12.08.2008
JOURNEES DU PATRIMOINE - 21 SEPTEMBRE 2008 - PIERRE TRABAUD REJOINT LE PANTHEON DES NATIFS CELEBRES DE CHATOU AVEC ANDRE DERAIN ET GEORGES MANDEL
Conférence salle Jean Françaix sur Pierre Trabaud (1922-2005)
Né à Chatou rue du Val Fleuri le 7 août 1922
Acteur dans de nombreux films à succès d’après-guerre
150 personnes assistèrent à la conférence, un hommage émouvant a été rendu à Pierre Trabaud par nos conférenciers José Sourillan et Philippe d'Hugues et ses amis Françoise Arnoul, Paule Emmanuel, Philippe Mareuil, Roger Carel et Popeck.

L'hommage de Popeck





José Sourillan, ancien directeur des archives de RTL, orfèvre de cette conférence, et Nicole Trabaud, dont la documentation et les relations ont permis à Chatou d'honorer la mémoire du comédien

José Sourillan à la table du conférencier, on aperçoit au premier plan à droite l'ordinateur portable de Patrick Muller, jeune Catovien de très grand talent qui a mené par dizaines d'heures toute l'opération de mise en forme de la projection sur un programme informatique et qui était là pour assurer la projection en symbiose avec les conférenciers (ci-dessous)













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04.08.2008
LE TRAIN DE 1837 SUR LES MURS DE LA GARE DE CHATOU ?

En 1930, les voyageurs de commerce fêtèrent leur centenaire en se glissant dans les costumes du règne de Louis-Philippe et en organisant le voyage Paris-Le Pecq de 1837 avec un train de l'époque à l'instar de celui qui avait inauguré la première ligne de voyageurs avec à son bord la reine Marie-Amélie (24 août 1837). Grâce à son maire et pair de France, Camille Périer, Chatou devint une desserte de la ligne quelques mois aprés l'inauguration. Pathé a filmé le voyage de 1930 pour ses actualités cinématographiques. Le 9 avril 2008, Pierre Arrivetz a écrit au maire de Chatou pour lui suggérer un projet de décoration historique de la gare de Chatou, projet qui a donné lieu à une première réunion avec le responsable de la RATP, Monsieur Alain Chonavey et à la remise par l'association d'un disque avec illustrations et commentaires à la municipalité. En attendant mieux, voici le cahier des charges de la Compagnie Péreire :
"Le chemin de fer proposé part de Tivoli et entrant presque immédiatement en souterrain, il passe sous le boulevard extérieur entre les barrières de Clichy et de Mousseaux et sous les Batignolles, au-delà desquelles il revoit le jour ; la longueur du souterrain est de 1158 mètres. La hauteur du point de départ est de 18 mètres au-dessus de la Seine. Le chemin de fer est en remblais jusqu’au-delà de la traversée de la Seine. Il rencontre les routes de la Révolte et d’Asnières un peu en amont du pont actuel et à un niveau de 9 mètres au-dessus de l’étiage.
(N.B : l’étiage correspond statistiquement (sur plusieurs années) à la période de l’année où le débit d’un cours d’eau atteint son point le plus bas).
L’alignement continue encore un peu au-delà d’Asnières, et tantôt en déblais, tantôt en remblais. Le chemin de fer s’infléchit ensuite par une courbe de 2000 mètres de rayon qui le conduit jusqu’à la Garenne de Colombes où commence un nouvel alignement, qui, tantôt en déblais, tantôt en remblais, passe devant la Folie et prés de Nanterre, par une seconde courbe de 2000 mètres de renfort, s’approche de la Seine. La traversée s’opère dans le voisinage de Chatou, en un lieu où la Seine est partagée en deux bras ; le pont sur l’un deux sera à 8,40 m et sur le second à 9,25 m au-dessus de l’étiage. On entre en déblais presque immédiatement après cette traversée de la Seine, et pour passer le bois du Vésinet.
Enfin, on traverse pour la troisième fois la Seine prés du Pec (orthographe approximative de l’époque) à 8,60 m au-dessus de l’étiage.
Le tracé a une longueur de 18.400 mètres. Il est plus court que la route royale actuelle de 1200 mètres. Ce chemin pourrait être parcouru en une demi-heure par machines locomotives, et établirait ainsi entre Paris et Saint-Germain des communications si commodes et si rapides qu’il doit en résulter de grands avantages pour les relations déjà considérables qui existent entre ces deux villes.
Les machines locomotives peuvent parcourir de 30.000 à 40.000 mètres par heure sur un chemin de fer construit sous les conditions du chemin de fer de Manchester à Liverpool comme celui que nous proposons. En outre, les tarifs proposés présentent de l’économie sur les prix actuels de transport de Paris à Saint-Germain.
Evaluation sommaire des dépenses
Cette évaluation est extraite d’un mémoire d’art détaillé déposé à l’administration des Ponts et Chaussées et où les évaluations des dépenses sont présentées avec détail appuyées d’un nivellement en long.
Indemnités de terrains 234.243 F
Terrassements 262.364 F
Rails, coussinets, dés, pose 902.336 F
Souterrain 329.660 F
Trois ponts sur Seine 1.500.000 F
Matériel de transport, frais de clôture, constructions aux points de chargement et déchargements sommes à valoir 671.407 F
Total 3.900.000 F
Tarifs proposés pour chemin de fer de Paris à Saint-Germain
1°) pour les marchandises
par 1000 kilogrammes et par kilomètre 20 centimes
2°) pour les voyageurs
pour chaque voyage et par kilomètre
1ère place 8 centimes
2ème place 6 centimes
3ème place 4 centimes
Le tarif s’applique pour la distance entière de Paris à Saint-Germain donne
- pour les marchandises par 1000 kilogrammes 3,68 F
- pour les voyageurs 1.472 F
1.104 F
0,736 F
Soit en nombres ronds
- pour les marchandises par 1000 kilogrammes 3,70 F
- pour les voyageurs 1.50 F
1.10 F
0,75 F »
Le 17 septembre 1832
Signés :
G.Lamé
E. Clapeyron
Emile Péreire"



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30.07.2008
CRIME A CHATOU

La maison du crime, 4 avenue d'Eprémesnil, vue du jardin en haut à gauche, et vue de la rue, en haut à droite. Au milieu, la scène du meurtre. En bas à gauche, le cadavre de la victime tombe à la hauteur du 23 rue de la Paroisse, la rue de la Paroisse menant alors à l'ancien pont routier de Chatou. En bas à droite, les assassins jettent le cadavre d'Aubert dans la Seine sur le pont de Chatou.

« Le Journal Illustré » – dimanche 25 juin 1882 : "M.Aubert était un brave garçon, laborieux, intelligent, qui , grâce à ses efforts persévérants avait relevé une pharmacie qui était presque sans clientèle au moment où il l’avait achetée.
Il se trouvait dans une situation satisfaisante et désirait se marier. Aussi tenait-il à en finir avec une liaison que probablement il n’avait point provoquée. ; mais la jalousie de Madame Fenayron n’a joué aucun rôle dans le crime. Cette odieuse créature est arrivée peu à peu à faire les aveux les plus complets. Elle a raconté la scène du meurtre telle qu’elle s’est produite. Son mari, son beau-frère et elle avaient dîné au restaurant du Père Lathuile, un dîner qui a coûté 45 francs.
Après le dîner , Fenayron et l’ouvrier tabletier partirent pour Chatou par le train de 7 heures. Elle, elle attendit Aubert, comme on sait, après être entrée une demi-heure à l’Eglise Saint-Louis d’Antin. Aubert hésitait à raccompagner Madame Fenayron, et il fallut tout le charme qu’elle exerçait sur lui pour le décider à la suivre. Tout était si bien préparé pour le crime que, la veille, elle était allée à Chatou, et , entre autres objets, avait apporté une serviette, qu’elle avait déchirée en deux pour servir de baillon à son amant. Aubert entra dans la maison, tenant une alllumette-bougie. Dans la première pièce, il n’y avait personne. Mais, dans le salon, Fenayron et son frère l’attendaient. Ils voulurent lui faire signer des billets pour une certaine somme. Aubert refusa. C’est alors qu’il reçut le coup de marteau.Madame Fenayron dit qu’elle n’a pas assisté aux tortures que les assassins ont fait subir à Aubert. Ces tortures, affirment-elles, ont duré trois quarts d’heure !
Un détail épouvantable a été donné par elle. Lorsque les forces du malheureux pharmacien s’épuisaient, les meurtriers lui faisaient prendre un cordial, afin de ranimer un moment ses forces et de le faire souffrir d’avantage. L’infortuné Aubert avait longtemps hésité à la gare Saint-Lazare au moment de prendre les billets : « je l’ai tant cajolé, a répété la Fenayron au juge d’instruction, que je l’ai forcé à me suivre. » On s’est demandé ce qui se serait passé si Aubert avait signé les billets. Evidemment, il eût été assassiné quand même ; les précautions prises en sont la preuve. Les criminels ne se seraient pas exposés à une dénonciation. »"
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29.07.2008
EXCURSION PARIS SAINT-GERMAIN EN BATEAU A VAPEUR


Rappelons que le bateau "Le Touriste" (ci-dessus à gauche) effectuait quotidiennement un voyage sur la Seine entre Paris et Saint-Germain depuis 1878. Monsieur Eric Dubart a bien voulu à ce sujet nous apporter témoignage du "journal de Saint-Germain" (ci-dessous colonne du journal) des prestations du "Touriste" en mai 1881. Dans la Boucle, Chatou était une escale ainsi que Bougival.

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20.07.2008
CHATOU DANS L'OEUVRE DE PROUST
"
Un mois après le jour où il avait lu la lettre adressée par Odette à Forcheville, Swann alla à un dîner que les Verdurin donnaient au Bois. Au moment où l’on se préparait à partir, il remarqua des conciliabules entre Madame Verdurin et plusieurs des invités et crut comprendre qu’on rappelait au pianiste de venir le lendemain à une partie à Chatou ; or, lui, Swann, n’y était pas invité.
Les Verdurin n’avaient parlé qu’à demi-voix et en termes vagues, mais le peintre, distrait sans doute, s’écria : « il ne faudra aucune lumière et qu’il joue la sonate clair de lune dans l’obscurité pour mieux s’éclairer les choses. »
Madame Verdurin, voyant que Swann était à deux pas, prit cette expression où le désir de faire taire celui qui parle et de garder un air innocent aux yeux de celui qui entend, se neutralise en une nullité intense du regard, où l’immobile signe d’intelligence du complice se dissimule sous les sourires de l’ingénu et qui, enfin, commune à tous ceux qui s’aperçoivent d’une gaffe, la révèle instantanément sinon à ceux qui la font, du moins à celui qui en est l’objet. Odette eut soudain l’air d’une désespérée qui renonce à lutter contre les difficultés écrasantes de la vie, et Swann comptait anxieusement les minutes qui le séparaient du moment où, après avoir quitté ce restaurant, pendant le retour avec elle, il allait pouvoir lui demander des explications, obtenir qu’elle n’allât pas le lendemain à Chatou ou qu’elle l’y fit inviter et apaiser dans ses bras l’angoisse qu’il ressentait. Enfin, on demanda leurs voitures.
Madame Verdurin dit à Swann :
« Alors, adieu, à bientôt ,n’est-ce pas tâchant par l’amabilité du regard et la contrainte du sourire de l’empêcher de penser qu’elle ne lui disait pas, comme elle eût toujours fait jusqu’ici :
« A demain à Chatou, à après-demain chez moi. »
Monsieur et Madame Verdurin firtent monter avec eux Forcheville, la voiture de Swann s’était rangée derrière la leur dont il attendait le départ pour faire monter Odette dans la sienne.
« Odette, nous vous ramenons", dit Madame Verdurin, nous avons une petite place pour vous à côté de Monsieur de Forcheville.
"Oui, Madame", répondit Odette
"Comment, mais je croyais que je vous reconduisais », s ‘écria Swann, disant sans dissimulation, les mots nécessaires, car la portière était ouverte, les secondes étaient comptées, et il ne pouvait rentrer sans elle dans l’état où il était.
(…)
Il se représentait avec dégoût la soirée du lendemain à Chatou. « D’abord cette idée d’aller à Chatou ! comme des merciers qui viennent de fermer leur boutique ! vraiment ces gens sont sublimes de bourgeoisisme, ils ne doivent pas exister réellement, ils doivent sortir du théâtre de Labiche ! ».
Il y aurait là les Cottard, peut-être Brichot. « Est-ce assez grotesque cette vie de petites gens qui vivent les uns sur les autres, qui se croiraient perdus, ma parole, s’ils ne se retrouvaient pas tous demain à Chatou ! ». Hélas , il y aurait aussi le peintre, le peintre qui aimait à faire des mariages, qui inviterait Forcheville à venir avec Odette à son atelier. Il voyait Odette avec une toilette trop habillée pour cette partie de campagne, « car elle est si vulgaire et surtout, la pauvre petite, elle est tellement bête !!! ».
(…)
In « Du côté de chez Swann » (1913) de Marcel Proust (1871-1922)
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THEATRE DE JULES VERNE ET CHARLES WALLUT
(Disparition de Robert Maudray) Acte 3
Scène I
Léonie : Eh bien, quelles nouvelles ?
Maxime : Aucune !
Léonie : Aucune !
Maxime : Rien. Je viens de la préfecture de police, on m’a demandé mille renseignements. J’ai raconté tout ce que je savais ; que notre ami Robert était un peu fantasque ; qu’après une scène vive, il s’était retiré chez lui ; que le soir même, sa femme avait trouvé sa porte fermée ; que le lendemain, ne le voyant pas paraître, on s’était décidé à enfoncer la porte ; que la chambre était vide, notre ami étant sorti par son escalier dérobé, et que depuis, on ne l’a plus revu chez lui, ni au Cercle, ni à la Bourse…, et enfin, que sa femme était dans une mortelle inquiétude.
Léonie : Je crois bien !
Maxime : Tout cela était écrit au vol par un monsieur barbu qui m’a congédié avec ces mots : « c’est bien monsieur, on le trouvera.. » Et je suis venu en toute hâte vous rendre compte de ma démarche, tandis que Roquefeuille courait à Chatou, voir s’il n’est pas à sa maison de campagne.
Léonie : Quel événement ! cette disparition ! cette fuite !
(…)
Scène II
Roquefeuille, entrant précipitamment : eh bien, l’avez-vous ?…l’a-t-il dit ?…l’a-t-on ?
Léonie : Rien. Et vous ?
Maxime : Mais, à Chatou ?
Roquefeuille : J’en viens ! rien ! rien !
Léonie : C’est effrayant !
Roquefeuille : C’est sinistre (...) "
In « Onze jours de siège », comédie en trois actes et prose de Jules Verne (1828-1905) et Charles Wallut , créée à Paris au Théâtre du Vaudeville le 1er juin 1861.
01:24 Publié dans CHATOU DANS LA LITTERATURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.07.2008
THEATRE D'ALEXANDRE DUMAS
L'intrigue amoureuse et policière se joue du temps de Louis XV. Une jeune femme est promise à un noble gentilhomme, Henri de Verneuil mais Louis XV organise un mariage forcé avec le marquis de Lancy dont il organise l'éloignement. Henri de Verneuil veut éviter que le roi ne fasse de sa bienaimée sa maîtresse. Il se terre et est recherché. Le frère de la jeune femme, Antoine Bernard, compagnon menuisier, revient au pays avec les papiers attestant que cette femme n'est autre que sa soeur et non la dame de haute naissance qu'elle prétend être. Antoine sauvera les deux amants et finit par obtenir leur salut en parlant à Louis XV.
Antoine
Oui…Eh bien, il a ouvert cette porte, et, d’une voix très altérée, il m’a dit : « Mon ami, le chemin de Chatou ? – le chemin de Chatou ? que je lui ai répondu. Il n’y a pas à se tromper : prenez la haie du Saut-du-Cerf, et toujours tout droit. »
Alors, il a pris la haie du Saut-du-Cerf, et comme il y a dix minutes de cela, s’il court toujours, il doit être loin maintenant.
L’exempt
Mon cher ami, je suis fâché de te démentir.
Antoine
Comment ?
L’exempt
Mais il n’y a pas un mot de vrai dans tout ce que tu as dit là.
Antoine
Moi, j’ai menti ?
L’exempt
Tu as vu l’homme, oui ; il était enveloppé d’un manteau, oui ; il avait un uniforme sous ce manteau, oui encore. Mais cet homme n’a pas pris la route de Chatou, vu que j’étais sur cette route.
Antoine
Dame, la route de Chatou ou une autre ; je sais qu’il m’a demandé celle-là, que je la lui ai indiquée, voilà tout ; mais je ne peux pas répondre qu’il avait précisément affaire à Chatou.
L’exempt
Non, mais moi, je répondrai que cet homme est ici.
Antoine
Eh bien, vous vous trompez joliment, par exemple !
L’exempt
C’est ce que nous allons voir. (A un soldat). Visitez de ce côté. (…)
In Louise Bernard, drame en prose et 5 actes d'Alexandre Dumas (1802-1870) créé au théâtre de la Porte-Saint-Martin le 18 novembre 1843
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12.07.2008
LES "FAUVES" A CHATOU

Couverture du catalogue de l'exposition"Chatou" (Galerie Bing - mars 1947) par Maurice de Vlaminck. Celui-ci habita Chatou de 1893 à 1905, notamment 87 rue de Saint-Germain (avenue Foch depuis 1931)
"Au mois de juillet 1900, étant en permission de quinze jours (ma libération devait avoir lieu en septembre), j’avais pris à Chatou le train pour Paris. Dans le compartiment où j’étais monté, assis en face de moi se trouvait André Derain. Bien qu’habitant depuis toujours le même pays, nous ne nous étions jamais adressé la parole.
Nous nous connaissions seulement de vue, pour nous être souvent croisés dans les rues du village. Derain avait assisté à des courses de vélo auxquelles je participais. Maintes fois, il avait pu me rencontrer, mon violon sous le bras ou trimbalant des toiles et ma boîte à couleurs.
A cette époque, Derain avait à peine vingt ans. C’était un grand type efflanqué, aux longues jambes. Il était habituellement vêtu d’un manteau à pèlerine et coiffé d’un chapeau mou. Il avait vaguement l’air d’un escholier de la Basoche du temps de Louis XV : quelque chose comme un François Villon amélioré…
Je ne sais quelle rage intempestive me le fit attaquer : - « ça va bientôt être votre tour de chausser des godillots ! » - « pas avant l’année prochaine, me répondit-il, un peu interloqué. » Le même soir, nous nous retrouvions sur le quai et nous reprenions notre entretien. Le résultat de cette rencontre fut qu’on se promit de travailler ensemble.
De notre historique atelier, des fenêtres d’où l’on apercevait le village de Chatou, le bateau-lavoir amarré à la berge, le clocher, l’église, les chevaux que les charretiers menaient à l’abreuvoir, les voitures des maraîchers qui passaient le pont, pour aller charger les carottes de Montesson et les navets de Croissy, il ne reste, à l’heure où j’écris ces lignes, qu’un dérisoire rez-de-chaussée. Avant que la bâtisse ne s’écroulât définitivement, on la fit battre et on n’en laissa, avec les sous-sols, que quelques murs sur lesquels on posa un toit.
Pour nous, c’est toujours le lieu où fut fondée « l’école de Chatou », premiers germes, premiers essais du mouvement qui devait prendre le nom de Fauvisme. Le Fauvisme n’était pas une invention, une attitude. Mais une façon d’être, d’agir, de penser, de respirer. Très souvent, quand Derain venait en permission, nous partions de bon matin, à la recherche du motif. Notre habituel terrain de chasse, c’était les côteaux de Carrières-Saint-Denis qui étaient encore couverts de vignes et d’où l’on apercevait toute la vallée de la Seine. A notre approche, les grives, les alouettes, s’envolaient dans le ciel clair.
D’autres fois, nous partions, pour faire en explorateurs une balade à pied de vingt à trente kilomètres. Nous remontions la Seine jusqu’à Saint-Ouen en suivant la berge. Notre enthousiasme n’avait d’égal que notre endurance et notre bonne humeur. Cinq francs dans la poche : nous n’en demandions pas plus ! nous déjeunions au hasard d’un morceau de boudin ou de petit salé ; tout nous était bon et la vie nous paraissait belle. La fille qui nous servait, les masures dans le soleil, les remorqueurs qui passaient, traînant une file de péniches : la couleur de tout cela nous enchantait… c’était Chatou !"

Maurice de Vlaminck (1876-1958)
"Chatou ! mais j’y suis né !
J’ai débuté avec le père Jacomin, dont les fils étaient mes camarades de classe, avant 89. ce père Jacomin était un ancien ami de Cézanne, mais il détestait sa peinture. Je n’ai probablement pas profité de ses leçons. Comme beaucoup d’artistes, le père Jacomin habitait Chatou qui était alors une sorte de « Barbizon », aux portes de Paris. Il m’emmenait faire du paysage avec ses fils, mais il nous appelait, Vlaminck et moi, les « Intransigeants ». C’est ainsi qu’on nommait, vers 1860, les méchants, les révolutionnaires. Mais même le courroux esthétique change d’expression ; Pierre Wolf avait lancé « les Barbouilleurs » pour flétrir l’impressionnisme. Les journalistes n’ont eu aucun effort d’imagination à fournir, ils nous ont appelé les barbouilleurs. Comme si Dieu le Père avait orchestré leur indignation, les professionnels du critère, pendant 20 ans de campagne contre l’Art, avaient trouvé le même qualificatif pour Cézanne, Manet, Van Gogh, Lautrec, Gauguin, Henri Rousseau. Picasso, un peu plus tard, devait bénéficier de la même distinction : barbouilleur ! ça vous classait ! Les deux barbouilleurs se promenaient comme des amoureux, ils avaient un amour commun : la peinture. Que de fois ai-je accompagné Vlaminck jusque devant sa porte, il revenait jusque chez moi, je le raccompagnais encore, lui aussi, et ainsi de suite jusqu’au matin. Quelques heures après, nous repartions avec la boîte à couleurs et le chevalet de campagne. Toujours grisés de couleur, et de soleil qui fait vivre la couleur !
Vlaminck et moi avons ensuite eu un atelier commun, à côté de chez Fournaise, que les Impressionnistes avaient rendu célèbre. Renoir y a peint « La Grenouillère » et « Les Canotiers », je pense que « Les Demoiselles » de Courbet y ont été peintes en 1855. J’y ai encore vu Degas, en barque, sur la Seine, vêtu d’une épaisse fourrure, en plein mois d’août. Plus tard, les « Intransigeants » sont devenus les « Indépendants ». On nous a appelés les « Fauves » parce que ça « gueulait », mais Chatou, c’était bien notre Jungle."

André Derain (1880-1954)


In Catalogue de la Galerie Bing,174 rue du Faubourg Saint-Honoré, mars 1947, exposition « Chatou »

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10.07.2008
GEORGES MANDEL DANS LA PRESSE


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28.06.2008
L'ATTAQUE DES TUILERIES LE 10 AOUT 1792
L’attaque des Tuileries le 10 août 1792 en représailles au manifeste du duc de Brunswick fut dirigée par le citoyen Tuncq (1746-1800), capitaine de la Garde Nationale de Chatou.
Pour promotion, Tuncq fut envoyé en 1793 en Vendée où il remporta les batailles de Luçon en juillet et en août contre l’armée royaliste d’Elbée et Charrette. C’est ce qui ressort d’une lettre de recommandation signée du conventionnel représentant la Seine-et-Oise, Laurent Le Cointre, révolutionnaire sans limite connu pour avoir fait sa carrière politique sur les dénonciations et voté la mort de Louis XVI. Cette lettre est en vente sur le site abebooks. « Je ne vous entretiendrai pas, citoyen, des services essentiels que le citoyen Tuncq a déjà rendu à sa patrie, il sont connus : c'est lui qui le 10 août a commandé la Garde Nationale dans les Tuileries (.). ». Réfugié au sein de l’assemblée nationale, le roi signa sur demande des conventionnels un ordre de cessation du feu auprès des 800 gardes suisses. Ceux-ci furent massacrés par les gardes nationaux et les volontaires en armes. La République fut proclamée le 21 septembre suivant.

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25.06.2008
HENRY-LEONARD DE BERTIN, DERNIER SEIGNEUR DE CHATOU (1762-1789)

Gravure de Bertin, par Roslin, Institut de France, Tous droits réservés , don du comte et de la comtesse de Lambertye – décembre 1937
Le dernier seigneur de Chatou fut ministre
de Louis XV et de Louis XVI
Henry Léonard Jean-Baptiste Bertin, né en 1720 à Périgueux, traversa la fin de l’Ancien Régime en accumulant une vaste expérience d’administrateur. Intendant du Roussillon en 1750, de Lyon en 1754, lieutenant général de police de Paris en 1757 puis contrôleur général des Finances de 1759 à 1763, ministre des Affaires Etrangères un mois par intérim en 1774, et Secrétaire d’Etat titulaire d’un département hétéroclite à sa demande de 1763 à 1780 (Agriculture, Mines, Poste, Manufactures, Compagnie des Indes...), le dernier seigneur de Chatou et de Montesson (1762-1789) passait pour un homme discret, passionné et désintéressé. L’un des historiens qui, en 1948, a analysé son œuvre de Secrétaire d’Etat, Michel Antoine, lui dénie la stature d’homme d’Etat, au motif qu’il n’a pas réussi à imposer ses vues et étendre son administration, ne disposant d’aucun soutien dans le cercle des intendants. Cet homme que l’on range dans les « seconds rôles » sut pourtant se distinguer dans ses nombreuses attributions. Il est d’ailleurs impossible ici de reprendre toutes ses initiatives.
C’est le premier conseiller de Louis XV, Phélypeaux, comte de Saint-Florentin, secrétaire du roi, le « ministre de l’Intérieur » de l’époque (ci-contre), qui amena Bertin au Contrôle des Finances en 1759. Ce dernier était alors Lieutenant de Police de Paris et dans la faveur de Madame de Pompadour, qu’il avait protégée. Si Bertin accepta le poste de Contrôleur Général des Finances (1759-1763), ce fut à son corps défendant. Et la cour, assise sur la bombe à retardement d’une gestion calamiteuse des deniers publics et de l’impôt, eut à s’accommoder d’un homme plus résolu qu’elle ne l’avait crû. Dans ses « Particularités et observations sur le ministère des Finances » (1812), Monsieur de Monthion, ancien conseiller d’Etat de Louis XVI et agronome de la génération Bertin, rapporta ce mot de Madame de Pompadour au sujet du ministre : « C’est un petit homme qu’il est impossible de maîtriser. Lorsqu’on le contrarie, il n’a qu’un mot sur les lèvres : « cela ne vous convient pas, je m’en vais ». Contre toute attente, et après l’échec de ses prédécesseurs, le seigneur de Chatou restaura la confiance et finança la guerre de 7 ans au prix d’emprunts et d’une fiscalité écrasante. Désireux d’assainir la situation du pays, il présenta la guerre finie différents projets d’impôts avec un projet de cadastre en avril 1763.
La fronde des Parlements fut la réponse, entraînant le renvoi du ministre pour éviter une crise politique majeure. Bertin et Louis XV durent s’en souvenir lorsqu’ils engagèrent la réforme du chancelier Maupeou (gravure ci-dessous) en 1770, exilant les Parlements et tentant la dictature royale.

De même, lorsque Louis XVI voulut rappeler les Parlements en 1774, Bertin ministre fit partie du pré-carré avec le comte de Provence et le comte de Vergennes qui s’opposa vainement à leur retour. Sacrifié et honni, Maupéou quitta la cour à Compiègne le 24 août 1774 dans une déclaration fameuse au comte de Saint-Florentin : « j’avais fait gagner au roi un procès qui durait depuis trois cents ans. Il veut le reperdre, il en est le maître. Voici les sceaux ». Puis, levant les yeux vers l’appartement royal sur le perron, le pied sur le montoir de la voiture, il eut ce mot moins noble mais tout aussi exact : « il est foutu ». L’exil du chancelier passa vraisemblablement par Chatou si l’on en juge la chanson qui immortalisa son départ : « Sur la route de Chatou, en foule on s’achemine pour voir la triste mine du chancelier Maupéou sur la rou…sur la rou…sur la route de Chatou. »
Si Chatou accueillit les derniers tenants de l’antiparlementarisme, la France aux Parlements restaurés accomplit les prédictions du cercle Maupéou. Les ministres réformateurs de Louis XVI, Turgot, Malesherbes, Saint-Germain, devinrent la cible de violentes campagnes qui finirent par les emporter dés 1776. Pour leur succéder, le roi retourna pendant treize ans à la politique des expédients, jusqu’à ce que la Révolution fasse litière de tout l’édifice.
En toile de fond de cette trame historique bien connue, une entreprise plus sourde et tout aussi importante se doit d’être évoquée, celle qui cristallise le lien entre Bertin et Chanorier, son voisin de Croissy à partir de 1779. Il s’agit du domaine de l’agriculture et des sciences.
Si Colbert avait été l’artisan de la renaissance du commerce en France, Bertin, voyant le pays s’effondrer sous le poids des guerres et des injustices, rattacha l’agriculture au Contrôle Général des Finances et tenta d’être le rénovateur de l’agriculture française. La tâche était à la hauteur de l’enjeu : au XVIIIème siècle, 20 millions de Français cultivaient 35 millions d’hectares sur les 51 millions que comptaient le pays. Le cultivateur, après avoir livré ses denrées dont le prix de vente était fixé à bas prix à dessein par le gouvernement, se retrouvait dans une misère complète lors des fréquentes disettes. Cette situation attira l’attention d’un certain nombre d’économistes, parmi les plus connus Gournay et Quesnay, qui préconisèrent l’instauration de la liberté commerciale pour sortir de la pénurie. Contrôleur Général des Finances, Bertin participa à ce courant « physiocratique » par divers moyens.
Bertin Contrôleur Général des Finances nomme Turgot (gravure ci-dessous)
Il le fit en nommant en août 1761 Turgot intendant du Limousin, dans la région la plus pauvre de France, dont celui-ci garda l’administration pendant treize ans. De fait, Bertin imposa « l’expérience Turgot » dans notre histoire


