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01/11/2013

LE CHEMIN DE LA REVOLUTION A CHATOU...

La Révolution avait commencé dans la faillite financière de l’Etat. Si Louis XV avait ruiné le pays par des guerres désastreuses et Louis XVI mené une politique étrangère brillante, un gouffre financier dont les Français ne voyaient que les inconvénients dans leur vie courante perpétuait les erreurs de Louis XV et condamnait l’immobilisme de son successeur.

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Portrait de Louis XVI au début de son règne, par Duplessis

 

Louis XVI avait certes tenté une libéralisation économique dans le domaine agricole mais l’impossibilité d’augmenter la production avait fait échouer la réforme. D’un autre côté, l’industrie était embryonnaire, les travaux publics insuffisants.

Mais surtout, la réforme fiscale et politique s’était éteinte dans le carcan des Parlements rappelés par démagogie par le roi, leur hostilité à peine réinstallés faisant face à l'aveuglement d'une cour ignorante et péremptoire. Les foudres d’un peuple  accablé par une agriculture aléatoire étreinte par une fiscalité inconsidérée à laquelle échappaient les grands possédants nobles et ecclésiastes, étaient attendues.

Louis XVI, loin de choisir la réforme autoritaire du système, avait décidé de régner comme un bouchon flottant sur l’eau dans la peur de mécontenter les corps constitués. Loménie de Brienne, l’un de ses derniers contrôleurs généraux des Finances, lui donna une occasion d’avouer son échec et sa faiblesse au profit de la parole publique.

Il préconisa le rappel des Etats Généraux (pour la dernière fois tenus en 1614),  lesquels furent convoqués à Versailles pour le 1er mai 1789 par un arrêt du Conseil du Roi du 8 août 1788.

A Chatou, la convocation des Etats Généraux se cristallisa sur un abus du seigneur, l’ancien ministre Henry Léonard de Bertin. Celui-ci, qui n’avait cessé de promouvoir les réformes pendant toute sa carrière de 1759 à 1780 au détriment même de son intérêt et employait un grand nombre d’habitants à l’entretien de son domaine de Chatou, avait érigé en 1788 un mur autour de sa propriété,   empêchant ainsi le passage immémorial des paysans vers les terres cultivables et les obligeant à un détour considérable. Le seigneur avait de surcroît obtenu gain de cause contre la plainte des habitants par un arrêt du Conseil du Roi.

C’est dans ce contexte que, le 12 avril 1789, les habitants de Chatou inscrivirent sur le cahier de doléances du « Tiers Etat de Paris hors murs »  ouvert en vue de la réunion des Etats Généraux, qu’ils  « seraient peut-être bien fondés à se pourvoir par voie de l’opposition contre ce même arrêt mais ils ont l’honneur de représenter aux Etats Généraux qu’il leur est surtout impossible de suivre cette voie de droit, supposé qu’elle leur soit ouverte, vu les frais qu’elle leur occasionnerait et auxquels ils sont incapables de subvenir ; d’ailleurs, l’effet de la protection inouïe de leur seigneur pourrait encore, comme par le passé, la rendre infructueuse.

Ce sont, Messieurs, ces deux motifs qui ont déterminé les habitants de Chatou à recourir directement à la justice de Sa Majesté, pour lui présenter leurs réclamations contre les vexations de leur seigneur. Sa Majesté a daigné accueillir favorablement leur démarche.

Les habitants de Chatou ne peuvent vous exprimer, Messieurs, d’une manière plus claire, la triste situation où les réduisent les vexations de leur seigneur qu’en vous observant que, s’ils venaient malheureusement à être les tristes victimes définitives de la protection et du crédit de leur seigneur, ils se trouveraient entièrement hors d’état, tant pour le présent que pour l’avenir, de payer au roi un liard de subsides, puisque le projet de leur seigneur, en leur enlevant un chemin dont ils sont de tout temps en possession, dont ils ont toujours joui, et qui leur est d’une nécessité absolue pour la culture de leurs terres, leur donnerait au moins 6000 livres de charges annuelles, leur ôterait en même temps le moyen de pouvoir  avoir du pain pour eux et leur famille, et les réduirait par ce moyen à la dernière misère. »

La demande fut réitérée dans un Cahier des demandes locales annexé « contre une clôture, qui les forçait à faire huit ou neuf cent toises de plus, pour se rendre à des champs, que la culture des légumes pour Paris les obligeait à visiter cinq à six fois par jour. »

Ces plaintes furent appuyées dans les Cahiers de doléances de Carrières-Saint-Denis et Sartrouville, dont les habitants usagers du chemin étaient également lésés par la fermeture de l’accès.

Le 5 mai suivant se tînt la première réunion des Etats Généraux à Versailles. Il n’en sortit rien pour Chatou.

C’est alors que le 11 mai 1789, une révolte  éclata dans la commune, consignée dans une instruction portée devant le Châtelet les 6, 8, 12, 13 et 15 juin 1789.

Après s’être concertés la veille dans les écoles et sous l’effet de la sonnerie des cloches vers onze heures par quelques habitants dans l’église, 300 à 400 personnes, dont certaines étaient également rabattues par les gardes-messiers sur leurs terres, se rendirent devant le mur de clôture litigieux et l’abattirent.

Le sieur Louis-Pierre, selon le témoignage de Monsieur Quénolle, garde des biens du seigneur et huissier de justice à Chatou, avait pris la tête de l’émeute et frappa Monsieur Hallot, huissier de justice, qui lui-même tentait de l’empêcher de frapper le procureur fiscal et garde des chasses, François-Prix Réal, mandaté par Bertin.

Dans la destruction du mur, Louis-Pierre, vigneron, était aidé des maçons Cézar père et fils, de Berlot, joueur de serpent, du fils Trancart, de Jean-Louis Levanneur et Jeannet. Une autre partie du mur était démolie par Bardin, vigneron, lequel conseillait d’abattre aussi les peupliers selon le témoignage de Nicolas Dujeancourt, garçon-jardinier chez l’ancien ministre.

Pendant la destruction, les dénommés Jacquin et Daubin, menacèrent le serrurier Jean-Baptiste Noël en lui demandant de venir démolir le mur et « s’il était du Tiers Etat ». Répondant que « non », celui-ci fut menacé quelques heures plus tard par un habitant avec une hallebarde. Le serrurier ferma sa boutique en interdisant à ses employés de sortir.

A la suite de l’abattage du mur dont était témoin Pierre Vanier, procureur au bailliage, les manifestants montrèrent leur derrière en jurant et en disant : « nous nous foutons de ton Bertin et nous avons notre chemin ! ».

La sœur Pélagie, des Sœurs de la Charité de la paroisse de Chatou, témoigna que Louis-Pierre s’était disputé avec l’un des marguilliers, à qui il avait enlevé les clés du clocher en son absence et refusé de lui rendre. Ayant finalement accepté de les lui remettre, le marguillier lui répondit qu’il ne les prendrait pas et qu’il les « lui ferait rendre par d’autres ».

D’autres témoins vinrent corroborer l’émeute, en l’occurrence les invités à dîner de Bertin, son neveu, le baron de Jumilhac,  le baron de Cahorn, Monsieur Dupont, conseiller au Parlement, les abbés Taulier de Labreuille et Buissy.

 

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L'ancien château de Bertin peu avant sa démolition en 1912 et son agrandissement Restauration. Le bâtiment initial avait été construit par Soufflot, intendant des Bâtiments du Roi, architecte de l'Eglise Sainte-Geneviève (Panthéon), et surplombait le Nymphée.

 

 

A Croissy, le curé Bénigne May, le seigneur Chanorier et Monsieur Petitot, officier et parent de Monsieur Chanorier, informés de la situation à Chatou, décidèrent de se transporter sur les lieux. Sur l’instance de Chanorier, ils rencontrèrent Nicole, le syndic de la commune, qu’ils croyaient menacé. Nicole leur confia qu’il avait été pris par le collet par un habitant et forcé de se rendre à la grille du château de Bertin.

 

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L'ancienne grille du château de Bertin peu avant sa démolition en 1912 avec ses communs donnant sur la rue Esther Lacroix.

 

 

Enfin, Louis-Pascal Lebreton, maréchal des logis de la compagnie de maréchaussée de l’Ile-de-France, sous-lieutenant commandant la brigade de Nanterre où il demeurait, a donné la transcription suivante au greffe sur le déroulement des évènements : « il y a environ sept à huit mois, Monsieur Bertin a fait boucher de murs un chemin qui conduisait différents habitants à des terres qu’ils possédaient dans les champs.

Cela a occasionné beaucoup de rumeurs parmi les habitants, notamment depuis les semences, attendu qu’il y en  a plusieurs qui se plaignent de perdre un quart de journée à différentes fois à gagner  leurs champs par le chemin nouveau, tandis qu’ils étaient très peu de temps à y aller par l’ancien chemin.

Pendant ce temps, il a entendu à différentes reprises plusieurs des habitants former le projet de se faire justice à eux-mêmes en abattant le mur. Monsieur Bertin, instruit de ce projet, l’a prié lui déposant à différentes fois de faire des patrouilles dans son village pour détourner les habitants d’exécuter leur projet.

Le dimanche 10 mai dernier, Monsieur Bertin ayant demandé des cavaliers à cause d’attroupements qu’il y avait, il y a envoyé les nommés Sarcé, Gauthier et Bediot, tous trois cavaliers de sa brigade. A leur retour, ces cavaliers lui ont dit qu’ils avaient réussi à empêcher les habitants du projet qu’ils avaient d’abattre le mur. Ils ne s’étaient retirés que lorsque tout était calmé ; ils y ont passé une partie de la nuit et n’en sont revenus qu’à trois heures du matin.

Le lundi 11, vers les onze heures du matin, lui déposant, passant avec des cavaliers dans le village de Chatou pour aller au marché de Saint-Germain, où il est détaché tous les lundis et jeudis, il a vu tous les habitants de cette paroisse attroupés, tant hommes que femmes et enfants à là porte du Sieur Nicole, syndic, et a entendu sonner la cloche ; ayant demandé ce que c’était que cette rumeur, tous les habitants lui ont répondu unanimement qu’il y avait trop longtemps qu’ils souffraient de ce chemin intercepté et qu’ils allaient abattre le mur. A l’instant, il s’est transporté chez Monsieur Bertin pour l’engager à leur parler en lui disant leur projet.

D’abord, Monsieur Bertin lui a répondu qu’il ne voulait avoir aucun démêlé avec eux ; mais, à force d’instances et après être retourné à diverses reprises chez Monsieur Bertin, il est parvenu à déterminer ce seigneur à en recevoir huit ou neuf, pendant que sa brigade maintenait le reste de la paroisse, qui s’était alors posté à la grille du château. En effet, il les reçut et leur parla à peu près pendant trois quarts d’heure dans le jardin, lui déposant, présent.

Monsieur Bertin, par la parole satisfaisante qu’il leur donna, lui parut devoir être hors d’inquiétude ; ce qui le détermina, lui déposant, à s’en aller au marché de Saint-Germain après avoir pris les ordres de Monsieur Bertin.

 

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Henry-Léonard de Bertin, ministre de Louis XV et de Louis XVI, seigneur de Chatou et Montesson de 1762 à 1789. De son domaine, Chatou a conservé le Nymphée de Soufflot.

 

En effet, les habitants se sont retirés ayant l’air content de la conversation dont il leur avait rendu compte et, avant de se retirer, il avait fait encore une tournée dans la paroisse en calmant les têtes exaltées.

Immédiatement après le marché de Saint-Germain fini, lui, déposant, a appris que lesdits habitants de Chatou s’étaient de nouveau attroupés et abattaient les murs de Monsieur Bertin.

Il est parti aussitôt de Saint-Germain (…), a trouvé à son arrivée les murs abattus dans les parties seulement qui fermaient le chemin et les places nettoyées, et n’a plus vu d’attroupement, mais les habitants de côté et d’autre dans le village ayant l’air de s’occuper de ce qu’ils venaient de faire et d’en être contents. 

A son arrivée, il s’est transporté chez Monsieur Bertin et est resté dans le village à faire des patrouilles jusqu’à une heure et demie, deux heures du matin (…) ».

A la suite de ces témoignages, Louis-Pierre fut arrêté le 3 juillet 1789 par le brigadier Méchain et trois cavaliers de sa compagnie. Des interrogatoires suivirent. Il n’y eut ni mort ni blessé. Le procureur du Roi, De Flande de Brunville, ajourna lui-même l’affaire indiquant qu’il ne s’opposait pas à la mise en liberté de Louis-Pierre « en attendant plus ample instruction ».

Le cours de la Révolution devait laisser aux oubliettes le dernier réquisitoire du procureur du 25 juillet 1789 demandant l’assignation de Denis Levanneur et Trancard fils cependant que le ministre Bertin partait en exil à Spa pour sa dernière demeure.

L’émeute de Chatou fut la plus importante dans la banlieue de Paris et suscita une Déclaration du Roi relative à la police des émeutes et attroupements le 21 mai 1789.

D’un point de vue pratique, les contingents de police en Ile-de-France étaient très modestes par rapport au territoire à surveiller et le rappel des troupes à Paris ne disant rien qui vaille au monarque ou à l'Assemblée, les violences se multiplièrent.

Epilogue peu connu de sa vie qu’il avait rendue prisonnière des évènements, le Roi finit par accepter une tentative de fuite à la suite du vote le 23 juin 1790 par l’Assemblée Constituante de la suppression de la noblesse.

L’un de ses proches, Esterhazy, en attesta ainsi que l’historien La Rochetterie dans son "Histoire de Marie-Antoinette", les confidences de la Reine étant rapportées :

« Le Roi sort de Saint-Cloud par les hauteurs en faisant forcer une petite porte condamnée. Le duc de Brissac, Esterhazy, La Suze et Tourzel sont avec lui. Il descend vers Rueil, passe le pont de Chatou et entre dans la forêt du Vésinet.

La Reine est là, en voiture, avec Madame Elisabeth et les enfants royaux. On va gagner Chantilly où les écuries de Condé fourniront des chevaux. Mais soudain, le roi s’arrête, hésite et, finalement, donne l’ordre de retourner à Saint-Cloud. »

Une fois encore, Louis XVI s’était laissé gagner par les sentiments, ayant en perspective la Fête de la Fédération qui fut un triomphe mais dont il se hâta de ne pas profiter en n'allant pas à la rencontre de ses provinces. Sa condamnation était, quant à elle, bien en route.

 

 

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L'ancien Pont de Chatou, représenté par le graveur Croissillon Mariette, fut emprunté notamment par Louis XVI en juin 1790 pour se rendre dans les bois du Vésinet situés alors sur le territoire de Chatou.

 

 

Sources :

- Les élections et les cahiers de Paris en 1789, tome IV, Paris hors les Murs, par Ch-L. Chassin (1889)

- La famille royale et la Révolution, par Jules Mazé, (Hachette 1943)

 

 

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Locomotive SNCF 241 P compound fabriquée aux usines Schneider du Creusot de 1948 à 1952, emblème de l'association.

 

21/02/2012

DROLE D'EPARGNE

La Révolution avait soulevé le tumulte et l’enthousiasme. Les bases d’une société nouvelle plus libre et plus équilibrée étaient recherchées par tous ceux qui avaient la foi en l’évolution. Le comte de Mirabeau (1749-1791), tout à la fois royaliste et révolutionnaire, avait contribué à ce que rien ne puisse entamer cette aspiration que l’on avait écartée depuis trop longtemps au détriment de la classe la plus laborieuse et la plus nombreuse de la société.

 

 

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Portrait tiré du livre "Mirabeau" de Louis Caste (éditions Dardanchet 1942)

 

 

Parmi les causes dont il se saisit peu avant sa mort le 2 avril 1791, celle de la création d’un système d’épargne l’avait amené à défendre une organisation importée d’Italie : un plan de tontine viagère et d’amortissement proposé par Monsieur Joachim Lafarge, un homme que nous connaissons pour avoir été au terme de son entreprise le propriétaire de l’actuel hôtel de ville de Chatou de 1801 à 1808 (édifice demeuré maison de maître jusqu’en 1878).

 

 

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Joachim Lafarge fut propriétaire de la maison de l'actuel hôtel de ville avant son changement d'affectation

 

 

 

Dans son ouvrage, « La Caisse d’Epargne et de Prévoyance de Paris » publié en 1892, Monsieur Bayard rapporta ce que Mirabeau déclama à l'Assemblée Nationale au sujet de la proposition de Monsieur Lafarge :

 

« Vos comités trouvent une foule d’avantages dans l’adoption du projet de Monsieur Lafarge. Il en est un dont ils ne vous parlent point, c’est qu’un pareil établissement, rappelant sans cesse à la classe indigente de la société des ressources de l’économie, lui en inspirera le goût, lui en fera connaître les bienfaits et, en quelque sorte, les miracles.

 

J’appellerais volontiers l’économie la seconde providence du genre humain. La nature se perpétue par des reproductions, elle se détruit par des jouissances. Faites que la subsistance même du pauvre ne se consomme pas tout entière ; obtenez de lui, non par des lois, mais par la toute-puissance de l’exemple, qu’il dérobe une très petite portion de son travail pour la confier à la reproduction du temps, et, par cela seul, vous donnerez les ressources de l’espèce humaine.

 

Et qui doute que la mendicité, ce redoutable ennemi des mœurs et des lois, ne fût détruite par de simples règles de police économique ? qui doute que le travail de l’homme dans sa vigueur ne pût se nourrir dans sa vieillesse ?

 

Puisque la mendicité est presque la même chez les peuples  les plus riches et parmi les nations les plus pauvres, ce n’est donc pas dans l’inégalité des fortunes qu’il faut en chercher la véritable cause, elle est tout entière dans l’imprévoyance  de l’avenir, dans la corruption des mœurs et surtout dans cette consommation continuelle sans remplacement qui changerait toutes les terres en désert, si la nature n’était pas plus sage que l’homme.

 

Monsieur Lafarge appelle son projet : tontine viagère et d’amortissement ; je voudrais qu’il l’eût appelé : caisse des épargnes, caisse des pauvres ou caisse de bienfaisance ; ce titre aurait mieux fait connaître au pauvre ses besoins et au riche ses devoirs. Assez de fortunes ont été amoncelées par l’avarice, en accumulant des intérêts, en échangeant des privations par des richesses. Il faut aussi apprendre à la classe indigente ce moyen de se préparer un plus doux avenir (…)."

 

L’oraison se poursuivit par de très belles paroles mais l‘Assemblée Nationale, bien qu’émue du talent déployé dans cette nouvelle harangue, ne fut pas convaincue à juste titre par le projet présenté.

 

Le refus de l’Assemblée n’entama pas la détermination de Joachim Lafarge, qui ouvrit ses bureaux 53 rue des Blancs-Manteaux à Paris.

 

Le 17 août 1791, Monsieur Lafarge, soutenu par deux administrateurs Messieurs Mitouflet de Beauvais (futur maire de Chatou sous la Restauration voir notre revue "Chronique des temps difficiles 1814-1830") et Mignon Duplanier, présenta un mémoire en vue d’obtenir un brevet d’invention pour son plan de tontine sous le nom de « Caisse d’Epargne et de Bienfaisance », retenant ainsi  la suggestion de Mirabeau, pour une durée de 5 ans « avec le privilège exclusif que la loi y attache », au titre des entreprises bénéficiant des nouvelles dispositions sur le droit de propriété.

 

Le principe de la Caisse reposait sur une cotisation des "riches" avec un intérêt de 5% garanti la première année et « augmenté chaque année par les chances du tirage » jusqu’à percevoir 3000 livres de rente par action, en plaçant les sommes sur la tête de leur fils en bas âge. « Si l’enfant périt, il perd tout à la vérité, mais l’éducation et la dot lui auraient coûté beaucoup plus ; si son fils vit, le riche est assuré de jouir abondamment, et au bout de 18 à 20 ans, il le  marie avec des rentes qui forment la dot la plus riche ».

 

Parallèlement, "le pauvre" devait cotiser 90 livres en 10 ans, à raison de 9 livres par an. « Sa mort fait gagner très peu aux riches, tandis que celle de ses derniers le rend héritier des sommes qu’ils ont versés dans la Caisse. »

 

Le 31 mars 1793, la Caisse de Monsieur Lafarge annonçait : « Le devoir le plus important, celui qui tenait le plus à la délicatesse et à la probité des directeurs et administrateurs, est totalement rempli. Les 32.894.160 millions, 7 livres et 10 sols, produit des 460 et 19.608 actions tant entières que partielles composant la masse de la Société, sont totalement employés en contrats perpétuels sur l’Etat et assument, pour le recouvrement au nom collectif des actionnaires, le service des arrérages et des accroissements auxquels ils ont droit par succession les uns aux autres. »

 

Ce système qui s’était assis sur la nouveauté et la crédulité, avait continué son cours sous les tribulations du Directoire.

 

 

Le Premier Consul fut amené à revoir  la question d’un autre œil : il nomma un Commissaire prés de l’établissement de la Caisse d’Epargne, seize actionnaires ayant déposé plainte selon un rapport annexé aux délibérations de la Société le 4 Prairial an 12 (1804).

 

Un rapport fut établi par les maîtres des requêtes au Conseil d’Etat le 12 décembre 1808, Le Camus de Néville, Pasquier et Coquebert de Monthret à la demande de l’Empereur.

 

Convaincu par les conclusions du rapport, Napoléon signa sur avis du Conseil d’Etat le 1er avril 1809 un décret prévoyant que trois administrateurs prés le conseil municipal de la commune de Paris nommés par le préfet du Département de la Seine seraient chargés de gérer au mieux les intérêts des actionnaires cependant que les contestations furent renvoyées devant la Cour des Comptes.

 

Puis, c’est du quartier général impérial de Wilna, le 4 juillet 1812, que Napoléon arrêta que la Caisse des employés et artisans, entité de la Caisse Lafarge « composée jusqu’à ce jour de 2 sociétés distinctes, ne formerait plus qu’une seule société dans l’organisation nouvelle.»

 

Par un arrêt définitif rendu en séances les 18,22,23 et 29 décembre 1813, la Cour des Comptes déclara « en débit les directeurs de la société en inscription de 5% consolidés sur les dix exercices des capitaux de la première société de la somme de 108.468,91 francs. » La liquidation des Tontines Lafarge était consommée.

 

 

 

 

Sources :

 

- archives du Musée de la Poste

- bibliothèque administrative de la Ville de Paris

 

 

 

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Locomotive SNCF 241 P compound fabriquée aux usines Schneider du Creusot de 1948 à 1952, emblème de l'association.