02/03/2013
HECTOR DUFRANNE (1870-1951), LE BARYTON DE L'AVENUE SARRAIL

La villa du 18 avenue du général Sarrail d'Hector Dufranne, actuel Laboratoire d'analyses - cliché pris avec l'aimable autorisation de Madame le docteur Déal

Hector Dufranne, né à Mons en Belgique le 25 octobre 1870, fut un baryton de l'Opéra-Comique et de l'Opéra, connu également pour ses interprétations à Londres, Madrid et Chicago. Faisant partie de tous les jurys du Conservatoire, il fit construire en 1910 à Chatou une villa dont il fut propriétaire jusqu'à sa mort à Paris le 3 mai 1951 au bord de l'avenue du Chemin de Fer (devenue l'avenue du Général Sarrail en 1931). Hector Dufranne fut une vedette de la production londonienne His Master's Voice avant que celle-ci ne s'installe à Chatou dans les usines du boulevard de la République à partir de 1931.

"Lakmé" de Leo Delibes chanté par Dufranne, disque des années vingt de la Gramophone Company pour le marché français - collection Pierre Arrivetz
La revue "Lyrica" écrivit à son sujet en décembre 1925 : "Dufranne n'est pas seulement un bel artiste doué d'un sens musical et dramatique fort rare, et servi par un organe que certains ont appelé un "phénomène vocal" ; c'est aussi, c'est surtout, un artiste consciencieux, dont la probité, l'honnêteté dans le chant et la composition scénique, fut toujours le plus sûr appoint de succès. Il a su concilier dans tous ses rôles, le respect du style et l'affirmation de sa personnalité ; il s'est efforcé, pour cela, d'être toujours simple et vrai, gardant cette même note dans la correction classique comme dans le pittoresque le plus comique. Sans doute, il est avant tout un tragédien lyrique ; sa plastique et la puissance de son organe, son tempérament fougueux également, le prédisposent davantage à l'interprétation des personnages de drame et d'épopée, des physionomies nobles ou violentes (...) Dufranne a poussé à ce point le souci d'assouplir son talent qu'il est arrivé à pouvoir jouer successivement plusieurs rôles dans une même pièce. C'est ainsi que le brillant Escamillo fit place à l'original Zumiga dans Carmen, que le grave Nikalanta fut aussi l'aimable Frédéric dans Lakmé, que le farouche Theos remplaça l'amoureux Oreste dans Iphigénie en Tauride. C'est ainsi que Dufranne fut encore Horatio ou Hamlet, Albéric ou Donner dans L'Or du Rhin, Boniface ou Le Prieur dans Le Jongleur de Notre-Dame, Abi Méleck ou Le Grand-Père dans Samson et Dalila, Le Duc ou Mercutio ou encore Capulet dans Romeo et Juliette."

Un disque anglais Gramophone Monarch Record portant la taxe sur les droits d'auteur par le biais de l'étiquette - "Manon" de Massenet chanté par Dufranne et Mme Vallandri - collection Pierre Arrivetz

Les initiales d'Hector Dufranne sur la cheminée de sa maison avenue Sarrail - cliché pris avec l'aimable autorisation de Madame le docteur Déal
Au début des années trente, le baryton fut repris par Columbia qui l'édita dans son catalogue pour trois interprétations : "Pelleas et Melisande" de Claude Debussy sous la direction d'orchestre de Georges Truc de l'Opéra (6 disques D15021 à D15027 - étiquette bleue), "L'heure espagnole" de Maurice Ravel sous la même direction d'orchestre (7 disques D15149 à D15155 - étiquette bleue), "Le poême de la maison" avec l'orchestre et les choeurs de la Société des Grands Concerts de Lyon dirigé par Witkowski (D 14240 - étiquette rouge). Artiste lyrique apprécié, il assura des matinées dramatiques à Chatou, animant notamment avant la deuxième guerre des soirées du décorateur Georges Rémon avenue Foch selon le témoignage que nous en donna sa fille aujourd'hui disparue, Madame Annette Mauban.

Catalogue français des disques Columbia produits à Chatou de 1932 mentionnant Hector Dufranne. Celui-ci sera maintenu dans le répertoire jusqu'à la guerre - collection Pierre Arrivetz
25/02/2013
CHARLES LAMOUREUX (1834-1899) EST DIGNE DU NOUVEAU CONSERVATOIRE DE MUSIQUE

Villa de Charles Lamoureux à Chatou et son parc, aujourd'hui disparus - collection Pierre Arrivetz - "Mémoire en Images - Chatou" (2003)
Le nouveau conservatoire de musique en phase d'achèvement boulevard de la République apportera à Chatou un intérêt supplémentaire. Tout y a été prévu et en particulier d'accueillir environ 1000 demandes d'enseignement actuellement non satisfaites. Le conservatoire rayonnera par sa fonctionnalité, son chef et ses talents, sans doute plus que pour son architecture extèrieure. Certains de son succès, nous ne pouvons que lui suggérer un nom de Chatou : celui de Charles Lamoureux, chef d'orchestre qui vécut dans sa villa de villégiature, la villa "Haëndel", 2 avenue du Parc de 1875 à sa mort en 1899. Son gendre, Camille Chevillard, qui vécut à sa suite dans la villa de l'avenue du Parc, est l'homme qui reprit son orchestre en 1897 et lui conféra très élégamment le titre de "Société des Concerts Lamoureux". L'orchestre Charles Lamoureux existe toujours et détient une réputation internationale (cf lien sur notre blog).

Portrait de Charles Lamoureux tiré de l'album "500 célébrités contemporaines" réunissant têtes couronnées, artistes et ingénieurs du monde entier dans les années 1890-1900, album édité par Felix Potin.
Né en 1834 à Bordeaux, Charles Lamoureux était entré au Conservatoire de Paris en 1850 en gagnant sa vie comme violoniste dans un petit orchestre. Ayant obtenu un premier prix de violon en 1854, il fut admis à l'orchestre de l'Opéra. En 1858, il fonda et dirigea avec le concours d'Edouard Colonne les Séances Populaires de Musique de Chambre où il fit la preuve de son habileté instrumentale et de ses qualités de chef. Il devint second chef d'orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire de 1872 à 1877.
Mais surtout, ayant épousé une riche héritière de l'industrie du dentifrice, Madame Mussot, en 1860, il se moqua du profit et joua selon ses goûts. Il créa en 1873 la Société d'Harmonie Sacrée et fit entendre les oratorios de Bach, Haendel Gounod et Massenet. Il n'hésita pas à donner des oeuvres inédites en France et promouvoir de nouveaux compositeurs tels d'Indy, Lalo, Chabrier, Dukas, Chausson. Il dirigea de 1876 à 1877 l'orchestre de l'Opéra-Comique puis fut nommé chef de l'orchestre de l'Opéra en 1877 dont il devint une figure emblématique. Malgré un accueil hostile et parfois des émeutes, il persista à rejouer ses oeuvres préférées jusqu'à ce qu'il eût convaincu ses auditeurs. Son plus grand rôle dans la promotion de la musique a été relevé dans le Journal L'Illustration à propos de "Lohengrin" donné à l'Opéra de Paris en 1891 : " Lohengrin a passé sans encombre. Nous avons parlé de l'oeuvre, il est juste que nous parlions un peu de ses principaux interprètes, à la tête desquels on ne s'étonnera pas que nous mettions le vaillant chef de l'orchestre de l'Opéra : Lamoureux. Le plus petit chef d'orchestre français au physique, mais un des plus grands au niveau artistique. Admirateur passionné de Wagner, il a voulu le faire connaître aux Français. Y est arrivé avec plein succès. Le chef d'orchestre de l'Opéra doit être content." Par décret du 15 janvier 1879 du ministre de l'Instruction Publique, Charles Lamoureux avait été promu Chevalier de la Légion d'Honneur .
Sources :
base Leonore - ministère de la Culture - dossier Charles Lamoureux
"L'Illustration" - 19 septembre 1891 -www.lillustration.com
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