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13/02/2014

DE L'OPERETTE AU JARDIN, UNE CHRONIQUE DE 1950

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Luis Mariano en 1950 dans son jardin du Vésinet nettoyant sa voiture américaine

 

"Depuis quelques semaines, je ne suis plus parisien, mais vésigondin, c’est-à-dire habitant de…Non, je vous laisse chercher à quelle localité de banlieue correspond ce nom à tournure barbare. Je me suis retiré dans « mes terres », pour y mener, en dehors du théâtre, du studio et de tous ces lieux bruyants et agités, la vie simple et paisible du gentleman-farmer. Je vais essayer de vous en donner un aperçu.

Ce que l’on voit d’abord, de ma propriété, c’est un grand mur qui fait tout le tour du jardin. Vous ne pouvez pas savoir combien j’aime ce mur, qui arrête les regards indiscrets et me permet de me promener enfin  incognito.

Un de mes voisins, un certain Francis Lopez, qui fait, paraît-il de la musique, possède une propriété charmante qu’il lui est interdit d’enclore.

Quand il veut faire une partie de boules dans son jardin, la moitié de la population s’assemble pour le contempler, de sorte qu’il a songé sérieusement à déménager.

Moi, à l’abri derrière mon mur de la vie privée, je pourrai aller à la pelote basque sur le fronton que je vais faire construire, sans que les passants en sachent rien, à moins qu’une balle égarée ne franchisse le mur et ne leur tombe dans l’œil…

Donc, j’ai un mur, et derrière ce mur, un jardin. Disons un parc pour que ça fasse plus chic. Un parc magnifique, dans lequel un metteur en scène avisé pourrait trouver maints décors : une rivière avec un petit pont, une cascade parmi des rocailles, avec des fougères et des bambous, et même un kiosque chinois pour un film extrême oriental.

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Luis Mariano en gentleman-farmer dans son jardin du Vésinet en 1950

 

Pour le moment, on pourrait surtout y tourner des scènes de forêt vierge, étant donné que le parc est envahi par les broussailles, et que les lilas se sont mêlés aux rosiers dans un fouillis inextricable.

Je me sens, dans cette jungle en miniature, une âme de Tarzan ou de Robinson ; je vais à la découverte des violettes et des primevères, et les merles, qui n’étaient pas dérangés depuis des années, s’envolent presque sous mes pas en sifflotant. Entre parenthèses, quand la fenêtre est ouverte et que les oiseaux m’entendent faire des exercices de chant, ils doivent bien rire et se moquer de moi (…).

Pourtant, tel qu’il est, mon jardin me plaît. Il y a , dans un parc abandonné, une sorte de poésie mélancolique qui monte avec l’odeur des feuilles mortes accumulées…Mais assez de romantisme ! le jardin va être défriché, gratté, taillé, peigné comme il sied à un jardin civilisé.

J’ai déjà retourné une pelouse devant la maison…Oh ! pas moi tout seul, évidemment. Retourner la terre, c’est très bon quand on peut se coucher de bonne heure ; mais quand il faut aller chanter, danser et courtiser « La Belle de Cadix » avec des courbatures et des ampoules aux mains, c’est beaucoup moins drôle. 

Maintenant, entrons dans la maison. Si vous vous attendez à un cadre luxueux comme celui  de « Je n’aime que toi » par exemple, vous serez déçu. C’est une maison qui a dû être très bien il y a une cinquantaine d’années. Les murs, un peu écaillés, sont ornés de guirlandes rococo, et au-dessus des portes, des bergères et des marquises me font les yeux doux...

Il y a un calorifère à air chaud, des suspensions 1900 et la pluie tombe goutte à goutte dans les chambres du haut. Quand j’ai voulu faire réparer et moderniser cette maison suivant mes idées, assez grandioses je l’avoue, l’architecte m’a présenté un devis qui m’a coupé le souffle.

Alors, j’ai décidé provisoirement de faire aménager le pavillon de gardien attenant au garage. Ce pavillon sera bientôt prêt, et  je le trouve ravissant avec sa façade blanche et ses volets verts à la mode basque. « On dirait un bungalow à Hollywood » m’a dit Francis Lopez qui n’est jamais allé en Amérique.

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Luis Mariano en train de réaliser son chauffage central dans son jardin du Vésinet en 1950, intervention ratée selon son propre aveu.

 

Pour que le travail avance plus rapidement, j’ai voulu « en qualité d’ancien gars du bâtiment », aider les ouvriers.  J’avais une superbe salopette bleue rapportée d’Amérique  et beaucoup de bonne volonté, ce qui ne m’a pas empêché de bousiller plusieurs tuyaux de chauffage central que je voulais raccorder.

J’ai dessiné l’ameublement et la décoration des quatre pièces, et je crois que ce sera tellement joli que j’aurais du mal à quitter mon bungalow même si j’ai de quoi bâtir un palais à la place de mon manoir branlant.

En attendant, j’y suis, dans le manoir, et ma foi, pas si mal que ça ! j’y suis même très bien, parce qu’après les gitans de  « La Belle de Cadix », je me retrouve dans un vrai campement de romani, ce qui me permet de rester dans l’ambiance.

On a apporté juste un piano, des lits, une table et quatre chaises : quand il y a plus de quatre personnes, on s’asseoit par terre ou sur le lit, à condition qu’il ne soit pas trop encombré de vêtements, d e partitions, de photos et de vos lettres, mesdemoiselles. Un jour, je vais inviter mon percepteur, afin qu’il voit dans quel dénuement je vis et qu’il m’en tienne compte.

Aux heures de repas, 3 heures de l’après-midi et  1 heure du matin,  Magnoli m’appelle dans la cuisine (c’est là que se trouve la table), me fait prendre mes médicaments, et bon gré mal gré, m’oblige à manger des nouilles ou de la purée, à cause de ma crise d’appendicite.

Magnoli est ma bonne, une basque espagnole qui m’a connu lorsque j’avais trois ans ; j’ai toujours trois ans pour elle et elle continue à m’appeler « Chiqui » (« petit » en basque), ce qui je le reconnais, ne fait pas très « grande vedette ».

Mais je crois que je ne saurais jamais jouer à la grande vedette et que si, plus tard, j’avais un maître d’hôtel qui annonce cérémonieusement : " Monsieur est servi ! ", je me croirais au studio, et pas chez moi !

Enfin, comme vous voyez, je suis très heureux dans mon ermitage rustique, et je cueille des pissenlits en rêvant aux prochaines récoltes de mon jardin potager, qui, pour le moment, produit surtout des orties, de la cigüe et de vieilles boîtes de conserves, mais où je vais semer des radis et de la laitue.

Pour me reposer de cultiver ma voix et de vagabonder à travers le monde, quand le théâtre et le cinéma m’accorderont quelques loisirs, j’espère que je trouverai le bonheur comme Candide en cultivant mon jardin. »

 

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Luis Mariano, qui habita Le Vésinet de 1950 à sa mort en 1970 86 boulevard Carnot, fit toute sa carrière phonographique chez Pathé-Marconi à Chatou. Dans le catalogue général de la firme de 1956, près de 200 airs d’opérette étaient à son actif sous le label "La Voix de Son Maître". Lors de sa conférence cinématographique salle Jean Françaix en 2010, "Les personnalités de Chatou-Le Vésinet du XXème siècle", l'association lui a rendu hommage.

 

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Luis Mariano en couverture d'un catalogue La Voix de Son Maître


Source :

Cinémonde 13 mars 1950


 

LOCO DU PATRIMOINE 2.jpg

Commentaires

100 ans …une légende naissait …
Il aurait été déraisonnable de rendre un Hommage à Luis Mariano dans toute la France et hors frontières, sans que celui –ci ne soit rendu à Arcangues.
Arcangues, niché dans un écrin de verdure au charme d'un décor d'opérette, fut rendu célèbre en 1960 par Luis Mariano, lorsqu’il décida d’y faire construire son havre de paix…Il le quitta le 14 juillet 1970 pour rejoindre un jardin d’éternité dans cette ville qu’il aimait tant…
Roberto Galbés rendra au Prince de l’Opérette un fervent témoignage dans Violettes Impériales.
Une reconnaissance qui aura toute sa légitimité à Arcangues le 13 et 14 août 2014.
En présence de la famille Patchi Lacan et de nombreuses personnalités, la journée du 13 août sera ponctuée par 3 temps forts…
11h00 - Office Religieux
Eglise St Jean Baptiste de l'Uhabia
12h30 - déjeuner intitulé
«Saveurs Impériales»
15h30 - Opérette « Violettes Impériales »
Je me tiens à votre disposition pour tout renseignement complémentaire, ainsi que pour toute rencontre ou interview que vous voudrez bien accorder à Patchi Lacan ainsi qu’à Roberto Galbés.
Paris - Théâtre Le Palace - 10 avril 2014
Arcangues - Théâtre de Verdure 12 et 13 août 2014 sont des dates à inscrire sur tous les agendas.
Nous vous convions à nous rejoindre à l’un de ces spectacles et vous remercions de l’attention que vous voudrez bien leur porter.

Direction presse/communication:
Jacqueline Dubernet-tél : 06 02 50 90 67 – mail :jacdubernet@gmail

Écrit par : Jacqueline Dubernet | 21/03/2014

100 ans …une légende naissait …
Il aurait été déraisonnable de rendre un Hommage à Luis Mariano dans toute la France et hors frontières, sans que celui –ci ne soit rendu à Arcangues.
Arcangues, niché dans un écrin de verdure au charme d'un décor d'opérette, fut rendu célèbre en 1960 par Luis Mariano, lorsqu’il décida d’y faire construire son havre de paix…Il le quitta le 14 juillet 1970 pour rejoindre un jardin d’éternité dans cette ville qu’il aimait tant…
Roberto Galbés rendra au Prince de l’Opérette un fervent témoignage dans Violettes Impériales.
Une reconnaissance qui aura toute sa légitimité à Arcangues le 13 et 14 août 2014.
En présence de la famille Patchi Lacan et de nombreuses personnalités, la journée du 13 août sera ponctuée par 3 temps forts…
11h00 - Office Religieux
Eglise St Jean Baptiste de l'Uhabia
12h30 - déjeuner intitulé
«Saveurs Impériales»
15h30 - Opérette « Violettes Impériales »
Je me tiens à votre disposition pour tout renseignement complémentaire, ainsi que pour toute rencontre ou interview que vous voudrez bien accorder à Patchi Lacan ainsi qu’à Roberto Galbés.
Paris - Théâtre Le Palace - 10 avril 2014
Arcangues - Théâtre de Verdure 12 et 13 août 2014 sont des dates à inscrire sur tous les agendas.
Nous vous convions à nous rejoindre à l’un de ces spectacles et vous remercions de l’attention que vous voudrez bien leur porter.

Direction presse/communication:
Jacqueline Dubernet-tél : 06 02 50 90 67 – mail :jacdubernet@gmail

Écrit par : Jacqueline Dubernet | 21/03/2014

que de souvenirs !! merci ..

Écrit par : LECHAUGUETTE | 24/11/2014

Les commentaires sont fermés.