20.11.2009

L'INVASION ALLEMANDE EN JUIN 1940 ET L'AFFAIRE DE L'ARMISTICE

Pour nombre de soldats l’ayant vécue, la percée allemande entre le 10 mai et le 22 juin 1940 ressembla à une  promenade militaire des plus tragiques. Les avions et les blindés balayaient tout sur leur passage, les soldats de la Wermacht marchant le fusil à la main derrière des camions convoyant tout leur matériel. Face à eux, l’armée française, sous-équipée, désorganisée, paniquée, dépourvue d’assistance aérienne et de chars, parée à livrer un combat d’un autre âge en bandes molletières et sacs à dos de trente kilos. Des fantassins disséminés sur une ligne de front illusoire furent engagés dans l’incurie la plus totale.

 

A Chatou, comme ailleurs, le conseil municipal afficha ses dernières espérances le 25 mai 1940. Il ne devait plus se réunir en séance publique avant le mois de décembre :

« Le conseil  : 

  -   affirme sa pleine confiance dans les armées Françaises et Alliées

-    salue les combattants ainsi que leurs familles auxquelles il est uni de cœur

 -    exprime sa profonde sympathie pour les réfugiés qui ont dû quitter leur foyer sous la poussée barbare des allemands et prend les dispositions en son pouvoir pour alléger leurs souffrances matérielles et morales. Il remercie les dames de la Croix Rouge de leur ardent dévouement et met à leur disposition une somme de 1000 F prélevée sur le quatrième des dons de 5000 F chacun, que Monsieur Martin vient de mettre à la disposition de Monsieur le Maire.  

Le conseil décide de créer à l’école maternelle Jules Ferry une garderie similaire à celle fonctionnant à l’école Paul Bert. Celle-ci est ouverte depuis le lundi 20 mai 1940 et est appelée à fonctionner tous les jours, même pendant les vacances de Pâques, Pentecôte etc, dimanches et fêtes exceptés. Des subventions sont votées à l’assistance des femmes en couches, à la famille, aux vieillards, à l’assistance médicale gratuite, au sanatorium, aux aliénés, aux 21 réfugiés. »

Le 3 juin 1940, l'aviation allemande bombarda la Seine-et-Oise à l'appui de 50 Dornier épaulés par 50 chasseurs, tuant 87 personnes dont 74 civils, et en blessant 332 autres. Un dépôt d'essence de la Défense Nationale sauta à Chatou. Il avait été disposé dans l'une des usines de Pathé-Marconi.

Dans la nuit du 12 au 13 juin 1940, le Catovien René Chantreux fut abattu d’une rafale de mitrailleuse par un détachement allemand entrant dans la ville en tentant de s’abriter dans un café de la rue de la Paroisse. Peu avant l’arrivée des allemands, le 13 juin, l’armée française dynamita le pont routier, ressuscitant l’usage antique du bac pour les habitants.

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Le cabinet Reynaud d’union nationale se divisa alors sur la question de l’Armistice, aucune résistance en métropole ne paraissant plus possible. Alors que le président du Conseil proposait une capitulation, sa proposition fut transformée sous les imprécations et les menaces du général Weygand en demande d’armistice. Mais c’est une intrigue de Camille Chautemps qui oeuvrait avec Pierre Laval pour le renversement du régime qui emporta le ralliement de la plupart des ministres.

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Chautemps proposa qu’une demande d’armistice soit faite aux allemands et qu’un refus leur soit opposé dans le cas où  les conditions seraient trop dures. A l’extérieur du cabinet, les présidents du Sénat et de la Chambre des Députés, Jules Jeanneney et Edouard Herriot, se prononcèrent pour la continuation de la guerre hors la métropole auprès du président de la République, Albert Lebrun. Dans cette campagne pour ou contre l’armistice de la classe politique réfugiée à Bordeaux, le sénateur Charles Reibel, de la Seine-et-Oise, également sénateur de Chatou, répandit la parole du général Weygand, aux arguments douteux : l’Angleterre serait envahie et capitulerait, de petites républiques révolutionnaires se formeraient sur le sol de la métropole !

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L'ancien président du Conseil et député radical Camille Chautemps. Ministre de Paul Reynaud,  il intrigua en faveur de l'Armistice avec Laval et fut nommé vice-président du Conseil lors de la formation du premier gouvernement Pétain (17 juin 1940). Il finit par quitter la France le 12 juillet 1940 et s'exila aux Etats-Unis où il mourut en 1963.

A l’opposé, Georges Mandel, né à Chatou le 5 juin 1885, ancien chef de cabinet de Clemenceau, ancien ministre des PTT (1934-1936), des Colonies (1938-1940) qu’il réarma, ministre de l’Intérieur du cabinet Reynaud (1940), fit campagne contre. Selon lui, la victoire des Alliés était inévitable et la résistance possible en Afrique du Nord. Il déclara au sénateur Révillon le 15 juin 1940 :

"- vous savez que Weygand appuyé par Pétain, désire que le gouvernement demande l'armistice. J'estime que ce serait une faute sans précédent dans notre histoire. L'incapacité de nos chefs militaires nous a fait perdre la bataille de France, mais notre pays n'est pas définitivement vaincu. En 1914, aprés Charleroi, nous avons vaincu sur la Marne. La bataille de France n'est qu'une bataille dans cette grande guerre. Demain, nous pouvons aussi vaincre en Méditerranée. Je crois à la supèriorité des démocraties. C'est folie de se déclarer vaincus lorsque nous pouvons être vainqueurs en continuant la lutte avec nos alliés dans notre empire africain.

- mais si Weygand ne veut plus combattre, pourquoi ne le remplacez-vous pas à la tête de l'armée française ? il y a des généraux qui partagent votre opinion et celle de Reynaud.

- c'est ce que j'aurais déjà fait si j'étais président du Conseil (...)"

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Les ministres contre l'armistice étaient de toutes tendances : Louis Marin (Fédération Républicaine), Georges Mandel (Indépendants Républicains), Louis Rollin (Alliance Démocratique), Paul Thellier (Alliance Démocratique), Paul Reynaud (Alliance Démocratique), Alphonse Rio (Gauche Démocratique), Laurent Eynac (Gauche Démocratique),  pour les conservateurs et les modérés, Yvon Delbos, César Campinchi, Henri Queuille, Jules Julien, ministres membres du Parti Républicain Radical et Radical-Socialiste, Jean Monnet et Albert Serol de la S.F.IO., Raoul Dautry (sans étiquette). Mais Paul Reynaud, impressionné par le courant défaitiste de l'autre moitié du cabinet et la défection de quatre ministres "résistants" hésitants à en croire ses mémoires (Thellier, Queuille, Julien, Sérol), préféra remettre sa démission le 16 juin 1940. Se conformant aux usages  de la IIIème République au lieu de lui demander de faire un cabinet de résistance, Albert Lebrun fit appel au chef des « défaitistes » au sein du cabinet, le Maréchal Pétain, pour prendre la présidence du Conseil. Ce devait être le dernier cabinet du régime avant le vote des pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940.

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Le maréchal Pétain, en annonçant l'Armistice, put satisfaire en réalité une vieille ambition personnelle, qu'il réussit à assouvir grâce à l'opportunisme sans scrupule de Laval, son comparse depuis 1934. L'auguste vieillard auréolé du prestige de la Première Guerre ne fut pas soupçonné par les Français de brader leurs intérêts. Il fut pourtant au premier rang de ceux qui sabotèrent la politique de Défense Nationale dans les années Trente et se distingua au faîte de la Collaboration dans la promotion des lois anti-juives, la rencontre de Montoire, la lutte contre la résistance française, la mise à disposition de l'Allemagne de la police nationale, la guerre contre les Alliés dans les colonies, l'absence de condamnation de l'invasion de la zone libre en 1942, la mise en prison et la déportation des opposants au régime, l'approbation de la création de la Milice en 1944... Sur ses qualités militaires, Foch avait été implacable à son égard : "quand il n'y a rien à faire, c'est son affaire".

Entouré d’une pléïade de collaborateurs qui avaient prêté leurs voix au désarmement du pays et jaugé leurs ambitions politiques sur sa défaite militaire, Pétain, sans doute inspiré par Alibert et Weygand, n’eut d’autre préoccupation que de faire arrêter Georges Mandel le 17 juin 1940.

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L’ opération ne se passa pourtant pas comme escomptée. L’intéressé, soutenu par deux ministres « gênés » du nouveau et dernier gouvernement de la IIIème République, Pomaret et Frossard,  envahit le bureau du président du Conseil, et au gré de son autorité naturelle, obtint sur le champ une lettre d’excuse du Maréchal qui l’exonérait du délit imputé de dépôt d’armes clandestin en vue d’attenter au nouveau gouvernement. Cette lettre fut retrouvée ensanglantée sur son cadavre après son assassinat par la Milice le 7 juillet 1944 sur la route de Fontainebleau. Rappelons que le même Pétain, qui ne négligeait aucune manœuvre, avait tenté de convaincre Mandel à deux reprises du bien-fondé de l’armistice en l’invitant à déjeuner au Café de Paris  les 22 mai et 3 juin 1940, en pure perte bien entendu. Mais au printemps 1940, le natif de Chatou était encore considéré comme l’un des hommes les plus puissants et les plus redoutés  du cercle politique. Le drame fut qu’il refusa des offres de départ à Londres les 13 et 20 juin 1940. Compte-tenu de l’insistance de Churchill, il serait probablement devenu un chef de la France Libre (celle-ci ne fut reconnue que le 28 juin 1940 par l’Angleterre en la personne du général de Gaulle).

L'autre victime du Maréchal Pétain fut la France dont il avait tiré par le fond la politique d'armement. Rencontré le 4 août 1940 à Lyon, Paul Reynaud déclara au sénateur Tony Révillon : "le gouvernement Doumergue a repoussé le 17 avril 1934, l'offre de limitation des armements formulée par John Simon et Eden au nom du gouvernement britannique  et acceptée par le chancelier Hitler. Cela déclencha la course aux armements entre l'Allemagne et la France. C'était très dangereux, car l'Allemagne possède une puissance industrielle très supèrieure à la nôtre et peut par conséquent fabriquer plus d'armemement que la France. Qui était ministre de la Guerre à ce moment ? le maréchal Pétain. Il aurait dû vite mettre en oeuvre un puissant programme d'armement. Or, qu'a-t-il fait pour remédier à cette angoissante situation ? il a réduit les crédits d'armement votés par le Parlement. Lorsqu'il quitta son ministère, son premier souci fut de publier dans La Revue des Deux Mondes un article sur l'éducation en France. Les problèmes militaires ne l'intéressaient plus guère. Il ne pensait qu'à devenir président du conseil et à donner des gages à la droite.

Le 18 mars 1935, les Allemands établissent la conscription. La population du Reich est presque double de celle de la France. L'Allemagne pourra donc avoir deux fois plus de soldats. Je jette un cri d'alarme et je dépose le 31 mars 1935 sur le bureau de la Chambre des Députés un contre-projet demandant la création de dix divisions lourdes blindées. N'ayant plus la quantité, ne nous fallait-il pas la qualité pour pouvoir résister à une invasion allemande ? mon contre-projet fut repoussé par le gouvernement Flandin-Laval-général Maurin comme "contraire à la logique et à l'histoire". Or, c'est avec dix divisions lourdes que les Allemands, au mois de mai, ont crevé notre front et nous n'avions rien à leur opposer."

Edouard Daladier  fut interrogé le 22 juin 1940 sur le "Massilia" par un journaliste, qui lui demanda : "est-ce vrai, Monsieur le Président, que le conseil supèrieur de la guerre n'était pas favorable à la prolongation de la ligne Maginot jusqu'à la Mer du Nord ?"

- c'est exact. La commission sénatoriale de l'armée est venue me demander de prolonger la ligne Maginot jusqu'à la mer. Le conseil supèrieur de la guerre, à l'unanimité moins une voix, a répondu qu'il n'y avait pas lieu de poursuivre cette ligne. (...)

- est-il vrai que le Maréchal Pétain était adversaire de la prolongation de la ligne Maginot ?

- c'est exact. Un projet de crédit de 240 millions avait été établi par Monsieur Piétri, ministre de la Guerre, pour fortifier Maubeuge, Montmédy et Valenciennes. Le Maréchal fit rejeter ce crédit par le conseil. C'était, si ma mémoire ne me fait pas défaut, en juin 1932."

 

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Daladier président du Conseil salué par le général Catroux à Alger en 1939. Le général devenu gouverneur d'Indochine (1939) sur l'ordre de Georges Mandel ministre des Colonies, fut destitué par Vichy et figura parmi les premiers ralliés à de Gaulle.

Le Maréchal avait livré cette vision prophétique à la commission de l'armée du Sénat lors de sa séance du 7 mars 1934: "à partir de Montmédy, il y a les forêts des Ardennes. Elles sont impénétrables si on y fait des aménagements spéciaux. Par conséquent, nous considérons cela comme une zone de destruction. Naturellement, les lisières du côté de l'ennemi seraient protégées : on y installerait des blockhauss. Comme ce front n'aurait pas de profondeur, l'ennemi ne pourrait pas s'y engager, s'il s'engage, on le repincera à la sortie des forêts. Donc ce secteur n'est pas dangereux."

 A Chatou, le 18 juin 1940, l'ingénieur du Génie Maritime Henri Ramas, fils du maire Jules Ramas, âgé de 37 ans, fut tué par un obus ennemi à côté de ses pièces de batterie à Saint-Sauveur de Pierrepont dans le Cotentin après avoir refusé l'ultimatum de la division Rommel avançant vers Cherbourg (prise le 19 juin), et permis l'évacuation de troupes vers l'Angleterre. 

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La tombe d'Henri Ramas au cimetière de Chatou

Le conseil municipal posa pour un photographe dans une atmosphère de deuil, chacun étant solidaire de Madame Ramas, dont le voile exprimait la douleur.

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La question de l’Armistice reste posée et les témoignages des acteurs de l’époque ne manquent pas. Le sénateur radical Tony Révillon, qui rencontra le commandant des opérations en Afrique du Nord et résident général du Maroc, le général Noguès, futur rallié et inconditionnel du régime de Vichy, avec ses amis députés Joseph Denais et La Groudière le 29 juin 1940, recueillit ces propos édifiants :

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« je disposais d’une armée de plus de 250.000 hommes. On pouvait m’envoyer de France la valeur de quelques divisions. Il m’était possible de lever encore en Afrique du Nord plusieurs autres divisions, particulièrement au Maroc. En Afrique Occidentale, on instruisait une assez importante armée.

 

Protégée par une flotte franco-britannique, l’Afrique du Nord française était difficilement accessible à l’ennemi. Par où serait-il passé ?si les troupes allemandes avaient voulu envahir par l’Espagne, nous pouvions dés l’entrée des Allemands dans la péninsule ibérique occuper Tanger, sa banlieue et une partie du Riff, si c’était nécessaire. Avec l’appui de l’escadre franco-britannique, la traversée du détroit de Gibraltar était très difficile, comme le serait l’invasion de la Grande-Bretagne.

En Tripolitaine, les Italiens disposent d’une armée beaucoup moins nombreuse que l’armée française d’Afrique. Pris entre l’Egypte et la Tunisie, menacée par la flotte franco-britannique dont la supériorité est écrasante, les Italiens auraient eu le plus grand mal à ravitailler leur colonie. Il fait très chaud, en ce moment, dans le sud tunisien, mais dés la fin septembre, nous pouvions entreprendre la conquête  de la Tripolitaine et c’était un gage dés plus intéressants.

La plupart des grandes villes italiennes, sauf Turin et Milan, sont des ports ou des villages situés à proximité de la mer. Ces ports auraient facilement été bombardés par notre aviation et notre flotte.

Dans les jours qui ont précédé l’Armistice, j’ai reçu de la métropole 700 avions de combat modernes de première ligne. J’ai fait aussitôt bombarder plusieurs villes italiennes. Ces bombardements ont été très efficaces. La réaction italienne sur Bizerte a été faible.

Le moral en Italie, d’après tous les renseignements qui me parvenaient, n’était pas bon. Nous pouvions empêcher son ravitaillement par mer, détruire ses navires, endommager ses ports. Nous pouvions mettre ce pays assez rapidement dans une situation délicate et cela pouvait avoir des répercussions heureuses pour nous dans les Balkans.

Je m’étais entendu avec le général Olry commandant l’armée des Alpes. Il estimait pouvoir tenir quelques temps en avant de Toulon et m’envoyer des tanks, de l’artillerie, des munitions.

Ce qui nous manquait le plus en Afrique, c’était des munitions. Nous n’en n’avions que pour 3 mois de combat. Mais nous aurions pu en recevoir d’Angleterre et surtout d’Amérique par les ports du Maroc.

J’espérais que le gouvernement résisterait. Nous faisions passer des munitions et du matériel de France en Algérie. Le général Weygand m’a demandé de me rendre à Bordeaux. Je l’ai prié de ne pas me faire quitter mon poste dans de si graves circonstances et le ministre de la Défense Nationale m’envoya un général que j’ai mis au courant de notre situation, de nos possibilités de résistance et de nos grandes chances de succès.

Il y eut alors le dimanche 23 juin un changement d’attitude à Bordeaux. On a interdit le transport du matériel de France en Afrique. Quelques-uns de mes officiers, qui continuaient dans un port de la métropole à charger des tanks sur un bateau, ont été mis aux arrêts de rigueur.

Il se tut, resta songeur quelques secondes, puis reprit :

-         Il y a des ordres étranges. On m’a interdit d’envoyer en Afrique Occidentale, comme je l’avais proposé, où ils auraient pu être facilement cachés, quelques-uns des magnifiques avions qui sont arrivés de la métropole en Algérie.

-         N’était-il pas possible de continuer la lutte malgré Bordeaux ? Y-a-t-on songé ?

Le général répondit d’une voix très basse :

-         oui, mais il y avait la marine…

-         vous a-t-on fait connaître les raisons qui ont empêché l’adoption par le gouvernement de votre point de vue, questionna Joseph Denais ?

-         non, on m’a simplement répondu que les éléments d’appréciation dont je disposais ne me permettaient pas de juger de la situation à laquelle le gouvernement avait dû faire face.

-         Il y a eu des raisons d’ordre politique, dis-je. Laval et ses amis ont voulu « faire passer la France du clan des démocraties dans le clan des dictatures. »

Il y eut un long silence. Je repris :

-         le gouvernement du Maréchal Pétain a pris une lourde responsabilité devant l’histoire.

Et le général Noguès ajouta d’une voix à peine perceptible :

- Et devant la France et l’humanité.

Notre émotion était intense et pendant un long moment aucun de nous ne parla ni ne bougea. Puis nous nous levâmes et prîmes congé du général. »

L'une des conditions majeures de la poursuite des combats en Afrique du Nord était l'intervention de la Marine, devenue la quatrième du monde sous l'empire de l'ancien ministre Georges Leygues et de l'amiral Darlan, ce dernier en ayant fait la quatrième du monde. Or, l'amiral Darlan, grand partisan de la poursuite des combats à la veille de l'Armistice, inversa sa position pour entrer dans le cabinet Pétain.

Cette situation condamna la France à jouer un rôle mineur dans la victoire militaire des Alliés lesquels, comme les ministres "résistants" de Paul Reynaud l'avaient prédit, entreprirent la reconquête à partir de l'Afrique du Nord. Rappelons qu'en 1939, la Marine française comptait 7 cuirassés, 2 porte-aéronefs, 19 croiseurs, 32 contre-torpilleurs, 38 torpilleurs, 77 sous-marins. Entre la déclaration de guerre et l'Armistice, elle avait escorté entre Brest et la Méditerranée 175 convois français rassemblant 1457 navires marchands dont 7 seulement avaient été coulés par l'Allemagne. La Marine s'était distinguée également par la protection de 56 convois anglais et alliés représentant 2157 navires marchands.

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Le "Richelieu", cuirassé de 35.000 tonnes mis en service en 1939 d'une vitesse de 30 noeuds, abritant 70 officiers et 1600 hommes, armé de 135 pièces de DCA, ne joua aucun rôle dans la guerre contre l'Allemagne et connut les hostilités sous les attaques britanniques. Il fut néanmoins sauvé puis restauré en 1942 avec l'entrée des Alliés en Afrique du Nord. Les Etats-Unis lui firent assumer des missions dans le Pacifique contre le Japon. 
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Batterie du "Strasbourg" en action. Mis en service en 1939, d'une vitesse de 30 noeuds, ce croiseur comportait 64 canons et mitrailleuses et pouvait embarquer jusqu'à 2000 hommes d'équipage. Bombardé à Mers-El-Kébir le 3 juillet 1940, il parvint à s'échapper et rejoignit Toulon où il fut sabordé le 27 novembre 1942 lors de l'arrivée des Allemands.
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Le 3 juin 1940, l'amiral Darlan déclara à Jules Moch au ministère de la Marine: " les généraux ne veulent plus se battre et les soldats fichent le camp. Si l'on demande, un jour, l'armistice, je finirai ma carrière par un acte de splendide indiscipline. Je partirai avec la flotte."Le 22 juin 1940, l'ancien ministre de la Marine de Paul Reynaud, César Campinchi, fit cette observation avec tristesse à Tony Révillon: "Darlan était favorable à la résistance. Il me disait encore la veille de la démission du cabinet Reynaud : "Monsieur le Ministre, si par malheur le gouvernement demande l'armistice, qu'il me donne huit jours, j'écraserai la flotte italienne et l'Italie ne se relèvera pas de cette défaite". Et puis Pétain lui a offert le ministère de la Marine et pour devenir ministre, il est passé dans le camp des défaitistes."

A partir du 17 juin, le gouvernement Pétain avait annoncé qu'il demandait les conditions d'un armistice.  Alors que l’Armistice  n’était pas signé, cette annonce jeta la démobilisation dans les esprits de sorte que les Allemands obtinrent de nombreuses redditions aussitôt. Certains officiers adressèrent cependant des exhortations à la poursuite du combat cependant qu’enfermés dans l’enceinte de la ligne Maginot, 22.000 soldats continuèrent la lutte au-delà de la signature de l’Armistice.

Un bilan accablant sortit de cette bataille de deux mois et demi. 1.800.000 soldats français furent faits prisonniers.

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Les prisonniers français comptaient des soldats des troupes coloniales qui firent preuve de la plus grande bravoure devant l'ennemi avant d'être rattrapés dans les camps par la folie hitlérienne.
 
 
Sources :
- "Mes Carnets (juin-octobre 1940)" par Tony Révillon (éditions Odette Lieutier 1945)
- "Vingt ans de politique navale (1919-1939)" par Espagnac du Ravay (éditions Arthaud 1941)
-  "La France a sauvé l'Europe" par Paul Reynaud (éditions Flammarion 1947)
- "Georges Mandel ou la passion de la République 1885-1944" par Bertrand Favreau (éditions Fayard 1996)
                                     

11.11.2009

MAXIME LAUBEUF (1864-1939)

Janvier 1940 : il ne se passe rien en France. La Pologne a été écrasée par l’Allemagne et l’URSS, ses classes dirigeantes sont déportées ou assassinées, la Finlande héroïque offre une résistance inouïe aux armées soviétiques, on réfléchit à la secourir, mais finalement on attend. Il y a peu d’avions et encore moins d’avions modernes, une artillerie déclassée, des munitions insuffisantes, une infanterie chargée comme une mule, un état-major périmé, une ligne Maginot jugée infranchissable mais non prolongée jusqu’à son terme pour ne pas vexer la neutralité de la Belgique. La marine française est devenue la quatrième du monde* mais elle est précisément appelée à ne jouer aucun rôle sur un théâtre d’opérations continental. Hitler, qui n’a plus de front à l’est, prépare en toute quiétude l’invasion de la France et de la Belgique.

 

Les Français, otages des erreurs stratégiques de leurs gouvernements et de leurs chefs militaires depuis dix ans, de leurs batailles intérieures qui ont occulté l’essentiel, vivent les appels à la gloire passée. Chatou, commune de 11.000 habitants, est réduite à attendre et commémorer. Le 21 janvier 1940, un hommage est rendu à l’un de nos grands hommes : Maxime Laubeuf (illustration ci-dessous), mort le 23 décembre 1939, parent de François Laubeuf, maire célèbre pour sa conduite pendant la guerre de 1870, fondateur d’une grande entreprise de la ville. Maxime Laubeuf a mis au point une invention dont la postérité n’a pas mérité les refus de pension de retraite qui lui ont été adressés. Selon la tradition orale de la famille, il a abrité un temps les plans de son invention dans les ateliers de Chatou pour échapper à un entourage qu'il suspectait.

 

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Le maire, Jules Ramas, prend la parole : Maxime Laubeuf, ancien ingénieur en chef des arsenaux de la marine  de Guerre, mort fin décembre 1939, était né à Paisou  en 1864 et, fils d’Alexandre Laubeuf, maître charpentier, il était le petit-neveu de François Laubeuf, qui assumant en 1870-1871 les fonctions de maire de Chatou, aurait été fusillé par les allemands s’il n’eut été sauvé par l’intervention héroïque de l’abbé Borreau, curé de la ville. Maxime Laubeuf était apparenté comme petit cousin issu de germain, aux familles Laubeuf et Médard qui résident toujours à Chatou, et deux fils lui survivent. Au nom de tous, le Maire leur exprimait ses condoléances.  Il résuma ensuite la carrière de Maxime Laubeuf :

Entré jeune au collège Chaptal, il fut reçu dans les premiers à Polytechnique où il sortit idéalement dans les premiers en 1883. En 1887, il était nommé sous-ingénieur de la Marine. En 1891, il était ingénieur. En 1900, il fut désigné comme ingénieur en chef des arsenaux de la Marine de Guerre. Il se distingua en 1898, lors d’un concours pour l’élaboration d’un torpilleur pouvant naviguer sous l’eau en présentant le projet du submersible « Le Narval » qui fut primé et adopté de sorte qu’il est juste de reconnaître en lui le premier constructeur de sous-marin doté des qualités militaires indispensables.

 

De 1900 à 1904, il remplit de nombreuses missions à l’étranger, au titre de la Marine. Dés 1904, des chantiers placés sous sa direction sortirent : « le Nautilus », « le Farfadet », « le Pluviôse » etc…En 1906, il quitta le service actif pour se consacrer aux études de submersibles et torpilleurs. A deux reprises, en 1900 et 1908, il fut lauréat de l’Académie des Sciences dont il devint membre  jusqu’en 1920. En 1914, il reprit du service actif jusqu’à la fin des hostilités et continua ultérieurement une vie tout entière consacrée au travail et à l’étude. »

 

Le 23 novembre 1898, le premier sous-marin de combat de l'histoire maritime avait été mis en service sur les plans de l’ingénieur Maxime Laubeuf. Le « Narval » avait une double coque, l’intervalle étant occupé par des ballasts dont le remplissement permettait la plongée. La force motrice pour la navigation en surface était basée sur une machine à vapeur et la navigation sous-marine sur un moteur électrique. Il disposait d’une autonomie de 500 milles en surface et complète en plongée grâce au rechargement des batteries.

 

Le conseil municipal de Chatou à l’unanimité décida le 21 janvier 1940 de donner le nom de Maxime Laubeuf au quai de Seine entre le pont de chemin de fer et Croissy.

 

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L'ancien chemin de halage vers Croissy 
et ses villas de villégiature du Second Empire dans le style chalet
 rebaptisé quai Maxime Laubeuf le 21 janvier 1940 
 
 
 * En 1939, la Marine française comptait 7 cuirassés, 2 porte-aéronefs, 19 croiseurs, 32 contre-torpilleurs, 38 torpilleurs, 77 sous-marins. Entre la déclaration de guerre et l'Armistice, elle escorta entre Brest et la Méditerranée 175 convois français rassemblant 1457 navires marchands dont 7 seulement furent coulés par l'Allemagne. La Marine se distingua également par la protection de 56 convois anglais et alliés représentant 2157 navires marchands. L'agression de Mers-El-Kébir (3 juillet 1940 - 1380 morts) fut dès lors d'autant moins comprise.
 
 
Sources :
Registre des délibérations du conseil municipal
France Illustration du 1er janvier 1949 (Le Monde Illustré)
Vingt ans de politique navale - Espagnac du Ravay (Editions Arthaud)

 

05.11.2009

PIERRE TRABAUD (1922-2005)

Né à Chatou le 7 août 1922 sous le nom de Pierre Gabriel Vincent Pibaret rue du Val Fleuri, Pierre Trabaud tourna dans de nombreux films français des années cinquante, se rendit célèbre dans "la Guerre des Boutons", "Antoine et Antoinette" avant de donner sa voix pour les dessins animés. Il épousa son dernier rôle dans "La vie et rien d'autre" (1988) de Bertrand Tavernier aux côtés de Philippe Noiret.

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"Ah, quelle équipe !" - 1956
Avec Pierre Trabaud, Louise Carletti, Sydnet Béchet
collection Pierre Arrivetz
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L'affiche de Pathé Consortium Cinéma

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Pierre Trabaud remporta le Grand Prix du Film 1954 pour son rôle avec Pierre Fresnay dans "Le Défroqué" de Léo  Joannon - collection Nicole Trabaud
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Dans "Normandie-Niemen" de Jean Dréville (1959) - collection Nicole Trabaud
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Pierre Trabaud, l'instituteur
de "La Guerre des Boutons" (1961)
collection Nicole Trabaud
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Pierre Trabaud sur le tournage de "La vie et rien d'autre" de Bertrand Tavernier (1988) -collection Nicole Trabaud

 

L'hommage de Chatou Notre Ville : la CONFERENCE POUR LES JOURNEES DU PATRIMOINE le DIMANCHE 21 SEPTEMBRE 2008 SALLE JEAN FRANCAIX par José Sourillan, ancien directeur des archives de RTL, auteur de documentaires pour la télévision (dernièrement sur l'actrice Annabella).    

TRABAUD CONF 1.jpg 150 personnes assistèrent à la conférence, un hommage émouvant fut rendu à  Pierre Trabaud par nos conférenciers José Sourillan et Philippe d'Hugues et ses amis Françoise Arnoul, Paule Emmanuel, Philippe Mareuil, Roger Carel et Popeck.

 

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 L'hommage de Popeck

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Roger Carel conte l'histoire de son chien "Astérix" qui fut également celui de  Pierre Trabaud
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Philippe Mareuil s'adresse à la salle (ci-dessous, le portrait de l'acteur qui tourna une cinquantaine de films des années 50 à 70)
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A gauche, Paule Emmanuel, qui doubla notamment les voix de Moneypenny dans les James Bond de 1962 à 1985 et des films de Walt Disney ("La Belle et le Clochard", "Alice au Pays des Merveilles", "La Belle au Bois Dormant"). Pierre Trabaud était la voix de Daffy Duck, Joe Dalton, Astérix et Popeye.

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José Sourillan, ancien directeur des archives de RTL, orfèvre de cette conférence, et Nicole Trabaud, dont la documentation et les relations ont permis à Chatou d'honorer la mémoire du comédien.

 

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  José Sourillan à la table du conférencier, on aperçoit au premier plan à droite l'ordinateur portable de Patrick Muller, jeune Catovien de très grand talent qui a mené par dizaines d'heures toute l'opération de mise en forme de la projection sur un programme informatique et qui était là pour assurer la projection en symbiose avec les conférenciers (ci-dessous).

 

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Philippe d'Hugues, journaliste, critique et historien du cinéma (auteur du livre "Le cinéma français sous l'Occupation"), évoque le film réalisé par Pierre Trabaud, "le voleur de feuilles", dans lequel il retrouve une inspiration proche de Chaplin et de Tati

 

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Françoise Arnoul, actrice mythique du cinéma français des années 50-60 ("French Cancan" avec Jean Gabin...) dont le charme et la voix sont restés intacts.
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Les comédiens qui eurent Pierre Trabaud pour professeur vinrent témoigner de sa gentillesse et de sa droiture
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Parmi une assistance attentive et passionnée, on reconnaît au second rang Claude Ghezi, président du Club de la Boucle qui, comme Jean-Claude Issenschmitt, président du Souvenir Français Chatou-Montesson, s'était déplacé. L'association remercie Monsieur Fournier, Maire de Chatou, grâce à qui la salle fut prêtée à l'association pour la conférence.  
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De superbes affiches décoraient le mur de la mezzanine où fut disposé un excellent buffet de la maison Prager 96 route de Maisons à Chatou
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 Ci-dessous, au théâtre dans "Madame Sans-Gêne" dans le rôle de Napoléon (1971)

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04.11.2009

AH ! SI ON AVAIT PRESERVE L'USINE PATHE

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fade de l'usine Pathé-Marconi en 1998 
 
Chatou est le berceau
de l'industrie phonographique française en 1898
et le berceau du microsillon en Europe en 1951 
 
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L'association Chatou Notre Ville a mené deux grands combats dans son existence depuis 15 ans : la sauvegarde de la Foire à la Brocante et aux Jambons dans l'Ile de Chatou menacée par un projet public de complexe hôtelier en 1994, combat réussi au terme de 4000 signatures, le combat pour une préservation partielle de l'usine Art Déco Pathé-Marconi de 1999 à 2004, combat, qui, malgré les pétitions les plus prestigieuses, a vu le triomphe, avec le soutien avancé des pouvoirs publics locaux, de la spéculation la plus banale et la table rase du berceau du microsillon qu'était l'usine. Celle-ci avait été construite de 1929 à 1931 sur les plans des architectes Art Déco anglais les plus célèbres, Wallis, Gilbert et Partners. La présente rubrique laisse libre cours aux intèrieurs Art Déco qui auraient pu habiller un tel monument de l'industrie, et abriter un certain nombre d'équipements publics de la commune (médiathèque, conservatoire, salle des fêtes ...).
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Affiche de Cassandre de 1932
 
 
Rappelons aussi que la société Pathé, branche cinématographique indépendante d'EMI (cette dernière société avait mis en vente l'usine non sans avoir détruit toutes ses archives et matrices), avait proposé d'apporter son aide documentaire et matèrielle en suggérant la réalisation d'un musée des industries cinématographiques et musicales dans le cas où les collectivités publiques auraient entrepris une conservation.
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La salle cinématographique du Palais de l'Information construit pour l'Exposition Coloniale de Paris de 1931
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Une salle de théâtre américaine en 1933 
(une spectatrice presse sur un bouton
pour obtenir le programme)
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"Il est à peu près impossible d’énumérer les innombrables détails qui font de ces salles de spectacles des merveilles d’ingéniosité, de confort et de luxe. Quand un européen visite ces théâtres, il est comme Ali Baba pénétrant dans la caverne où se trouvent amassés des trésors . Chaque partie a été étudiée avec tant de soin et décorée avec tant de raffinement que l’on éprouve une sorte d’ivresse non pas tant à cause de la perfection que de la richesse de l’ensemble. Il ne faudrait cependant pas croire que ce luxe soit tapageur. Le style moderne, qui aime la simplicité, a permis aux architectes et aux décorateurs d’éviter certaines fautes qu’avaient commises les entrepreneurs de certains cinémas, « les plus grands du monde », qui étaient comparables à des châteaux forts transformés en salles des ventes. (…) Tout est donc combiné pour que le spectateur ne subisse aucune contrariété et qu’il ait une joie complète. Et, de fait, dés qu’il est entré dans un de ces nouveaux théâtres, l’homme de la rue est baigné dans une atmosphère miraculeuse. (…)

Après avoir visité ces théâtres, j’ai cherché une faute, une erreur de goût , un détail à critiquer, et je dois dire que l’éblouissement  que m’imposaient tout ce luxe et cet incroyable confort, ne m’a pas permis de garder tout mon sens critique (…) Ph.S

(Le Miroir du Monde 10 juin 1933)

 

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Le Grand Rex, créé par Jacques Haïk et inauguré le 8 décembre 1932, contemporain de l'usine Pathé. Conçu pour 3300 places par l'architecte Auguste Bluysen et l'ingénieur Emerson, il demeure l'un des rares cinémas Art Déco français ayant gardé une authenticité. Il est le pionnier des salles dites "atmosphériques" dont la décoration prévoyait un ciel étoilé. La salle fut pourvue d'un décor paysagé dans le style Art Déco méditerranéen des villas de la Côte d'Azur. Son escalier mécanique, premier du genre en France, fut inauguré en 1957 par Gary Cooper et Mylène Demongeot.

31.10.2009

LES 50 ANS DU MINISTERE DE LA CULTURE

 

 

Pour  fêter  ses  15 ans

et commémorer les 50 ans

de la fondation du Ministère de la Culture,

 

l’ASSOCIATION CHATOU NOTRE VILLE

vous convie à la conférence qui sera donnée

par Monsieur JEAN-MARIE DROT, Catovien,

ancien directeur de la Villa Médicis,

écrivain, poète, réalisateur,

 

sur le thème ANDRÉ MALRAUX ET L’ART

à travers un film documentaire

réalisé par Jean-Marie Drot avec André Malraux

 

DATE REPORTEE

SALLE JEAN FRANÇAIX (SOUS LE CINÉMA)

PLACE MAURICE BERTEAUX

(GARE RER A CHATOU-CROISSY)

 

entrée libre et gratuite

 

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André Malraux, Prix Goncourt 1933
pour "La condition humaine"
Créateur du ministère de la Culture le 8 janvier 1959

20.10.2009

JEAN SEPHERIADES (1922-2001), CHAMPION D'AVIRON

Le passé nautique de Chatou a justifié la création d’une rubrique particulière au sein de notre blog : le Cercle Nautique de Chatou fit les belles heures de la voile sur les bords de Seine de 1902 à la deuxième guerre mondiale au point d’ailleurs de figurer aux actualités cinématographiques, le décorateur Catovien Georges Rémon accompagna les fumées souvent tragiques des grands paquebots qu’il décora avec son frère Jérôme et son père Pierre-Henri Rémon. Mentionnons enfin celui que l’on surnomma en 1946 « le champion des champions », Jean Sephèriadès (1922-2001), Champion de France d’Aviron de 1942 à 1946. Engagé dans la Deuxième Division Blindée du général Leclerc qui se porta en Allemagne, il rentra en France pour se couvrir de gloire en devenant le vainqueur historique et sans successeur de la France aux « diamonds sculls » lors des régates royales d’Henley en 1946, régates au cours desquelles il battit l’américain Jack Kelly, frère de Grace Kelly et compétiteur international redouté. Décoré à ce titre par la future Reine Elisabeth II, Jean Sephèriadès devint en 1947 Champion d’Europe d’Aviron puis abandonna la compétition internationale pour animer l’aviron français. Voyageur de commerce de profession, il habitait Chatou et fut même lors de l’épopée du RPF l’un des membres de la municipalité d’Henry Vercken, élu maire de Chatou sous la bannière du mouvement gaulliste entre 1947 et 1953.  

Nous diffusons ici  des photographies qui lui furent dédiées par « Le Monde Illustré » le 11 août 1945 pour ses dernières victoires.

 

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15.10.2009

CHATOU A L'HEURE DE L'HISTOIRE SONORE

L’association Chatou Notre Ville, soucieuse de défendre la mémoire d’une ville qui fut le berceau et le siège de la production phonographique en France, s’est rapprochée de l’association Les Voix Historiques fondée par José Sourillan, ancien directeur des archives de RTL, auteur de films documentaires et de disques d’histoire et Pierre Arrivetz, qui en est également le secrétaire.

 

Un projet d’édition de disques d’histoire sonore est né en direction de Chatou  et un premier sujet a été arrêté : celui de la Seconde Guerre Mondiale, sept années dont la terrible singularité écrase l’histoire du XXème siècle. En vue de recueillir et d’insérer dans l’histoire officielle les derniers témoignages oraux des acteurs anonymes qui ont vécu au jour le jour le drame d’une humanité martyrisée affrontant la Guerre et l’Occupation, l’association a décidé de lancer un appel aux habitants de la commune et des environs, appel dont la municipalité a bien voulu se faire le relais dans son journal du mois d’octobre 2009.

 

L'association remercie par avance tous ceux qui pourront concourir à son succès.

 

Contact : piarri@orange.fr / Pierre Arrivetz 06 84 07 83 04

 

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Visite de la troupe allemande au Trocadéro en août 1940

 

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Winston Churchill, Premier Ministre, observe avec ses collaborateurs une bataille aérienne lors d'une attaque allemande sur Londres en octobre 1940.
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Le bal du 14 Juillet 1945 à Paris,
premier bal de la Libération
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Le 14 juillet 1945, le général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire avec à sa gauche le Bey de Tunis et le général Weygand, assiste au défilé des Armées Alliées
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Les 27 Résistants de Chatou morts pour la France
le 25 août 1944 pour la libération de la ville. Assassinés sur dénonciation, ils moururent au terme d'atrocités commises par un détachement S.S. qui avait quitté la commune la veille.
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Le ministre Georges Mandel. Ancien chef de cabinet de Clemenceau, ministre des PTT (1934-1936), des Colonies (1938-1940), de l'Intèrieur (1940), il refusa l'Armistice en demandant la poursuite des combats dans les Colonies, fut emprisonné par le régime de Vichy, puis à la suite de l'invasion de la zone libre, déporté en Allemagne (Orianenburg, Buchenwald) et remis à la prison de la Santé où il fut livré à la Milice. Les miliciens l'abattirent de seize balles dans le dos le 7 juillet 1944. Il était né à Chatou le 5 juin 1885. 
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A la conférence de Potsdam le 21 juillet 1945, que Churchill ne termina pas, renversé par les électeurs au profit de Clement Attlee, travailliste.
 
 
 
 
La Commission Française du Coût de l'Occupation fit l'évaluation suivante en août 1945 :
 
Victimes :
Militaires : 200.000 morts et 230.000 invalides 
Civiles : 450.000 morts (150.000 en France et 300.000 en Allemagne) - 355.000 invalides (127.000 blessés en France et 228.000 rapatriés d'Allemagne)
 
Immeubles :
9.975.000 immeubles existaient en 1939.
1.785.000 endommagés par la guerre
441.000 totalement détruits
1.344.000 partiellement détruits
344 localités détruites par les allemands, dont 62 entièrement
 
Travail forcé :
765.000 travailleurs déportés
850.000 ouvriers et civils obligés au travail forcé en France
2.500.000 ouvriers de l'industrie
780.000 travailleurs agricoles
Soit le quart de la population que l'Allemagne a contraints à son service
 
Contributions imposées :
de juin 1940 à novembre 1944, le Trésor français a versé à l'Allemagne 624 milliards 200 millions de francs (anciens).
Au Conseil de révision de 1945, 40% des conscrits se sont révélés inaptes au service, dont les trois quarts pour insuffisance de poids. 

 

 

 

12.10.2009

RENOIR (1841-1919)

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Le déjeuner des Canotiers (1881) - Memorial Gallery Phillips à Washington

 

Né en 1841 à Limoges, Auguste Renoir était allé à Paris, avait pris des cours en 1860 chez le peintre académique Gleyre et rencontré chez lui Monet, Sisley et Bazille avec qui il avait formé le premier cercle des Impressionnistes. Il avait peint à Paris, Fontainebleau, et déjà réalisé nombre de portraits de commandes dans lesquels il excellait. Sa venue à Chatou ne fut pas différente de celle des parisiens qui entendaient parler des charmes de la villégiature au terme de vingt minutes de chemin de fer. Elle répondait à l’appel d’autres de ses confrères qui installaient progressivement leur vie derrière les ombres portées des arbres et des reflets de la rivière. Lorsque Renoir vit les bords de Seine, il en saisit tout l’intérêt pour en dégager la peinture claire et vivante qui peu à peu avait fini par déterminer son travail. Son objectif était autant de rompre avec une forme d'intransigeance académique que d’affirmer la vie, la couleur et la lumière dans des sujets réalistes. Entre 1874 et 1881, ce fut la maison Fournaise qui abrita ses rendez-vous artistiques. La vie y exprimait la liberté chère aux artistes, les amours de jeunesse et une insouciance qui fut peut être plus anecdotique pour un homme qui souffrit de la pauvreté et « s’essaya » avec acharnement à la peinture jusqu’à son dernier souffle, recherchant sans cesse l’expression d’un visage, l’impression d’un paysage, la couleur dans la scène ordinaire. Sa peinture dégageait plus que le reflet d’une époque, elle exprimait la vie, répétait non sans exigence l’image intérieure qu’il recevait du monde qui l’entourait. Chatou, où il rencontra Aline Charigot qu'il devait épouser par la suite, fut sans doute une « maîtresse » des plus agréables. Il lui fit un adieu particulier, l’hommage à tous ceux qui l’avaient entretenu dans le cercle des peintres des bords de Seine, le Déjeuner des Canotiers, toile signée en 1881, où ses familiers, Aline Charigot avec son petit chien, les Fournaise frère et soeur, le peintre et mécène Caillebotte, l'actrice Jeanne Samary, le banquier Ephrussi et d’autres encore, témoignent pour l’éternité sur le balcon de la maison Fournaise.

Les Amis de la Maison Fournaise, en sauvant la maison, ont perpétué le souvenir d’une école, d’une époque, compté les pas d’une vie d’artiste. Ils ont renvoyé vers les nouvelles générations la nature généreuse de ses sentiments  pour le monde qui l’accueillait.

 

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La yole (1875) - Londres, National Gallery

 

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Sur la terrasse (1879)

09.10.2009

L'URBANISATION DE CHATOU 1920-1940

Au sortir de la Première Guerre, Chatou continuait de vendre ses charmes de cité de villégiature. La clientèle avait changé, les moyens et les besoins aussi. Finies les grandes villas de maître de la Belle Epoque en pierre de taille, décor de briques et toiture Mansart. La "démocratisation" de l'habitation individuelle, apparue vers 1880, trouva un nouveau souffle dans le pavillon de banlieue, devenu un luxe aujourd'hui. Les architectes se tournèrent vers des matèriaux plus économiques, la pierre meulière et le béton, tout en cherchant à maintenir un style décoratif en façade illustré par l'emploi de céramiques, pans de bois, balustrades en fer forgé. Parmi les lotissements, le Parc de Chatou fut en enfin créé aprés deux tentatives avortées à la veille des guerres de 1870 et 1914 et une société civile, la société Pharos, constituée en 1925 pour la gestion de ses voies. 

 

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Pavillon 1936 rue des Champagnes par l'architecte Gustave Marandon
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Pavillon 1932 rue de la Faisanderie par l'architecte A.Morosolli 
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Rare affiche du lotissement du Parc de Chatou en 1913
Collection Wilbert avec nos remerciements
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Aspect du péristyle florentin de la villa 1920
du 20 avenue Adrien Moisant dans le Parc de Chatou
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Quelques-uns des pavillons "bon marché" édifiés entre 1928 et 1932 rue Clos du Verger avec les aides publiques prévues par la loi Loucheur de 1928
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07.10.2009

CROISSY - L'HOMME DU JOUR

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Nouveau conseil d'administration de La Mémoire de Croissy élu le 6 octobre 2009. A gauche, Norbert Fratacci, président sortant qui a remis son mandat et au centre, Alain Candelier, nouveau président. Photo Pierrick Roynard

 

Le président de la Mémoire de Croissy, Norbert Fratacci, a remis son mandat le 6 octobre 2009, laissant à son successeur, Alain Candelier, un héritage exceptionnel dans l'histoire d'une association : la création d'un Pavillon de l'Histoire Locale dans les communs du château Chanorier, pavillon exposant l'histoire de la ville et mettant à l'honneur à travers une présentation digne du Musée des Arts et Métiers, l'histoire du maraîchage qui fut si déterminante pour la commune et celles qui l'entourent.

Cette réalisation n'a pu aboutir que grâce à la personnalité exceptionnelle de Monsieur Fratacci, qui a su rallier tous les concours publics et privés, et s'est entouré de Croissillons de grande valeur, d'un dévouement sans borne, qui ont piloté la restauration et la réalisation des pièces du musée. Les Amis de la Place d'Aligre ont également apporté une contribution essentielle à cette oeuvre en fusionnant opportunément avec la Mémoire de Croissy et en engageant des fonds qui ont permis d'ajouter à la bonne marche du projet pour les habitants. Ce Pavillon a accueilli, en un an d'ouverture, plus de 5000 visiteurs.

Les membres du conseil d'administration de Chatou Notre Ville, représentée depuis 9 ans au conseil d'administration de la Mémoire, adressent leurs plus vives félicitations à leur collègue Norbert Fratacci, qui a, au terme d'un investissement sans précédent pour l'histoire de Croissy, été décoré de la Médaille de la Ville et été reçu dans l'ordre des Arts et des Lettres au grade de Chevalier.

03.10.2009

L'URBANISATION APRES-GUERRE: LES MAROLLES

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Collection Pierre Arrivetz
 
 
 
Une vue des Hauts de Chatou vers 1958 : on distingue les résidences Maurice de Vlaminck, André Derain au fond mais surtout au premier plan au centre, l'immense résidence des Marolles déjà construite en partie sur des terrains situés aux lieux-dits "Les Champagnes" et "Les Bouvets". En revanche, le dernier bâtiment des Marolles n'existe pas encore. On aperçoit derrière les terrains de culture des Champagnes. Cette partie "verte" disparaîtra avec la ZAC du Plateau en 1973. 
Lancé par la municipalité d'Henry Vercken (1947-1953), le programme des Marolles avait pu voir le jour grâce au plan d'aides du directeur général de l'urbanisme pour la construction d'Habitations à Baux Modérés et la cession amiable d'un terrain du grand propriétaire de Chatou de l'époque, Pathé-Marconi. Le 25 novembre 1947, le conseil municipal avait voté l'acquisition de la société d'un terrain d'une contenance de 21.650 m². C'était un revirement justifié par la guerre car cet espace avait été placé dans le plan d'aménagement de la Seine-et-Oise de 1930 dans une zone destinée à la construction d'un groupe scolaire et comme ne pouvant recevoir que des constructions de service public.
Deux architectes, Monsieur Hardel, 181 rue de l'Université à Paris, et Monsieur Godin, 19 rue du Général Colin à Chatou, furent désignés par l'Office Départemental des Habitations à Baux Modérés de Seine-et-Oise (devenu l'OPIVOY) pour diriger l'opération.Le programme ne fut pas entièrement respecté : la première phase de construction arrêtée en 1948 prévoyait l'édification de 60 logements et 12 boutiques qui ne furent jamais réalisées. La construction elle-même connut des difficultés : le 22 février 1952, Monsieur Blin, conseiller municipal communiste, interpella le maire pour lui signaler que 2500 tuiles étaient sur le chantier, que la pose des chêneaux était arrêtée du fait que les plans avaient été mal dressés et les chêneaux posés trop bas.
Le chantier des Marolles fut suivi le 7 mars 1952 du vote par le conseil municipal du marché des fournitures, travaux de viabilité, poses de canalisations et d'installation du réseau téléphonique.
Le 20 mars 1953, le conseil municipal fut appelé à solliciter l'aide du Fonds National d'Aménagement du Territoire pour l'acquisition des terrains nécessaires à la réalisation de la deuxième partie de l'opération.
Entre-temps, le 6 février 1953, il  avait voté l'autorisation d'ouverture d'un débit de tabac 39 boulevard Jean Jaurès par Monsieur Laroque en vue de desservir la nouvelle cité (à suivre...).

28.09.2009

LA PIECE D'EAU

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15.09.2009

VESTIGES DE LA COLLABORATION

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Né en 1894, fils d’instituteurs devenu fonctionnaire colonial, Pierre Boisson assuma les plus hauts postes dans les années trente et à la veille de la deuxième guerre mondiale, ne pouvait être suspecté de sympathie pour l’ennemi. Haut-commissaire de la République française à Yaoundé en 1936, il  fit avorter les tentatives allemandes de pénétration au Cameroun. Nommé gouverneur général de l’Afrique Occidentale Française du 29 octobre 1938 au 10 août 1939 puis gouverneur de l’Afrique Equatoriale Française le 3 septembre 1939 par le ministre des Colonies né à Chatou, Georges Mandel, il tenta en vain en juin 1940 de constituer un bloc africain contre l’Allemagne aux côtés de l’Angleterre.

 

Nommé de nouveau le 25 juin 1940 gouverneur de l’Afrique Occidentale Française mais cette fois par le gouvernement Pétain, il changea d’attitude et comme quantité de responsables, poursuivit avec aveuglement jusqu’en 1942 une politique fidèle à Vichy tout en s’opposant aux desiderata de Laval d’autoriser  l‘armée allemande à prendre pied dans le vaste territoire qu’il administrait. Il fit notamment échouer le débarquement anglo-gaulliste de Dakar en septembre 1940, persécuta les gaullistes et les communistes, créa la Légion française des combattants d'Afrique, fit appliquer les lois de Vichy sur les juifs et les francs-maçons bien qu’une certaine tiédeur dans les sanctions contre ces derniers fit son impopularité dans les milieux collaborationnistes. Le débarquement américain en Afrique du Nord le rallia à la cause des Alliés que le général de Gaulle trouva à juste titre bien mal avisés de s’adjoindre ses services  même si le gouverneur général tentait de faire oublier ses « exploits » passés en augmentant la production agricole pour les armées de la Libération en Afrique.

 

A la suite du départ du général Giraud en 1943 du Comité Français de Libération Nationale, Pierre Boisson donna sa démission le 13 juillet 1943. Il fut convoqué en novembre 1943 devant une commission d’épuration, mis en résidence surveillée à Alger, inculpé par le Tribunal militaire d’Alger et révoqué sans pension en octobre 1944. Transféré en France en mars 1945, il fut autorisé à résider chez lui à Chatou en raison de ses problèmes de santé. Condamné à l’indignité nationale par la Haute Cour de Justice, il mourut quelques mois plus tard à son domicile du 63 rue des Cormiers le 20 juillet 1948. L'acte de décès fut signé par Jean-Louis Marie Fournier, adjoint du maire Henry Vercken, et Pierre Emile Aubert, gouverneur des Colonies, retraité, Officier de la Légion d'Honneur. Cet épisode de l’après-guerre prend de nouveau Chatou à témoin dans la pèriode de la Collaboration.

 

 

 

Acte de décès de Pierre Boisson: source Etat-Civil de Chatou

12.09.2009

GEORGES REMON (1889-1963), DECORATEUR

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Décoration style Louis XV, par Georges Rémon - avant 1914
collection Pierre Arrivetz
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Salon style Louis XV, par Georges Rémon - avant 1914
collection Pierre Arrivetz
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Bibliothèque style Louis XVI, par Georges Rémon - avant 1914
collection Pierre Arrivetz
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Chambre style Louis XIII, par Georges Rémon - avant 1914
collection Pierre Arrivetz
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Chambre style Constituante, par Georges Rémon - avant 1914
collection Pierre Arrivetz
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 Chambre style Empire, par Georges Rémon - avant 1914
collection Pierre Arrivetz
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Salon style Régence, par Georges Rémon -avant 1914
collection Pierre Arrivetz
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Salle d'eau par Georges Rémon - avant 1914
collection Pierre Arrivetz
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Panneau décoratif style Louis XIV par George Rémon, avant 1914
collection Pierre Arrivetz
 
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Décoration style Directoire, par Georges Rémon - avant 1914
collection Pierre Arrivetz
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Salle à manger style Louis XIV, par Georges Rémon - avant 1914
collection Pierre Arrivetz
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Décoration style Louis XVI, par Georges Rémon -avant 1914
collection Pierre Arrivetz

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Georges Rémon, dit « Géo » Rémon, décorateur, s’installa à Chatou avec sa famille dans une villa du  61 avenue Foch (aujourd’hui disparue) dans les années 1932-36 et y mourut en 1963.Il était l’héritier d’une famille d’artistes. Son père, Pierre-Henri Rémon, professeur à l’école des Arts Décoratifs, était le fondateur d’un atelier de décorateurs à Paris qui s’orienta à partir de 1908 vers la décoration des grands paquebots (source : « L’Illustration - numéro spécial Normandie »). Pierre-Henri Rémon fit connaître Chatou à sa famille en l’emmenant en villégiature villa Lambert avant la première guerre. Reprenant l’entreprise familiale dés 1919 après avoir servi dans le régiment de transmission Edouard VII pendant la Grande Guerre, Georges œuvra avec son frère Jérôme sur des commandes prestigieuses. La marque de l’atelier fut ainsi présente sur les paquebots de la Transat, « France » (1912), « Paris » (1921), « Ile de France » (1926), « Normandie » (1935). Il fut également un collaborateur éminent des revues d'art et de jardins, jardins auxquels il consacra un ouvrage "les jardins de l'Antiquité à nos jours" (1943) et fut en autres le décorateur des Grands Magasins du Louvre (actuel Salon des Antiquaires) pour la fête de la Victoire en 1919.

 

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Intèrieurs du paquebot France (lancé en 1912, désarmé en 1934) réalisés par les ateliers Rémon, salon mixte des premières classes, café-terrasse, fumoir, salon mauresque (illustrations ci-dessous). Le navire fut mis en service une semaine après le naufrage du Titanic. ll fut surnommé "le Versailles des Mers" en raison du style "Grand Siècle" retenu pour sa décoration.
Collection Pierre Arrivetz
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La galerie des Arts sur France 1912 et à gauche le salon mauresque décoré par les ateliers Rémon
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L'affiche de la conférence de l'association du 8 décembre 1995 avec la proue du paquebot France (1912). La conférence avait été faite par Jean-Paul Herbert, directeur des archives de la Compagnie Générale Maritime et Louis-René Vian, spécialiste des Arts Décoratifs des grands paquebots.

 

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Paquebot "Paris" - collection Pierre Arrivetz
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affiche de la "Transat" pour "Paris" dans les années Trente 

 Le paquebot "Paris" décoré par les ateliers Rémon. Il disparut dans un incendie suspect au Havre le 18 avril 1939. On soupçonna un attentat manqué visant vraisemblablement "Normandie" accosté derrière lui.

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Ci-dessus, salle à manger des premières classes du paquebot "Paris", par les ateliers Rémon.Le modern style d'avant 1914 fut retenu pour ce paquebot lancé par la Transat en 1921.
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L'Ile-de-France inauguré en 1927 et qui eut une carrière exceptionnelle jusqu'en 1958.
La cabine SENLIS (ci-dessous) fut réalisée par les Ateliers Rémon.Lors de son inauguration, Georges Rémon était assis à la table de Paul Poiret, lui aussi décorateur du navire et créateur du pavillon du Cercle Nautique de Chatou.
 
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Avec Normandie, la France conçut le plus beau transatlantique de l'histoire
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Les ateliers Rémon réalisèrent l’appartement du commandant (salon du commandant ci-dessus et dessous) et 48 cabines de première classe sur « Normandie ».REMON NORM 3.gif  

On fit appel également à la famille Rémon pour le réaménagement des paquebots pris par l’Angleterre comme dommages de guerre à l’Allemagne en 1919, devenus des unités de la Cunard sous le nom de "Berengaria" et "Leviathan". Des centaines de planches d'aménagement intérieur et de mobilier de style dues au jeune Rémon à la veille de la guerre de 1914 sont conservées à la Bibliothèque Forney et au Musée des Arts Décoratifs.

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Un ouvrage de Georges Rémon sur les jardins paru en 1943. Georges Rémon était directeur de l'Ecole des Arts Appliqués de la Ville de Paris et Chevalier de la Légion d'Honneur.

 

 

L'association a réalisé deux conférences salle Jean Françaix sur ce sujet qui a toujours recueilli beaucoup de succés, l'une en 1995 avec Jean-Paul Herbert, directeur des archives de la Compagnie Générale Maritime et Louis-René Vian, spécialiste des grands paquebots français et auteur d'un ouvrage sur la décoration intérieure des navires "Arts Décoratifs à bord des Paquebots Français" (non réédité depuis son décès),  l'autre en 1997 consacrée à Normandie par Louis-René Vian.

 

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Dans le jardin du 61 avenue Foch, l'épouse de Georges Rémon et ses deux enfants Annette et Philippe. Il ne reste pas d'illustration de la villa qui a été détruite avec d'autres en 1972 pour la construction de l'immeuble en accordéon que nous connaissons. La villa fut le théâtre de réceptions avec des membres de la cour d'Angleterre à la fin des années 30, les ateliers Rémon intervenant également sur des paquebots britanniques. La propriété fut démantelée à la demande la municipalité pour l'extension du groupe scolaire Paul Bert malgré le refus de la famille Rémon : la première expropriation eut lieu par ordonnance du Tribunal Civil de la Seine le 22 mars 1948 pour 2860 m² comprenant 1.710,03 m² de jardin potager, 32 m² de serre et 1.117,97 m² de tennis. Restaient 3525,30 m² qui furent expropriés  vers la fin des années cinquante puis la démolition complète de la villa pour un projet de promotion immobilière.

 

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Georges Rémon peu avant sa mort avec Jean-François Henry, maire de Chatou (1959-1971). Georges Rémon était un membre actif de l'Office du Tourisme de Chatou. 
 
 

 

 

 

09.09.2009

IMAGES DE LA VILLEGIATURE

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Un kiosque à Chatou - "L'architecture pittoresque au XIXème siècle. Recueil de villas, pavillons, écuries, kiosques, volières, parcs et jardins". Edition A.Levy 1877 - Architecte : Mercier
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Villa par l'architecte catovien Eugène Bardon (1843-1901) pour le maire de Chatou Ernest Bousson (1878-1887) - Parc de Chatou - "Revue Générale de l'Architecture et des Travaux Publics" (1885)
 
 
"La vue perspective de cette villa, telle qu'on la voit sur notre planche, suffit pour donner une idée précise de son effet pittoresque. L'habitation est petite mais heureuse d'aspect ; et on prête volontiers aux maîtres d'un tel logis, la culture raffinée de l'esprit associée à l'opulence. C'est à la Renaissance que notre habile confrère emprunte les principaux motifs de sa décoration mais en cherchant toutefois à satisfaire plutôt à une certaine exception personnelle de l'effet à produire, qu'à s'asservir rigoureusement à l'unité historique. Dans l'oeuvre de Monsieur Bardon, l'architecte l'emporte sur l'archéologue. Comme Molière, il prend son bien où il le trouve. C'est le droit de l'artiste à condition de faire un bon usage de sa récolte et d'introduire l'unité esthétique dans son oeuvre de syncrétisme ecclectique." César Daly - "Revue Générale de l'Architecture et des Travaux Publics (1885)
 
 
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Salle de billard sur les bords de Seine (1876)  Architecte : Emile Leménil, architecte des immeubles de la Plaine Monceau et du Théâtre des Bouffes du Nord, Médaille à l'Exposition Universelle de Paris de 1889 - "Le Recueil d'Architecture"
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07.09.2009

DU NOUVEAU SUR L'HISTOIRE DE CHATOU

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La nouvelle revue historique de l'association
sur la pèriode de Louis-Philippe abordant notamment l'arrivée du train en 1838
- 52 pages -
(12 euros / gratuite pour les adhérents
tél 06 84 07 83 04 - Association Chatou Notre Ville BP.22 78401 Chatou cedex)

05.09.2009

C EST NOUS QU'ON ETAIT LA

CHATOU NOTRE VILLE ETAIT PRESENTE

AU FORUM DES ASSOCIATIONS

DE CHATOU

STADE CORBIN RUE AUGUSTE RENOIR

DIMANCHE 6 SEPTEMBRE 2009

Avec

 2 revues historiques

2 livres d'histoire sur Chatou

2 cd sur Chatou

1 diaporama sonorisé

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on ne peut plus se le cacher, c'est toujours les mêmes qui sont là ! Suzanne secrétaire-adjointe médaille de la persévérance interdit tout esprit "munichois" susceptible de contaminer l'association. Olivier administrateur a défendu notre cause toute la matinée en tenant le stand. Il a fini sous-alimenté vers 13 heures...
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Visite de Monsieur le Maire à qui l'on doit le stand, on est aimables et on sourit sans pince à linge. Arnaud vice-président a l'air coincé mais c'est lui qui assure une présentation moderne grâce à des montages informatiques, en l'occurrence un diaporama des manifestations de l'association en 2008 très réussi, le président a des goûts rétro insupportables et lorsqu'il ne les impose pas à tout le monde, bourre le mou avec l'histoire de Chatou à toute personne qui entame une discussion ou pose des questions.  
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04.08.2009

LES TIMBRES FONT L'HISTOIRE

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collection Pierre Arrivetz
 
 
Le développement de Chatou en cité de villégiature tout au long du Second Empire permit à la ville de se doter de moyens de communication modernes , tout en bénéficiant de l'abaissement du tarif des communications exigé par Napoléon III.
 
C'est ainsi qu'une convention votée par le conseil municipal le 11 septembre 1869 conduisit à l'installation d'un bureau télégraphique à la gare de Chatou. Chatou louait le local à la Compagnie de l’Ouest, plus gros propriétaire foncier de la commune depuis sa création en 1855. Le premier responsable du bureau jusqu'en 1876 fut une femme, Joséphine Vertel. Le timbre ci-dessus, oblitéré le 29 mars 1870 à la gare de Chatou-Croissy, quelques mois avant la chute de l'Empire, est un timbre pour télégramme expédié du bureau de Chatou.
 
Le bureau du télégraphe fut transféré à l'angle de la route de Saint-Germain (aujourd'hui avenue Foch) et de l'avenue du Chemin de Fer (aujourd'ui avenue Sarrail) en 1877, le local étant jugé « humide et malsain » par le maire par intérim, Paul Girard.
 
Monsieur Philippe Blache, président de l'Association Philatélique de Chatou et des Environs, a remis en perspective à l'occasion de l'exposition sur la gare de Chatou initiée par Chatou Notre Ville (visible actuellement sur le quai Chatou-Paris gare du RER), le régime postal en vigueur de la fin de l'Empire au début des années 1880.
Il s'agit du système des boîtes mobiles, placées à la gare, boîtes postales dont le contenu était vidé pour être emmené dans le train Paris-Saint-Germain. Au cours du trajet, les lettres étaient oblitérées par un convoyeur-station dans un compartiment spécial accueillant le courrier.  Le courrier déposé à Saint-Lazare était ensuite acheminé vers le bureau central de la Bourse de la Poste. 
 
C'est le 17 novembre 1867, sous le mandat de Pierre Dumas, que le conseil municipal de Chatou fit valoir que "pour donner de nouvelles facilités au public, l'administration des postes fait établir dans certaines gares de chemin de fer des boîtes mobiles en tôle dont la levée est faite au moment du passage des trains."
Le conseil approuva alors la pose de deux boîtes mobiles, l'une en gare de Chatou, l'autre dans la station de son hameau du Vésinet (la station avait été ouverte en 1861). Une dépense de 51 francs  fut consentie sur les dépenses imprévues de 1867.
On trouve encore des timbres affranchis pour Chatou sur la ligne Paris-Saint-Germain. Leur oblitération est PSGL pour Paris ou 3638 pour Saint-Germain-en-Laye.
 
Ci-dessous, un timbre normal pour une lettre emmenée sous le système de la buralité de Chatou. L'utilisation des gros chiffres a eu lieu entre 1862 et 1875 (numéro de Chatou 971), celle des petits chiffres (numéro de Chatou 817) entre 1852 et 1862 (source: Philippe Blache).
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Lettre du 26 juillet 1858 envoyée de Chatou
 par Madame Desnoyers, petit chiffre 817
collection Pierre Arrivetz
 
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Timbre affranchi entre 1862 et 1875 (gros chiffre, pour Chatou 971)
collection Pierre Arrivetz
 
Entre 1849, date d'entrée en service du premier timbre en France, et 1852, l'oblitération était un losange. En effet, d'aprés les recherches de Monsieur Blache, la buralité de Chatou, qui avait été supprimée en 1818, finit par être restaurée en juin 1840. On doit au ministre de Louis XV et de Louis XVI et dernier seigneur de Chatou, Henry-Léonard de Bertin, d'avoir instauré un bureau de poste à Chatou en 1780, à une époque où il n'existait que quelques centaines de bureaux.
 
 
 
 
 
Pour en savoir plus sur cette pèriode de Chatou ainsi que la guerre de 1870 et ses conséquences
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240 pages. Disponible par commande
à l'éditeur Alan Sutton
tél 02 47 40 66 00
 
 
A des fins historiques, l'Association Philatélique de Chatou recherche tout type d'affranchissements concernant Chatou. Le président de l'association, Philippe Blache,
est à votre disposition au 01 39 52 53 24.

02.08.2009

NYMPHEE DE SOUFFLOT (1774) : DANS L'ATTENTE D'UN EFFONDREMENT ?

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Nymphée de Soufflot, carte avant 1914
Classé monument historique en 1952
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photos 1996
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Le Nymphée représente le seul vestige du domaine de Bertin, dernier seigneur de Chatou de 1762 à 1791, intendant du Roussillon en 1750, de Lyon en 1754, lieutenant général de police de Paris en 1757, ministre de Louis XV et de Louis XVI de 1759 à 1781.  Partisan de la réforme Maupéou des Parlements sous Louis XV,  il se distingua par sa probité et son activité en faveur de l’Agriculture, des Chartes, des Postes et des Mines, laquelle lui valut une considération sans faille des souverains. Il développa les sociétés d’agriculture sur l’ensemble du territoire, créa les écoles vétérinaires, le cabinet des Chartes, le premier réseau postal d’envergure, eut l’intelligence de promouvoir l’instauration d’un cadastre, qui signa sa chute du contrôle des finances en 1763, et d’encourager les ministres réformateurs. Afin de l’honorer à la suite de sa délicate mission de Contrôleur Général des Finances pendant la guerre de Sept Ans, Louis XV lui accorda la seigneurie de Chatou et de Montesson.

 

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Gravure de Bertin, par Roslin, Institut de France, Tous droits réservés , don du comte et de la comtesse de Lambertye – décembre 1937

Le dernier seigneur de Chatou fut ministre de Louis XV et de Louis XVI, pour en savoir plus, consulter l'article qui lui est consacré dans notre rubrique "Personnalités de l'Ancien Régime."

 

 

 

A Chatou, il réalisa un parc, un château et un nymphée, ainsi qu'un terrain voué à l’agronomie et à l’élevage des moutons mérinos qui s’étendait aux terres de Montesson.

 

Le parc fut une œuvre décorative comportant six statues de l’ancien fronton de l’aile droite du château de Versailles, des statues antiques, douze bustes en marbre d’empereurs romains, un pavillon chinois et un jeu de bagues dont l’exécution fut confiée à Lequeu. Deux pots à feu du château de Versailles et conservés depuis à l’ancien bailliage furent disposés également.

Le château fut réalisé en 1780 par Jacques Germain Soufflot, l’un de nos plus grands architectes de cette fin d’Ancien Régime, auteur du futur Panthéon et des « travaux d’embellissement » de Lyon, intendant des bâtiments civils du roi de 1776 à sa mort prématurée en 1780.

Le Nymphée fut conçu par Soufflot qui en délivra les plans en 1774 mais dont l’exécution fut terminée en 1777 par Lequeu par suite de la maladie de Soufflot. 

 

Le parc fut anéanti à la Révolution.

Le château fut détruit en 1912.

Le Nymphée échappa de peu à la destruction en 1914 grâce à la guerre, laquelle fit sombrer un projet de lotissement sans état d’âme. Un article de l’Illustration faisant état des démarches de la Société de Protection du Paysage et de l’Esthétique de la France en atteste. Sa conservation fut finalement acquise dans le lotissement du parc de Chatou dans les années 20.

 

Folie ornementale, le Nymphée recueillait les eaux de ravinage en provenance du domaine pour les conduire jusqu’à la Seine. Le monument, d’une trentaine de mètres de long, éclaire les bords de Seine de sa polychromie originale, assise sur des matériaux ordinaires, scories de mines et pierres meulières, apportées sans doute par Bertin, qui fut notamment ministre des Mines.

 

Bien que situé sur une propriété privée, le nymphée de Soufflot, l’une des plus belles folies conservée en France, souffre depuis 1952 d’un classement au titre des Monuments Historiques, et peut à ce titre bénéficier de l’engagement d’une procédure par l’Etat, soutenue et relayée par les collectivités, afin d’assurer sa pérennité, sa mise en valeur et son ouverture au public. En dépit de sa situation sur les bords de Seine et du patrimoine indiscutable qu’il représente, la mauvaise volonté et l’incapacité sont pour l’instant la seule réponse offerte à son état de dégradation. Cette situation est en réalité inacceptable.

 

Ci-dessous, affiche de la conférence réalisée par l'association le 19 mai 1999 avec Monique Mosser, chercheur de renommée internationale sur les jardins, sur l'oeuvre de Soufflot. A cette époque, nous avions créé une seconde association consacrée uniquement au cas du nymphée de Chatou et alerté les médias. "Le Monde", sous la plume du regretté Emmanuel de Roux, fit un article éloquent sur la situation calamiteuse du nymphée.

 

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31.07.2009

USINES PATHE, LE PATRIMOINE DU XXEME SIECLE

Chatou est à la fois le berceau de l'industrie phonographique française en 1898 et le berceau du microsillon en Europe en 1951.

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carte collection Pierre Arrivetz

Cette histoire industrielle singulière a débuté en 1898 lorsque Charles et Emile Pathé, qui avaient fondé leur propre entreprise de phonographe et de cinéma trois ans plus tôt, entrèrent dans les vues d'un investisseur industriel audacieux, Claude Grivolas (1855-1938). Celui-ci les aida à créer une société anonyme et acheta des terrains boulevard de la République à Chatou pour construire leur première usine. Emile Pathé fut le dirigeant de l'industrie phonographique jusqu'à sa mort. Jusqu'en 1907, les bénéfices du phonographe surpassèrent ceux du cinéma et vinrent protéger l'industrie du cinéma de Charles Pathé grâce aux parts détenues par celui-ci dans le phonographe.

En 1928, la Compagnie des Machines Parlantes d'Emile Pathé fut acquise à 40% par les firmes anglaises Columbia et His Master's Voice qui achetèrent les parts de Charles Pathé dans l'industrie d'Emile. La fusion fut à l'origine de la construction de l'usine en béton armé rue Centrale (rue Emile Pathé depuis 1937). Baptisée "Société Générale de Disques", l'usine fut édifiée entre 1929 et 1931 par les plus grands architectes anglais de l'Art Déco, Wallis, Gilbert et Partners. La production y fut de 20 millions de disques par an cependant que le reste du site continuait à produire TSF et gramophones. Les premières télévisions furent fabriquées également sur le site de Chatou jusqu'en 1958.

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ci-dessus cliché ADAGP -JB.Vialles -
Répertoire de l'Inventaire Général (1986)
DRAC Ile-de-France
 
 
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cliché Pierre Arrivetz - avant la destruction
 
Usine Pathé de Chatou (1929) et ci-dessous, usine Hoover de Londres (1932), par Wallis, Gilbert et Partners, les plus célèbres architectes de l'Art Deco en Angleterre. L'usine Hoover, devenue un siège d'entreprises, accueille des tournages de films d'époque, poursuivant sa longue existence. 
 

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Hoover Building (1932) à Londres par Wallis, Gilbert et Partners - cliché Jean-Yves Coupin (2009) -
 
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Ancienne usine des parfums Coty, par Wallis, Gilbert et Partners, à Brentford dans la banlieue de Londres (1932) - (Copyright © 2005 WLD)
 
 
Le 12 décembre 1936, Pathé, Columbia et Gramophone His Master's Voice fondèrent  les industries musicales et électriques (IME) Pathé-Marconi dont Emile Pathé fut le premier président jusqu'à sa mort le 14 avril 1937.  Dans les années 1945-1960, la production absorbée par les IME Pathé-Marconi de Chatou recouvrait les labels Pathé, La Voix de Son Maître, Columbia, Odéon, Capitol, Métro-Goldwyn-Mayer, Cetrasoria, Témoignages, Pathé-Vox, Swing. Trois ans aprés les Etats-Unis, en 1951, l'ingénieur de Pathé-Marconi Pierre Gilloteau y réalisa le premier disque microsillon en Europe grâce à des études menées conjointement par les laboratoires Pathé-Marconi et Péchiney. 

Pas moins de quatre générations de Catoviens et d'habitants de la région travaillèrent sur le site de Chatou jusqu'à ce qu'intervienne une délocalisation en Allemagne en 1990.

 

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Catalogue Pathé-Marconi 1954  - collection Pierre Arrivetz

 

Les milliers d'artistes qui y ont été produits, parmi lesquels Edith Piaf, Charles Trénet,  Tino Rossi, Maria Callas, Enrico Caruso, Frank Sinatra, Maurice Chevalier, Mistinguett, Joséphine Baker, Luis Mariano, Gilbert Bécaud, Charles Aznavour, Les Beatles, sans compter tous les chefs d'orchestre de musique classique du XXème siècle (Toscanini, Klemperer, Karajan, Ménuhin, Prêtre, Plasson...) et les musiques de films de la M.G.M. (comédies musicales) ont assuré la renommée de l'industrie de Chatou à travers le monde. Il va de soi qu'un musée prestigieux y aurait eu sa place, rassemblant l'histoire des industries phonographiques et cinématographiques, ainsi que cela fut âprement suggéré par l'association.

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Affiche du label La Voix de Son Maître des années cinquante :  "le plus beau répertoire du monde" produit dans des disques 78, 45 ou 33 tours. En toile de fond, le chien "Nipper", emblème universel de la marque fabriquée à Chatou.
collection Pierre Arrivetz

 

 Malgré une mobilisation nationale ayant un retentissement médiatique sans précédent à l'initiative de Chatou Notre Ville (TF1, Le Monde, Le Figaro, Le Moniteur...) et la possibilité d'une inversion de l'aménagement avec un terrain communal situé à 300 mètres, la municipalité choisit la destruction totale de l'usine pour un projet de promotion immobilière en 2004.  

  

DES SOUTIENS PRESTIGIEUX ET DE TOUS HORIZONS POUR LA CONSERVATION AU MOINS PARTIELLE DE L'USINE PATHE-MARCONI DE CHATOU RECUEILLIS PAR L'ASSOCIATION

(Liste au 1er octobre 2004)

Eddie Barclay, Fondateur de la Compagnie Phonographique Française (1945), Emmanuel Bréon, Directeur du Musée des Années Trente, Conservateur en chef des Musées de la Ville de Boulogne, Jean-Christophe Averty, Créateur et animateur de l'émission "Les Cinglés du Music-Hall" sur France-Culture, Maurice Culot, Architecte, Membre de la Commission des Monuments Historiques, Grand Prix de la Critique Architecturale, Chargé de mission à l'Institut Français d'Architecture, Président de la Fondation pour l'Architecture - Bruxelles, Jean-Marie Drot, Catovien, Ancien directeur de l'Académie de France d'Architecture à Rome, Auteur-réalisateur d'émissions de radio et télévision, Charles Bourély, Catovien, Inspecteur Général Honoraire des Monuments et des Sites, Pierre Vercel, Catovien, Ancien directeur général et président de Pathé-Cinéma, Pascal Sevran, animateur - réalisateur de télévision, spécialiste de la chanson française, Le Prince Géraud de la Tour d'Auvergne, Inspecteur Général Honoraire de l'Administration Culturelle, Président de Portus Magnus, association internationale pour le développement archéologique, écologique et portuaire d'Alexandrie,  Marie-France Calas, Conservateur Général du Patrimoine, Spécialiste du patrimoine sonore et audiovisuel,  José Sourillan, Ancien Directeur des Archives Audiovisuelles de RTL, auteur de disques d’histoire et de documentaires, Roselyne Germon, petite-nièce de Jacques Haîk, Créateur du cinéma " Le Grand Rex " (1932),  André Hébrard, Catovien, ancien haut fonctionnaire délégué à la Reconstruction, Georges Martin Saint-Léon, Catovien, Ancien président de l'Office du Tourisme de Chatou-Croissy-Carrières-Montesson, Pathé, Société cinématographique créée par Charles Pathé en 1896, L.V.M.H (Moët Hennessy Louis Vuitton), Institut des Archives Sonores, Société possédant un fonds historique de 400.000 documents sonores de 1880 à nos jours - projet d'"université de la parole", les familles de Charles et Emile Pathé, Line Renaud, chanteuse, comédienne, Pierre Arditi, comédien, Claude Piéplu, comédien, Annie Cordy, chanteuse, comédienne, Georges Lautner, cinéaste, Mick Micheyl, chanteuse, sculpteur, Claude Bolling, musicien, chef d'orchestre, Claude Pinoteau, cinéaste, Pierre Tchernia, cinéaste, créateur de l'émission de télévision " Monsieur Cinéma ", Robert Enrico, cinéaste (décédé), Bruno Podalydés, Catovien, cinéaste, Yves Duteil, chanteur, Clelia Ventura, Catovienne, scénariste, fille de Lino Ventura, Odette Ventura, épouse de Lino Ventura, Marie-Christine Audiard, épouse de Michel Audiard,  Marie-Thérèse Orain, comédienne, chanteuse, Europa Nostra, Association paneuropéenne du Patrimoine, présidée par Son Altesse Royale le Prince Consort de Danemark, Société pour la Protection du Paysage et de l'Esthétique de la France, association reconnue d'utilité publique, membre de la Commission des Monuments Historiques, La Demeure Historique, association reconnue d'utilité publique, L'Institut du Patrimoine Wallon, Comité d'information et de liaison pour l'archéologie, l'étude et la mise en valeur du patrimoine industriel (CILAC), Association des Amis du Musée de Nogent, Musée-Association " Les Amis d'Edith Piaf ", Association " Les Amis de Barbara ", Association " Les Amis de Tino Rossi”, Association " Les Amis de Louis Amade " (préfet de police, poête, auteur de chansons de Gilbert Bécaud et Charles Trénet), Association du souvenir à Luis Mariano, Association “Les Amis de Jean Sablon”,  Jean-Pierre Pasqualini, Rédacteur en Chef du Magazine Platine, Spécialiste de la chanson française, Corinne Lepage, ancien ministre de l'Environnement (Cap 21), André Santini, député-maire (UDF) des Hauts de Seine, ancien ministre, le prince Charles Bonaparte, maire-adjoint d’Ajaccio, Emmanuel Hamelin, député (UMP) de Lyon, membre de la commission des affaires culturelles de l'Assemblée Nationale, Olivier Dassault, député (UMP) de l'Oise, Pierre Amouroux, député (UMP) des Yvelines, Jérôme Lambert, député (PS) de la Charente, Anne Hidalgo, première adjointe (PS) au Maire de Paris, Serge Méry, vice-président (PS) du Conseil Régional d'Ile de France, Olivier Galiana, conseiller régional (PS) d'Ile de France, Michel de Rostolan, conseiller régional (FN) d'Ile de France, Michel Bayvet, conseiller régional (FN) d'Ile de France, Gilberte Decossin, ancienne déléguée du comité d’entreprise de l’usine de Chatou (CGT).

 

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L’alerte médiatique était donnée depuis plusieurs années par le Courrier des Yvelines et le Parisien. Elle prit un nouveau tour lors du Salon du Patrimoine au Carrousel du Louvre consacré au patrimoine industriel en novembre 2002, auquel participa l’association aux côtés de l’entreprise Pathé. Le journal “Le Monde”, sous la plume d’orfèvre d’Emmanuel de Roux, puis “le Figaro”, dans un grand article d’Hervé Guénot et enfin TF1, dans son journal de 20 h incluant un reportage mémorable de Marion Desmarrets présenté par Claire Chazal, mirent la question sous les yeux de l’opinion publique. Le Moniteur, le Nouvel Observateur, furent aussi de la partie. Le ministre de la Culture de l’époque, Jean-Jacques Aillagon, se concerta avec le maire et l’ABF partisans de la démolition, et refusa une mesure de protection. L’enquête publique en avril 2003 dans la commune révéla ensuite 1806 signatures sur 1877 favorables à une conservation partielle du site (96% des avis exprimés).

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Cassandre - 1932

 

En septembre-octobre 2004, l’association ayant saisi les élus nationaux , le président de l'Assemblée Nationale, Monsieur Jean-Louis Debré, saisit le Ministre de la Culture, de même que le ministre de l'Intérieur et le Ministre des Libertés Locales, Monsieur Jean-François Copé. Le ministre des Finances, Monsieur Nicolas Sarkozy, demanda au préfet d'examiner notre dossier avec " bienveillance. " Le successeur de Monsieur Aillagon refusa à son tour de donner suite aux demandes que l’association adressa en mai et septembre 2004 lorsque le site était encore debout.

 

Jusqu’à la fin, il ne fut jamais tenu aucun compte des arguments des défenseurs d’une conservation partielle. Le site fut entièrement rasé en novembre 2004. Les Domaines avaient proposé à la commune de préempter sa vente pour 4,7 millions de francs en 1998...

 

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Victoria Coach Station (1931-1932) à  Londres
(gare routière pour les bus)
par Wallis, Gilbert et Partners, architectes de l'usine de Chatou
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Usine des parfums Coty (1932) à Brentford
dans la banlieue de Londres
par Wallis, Gilbert et Partners, architectes de l'usine de Chatou
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Usine de la Compagnie Générale d'Electricité (1920-1922)
à Birmingham dans la banlieue de Londres
par Wallis, Gilbert et Partners, architectes de l'usine de Chatou