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10/07/2026

L'INVASION ALLEMANDE EN JUIN 1940 ET L'AFFAIRE DE L'ARMISTICE

Pour nombre de soldats l’ayant vécue, la percée allemande entre le 10 mai et le 22 juin 1940 ressembla à une  promenade militaire des plus tragiques. Les avions et les blindés balayaient tout sur leur passage, les soldats de la Wermacht marchant le fusil à la main derrière des camions convoyant tout leur matériel. Face à eux, l’armée française, sous-équipée, désorganisée, paniquée, dépourvue d’assistance aérienne et de chars, parée à livrer un combat d’un autre âge en bandes molletières et sacs à dos de trente kilos. Des fantassins disséminés sur une ligne de front illusoire furent engagés dans l’incurie la plus totale.

 

A Chatou, comme ailleurs, le conseil municipal afficha ses dernières espérances le 25 mai 1940. Il ne devait plus se réunir en séance publique avant le mois de décembre :

« Le conseil  : 

  -   affirme sa pleine confiance dans les armées Françaises et Alliées

-    salue les combattants ainsi que leurs familles auxquelles il est uni de cœur

 -    exprime sa profonde sympathie pour les réfugiés qui ont dû quitter leur foyer sous la poussée barbare des allemands et prend les dispositions en son pouvoir pour alléger leurs souffrances matérielles et morales. Il remercie les dames de la Croix Rouge de leur ardent dévouement et met à leur disposition une somme de 1000 F prélevée sur le quatrième des dons de 5000 F chacun, que Monsieur Martin vient de mettre à la disposition de Monsieur le Maire.  

Le conseil décide de créer à l’école maternelle Jules Ferry une garderie similaire à celle fonctionnant à l’école Paul Bert. Celle-ci est ouverte depuis le lundi 20 mai 1940 et est appelée à fonctionner tous les jours, même pendant les vacances de Pâques, Pentecôte etc, dimanches et fêtes exceptés. Des subventions sont votées à l’assistance des femmes en couches, à la famille, aux vieillards, à l’assistance médicale gratuite, au sanatorium, aux aliénés, aux 21 réfugiés. »

Le 3 juin 1940, l'aviation allemande bombarda la Seine-et-Oise à l'appui de 50 Dornier épaulés par 50 chasseurs, tuant 87 personnes dont 74 civils, et en blessant 332 autres. Un dépôt d'essence de la Défense Nationale sauta à Chatou. Il avait été disposé dans l'une des usines de Pathé-Marconi. Deux Catoviennes laissèrent leur vie dans ce bombardement : Constance Céline Chanet, 61 ans, et Anne Eugénie Valmire, 62 ans, toutes deux domiciliées 10 avenue de la Grotte dans le Parc de Chatou.

Le 9 juin 1940, l'armée française fit sauter le pont routier de Chatou, entraînant la mort de Jean-Baptiste Albert Chagnon, 47 ans, domicilié aux Mureaux.

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Dans la nuit du 12 au 13 juin 1940, le Catovien René Chantreux, 54 ans, habitant 81 rue du Général Colin, fut abattu d’une rafale de mitrailleuse par un détachement allemand entrant dans la ville en tentant de s’abriter dans un café de la rue de la Paroisse.

Le cabinet Reynaud d’union nationale se divisa sur la question de l’Armistice, aucune résistance en métropole ne paraissant plus possible. Alors que le président du Conseil proposait une capitulation, sa proposition fut transformée sous les imprécations et les menaces du général Weygand en demande d’armistice. Mais c’est une intrigue de Camille Chautemps qui oeuvrait avec Pierre Laval pour le renversement du régime qui emporta le ralliement de la plupart des ministres.

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Chautemps proposa qu’une demande d’armistice soit faite aux allemands et qu’un refus leur soit opposé dans le cas où  les conditions seraient trop dures.

A l’extérieur du cabinet, les présidents du Sénat et de la Chambre des Députés, Jules Jeanneney et Edouard Herriot, se prononcèrent pour la continuation de la guerre hors la métropole auprès du président de la République, Albert Lebrun.

Dans cette campagne pour ou contre l’armistice de la classe politique réfugiée à Bordeaux, le sénateur Charles Reibel, de la Seine-et-Oise, également sénateur de Chatou, répandit la parole du général Weygand, aux arguments douteux : l’Angleterre serait envahie et capitulerait, de petites républiques révolutionnaires se formeraient sur le sol de la métropole !

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L'ancien président du Conseil et député radical Camille Chautemps. Ministre de Paul Reynaud,  il intrigua en faveur de l'Armistice avec Laval et fut nommé vice-président du Conseil lors de la formation du premier gouvernement Pétain (17 juin 1940). Il finit par quitter la France le 12 juillet 1940 et s'exila aux Etats-Unis où il mourut en 1963.

 

A l’opposé, Georges Mandel, né à Chatou le 5 juin 1885, ancien chef de cabinet de Clemenceau, ancien ministre des PTT (1934-1936), des Colonies (1938-1940) qu’il réarma, ministre de l’Intérieur du cabinet Reynaud (depuis le 18 mai 1940), fit campagne contre l'Armistice. Selon lui, la victoire des Alliés était inévitable et la résistance possible en Afrique du Nord. Il déclara au sénateur Révillon le 15 juin 1940 :

"- vous savez que Weygand appuyé par Pétain, désire que le gouvernement demande l'armistice. J'estime que ce serait une faute sans précédent dans notre histoire. L'incapacité de nos chefs militaires nous a fait perdre la bataille de France, mais notre pays n'est pas définitivement vaincu. En 1914, aprés Charleroi, nous avons vaincu sur la Marne.

La bataille de France n'est qu'une bataille dans cette grande guerre. Demain, nous pouvons aussi vaincre en Méditerranée. Je crois à la supèriorité des démocraties. C'est folie de se déclarer vaincus lorsque nous pouvons être vainqueurs en continuant la lutte avec nos alliés dans notre empire africain.

- mais si Weygand ne veut plus combattre, pourquoi ne le remplacez-vous pas à la tête de l'armée française ? il y a des généraux qui partagent votre opinion et celle de Reynaud.

- c'est ce que j'aurais déjà fait si j'étais président du Conseil (...)"

 

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Les ministres contre l'armistice étaient de toutes tendances : Louis Marin (Fédération Républicaine), Georges Mandel (Indépendants Républicains), Louis Rollin (Alliance Démocratique), Paul Thellier (Alliance Démocratique), Paul Reynaud (Alliance Démocratique), Alphonse Rio (Gauche Démocratique), Laurent Eynac (Gauche Démocratique),  pour les conservateurs et les modérés, et Yvon Delbos, César Campinchi, Henri Queuille, Jules Julien, ministres membres du Parti Républicain Radical et Radical-Socialiste, Jean Monnet et Albert Serol de la S.F.IO., Raoul Dautry (sans étiquette). Mais Paul Reynaud, impressionné par le courant défaitiste de l'autre moitié du cabinet et la défection de quatre ministres "résistants" hésitants à en croire ses mémoires (Thellier, Queuille, Julien, Sérol), préféra remettre sa démission le 16 juin 1940.

Se conformant aux usages  de la IIIème République au lieu de lui demander de faire un cabinet de résistance, Albert Lebrun fit appel au chef des « défaitistes » au sein du cabinet, le Maréchal Pétain, pour prendre la présidence du Conseil. Ce devait être le dernier cabinet du régime avant le vote des pleins pouvoirs au maréchal le 10 juillet 1940.

 

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Le maréchal Pétain, en annonçant l'Armistice, put satisfaire en réalité une vieille ambition personnelle, qu'il réussit à assouvir grâce à l'opportunisme sans scrupule de Laval, son comparse depuis 1934. L'auguste vieillard auréolé du prestige de la Première Guerre ne fut pas soupçonné par les Français de brader leurs intérêts. Il fut pourtant au premier rang de ceux qui sabotèrent la politique de Défense Nationale dans les années Trente et se distingua au faîte de la Collaboration dans la promotion des lois anti-juives, la rencontre de Montoire, la lutte contre la résistance française, la mise à disposition de l'Allemagne de la police nationale, la guerre contre les Alliés dans les colonies, l'absence de condamnation de l'invasion de la Zone Libre en 1942, la mise en prison et la déportation des opposants au régime, l'approbation de la création de la Milice en 1944... Sur ses qualités militaires, Foch avait été implacable à son égard : "quand il n'y a rien à faire, c'est son affaire".

 

Entouré d’une pléïade de collaborateurs qui avaient prêté leurs voix au désarmement du pays et jaugé leurs ambitions politiques sur sa défaite militaire, le Maréchal Pétain, sans doute inspiré par Alibert et le général Weygand, n’eut d’autre préoccupation que de faire arrêter Georges Mandel le 17 juin 1940.

 

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L’ opération ne se passa pourtant pas comme escomptée. L’intéressé, soutenu par deux ministres « gênés » du nouveau et dernier gouvernement de la IIIème République, Pomaret et Frossard,  envahit le bureau du président du Conseil, et au gré de son autorité naturelle, obtint sur le champ une lettre d’excuse du Maréchal qui l’exonérait du délit imputé de dépôt d’armes clandestin en vue d’attenter au nouveau gouvernement.

Cette lettre fut retrouvée ensanglantée sur le cadavre du ministre après son assassinat par la Milice le 7 juillet 1944 sur la route de Fontainebleau.

Rappelons que le même Maréchal Pétain, qui ne négligeait aucune manœuvre, avait tenté de convaincre Mandel à deux reprises du bien-fondé de l’armistice en l’invitant à déjeuner au Café de Paris  les 22 mai et 3 juin 1940, en pure perte.

Mais au printemps 1940, le natif de Chatou était encore considéré comme l’un des hommes les plus puissants et les plus redoutés  du cercle politique. Le drame fut qu’il refusa les offres anglaises de départ à Londres les 13 et 20 juin 1940. Compte-tenu de l’insistance de Churchill, il serait probablement devenu un chef de la France Libre (celle-ci ne fut reconnue que le 28 juin 1940 par l’Angleterre en la personne du général de Gaulle).

L'autre victime du Maréchal Pétain fut la France dont il avait tiré par le fond la politique d'armement.

Rencontré le 4 août 1940 à Lyon, Paul Reynaud déclara au sénateur Tony Révillon : "le gouvernement Doumergue a repoussé le 17 avril 1934, l'offre de limitation des armements formulée par John Simon et Eden au nom du gouvernement britannique  et acceptée par le chancelier Hitler. Cela déclencha la course aux armements entre l'Allemagne et la France. C'était très dangereux, car l'Allemagne possède une puissance industrielle très supèrieure à la nôtre et peut par conséquent fabriquer plus d'armement que la France.

Qui était ministre de la Guerre à ce moment ? le maréchal Pétain. Il aurait dû vite mettre en oeuvre un puissant programme d'armement. Or, qu'a-t-il fait pour remédier à cette angoissante situation ? il a réduit les crédits d'armement votés par le Parlement. Lorsqu'il quitta son ministère, son premier souci fut de publier dans La Revue des Deux Mondes un article sur l'éducation en France. Les problèmes militaires ne l'intéressaient plus guère. Il ne pensait qu'à devenir président du conseil et à donner des gages à la droite.

Le 18 mars 1935, les Allemands établissent la conscription. La population du Reich est presque double de celle de la France. L'Allemagne pourra donc avoir deux fois plus de soldats. Je jette un cri d'alarme et je dépose le 31 mars 1935 sur le bureau de la Chambre des Députés un contre-projet demandant la création de dix divisions lourdes blindées. N'ayant plus la quantité, ne nous fallait-il pas la qualité pour pouvoir résister à une invasion allemande ? mon contre-projet fut repoussé par le gouvernement Flandin-Laval-général Maurin comme "contraire à la logique et à l'histoire". Or, c'est avec dix divisions lourdes que les Allemands, au mois de mai, ont crevé notre front et nous n'avions rien à leur opposer."

Edouard Daladier  fut interrogé le 22 juin 1940 sur le "Massilia" par un journaliste, qui lui demanda : "est-ce vrai, Monsieur le Président, que le conseil supèrieur de la guerre n'était pas favorable à la prolongation de la ligne Maginot jusqu'à la Mer du Nord ?"

- c'est exact. La commission sénatoriale de l'armée est venue me demander de prolonger la ligne Maginot jusqu'à la mer. Le conseil supèrieur de la guerre, à l'unanimité moins une voix, a répondu qu'il n'y avait pas lieu de poursuivre cette ligne. (...)

- est-il vrai que le Maréchal Pétain était adversaire de la prolongation de la ligne Maginot ?

- c'est exact. Un projet de crédit de 240 millions avait été établi par Monsieur Piétri, ministre de la Guerre, pour fortifier Maubeuge, Montmédy et Valenciennes. Le Maréchal fit rejeter ce crédit par le conseil. C'était, si ma mémoire ne me fait pas défaut, en juin 1932."

 

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Daladier président du Conseil salué par le général Catroux à Alger en 1939. Le général devenu gouverneur d'Indochine (1939) sur l'ordre de Georges Mandel ministre des Colonies, fut destitué par Vichy et figura parmi les premiers ralliés à de Gaulle.

 

Le Maréchal avait livré cette vision prophétique à la commission de l'armée du Sénat lors de sa séance du 7 mars 1934: "à partir de Montmédy, il y a les forêts des Ardennes. Elles sont impénétrables si on y fait des aménagements spéciaux. Par conséquent, nous considérons cela comme une zone de destruction. Naturellement, les lisières du côté de l'ennemi seraient protégées : on y installerait des blockhaus. Comme ce front n'aurait pas de profondeur, l'ennemi ne pourrait pas s'y engager, s'il s'engage, on le repincera à la sortie des forêts. Donc ce secteur n'est pas dangereux."

Le 18 juin 1940, l'ingénieur du Génie Maritime Henri Ramas, âgé de 37 ans, fils du maire de Chatou élu depuis 1935, Jules Ramas,  fut tué par un obus ennemi à côté de ses pièces de batterie à Saint-Sauveur de Pierrepont dans le Cotentin après avoir refusé l'ultimatum de la division Rommel avançant vers Cherbourg (prise le 19 juin), et permis l'évacuation de troupes vers l'Angleterre. 

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La tombe d'Henri Ramas au cimetière de Chatou

 

Dans la ville occupée, le conseil municipal posa pour la dernière fois au domicile du maire 20 avenue du Général Sarrail dans une atmosphère de tension et de deuil, chacun étant solidaire de Madame Ramas (à l'extrême droite sur la photo).

 

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La question de l’Armistice reste posée et les témoignages des acteurs de l’époque ne manquent pas.

Le sénateur radical Tony Révillon, qui rencontra le commandant des opérations en Afrique du Nord et résident général du Maroc, le général Noguès, futur rallié et inconditionnel du régime de Vichy,  recueillit ces propos édifiants  du résident général avec ses amis députés Joseph Denais et La Groudière le 29 juin 1940 :

 

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« je disposais d’une armée de plus de 250.000 hommes. On pouvait m’envoyer de France la valeur de quelques divisions. Il m’était possible de lever encore en Afrique du Nord plusieurs autres divisions, particulièrement au Maroc. En Afrique Occidentale, on instruisait une assez importante armée.

Protégée par une flotte franco-britannique, l’Afrique du Nord française était difficilement accessible à l’ennemi. Par où serait-il passé ?si les troupes allemandes avaient voulu envahir par l’Espagne, nous pouvions dés l’entrée des Allemands dans la péninsule ibérique occuper Tanger, sa banlieue et une partie du Riff, si c’était nécessaire. Avec l’appui de l’escadre franco-britannique, la traversée du détroit de Gibraltar était très difficile, comme le serait l’invasion de la Grande-Bretagne.

En Tripolitaine, les Italiens disposent d’une armée beaucoup moins nombreuse que l’armée française d’Afrique. Pris entre l’Egypte et la Tunisie, menacée par la flotte franco-britannique dont la supériorité est écrasante, les Italiens auraient eu le plus grand mal à ravitailler leur colonie. Il fait très chaud, en ce moment, dans le sud tunisien, mais dés la fin septembre, nous pouvions entreprendre la conquête  de la Tripolitaine et c’était un gage des plus intéressants.

La plupart des grandes villes italiennes, sauf Turin et Milan, sont des ports ou des villages situés à proximité de la mer. Ces ports auraient facilement été bombardés par notre aviation et notre flotte.

Dans les jours qui ont précédé l’Armistice, j’ai reçu de la métropole 700 avions de combat modernes de première ligne. J’ai fait aussitôt bombarder plusieurs villes italiennes. Ces bombardements ont été très efficaces. La réaction italienne sur Bizerte a été faible.

Le moral en Italie, d’après tous les renseignements qui me parvenaient, n’était pas bon. Nous pouvions empêcher son ravitaillement par mer, détruire ses navires, endommager ses ports. Nous pouvions mettre ce pays assez rapidement dans une situation délicate et cela pouvait avoir des répercussions heureuses pour nous dans les Balkans.

Je m’étais entendu avec le général Olry commandant l’armée des Alpes. Il estimait pouvoir tenir quelques temps en avant de Toulon et m’envoyer des tanks, de l’artillerie, des munitions.

Ce qui nous manquait le plus en Afrique, c’était des munitions. Nous n’en n’avions que pour 3 mois de combat. Mais nous aurions pu en recevoir d’Angleterre et surtout d’Amérique par les ports du Maroc.

J’espérais que le gouvernement résisterait. Nous faisions passer des munitions et du matériel de France en Algérie. Le général Weygand m’a demandé de me rendre à Bordeaux. Je l’ai prié de ne pas me faire quitter mon poste dans de si graves circonstances et le ministre de la Défense Nationale m’envoya un général que j’ai mis au courant de notre situation, de nos possibilités de résistance et de nos grandes chances de succès.

Il y eut alors le dimanche 23 juin un changement d’attitude à Bordeaux. On a interdit le transport du matériel de France en Afrique. Quelques-uns de mes officiers, qui continuaient dans un port de la métropole à charger des tanks sur un bateau, ont été mis aux arrêts de rigueur.

Il se tut, resta songeur quelques secondes, puis reprit :

-         Il y a des ordres étranges. On m’a interdit d’envoyer en Afrique Occidentale, comme je l’avais proposé, où ils auraient pu être facilement cachés, quelques-uns des magnifiques avions qui sont arrivés de la métropole en Algérie.

-         N’était-il pas possible de continuer la lutte malgré Bordeaux ? Y-a-t-on songé ?

Le général répondit d’une voix très basse :

-         oui, mais il y avait la Marine…

-         vous a-t-on fait connaître les raisons qui ont empêché l’adoption par le gouvernement de votre point de vue, questionna Joseph Denais ?

-         non, on m’a simplement répondu que les éléments d’appréciation dont je disposais ne me permettaient pas de juger de la situation à laquelle le gouvernement avait dû faire face.

-         Il y a eu des raisons d’ordre politique, dis-je. Laval et ses amis ont voulu « faire passer la France du clan des démocraties dans le clan des dictatures. »

Il y eut un long silence. Je repris :

-         le gouvernement du Maréchal Pétain a pris une lourde responsabilité devant l’histoire.

Et le général Noguès ajouta d’une voix à peine perceptible :

- Et devant la France et l’humanité.

Notre émotion était intense et pendant un long moment aucun de nous ne parla ni ne bougea. Puis nous nous levâmes et prîmes congé du général. »

L'une des conditions majeures de la poursuite des combats en Afrique du Nord était l'intervention de la Marine, devenue la quatrième du monde sous l'empire de l'ancien ministre Georges Leygues puis de l'amiral Darlan. Or, l'amiral Darlan, grand partisan de la poursuite des combats à la veille de l'Armistice, inversa sa position pour entrer dans le cabinet Pétain.

Cette situation condamna la France à jouer un rôle mineur dans la victoire militaire des Alliés lesquels, comme les ministres "résistants" de Paul Reynaud l'avaient prédit, entreprirent la reconquête à partir de l'Afrique du Nord.

Rappelons qu'en 1939, la Marine française comptait 7 cuirassés, 2 porte-aéronefs, 19 croiseurs, 32 contre-torpilleurs, 38 torpilleurs, 77 sous-marins. Entre la déclaration de guerre et l'Armistice, la Marine avait escorté entre Brest et la Méditerranée 175 convois français rassemblant 1457 navires marchands dont 7 seulement avaient été coulés par l'Allemagne. La Marine s'était distinguée également par la protection de 56 convois anglais et alliés représentant 2157 navires marchands.

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Le "Richelieu", cuirassé de 35.000 tonnes mis en service en 1939 d'une vitesse de 30 noeuds, abritant 70 officiers et 1600 hommes, armé de 135 pièces de DCA, ne joua aucun rôle dans la guerre contre l'Allemagne et connut les hostilités sous les attaques britanniques. Il fut néanmoins sauvé puis restauré en 1942 avec l'entrée des Alliés en Afrique du Nord. Les Etats-Unis lui firent assumer des missions dans le Pacifique contre le Japon. 
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Batterie du "Strasbourg" en action. Mis en service en 1939, d'une vitesse de 30 noeuds, ce croiseur comportait 64 canons et mitrailleuses et pouvait embarquer jusqu'à 2000 hommes d'équipage. Bombardé à Mers-El-Kébir le 3 juillet 1940, il parvint à s'échapper et rejoignit Toulon où il fut sabordé le 27 novembre 1942 lors de l'arrivée des Allemands.
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Le sous-marin "Surcouf", plus grand sous-marin du monde en 1939, sous-marin unique dans la flotte française. Ses canons de 203 mm pouvaient tirer chacun trois obus de 120 kg à la minute, à une distance de 27 km. Equipé de 12 tubes lance-torpilles avec 12 torpilles de réserve et d'une tourelle double de 203 mm, calibre identique à celles d'un croiseur lourd, le "Surcouf" était désigné comme un "croiseur sous-marin". Armé en 1934, il se réfugia en Angleterre en mai 1940 et coula par suite d'un bombardement Allié par erreur en 1942, tuant son équipage de 126 membres (source: wikipedia).
 
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Le croiseur "Dunkerque" : lancé en 1935, d’une vitesse de 31 nœuds, il fut bombardé lors de l’attaque britannique de Mers-El-Kébir le 3 juillet 1940 et perdit 211 hommes d’équipage. Ramené à Toulon pour être renfloué, il y fut sabordé le 27 novembre 1942 avec 90 navires de guerre français. Il comportait 8 canons de 330 mm, 16 canons de 130 mm, 4 canons de 37 mm, 8 canons antiaériens de 37 mm, 32 mitrailleuses antiaériennes. Il était armé d’une catapulte et chargé de 3 hydravions.
 
 
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Le 3 juin 1940, l'amiral Darlan déclara à Jules Moch au ministère de la Marine: " les généraux ne veulent plus se battre et les soldats fichent le camp. Si l'on demande, un jour, l'armistice, je finirai ma carrière par un acte de splendide indiscipline. Je partirai avec la Flotte."
 
Le 22 juin 1940, l'ancien ministre de la Marine de Paul Reynaud, César Campinchi, fit cette observation avec tristesse à Tony Révillon: "Darlan était favorable à la résistance. Il me disait encore la veille de la démission du cabinet Reynaud : "Monsieur le Ministre, si par malheur le gouvernement demande l'armistice, qu'il me donne huit jours, j'écraserai la flotte italienne et l'Italie ne se relèvera pas de cette défaite". Et puis Pétain lui a offert le ministère de la Marine et pour devenir ministre, il est passé dans le camp des défaitistes."
 

A partir du 17 juin, le gouvernement Pétain avait annoncé qu'il demandait les conditions d'un armistice.  Alors que l’Armistice  n’était pas signé, cette annonce jeta la démobilisation dans les esprits de sorte que les Allemands obtinrent de nombreuses redditions aussitôt. Certains officiers adressèrent cependant des exhortations à la poursuite du combat cependant qu’enfermés dans l’enceinte de la ligne Maginot, 22.000 soldats continuèrent la lutte au-delà de la signature de l’Armistice.

Un bilan accablant sortit de cette bataille de deux mois et demi. 1.800.000 soldats français furent faits prisonniers.

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Les prisonniers français comptaient des soldats des troupes coloniales qui firent preuve de la plus grande bravoure devant l'ennemi avant d'être rattrapés dans les camps par la folie hitlérienne.
 
 
 
 
 
Sources :
- "Mes Carnets (juin-octobre 1940)" par Tony Révillon (éditions Odette Lieutier 1945)
- "Vingt ans de politique navale (1919-1939)" par Espagnac du Ravay (éditions Arthaud 1941)
-  "La France a sauvé l'Europe" par Paul Reynaud (éditions Flammarion 1947)
- "Georges Mandel ou la passion de la République 1885-1944" par Bertrand Favreau (éditions Fayard 1996)
- rapports préfectoraux des Archives Départementales des Yvelines
                                     

17/04/2026

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24/11/2025

IL Y A 170 ANS - LES "CHERS CONFRERES" A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE PARIS DE 1855

« Les Chers Confrères » 

Témoignage attribué au peintre Courbet (1819-1877) à l’occasion de l’Exposition Universelle de Paris de 1855 :

 

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« J’étais dans l’embrasure d’une fenêtre, en compagnie de Jadin*, de Delacroix et d’Horace Vernet qui, frétillant et constellé de décorations, regardait les femmes avec un air vainqueur que ses cheveux blancs ne rendaient pas invincible.

 

Jadin avait longuement parlé de l’œuvre de Monsieur Ingres, enchevêtrant si bien, selon sa coutume, ses railleries et les choses graves que l’on ne savait s’il plaisantait ou s’il était sérieux.

 

Delacroix dit : « Malgré ses défauts, on doit reconnaître dans Ingres des qualités de peintre ».

 

Horace Vernet fit un bond : « Ingres ! des qualités de peintre ? dites donc que c’est le plus grand artiste du siècle ! »

 

Jadin laissa glisser son regard ironique sur Vernet, auquel Delacroix demanda :

 

-  Que trouvez-vous de si remarquable en lui ? Est-ce son dessin ?  -  Non, il dessine comme un ramoneur.  -  Est-ce son coloris ?  -  Ah, pouah, tous ses tableaux sont en pain de seigle !  -  Est-ce sa composition ?  -  Vous moquez-vous ? il n’a jamais su agencer ses figures. Regardez son Saint Symphorien : ça ressemble à un déménagement ! -   Quoi alors ? est-ce son modelé, son rendu ?  -   Son modelé, son rendu ! mais vous êtes fou ! il peint d’après le mannequin ; allez voir, pour vous en convaincre, son Age d’Or au château de Dampierre. 

 

Delacroix se mit à rire et reprit : « Mais s’il n’a aucune qualité, en quoi est-il le plus grand artiste du siècle ? »

 

Vernet répondit en bredouillant : « je vous répète que c’est notre seul grand peintre. J’ai proposé au jury de lui attribuer une médaille exceptionnelle, parce que c’est honorer la France que d’honorer ses hommes de génie. »

 

Nous nous regardions et nous avions quelque peine à conserver notre sang-froid. Vernet était irrité ; il prit mon bras, nous nous dirigeâmes vers la salle où la musique d’un régiment jouait l’ouverture de la Gazza Lada.

 

Vernet me dit : « si ça ne fait pas pitié de voir Delacroix, qui n’est pas capable de mettre un bonhomme sur ses jambes, qui prend des pieds de vache pour des pieds de cheval, nier le talent du père Ingres ! c’est de la jalousie. Moi, je ne suis pas comme cela, et mon plus vif plaisir est de reconnaître le mérite des autres. »

 

Vernet me quitta pour aller saluer la princesse M…

 

Je retournai vers Delacroix ; il disait à Jadin : « ce pauvre Vernet ! il s’imagine peut-être qu’il sait peindre ! » Jadin ne répliqua pas ; il regardait de tous côtés et semblait fort occupé à découvrir quelqu’un dans la foule.

 

Delacroix lui dit : « Qui cherchez-vous donc ? «  Jadin répondit : « je cherche si j’apercevrai le père Ingres pour lui demander ce qu’il pense de vous. »

 

Delacroix aurait pu le dire car il le savait. Quelques jours auparavant, un banquier, peu au courant des divisions de l’école française, avait eu la malencontreuse idée de réunir plusieurs artistes à sa table, entre autres Ingres et Delacroix.

 

Delacroix fut bien accueilli, Ingres fut fêté. Ce petit homme court, strapassé, au front étroit et entêté, parlant mal, intolérant, arrêté dans l’histoire du monde à Raphaël, ayant les jambes trop courtes, le ventre trop gros, les mains trop larges, avait un haut sentiment de sa valeur et savait qu’il était un maître.

 

Là où il était, il dominait, ne demandait le nom de personne et dans ceux qui l’entouraient ne voyait que des admirateurs. On se mit à table. Vers le milieu du repas, Ingres commença à donner des signes d’impatience : il venait d’apprendre que Delacroix était au nombre des convives.

 

Lui, Ingres, l’adorateur du dieu Sanzio, dont il était le grand-lama, lui, l’orthodoxe par excellence, assis à la même table que cet hérétique, que ce relaps, et communiant à la même table ! il était ému et roulait des yeux furieux. Delacroix, sur lequel ses regards étaient tombés plusieurs fois, avait pris cet air gourmé qui lui était habituel quand il ne se sentait pas à l’aise.

 

Ingres cherchait à se modérer, mais il n’y réussit pas ; après le dîner, tenant en main une tasse pleine de café, il s’approcha brusquement d’Eugène Delacroix, qui était debout devant la cheminée, et lui dit : « Monsieur ! le dessin, c’est la probité ! Monsieur, le dessin, c’est l’honneur ! » en parlant, il s’agitait ; il s’agita  si bien qu’il renversa la tasse de café sur sa chemise et sur son gilet ; il s’écria : « c’est trop fort ».

 

Puis, saisissant son chapeau, il dit : « je m’en vais, je ne me laisserai pas insulter plus longtemps ! ».

 

On l’entoura, on voulut le calmer, le retenir ; ce fut en vain. Arrivé prés de la porte, il se retourna : « oui, monsieur, c’est l’honneur ! oui, monsieur, c’est la probité ! » Delacroix était resté impassible.

 

Diaz *, qui était là, frappa sur sa jambe de bois et dit à la maîtresse de la maison, toute décontenancée : « Madame, c’est un vieux bonze ! sans le respect que je vous dois, je lui aurais passé mon pilon au travers du corps ».

 

 

 

In « Pierre Labracherie

« le Second Empire ou la technique d’un coup d’état »

Chapitre XIV - éditions René Julliard - 1962.

 

 

 

 

* Diaz (1807-1876), peintre ayant appartenu à l'école de Barbizon, ami de Courbet et ayant pour admirateur Van Gogh. On dit de lui qu'il inspira l'école impressionniste.

 

* Jadin (1805-1882), peintre animalier et paysagiste

 

31/08/2025

NYMPHEE DE SOUFFLOT DU 1ER AU 22 SEPTEMBRE 2025

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RESTAURATION

DU NYMPHEE DE CHATOU

 

CAMPAGNE

DE LA FRANCAISE DES JEUX

DU 1ER AU 22 SEPTEMBRE 2025

 

L'association défend sur la place publique depuis sa création le sauvetage du Nymphée de Soufflot (1777) classé monument historique depuis 1952.
 
Un résultat déterminant a été obtenu avec le rachat par la Ville de Chatou le 9 novembre 2021 du monument déclaré en péril depuis des décennies.
 
Aujourd'hui les travaux sont lancés mais les fonds restent indispensables pour mener à terme le chantier. Son inscription dans la Mission du Patrimoine lui permet désormais de bénéficier du financement de la Fondation du Patrimoine et de la Française des Jeux. 
 
Du 1er au 22 septembre 2025 sont ainsi disponibles dans tous les lieux attitrés des grilles de loto du patrimoine ainsi que des tickets grattables participant au sauvetage du monument. 
 
Vous pouvez en outre faire un virement en ligne à titre de don déductible des impôts en vous rendant sur le site de la Fondation du Patrimoine - Nymphée de Soufflot. N'hésitez pas à  faire chaque mois des petits dons pour alimenter la trésorerie des travaux de restauration :
 
https://www.fondation-patrimoine.org
nymphée de Soufflot
 
Souvenons-nous de l'exemple de Notre-Dame. L'afflux des dons a permis de mener un chantier exemplaire en un temps record.
 

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Le chantier du Nymphée
est celui
de tous les défenseurs
du patrimoine.
 
Nous comptons sur votre soutien.
 
 
 
L'association

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20/10/2024

30 ANS DE L'ASSOCIATION DIMANCHE 20 OCTOBRE 2024 : UNE SEANCE DE CINEMA MEMORABLE

Le dimanche 20 octobre 2024, la salle Louis Jouvet a accueilli deux cents personnes pour les trente ans de l'association soit un peu plus que pour ses vingt ans en 2014. Des archives uniques Pathé, Gaumont, Eclair Journal en introduction s'étalant de 1911 à 1974 ont été spécialement recherchées et louées par l'association pour l'offrir au public catovien. La qualité grand écran était le fruit de la société Pathé-Gaumont Archives créée en 2003 pour sauver le patrimoine de ces grands pionniers de l'industrie cinématographique.

Maurice Berteaux (1911), Auguste Renoir (1919), Georges Mandel (1934 et 1946), l'hommage aux 27 Martyrs (1946), Aspro (1957), Pathé-Marconi (1974), un grand rendez-vous de l'histoire de Chatou a été proposé à travers ces journaux d'actualités diffusés à leur époque dans toutes les salles de France, ces journaux dont Charles Pathé avait été le créateur en 1908 et Ferdinand Zecca qui travailla pour Emile Pathé à Chatou de 1898 à 1900, le metteur en scène. Le travail sur l'embellissement des archives réalisé par Pathé-Gaumont et l'opération de mise en scène réalisée par Cinelab méritent nos applaudissements.

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Est venu le film "Casablanca" de 1942, noir et blanc, version sous-titrée excellemment restaurée par la Warner Bros, seule version admise par la société pour la distribution : des images extraordinaires, un scénario et des personnages devenus des héros pour l'éternité, un rythme soutenu par une musique de jazz qui a traversé le temps, suspens, patriotisme, amour, humour, rien ne manquant dans ce film concentrant tous les partis et postures de l'époque. Le grand écran donnait le sentiment de découvrir un autre film et d'autres détails, ce film étant parmi les plus projetés à la télévision. L'adhésion au film qui a bouleversé nombre d'entre nous était complète. Merci à Cinelab notre délégataire d'avoir accepté de tenir le pari des archives et d'un film des années quarante dans un environnement contraint par l'actualité des sorties.

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Le public était là contre tous les pronostics, un public soutenant le cinéma, des amis du patrimoine et du monde combattant et de la culture de Chatou en général.

Si "Casablanca" est l'un des films les plus diffusés à la télévision, il a été ce soir un évènement dans la commune. Les applaudissements n'ont pas manqué de couvrir la fin de ce film magnifique.

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Humphrey Bogart, Claude Rains, Paul Henreid et Ingrid Bergman 

 

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08/09/2024

30 ANS DE CHATOU NOTRE VILLE LE DIMANCHE 20 OCTOBRE 2024

Dans le sillage des 80 ans de la Libération nous vous proposons cet événement auquel nous serons très heureux de vous accueillir.

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Adhérents : place offerte

 

26/07/2024

JEAN SEPHERIADES (1922-2001), CHAMPION D'AVIRON ET CATOVIEN

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Le passé nautique de Chatou a justifié la création d’une rubrique particulière au sein de notre blog : le Cercle Nautique de Chatou fit les belles heures de la voile sur les bords de Seine de 1902 à la deuxième guerre mondiale au point d’ailleurs de figurer dans les actualités cinématographiques, l'ingénieur et administrateur Edgar Guérin de Litteau participa au développement de la Compagnie Générale Transatlantique de 1875 à 1904, le décorateur Catovien Georges Rémon accompagna les fumées souvent tragiques des grands paquebots qu’il décora avec son frère Jérôme et son père Pierre-Henri Rémon entre 1908 et 1935. Mentionnons enfin celui que l’on surnomma en 1946 « le champion des champions », Jean Sephèriadès (1922-2001), champion de France d’Aviron de 1942 à 1946.

Né à Paris en 1922, Jean Sepheriades passa sa jeunesse à Chatou 22 rue Charles Despeaux avec son père Casimir, né en 1892 à Lodz en Pologne et son frère Georges, né en 1917 à Paris. 

Engagé dans la Deuxième Division Blindée du général Leclerc qui se porta en Allemagne, il rentra en France pour se couvrir de gloire en devenant le vainqueur historique et sans successeur de la France aux « diamonds sculls » lors des régates royales d’Henley en 1946, régates au cours desquelles il battit l’américain Jack Kelly, frère de Grace Kelly et compétiteur international redouté.

Décoré à ce titre par la future Reine Elisabeth II, Jean Sephèriadès devint en 1947 Champion d’Europe d’Aviron puis abandonna la compétition internationale pour animer l’aviron français. Voyageur de commerce de profession, il fut élu de 1947 à 1953 dans la municipalité d’Henry Vercken, maire de Chatou sous la bannière du R.P.F. du général de Gaulle.  

Nous diffusons ici  deux photographies qui lui furent dédiées par « Le Monde Illustré » le 11 août 1945 pour ses dernières victoires.

 

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Locomotive 241 P SNCF fabriquée aux usines Schneider du Creusot de 1948 à 1952, plus puissante locomotive à vapeur d'Europe, équipée d'un moteur de 4000 chevaux, emblème de l'association. 

14/05/2024

CHATOU ET LA GEORGIE

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A l'issue de la Première Guerre Mondiale, un pouvoir bolchevik s'installa à Moscou régnant par la violence sur l'ancien empire russe.  Plusieurs territoires réussirent à s'en émanciper jusqu'à la Deuxième Guerre Mondiale, Pologne, Finlande, Estonie, Lituanie, Lettonie. Deux états offrirent une résistance finalement écrasée par l'Armée Rouge : l'Ukraine et la Géorgie.

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 Timbres de la Géorgie indépendante de 1919

et ci-dessous de 1920 :

on note la double mention en géorgien et en français

(collection de l'auteur)

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En Géorgie, la constitution de la première république indépendante du 26 mai 1918 fut assise sur l'organisation de l'armée pour faire face à l'envahisseur. Son commandant en chef  fut le général Guiorgi Kvinitadzé (1874-1970), dont le père, colonel de l'armée russe, était géorgien. Promu capitaine pendant la guerre russo-japonaise de 1904-1905, il devint colonel pendant la Grande Guerre au sein de la 4ème division d'infanterie du Caucase.

Nommé en 1918 puis reconduit à la tête de l'état-major, il fit face à plusieurs attaques. Mais, en 1921, l'armée géorgienne cernée par les invasions soviétiques et turques dut battre en retraite et prit le chemin de l'exil avec le gouvernement.

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Le général s'installa à Chatou en 1922 où il créa une entreprise de fabrication de yaourts et y mourut le 7 août 1970 à l'âge de 95 ans.  Ses "Mémoires sur les années d'indépendance de la Géorgie 1917-1921" furent publiés en 1985 à Paris.

Héros national de la Géorgie, sa figure reste présente dans notre commune où sa tombe est fleurie au cimetière des Landes. La Géorgie a repris son indépendance à la chute de l'URSS en 1991 mais s'est retrouvée menacée à son tour par les volontés de domination de sa voisine russe qui en occupe partiellement le territoire.

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31/03/2024

LE MORT DE LA GUERRE DE CRIMEE

Vers le milieu du XIXème siècle, la Turquie était déjà l’homme malade de l’Europe. Sa domination ancestrale dans les Balkans s’affaiblissait. L’un de ses voisins, poussé par le désir d’extension et une affirmation commode de la religion, la Russie, avait conduit les orthodoxes à s'approprier en 1808 les lieux-saints au détriment des latins, traditionnellement protégés de la France. 

En mai 1853, le tsar Nicolas Ier  avait envoyé un ultimatum au sultan de Constantinople pour lui demander d’accorder à la Russie « un protectorat sur tous les chrétiens orthodoxes de l’empire turc ». C’était bien entendu une extension de la Russie en Europe, une domination de la religion orthodoxe sur la religion catholique.   La France avait envoyé des plaintes aux tsars successifs depuis l’affaire des lieux-saints, en vain. Napoléon III, à peine assis sur le trône, avait en tête l’indignation du clergé catholique qu’il ne pouvait s’aliéner, l’humiliation subie par la France qui lors des campagnes napoléoniennes révolutionnaires, avait renforcé son alliance avec la Turquie.

Sur conseil de l’Angleterre et de la France, le sultan repoussa l’ultimatum qui lui était adressé. Il déclara la guerre à la Russie le 4 octobre 1853 et en décembre suivant, la flotte turque fut anéantie à Sinop par la Russie. Les troupes du tsar pénétrèrent en Moldavie et en Valachie. La France et l’Angleterre offrirent leur médiation, sans succès. Pour la première fois depuis sept siècles, les deux pays s’unirent militairement pour repousser l’armée russe.      

La guerre commença en Bulgarie en mars 1854 puis se déporta dans la presqu’île de Crimée de septembre à 1854 à  septembre 1855. L’armée franco-anglaise choisissait ce déplacement du conflit pour éviter des problèmes de ravitaillement.   A Sébastopol, la Russie avait érigé un puissant arsenal maritime, contrôlant la Mer Noire et faisant face à Constantinople. 356 navires débarquèrent en Crimée 30.000 français, 21.000 anglais, 6000 turcs, des vivres pour quarante-cinq jours. Ce fut le siège le plus imposant de l’Histoire. Le plus meurtrier aussi, causant la mort de 200.000 soldats russes et celle de 100.000 soldats alliés, les renforts amenés de part et d’autre étant décimés par le froid, le typhus et le choléra.  

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Extrait du tableau d'Yvon sur la prise du fort
de Malakoff à Sébastopol
L'uniforme français bleu et pantalon garance
fut conservé jusqu'en 1914 

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Le premier régiment de la garde impériale de Napoléon III y subit de lourdes pertes dont celle d’un Catovien de 33 ans, Théodore Pierre Victor Jacquin. Blessé et (ou) malade, celui-ci fut ramené à Marseille le 6 août 1855. A 11 heures du matin, son décès y fut enregistré. Il était membre de la cinquième compagnie du premier bataillon du premier régiment de voltigeurs de la garde impériale. Il ne connut donc pas l’issue du conflit. Après une canonnade de 800 pièces alliées, la victoire fut emportée par un assaut au centre de la citadelle à Malakoff par le général de Mac-Mahon le 8 septembre 1855, obligeant les Russes à évacuer Sébastopol.

Nicolas Ier était mort pendant le siège en mars 1855. Aprés l'évacuation de Sébastopol, son successeur, Alexandre II, sur insistance du roi de Prusse, demanda la paix. Napoléon III organisa alors le Congrès de Paris,  où l’acte de naissance de la Roumanie fut scellé.      

Ne supportant pas l’activisme diplomatique de Napoléon III, l’Angleterre retourna à son splendide isolement et laissa la France à ses démêlés européennes. Elle n’en sortit qu’en...1904.      

La victoire du Second Empire en Crimée fut suivie de succés contre l’Autriche en faveur de l’Italie nouvelle et la France fut considérée pendant dix ans comme la première puissance militaire européenne.      

Mais la Russie abattue, l’Autriche écrasée, la montée du militarisme prussien s’annonça au milieu de la vague de libéralisme et de renoncement de la politique de défense du régime impérial. Il n’y aurait désormais plus personne pour secourir les vaillants soldats de la Crimée et d'Italie. Leurs combats n'en demeurent pas moins  honorés par les voies, les ponts et les stations de métro de la capitale.    

A ce titre, le nom de Pierre Théodore Jacquin ne devrait-il pas être ajouté à celui de nos anciens combattants ?  

 

Article du 30 août 2007   

 

 

 

 

01/02/2024

UNE NOUVELLE EXPOSITION SUR LE TRAIN PARIS SAINT-GERMAIN EST NEE

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Le chemin de fer Paris Saint-Germain est entré dans l'histoire de France pour avoir été le premier chemin de fer exclusivement de voyageurs. Inauguré le 24 août 1837 par la reine Marie-Amélie, il bénéficia de deux premières stations intermédiaires en octobre 1837, Chatou et Nanterre.

En 2008, l'association, en partenariat avec la ville et la RATP, fut à l'origine de la première exposition historique de la ligne du RER A sur le quai Saint-Germain Paris.

Cette exposition de neuf panneaux, initialement prévue pour trois mois, dura...quinze ans. Morne et défraîchie, son remplacement était devenu indispensable. 

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Avec cette fois le seul soutien de la ville qui a offert le financement, l'association a réalisé la maquette en couleurs, fourni les textes à partir de nouvelles recherches et de thèmes plus évocateurs. A l'aune des fumées de ce petit train légendaire, elle a tenté d'y restituer une histoire plus fouillée mais également le parfum d'une belle époque.

Son inauguration a eu lieu le 16 septembre 2023 lors des Journées du Patrimoine dans une ambiance de jour de fête portée par la présence en costumes 1900 de l'association Arts et Chiffons.

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Nous vous invitons à découvrir ce dernier-né des créations de Chatou Notre Ville sans équivalent sur la ligne.

A noter que le Petit train de l'histoire de Chatou initié en 2018 par l'association et animé par ses membres a lui aussi eu son heure de gloire aux Journées du Patrimoine emmenant cette fois quatre cents passagers dans sept trains combles...et semble-t-il comblés.

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A très bientôt pour fêter nos trente ans en 2024 !

 

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