du premier coup d'oeil  l'armée de la bonne chère qui compte 25 cuisiniers, 8 pâtissiers, 8 boulangers, 6 bouchers. Au dessert, le grand chef, un Breton, Monsieur Jean-Yves-Marie Leer, s'avança, presque timide et un peu ému pour recevoir, des mains de Monsieur Forest, la plaquette d'argent qui consacre trente-cinq ans de loyaux services et de cuisine supèrieure à bord de la Transatlantique."

Le menu avait été le suivant : " Cantaloup frappé au Porto et grappe fruit frappé au Xérès, Filets de sole à la Marocaine, Suprême de volaille à la Transatlantique, Asperges sauce Chantilly, Cailles de France à la Montmorency, Salade mimosa, Fromages, Fraises voilées à l'Algérienne, Mignardises, Corbeilles de fruits ". Le reporter précisa : "les Fraises à l'Algérienne sont un perfectionnement heureux des Fraises Melba : à la glace à la vanille sur laquelle reposent les fruits, on ajoute une couche de crème Chantilly "...

 

 

Sources :

"Arts Décoratifs à bord des Paquebots Français 1880 - 1960" - 1992 - éditions Fonmare par Louis-René Vian

"A la page" - 28 avril 1931

 

 

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Pour en savoir plus, le bulletin historique de l'association 2010 (62 pages), en vente au prix de 15 euros pour les non-adhérents.Pour tout renseignement : piarri@orange.fr
 

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Locomotive SNCF 241 P compound fabriquée aux usines Schneider du Creusot de 1948 à 1952, emblème de l'association.