31.07.2009

USINES PATHE, LE PATRIMOINE DU XXEME SIECLE

Chatou est à la fois le berceau de l'industrie phonographique française en 1898 et le berceau du microsillon en Europe en 1951.

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carte collection Pierre Arrivetz

Cette histoire industrielle singulière a débuté en 1898 lorsque Charles et Emile Pathé, qui avaient fondé leur propre entreprise de phonographe et de cinéma trois ans plus tôt, entrèrent dans les vues d'un investisseur industriel audacieux, Claude Grivolas (1855-1938). Celui-ci les aida à créer une société anonyme et acheta des terrains boulevard de la République à Chatou pour construire leur première usine. Emile Pathé fut le dirigeant de l'industrie phonographique jusqu'à sa mort. Jusqu'en 1907, les bénéfices du phonographe surpassèrent ceux du cinéma et vinrent protéger l'industrie du cinéma de Charles Pathé grâce aux parts détenues par celui-ci dans le phonographe.

En 1928, la Compagnie des Machines Parlantes d'Emile Pathé fut acquise à 40% par les firmes anglaises Columbia et His Master's Voice qui achetèrent les parts de Charles Pathé dans l'industrie d'Emile. La fusion fut à l'origine de la construction de l'usine en béton armé rue Centrale (rue Emile Pathé depuis 1937). Baptisée "Société Générale de Disques", l'usine fut édifiée entre 1929 et 1931 par les plus grands architectes anglais de l'Art Déco, Wallis, Gilbert et Partners. La production y fut de 20 millions de disques par an cependant que le reste du site continuait à produire TSF et gramophones. Les premières télévisions furent fabriquées également sur le site de Chatou jusqu'en 1958.

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ci-dessus cliché ADAGP -JB.Vialles -
Répertoire de l'Inventaire Général (1986)
DRAC Ile-de-France
 
 
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cliché Pierre Arrivetz - avant la destruction
 
Usine Pathé de Chatou (1929) et ci-dessous, usine Hoover de Londres (1932), par Wallis, Gilbert et Partners, les plus célèbres architectes de l'Art Deco en Angleterre. L'usine Hoover, devenue un siège d'entreprises, accueille des tournages de films d'époque, poursuivant sa longue existence. 
 

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Hoover Building (1932) à Londres par Wallis, Gilbert et Partners - cliché Jean-Yves Coupin (2009) -
 
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Ancienne usine des parfums Coty, par Wallis, Gilbert et Partners, à Brentford dans la banlieue de Londres (1932) - (Copyright © 2005 WLD)
 
 
Le 12 décembre 1936, Pathé, Columbia et Gramophone His Master's Voice fondèrent  les industries musicales et électriques (IME) Pathé-Marconi dont Emile Pathé fut le premier président jusqu'à sa mort le 14 avril 1937.  Dans les années 1945-1960, la production absorbée par les IME Pathé-Marconi de Chatou recouvrait les labels Pathé, La Voix de Son Maître, Columbia, Odéon, Capitol, Métro-Goldwyn-Mayer, Cetrasoria, Témoignages, Pathé-Vox, Swing. Trois ans aprés les Etats-Unis, en 1951, l'ingénieur de Pathé-Marconi Pierre Gilloteau y réalisa le premier disque microsillon en Europe grâce à des études menées conjointement par les laboratoires Pathé-Marconi et Péchiney. 

Pas moins de quatre générations de Catoviens et d'habitants de la région travaillèrent sur le site de Chatou jusqu'à ce qu'intervienne une délocalisation en Allemagne en 1990.

 

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Catalogue Pathé-Marconi 1954  - collection Pierre Arrivetz

 

Les milliers d'artistes qui y ont été produits, parmi lesquels Edith Piaf, Charles Trénet,  Tino Rossi, Maria Callas, Enrico Caruso, Frank Sinatra, Maurice Chevalier, Mistinguett, Joséphine Baker, Luis Mariano, Gilbert Bécaud, Charles Aznavour, Les Beatles, sans compter tous les chefs d'orchestre de musique classique du XXème siècle (Toscanini, Klemperer, Karajan, Ménuhin, Prêtre, Plasson...) et les musiques de films de la M.G.M. (comédies musicales) ont assuré la renommée de l'industrie de Chatou à travers le monde. Il va de soi qu'un musée prestigieux y aurait eu sa place, rassemblant l'histoire des industries phonographiques et cinématographiques, ainsi que cela fut âprement suggéré par l'association.

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Affiche du label La Voix de Son Maître des années cinquante :  "le plus beau répertoire du monde" produit dans des disques 78, 45 ou 33 tours. En toile de fond, le chien "Nipper", emblème universel de la marque fabriquée à Chatou.
collection Pierre Arrivetz

 

 Malgré une mobilisation nationale ayant un retentissement médiatique sans précédent à l'initiative de Chatou Notre Ville (TF1, Le Monde, Le Figaro, Le Moniteur...) et la possibilité d'une inversion de l'aménagement avec un terrain communal situé à 300 mètres, la municipalité choisit la destruction totale de l'usine pour un projet de promotion immobilière en 2004.  

  

DES SOUTIENS PRESTIGIEUX ET DE TOUS HORIZONS POUR LA CONSERVATION AU MOINS PARTIELLE DE L'USINE PATHE-MARCONI DE CHATOU RECUEILLIS PAR L'ASSOCIATION

(Liste au 1er octobre 2004)

Eddie Barclay, Fondateur de la Compagnie Phonographique Française (1945), Emmanuel Bréon, Directeur du Musée des Années Trente, Conservateur en chef des Musées de la Ville de Boulogne, Jean-Christophe Averty, Créateur et animateur de l'émission "Les Cinglés du Music-Hall" sur France-Culture, Maurice Culot, Architecte, Membre de la Commission des Monuments Historiques, Grand Prix de la Critique Architecturale, Chargé de mission à l'Institut Français d'Architecture, Président de la Fondation pour l'Architecture - Bruxelles, Jean-Marie Drot, Catovien, Ancien directeur de l'Académie de France d'Architecture à Rome, Auteur-réalisateur d'émissions de radio et télévision, Charles Bourély, Catovien, Inspecteur Général Honoraire des Monuments et des Sites, Pierre Vercel, Catovien, Ancien directeur général et président de Pathé-Cinéma, Pascal Sevran, animateur - réalisateur de télévision, spécialiste de la chanson française, Le Prince Géraud de la Tour d'Auvergne, Inspecteur Général Honoraire de l'Administration Culturelle, Président de Portus Magnus, association internationale pour le développement archéologique, écologique et portuaire d'Alexandrie,  Marie-France Calas, Conservateur Général du Patrimoine, Spécialiste du patrimoine sonore et audiovisuel,  José Sourillan, Ancien Directeur des Archives Audiovisuelles de RTL, auteur de disques d’histoire et de documentaires, Roselyne Germon, petite-nièce de Jacques Haîk, Créateur du cinéma " Le Grand Rex " (1932),  André Hébrard, Catovien, ancien haut fonctionnaire délégué à la Reconstruction, Georges Martin Saint-Léon, Catovien, Ancien président de l'Office du Tourisme de Chatou-Croissy-Carrières-Montesson, Pathé, Société cinématographique créée par Charles Pathé en 1896, L.V.M.H (Moët Hennessy Louis Vuitton), Institut des Archives Sonores, Société possédant un fonds historique de 400.000 documents sonores de 1880 à nos jours - projet d'"université de la parole", les familles de Charles et Emile Pathé, Line Renaud, chanteuse, comédienne, Pierre Arditi, comédien, Claude Piéplu, comédien, Annie Cordy, chanteuse, comédienne, Georges Lautner, cinéaste, Mick Micheyl, chanteuse, sculpteur, Claude Bolling, musicien, chef d'orchestre, Claude Pinoteau, cinéaste, Pierre Tchernia, cinéaste, créateur de l'émission de télévision " Monsieur Cinéma ", Robert Enrico, cinéaste (décédé), Bruno Podalydés, Catovien, cinéaste, Yves Duteil, chanteur, Clelia Ventura, Catovienne, scénariste, fille de Lino Ventura, Odette Ventura, épouse de Lino Ventura, Marie-Christine Audiard, épouse de Michel Audiard,  Marie-Thérèse Orain, comédienne, chanteuse, Europa Nostra, Association paneuropéenne du Patrimoine, présidée par Son Altesse Royale le Prince Consort de Danemark, Société pour la Protection du Paysage et de l'Esthétique de la France, association reconnue d'utilité publique, membre de la Commission des Monuments Historiques, La Demeure Historique, association reconnue d'utilité publique, L'Institut du Patrimoine Wallon, Comité d'information et de liaison pour l'archéologie, l'étude et la mise en valeur du patrimoine industriel (CILAC), Association des Amis du Musée de Nogent, Musée-Association " Les Amis d'Edith Piaf ", Association " Les Amis de Barbara ", Association " Les Amis de Tino Rossi”, Association " Les Amis de Louis Amade " (préfet de police, poête, auteur de chansons de Gilbert Bécaud et Charles Trénet), Association du souvenir à Luis Mariano, Association “Les Amis de Jean Sablon”,  Jean-Pierre Pasqualini, Rédacteur en Chef du Magazine Platine, Spécialiste de la chanson française, Corinne Lepage, ancien ministre de l'Environnement (Cap 21), André Santini, député-maire (UDF) des Hauts de Seine, ancien ministre, le prince Charles Bonaparte, maire-adjoint d’Ajaccio, Emmanuel Hamelin, député (UMP) de Lyon, membre de la commission des affaires culturelles de l'Assemblée Nationale, Olivier Dassault, député (UMP) de l'Oise, Pierre Amouroux, député (UMP) des Yvelines, Jérôme Lambert, député (PS) de la Charente, Anne Hidalgo, première adjointe (PS) au Maire de Paris, Serge Méry, vice-président (PS) du Conseil Régional d'Ile de France, Olivier Galiana, conseiller régional (PS) d'Ile de France, Michel de Rostolan, conseiller régional (FN) d'Ile de France, Michel Bayvet, conseiller régional (FN) d'Ile de France, Gilberte Decossin, ancienne déléguée du comité d’entreprise de l’usine de Chatou (CGT).

 

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L’alerte médiatique était donnée depuis plusieurs années par le Courrier des Yvelines et le Parisien. Elle prit un nouveau tour lors du Salon du Patrimoine au Carrousel du Louvre consacré au patrimoine industriel en novembre 2002, auquel participa l’association aux côtés de l’entreprise Pathé. Le journal “Le Monde”, sous la plume d’orfèvre d’Emmanuel de Roux, puis “le Figaro”, dans un grand article d’Hervé Guénot et enfin TF1, dans son journal de 20 h incluant un reportage mémorable de Marion Desmarrets présenté par Claire Chazal, mirent la question sous les yeux de l’opinion publique. Le Moniteur, le Nouvel Observateur, furent aussi de la partie. Le ministre de la Culture de l’époque, Jean-Jacques Aillagon, se concerta avec le maire et l’ABF partisans de la démolition, et refusa une mesure de protection. L’enquête publique en avril 2003 dans la commune révéla ensuite 1806 signatures sur 1877 favorables à une conservation partielle du site (96% des avis exprimés).

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Cassandre - 1932

 

En septembre-octobre 2004, l’association ayant saisi les élus nationaux , le président de l'Assemblée Nationale, Monsieur Jean-Louis Debré, saisit le Ministre de la Culture, de même que le ministre de l'Intérieur et le Ministre des Libertés Locales, Monsieur Jean-François Copé. Le ministre des Finances, Monsieur Nicolas Sarkozy, demanda au préfet d'examiner notre dossier avec " bienveillance. " Le successeur de Monsieur Aillagon refusa à son tour de donner suite aux demandes que l’association adressa en mai et septembre 2004 lorsque le site était encore debout.

 

Jusqu’à la fin, il ne fut jamais tenu aucun compte des arguments des défenseurs d’une conservation partielle. Le site fut entièrement rasé en novembre 2004. Les Domaines avaient proposé à la commune de préempter sa vente pour 4,7 millions de francs en 1998...

 

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Victoria Coach Station (1931-1932) à  Londres
(gare routière pour les bus)
par Wallis, Gilbert et Partners, architectes de l'usine de Chatou
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Usine des parfums Coty (1932) à Brentford
dans la banlieue de Londres
par Wallis, Gilbert et Partners, architectes de l'usine de Chatou
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Usine de la Compagnie Générale d'Electricité (1920-1922)
à Birmingham dans la banlieue de Londres
par Wallis, Gilbert et Partners, architectes de l'usine de Chatou
 

 

29.07.2009

CHATOU A L'HEURE DE L'AUTOMOBILE : GEORGES IRAT

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Chatou a accueilli de 1921 à 1929 les usines du constructeur automobile GEORGES IRAT rue Brunier Bourbon et Boulevard de la République. Environ 1000 voitures y furent produites. Les GEORGES IRAT firent leur réputation dans les rallyes automobiles, remportant une quarantaine d'épreuves entre 1923 et 1929.  Le modèle fétiche de la marque était à l'époque de la fabrication à Chatou la 11 CV. Engagée en compétition en torpédo sport ou berline de série, la GEORGES IRAT de Chatou existe encore à travers une dizaine de véhicules dispersés à travers le monde, constituant autant d'objets de collection. L'un d'entre eux, un coupé 1927 (ci-dessus) possédé par Monsieur DEMANTES, un passionné de Pantin, justifie d'une restauration et a été présenté par l'association avec l'accord de son propriétaire lors des Journées du Patrimoine 2005 dans le jardin de l'hôtel de ville. C'est la dernière Georges Irat deux litres en Ile de France.

 

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Publicité Georges Irat pour la participation
 aux premières 24 heures du Mans en 1923
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Georges Irat, triomphateur des courses 1927 
en terre basque espagnole
Publicité 1927 par Falcucci pour La Vie Automobile

 

 

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Le personnel  posant devant l'usine de Chatou
pour le Salon de l'Automobile 1923

 

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  Publicité Georges Irat "La Voiture de l'Elite"
37 boulevard de la République à Chatou
    
                     
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Une image sympathique : M.Murez, maire de Chatou, accueille dans les jardins de l'hôtel de ville la Georges Irat 1927 de Michel Demantes (au fond à gauche en chemise bleue) aux côtés de Pierre Arrivetz en 2005 - Photo Ville de Chatou  
          
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Affiche publicitaire Georges Irat par René Vincent, affichiste de Bugatti et du Bon Marché. C'est l'époque des Années Folles, les "Roaring Twenties" selon le mot adopté en Angleterre.
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Madeleine Bachmann, pilote de circuit pour Georges Irat posant à côté d'un magnifique torpédo sport dans les années 20 (remerciements Gérard Ferron) puis faisant la une du Championnat Féminin de Montlhéry de 1927 qu'elle remporte au volant d'une voiture de série pour la marque automobile de Chatou. La femme n'est plus la dévote confite de son mari  du code napoléonien. Elle défraie la chronique de tous les sports mécaniques (source :www.chenard-walcker.com/topic/index.htlm)
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Au salon de l'automobile de Lyon de 1930, le président de la République, Paul Doumer, serre la main de Georges Irat

26.07.2009

L'ANCIEN CINEMA DE CHATOU (1925) PROMIS A LA DESTRUCTION

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En France, l'Art Deco a laissé de nombreuses traces dans le mobilier. Dans l'architecture, les oeuvres sont plus rares, souvent non reconnues comme c'est le cas à Chatou. Elles sont généralement concentrées sur des constructions dans l'industrie ou d'équipements publics ou de loisirs. A ce titre, on citera la salle des ventes rue du Général Colin. Celle-ci fut l'ancien cinéma de Chatou construit en 1925 pour le compte de Messieurs Weiner et Certain, habitants de Croissy et du Vésinet, sur les plans de l’architecte Lucien Desgrivan par l’entreprise A.Tschoffen et Compagnie. D’abord  dénommé Magic-Ciné, il fut repris en 1935 et s’appela l’Olympia. Il fut arrêté en 1976 lorsque fut construit le centre Jacques Catinat et depuis est devenu une salle des ventes. Contemporaine de l’exposition des Arts Décoratifs de Paris de 1925, son architecture en fait un témoignage intéressant l’inventaire de notre ville qui mériterait une remise en valeur. 

 

Malheureusement, la règlementation actuelle du Plan Local d'Urbanisme voté le 9 novembre 2006 le condamne à la destruction à la première vente : l'immeuble a été placé dans une zone URB (plan 4-2-2 du PLU) avec une emprise au sol autorisant la constructibilité sur 100% de la superficie du terrain (art.UR.9 du règlement du PLU) avec une hauteur autorisée à 16 mètres (art.UR.10 du règlement du PLU). Aprés l'usine Pathé-Marconi (1929) démolie en 2004 grâce à une règlementation municipale sur mesure (règlement de ZAC voté en 2003), ce sera donc le deuxième et dernier témoignage Art Déco de Chatou qui disparaîtra sur une volonté locale.

 

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façade de l'usine Pathé-Marconi avant destruction

 

DERAIN ET VLAMINCK, "LE FAUVISME"

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Couverture du catalogue de l'exposition "Chatou" à la Galerie Bing en mars 1947 par Maurice de Vlaminck. Celui-ci habita Chatou de 1893 à 1905, 39 rue de Croissy (avenue du Général Colin depuis 1918) et 87 rue de Saint-Germain (avenue Foch depuis 1931);

 

"Au mois de juillet 1900, étant en permission  de quinze jours (ma libération devait avoir lieu en septembre), j’avais pris à Chatou le train pour Paris. Dans le compartiment où j’étais monté, assis en face de moi se trouvait André Derain. Bien qu’habitant depuis toujours le même pays, nous ne nous étions jamais adressé la parole.

Nous nous connaissions seulement de vue, pour nous être souvent croisés dans les rues du village. Derain avait assisté à des courses de vélo auxquelles je participais. Maintes fois, il avait pu me rencontrer, mon violon sous le bras ou trimbalant des toiles et ma boîte à couleurs.

A cette époque, Derain avait à peine vingt ans. C’était un grand type efflanqué, aux longues jambes. Il était habituellement vêtu d’un manteau à pèlerine et coiffé d’un chapeau  mou. Il avait vaguement l’air d’un escholier de la Basoche du temps de Louis XV : quelque chose comme un François Villon amélioré…

Je ne sais quelle rage intempestive me le fit attaquer : -         « ça va bientôt être votre tour de chausser des godillots ! » -         « pas avant l’année prochaine, me répondit-il, un peu interloqué. » Le même  soir, nous nous retrouvions sur le quai et nous reprenions notre entretien. Le résultat de cette rencontre fut qu’on se promit de travailler ensemble.

De notre historique atelier, des fenêtres d’où l’on apercevait le village de Chatou, le bateau-lavoir amarré à la berge, le clocher, l’église, les chevaux que les charretiers menaient à l’abreuvoir, les voitures des maraîchers qui passaient le pont, pour aller charger les carottes de Montesson et les navets de Croissy, il ne reste, à l’heure où j’écris ces lignes, qu’un dérisoire rez-de-chaussée. Avant que la bâtisse ne s’écroulât définitivement, on la fit battre et on n’en laissa, avec les sous-sols, que quelques murs sur lesquels on posa un toit.

Pour nous, c’est toujours le lieu où fut fondée « l’école de Chatou », premiers germes, premiers essais du mouvement qui devait prendre le nom de Fauvisme. Le Fauvisme n’était pas une invention, une attitude. Mais une façon d’être, d’agir, de penser, de respirer. Très souvent, quand Derain venait en permission, nous partions de bon matin, à la recherche du motif. Notre habituel terrain de chasse, c’était les côteaux de Carrières-Saint-Denis qui étaient encore couverts de vignes et d’où l’on apercevait toute la vallée de la Seine. A notre approche, les grives, les alouettes, s’envolaient dans le ciel clair.

D’autres fois, nous partions, pour faire en explorateurs une balade à pied de vingt à trente kilomètres. Nous remontions la Seine jusqu’à Saint-Ouen en suivant la berge. Notre enthousiasme n’avait d’égal que notre endurance et notre bonne humeur. Cinq francs dans la poche : nous n’en demandions pas plus ! nous déjeunions au hasard d’un morceau de boudin ou de petit salé ; tout nous était bon et la vie nous paraissait belle. La fille qui nous servait, les masures dans le soleil, les remorqueurs qui passaient, traînant une file de péniches : la couleur de tout cela nous enchantait… c’était Chatou !"

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Maurice de Vlaminck (1876-1958)

 

 

 

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André Derain, autoportrait en 1900. Né le 10 juin 1880 à Chatou, il vécut 13 avenue de Saint-Germain jusqu'en 1900 puis 7 place de l'hôtel de ville et quitta Chatou en 1907. Voici également son témoignage lors de l'exposition de la galerie "Bing":

"Chatou ! mais j’y suis né !

J’ai débuté avec le père Jacomin, dont les fils étaient mes camarades de classe, avant 89. Ce père Jacomin était un ancien ami de Cézanne, mais il détestait sa peinture. Je n’ai probablement pas profité de ses leçons. Comme beaucoup d’artistes, le père Jacomin habitait Chatou qui était alors une sorte de « Barbizon », aux portes de Paris. Il m’emmenait faire du paysage avec ses fils, mais il nous appelait, Vlaminck et moi, les « Intransigeants ». C’est ainsi qu’on nommait, vers 1860, les méchants, les révolutionnaires. Mais même le courroux esthétique change d’expression ; Pierre Wolf avait lancé « les Barbouilleurs » pour flétrir l’impressionnisme. Les journalistes n’ont eu aucun effort d’imagination à fournir, ils nous ont appelé les barbouilleurs. Comme si Dieu le Père avait orchestré leur indignation, les professionnels du critère, pendant 20 ans de campagne contre l’Art, avaient trouvé le même qualificatif pour Cézanne, Manet, Van Gogh, Lautrec, Gauguin, Henri Rousseau. Picasso, un peu plus tard, devait bénéficier de la même distinction :  barbouilleur ! ça vous classait ! Les deux barbouilleurs se promenaient comme des amoureux, ils avaient un amour commun : la peinture. Que de fois ai-je accompagné Vlaminck jusque devant sa porte, il revenait jusque chez moi, je le raccompagnais encore, lui aussi, et ainsi de suite jusqu’au matin. Quelques heures après, nous repartions avec la boîte à couleurs et le chevalet de campagne. Toujours grisés de couleur, et de soleil qui fait vivre la couleur !

Vlaminck et moi avons ensuite eu un atelier commun, à côté de chez Fournaise, que les Impressionnistes avaient rendu célèbre. Renoir y a peint « La Grenouillère » et « Les Canotiers », je pense que « Les Demoiselles » de Courbet y ont été peintes en 1855. J’y ai encore vu Degas, en barque, sur la Seine, vêtu d’une épaisse fourrure, en plein mois d’août. Plus tard, les « Intransigeants » sont devenus les « Indépendants ». On nous a appelés les « Fauves » parce que ça « gueulait », mais Chatou, c’était bien notre Jungle."

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André Derain (1880-1954) 

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Un coin de Chatou par André Derain, 1900

 

In Catalogue de la Galerie Bing,174 rue du Faubourg Saint-Honoré, mars 1947, exposition « Chatou » 

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Une image du vieux Chatou disparu avec la Rénovation-destruction de 1966. La rue de la Paroisse et à gauche à l'angle en 1900, la maison Jarry, marchand de couleurs des peintres de Chatou où venaient s'approvisionner Derain et Vlaminck.

25.07.2009

L'ACTEUR LUCIEN DALSACE (1893-1980)

Né le 14 janvier 1893 54 avenue du Chemin de Fer (actuelle avenue du Général Sarrail) à Chatou, Lucien Dalsace, de son vrai nom Gustave Louis Chalot, épousa une carrière d’acteur pour le cinéma muet pour lequel il tourna plus de trente films, dont « Belphégor » et « L’Occident » (1927). L’arrivée du cinéma parlant sembla lui porter préjudice mais il fut réembauché à partir de 1937. Il tourna plusieurs films parlants de Léon Mathot : « Chéri-Bibi » (1938) avec Pierre Fresnay et Jean-Pierre Aumont, « Le révolté » (1938) avec Pierre Renoir, Charpin, Aimé Clariond, « Rappel immédiat » (1939) avec Eric Von Stroheim. Il joua dans « Deuxième bureau contre la Kommandantur » (1939) de René Jayet et Robert Bibal, et fit son dernier film « Patrouille blanche » de Christian de Chamborant en 1941 avec Junie Astor (l’histoire d’un gangster asiatique chargé de détruire un barrage hydro-électrique dans les Alpes).

 

 

 

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En couverture de Ciné-Miroir du 6 juillet 1928
pour son film "L'Occident"
collection Pierre Arrivetz

 

 

 

Entre 1930 et 1937, il s’était retrouvé "dans le civil" à la tête du magasin de son père dans le sixième arrondissement. Le journaliste Roger Régent s’y rendit en 1932 : « vous désirez, monsieur ? » - M. Dalsace s’il vous plaît. – Un instant, il est occupé dans le fond du magasin avec un fournisseur ».

 

En attendant Lucien Dalsace, j’observe le magasin dans lequel je me trouve. C’est une parfumerie belle et claire comme un flacon. Dans chaque vitrine, des régiments de petites bouteilles sont alignées, remplies des parfums verts, jaunes, rouges…Par la porte ouverte, on voit tout le boulevard Saint-Germain descendre et remonter…C’est là que vit maintenant le jeune premier de tant de films, le bel officier de « l’Occident », le journaliste de « Belphégor », le héros de « L’aviateur masqué », d’  « Enfant de Paris », du « Prince Jean », de « La tentation », du « Ruisseau » etc…Des vendeuses et des vendeurs s’empressent auprès des clients. Entre deux, « caisse, 5,95 F ! », un chef de rayon me dit :  « vous n’imaginez pas, Monsieur, le nombre de clients qui viennent pour voir Monsieur Dalsace ! ce matin encore, une jeune fille est entrée pour acheter une petite boîte de poudre de riz et a demandé au patron de bien vouloir lui signer une photo… Souvent des étudiantes entrent par bandes de cinq ou six pour acheter un bâton de rouge ; pendant qu’on les sert, elles se poussent du coude, parlent à voix basse en montrant Monsieur Dalsace. On peut le dire, la plupart de ses clients sont des admirateurs.

 

Mais voici le patron (…) « Le cinéma » me dit-il. Ah ! j’y pense toujours. J’aimais trop mon métier pour l’avoir oublié si vite. Pourquoi je l’ai abandonné ? d’abord, ce n’est, je l’espère, qu’un abandon momentané. La force des choses m’a obligé à laisser le cinéma. C’était en 1930. Après avoir tourné "La tentation", mon dernier film, je partis avec ma femme faire une longue tournée en France et en Algérie.(…) Puis mon père tomba gravement malade. Je dus rentrer de toute urgence, résilier mes contrats et venir remplacer mon père à la direction de ce magasin de parfumerie. Depuis, ma femme – que vous avez connue au music-hall sous le nom de Jane Marceau – et moi-même, n’avons plus quitté notre boulevard Saint-Michel. (…) Le parlant ne me fait pas peur bien que je n’aie jamais tourné qu’en muet. Avant le cinéma, j’ai fait du théâtre, et ce sont d’ailleurs les gens de théâtre, Signoret, Gaston Dubosc, etc…, qui, en 1919, me conseillèrent de tourner. Maintenant, je vais peu au spectacle. Je n’ai plus le temps…Le magasin est ouvert de huit heures du matin à onze heures du soir et je suis là tout le temps… » Lucien Dalsace a fait apporter l’apéritif du café voisin. Dans l‘arrière-magasin, nous buvons à la santé de son jeune bébé de six semaines, à la prospérité de la parfumerie et surtout au prochain retour au cinéma du jeune premier qui eut tant de succès. »

 

 

Pour Vous - 31 mars 1932.

 

Remerciements: José Sourillan, Archives Municipales  de Chatou

L'ACTRICE RENE JEANNE FALCONETTI (1892-1946)

René Jeanne Falconetti, actrice du cinéma muet, directrice du Théâtre de l’Avenue, l'héroïne au cinéma de « La passion de Jeanne d’Arc » de Carl Dreyer en 1926 (illustration ci-dessous), joua au théâtre Edouard VII « Le Comédien » de Sacha Guitry en 1921, au théâtre de l’Athénée « La Guerre de Troie n’aura pas lieu » de Jean Giraudoux en 1935.

 

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collection Pierre Arrivetz

 

 

 

Ci-dessus en couverture du magazine "Mon Ciné" le 3 novembre 1927. Le réalisateur Carl Dreyer signa l'une des plus grandes fresques sur Jeanne d'Arc. Il employa notamment le petit-fils de Victor Hugo pour dessiner les costumes du film. Jeanne d'Arc avait été canonnisée en 1924. René Jeanne Falconetti qui l'incarna vivait 3 avenue d'Eprémesnil à Chatou dans une villa aujourd'hui disparue.

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collection Pierre Arrivetz

 

 

"Les propriétés ne font pas défaut à Mademoiselle Falconetti ; cependant entre toutes, l’artiste préfère la maison qu’elle possède à Chatou. C’est une grande bâtisse blanche, carrée, élégante, avec des fenêtres arrondies. Une marquise de fer forgé, très ouvragée, orne la porte d’entrée qui s’ouvre sur un perron.

 

La façade est à demi-cachée sous des haies fleuries. Il y a une grande terrasse qui s’en va jusqu’à la Seine, et d’où l’on voit les petites villes qui paressent dans un bain de soleil, sur l’autre rive.

 

De cet observatoire que ne trouble aucun beuglement de clackson et où nulle poussière d’auto n’arrive, on plonge, au-delà du fleuve que sillonnent de lents remorqueurs, dans un horizon de verdure, de plaines tâchetées, de coteaux chevelus. Des bois, piqués par la première pointe d’automne, ont des feuillages qui se dorent ; et leur ligne se découpe dans le ciel bleu, bleu très doux d’Ile-de-France – comme l’échine d’un fauve qui s’apprête à bondir.

 

Proche est l’île de Croissy que chanta, en des vers érotiques, Catulle-Mendés, ce parnassien à la muse jamais lassée. Un parc entoure cette demeure ; et n’étaient les allées trop soigneusement ratissées, on croirait à pénétrer dans des fourrés plein d’ombre ; à voir ces bouquets d’arbres massifs qui ont dépassé leur centième année ; à découvrir ces rocailles que mangent les mousses, être perdu au cœur de quelque vieux bois.

 

Mais soudain les chemins se rejoignent et voici dans une clairière de spacieux fauteuils en rotin, un petit guéridon très coquet sur lequel le thé refroidit…et l’on cherche l’orchestre pour quelque five o’clock dansant.

 

Le mobilier de cette villa est simple, confortable ; les bibelots mêlent leurs formes frêles et précieuses aux fleurs qui éclatent dans des vases au flanc large.

 

- Ce qui m’a fait choisir cette demeure, mon Dieu, le hasard…le bienheureux hasard, me dit Mademoiselle Falconetti, le même qui vient en aide aux auteurs pour dénouer les situations les plus embrouillées. Je suis venue, j’ai vu, je fus conquise ; et depuis, tout me retient ici : le calme, l’air, la belle route que l’on prend pour arriver à Chatou, le limpide horizon où les yeux se reposent et puis, les souvenirs – les souvenirs – les souvenirs de théâtre, car cette villa appartenait naguère à Anna Judic. Et l’interprète de tant d’œuvres dramatiques nous parle de l’ombre légère de celle qui fut une fine, délicate et sensible chanteuse d’opérette."

 

Pierre Heuzé

COMEDIA - 28 AOUT 1926

22.07.2009

"DE PARIS A CADIX" D'ALEXANDRE DUMAS

 

 

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Récit de voyage en 1846, Dumas est mandé par le ministre de l’Instruction Publique, de Salvandy, de faire un voyage en Algérie. Il profite du mariage du duc de Montpensier à Madrid pour faire escale en Espagne.Ci-dessous, il réunit « ses troupes »:

 

 

« Mon domestique trouva Maquet (collaborateur de Dumas) dans l’Ile de Chatou, assis sur l’herbe de monsieur d’Aligre, et pêchant le poisson du gouvernement. Seulement, tout en pêchant, il écrivait, et comme en ce moment sans doute il alignait une de ces belles et bonnes pages que vous connaissez, il avait complètement oublié les trois ou quatre engins de destruction dont il était entouré, et au lieu que ce fussent ses lignes qui amenaient les carpes sur le rivage, c’étaient les carpes qui emmenaient ses lignes dans l’eau. Paul (domestique de Dumas) arriva à temps – je vous ferai plus tard la biographie de Paul, madame -, Paul arriva à temps pour arrêter une superbe canne de roseaux arundo donax, laquelle descendait le fil de l’eau avec la rapidité d’une flèche, emportée par une carpe qui avait des affaires très pressantes au Havre.

Maquet rajusta son roseau à moitié démanché, ferma son petit portefeuille de pêche, décacheta ma lettre, ouvrit de grands yeux, lut et relut les six lignes qui la composaient, récolta ses quatre engins, et reprit le chemin de Chatou pour s’occuper activement de trouver une malle de la dimension demandée. Il acceptait. Il va sans dire qu’avant que Maquet ne fût au bout de l’Ile, la carpe était déjà à Meulan (...)"

09.07.2009

CHATOU, TERRE D'HORTICULTURE

Chatou, cité de villégiature et de cultures : le titre méritait d’être énoncé. L’on sait que sous la Restauration, Chatou était un village de petite culture qui suffisait à peine à nourrir ses habitants (voir notre revue « Chatou 1814-1830"). Sous le Second Empire, le village devint une petite ville, vouée aux charmes des constructions de la villégiature qui se développèrent alors sous l’influence du train et de la bourgeoisie d’affaires désireuse de prendre « le bon air » loin du chantier haussmannien de la capitale. Dés lors, on assista à l’éclosion de l’horticulture dans les jardins. A Saint-Germain, qui dominait alors la région de la Boucle, se concentrait l’activité de la Société Nationale d’Horticulture. Le parrain de la section de Saint-Germain  n’était autre que Napoléon-Jérôme, dit Plon-Plon, cousin de Napoléon III, « dont le haut patronage est acquis à  toutes les institutions utiles et libérales », et qui, chaque année, offrait une médaille d’or. Les récompenses émanaient également de l’empereur, de la Compagnie des Chemins de Fer de l’Ouest, du ministre de l’Agriculture, des Dames Patronesses etc…Le 21 septembre 1859, une exposition d’horticulture de trois jours se clôt par la remise des récompenses au Pavillon Henri IV. Parmi les exposants, Monsieur Foucard aîné, de Chatou, reçut le deuxième prix des plantes de semis pour ses géraniums ainsi qu’une médaille de bronze pour ses pelargoniums. Le 3 juin 1860, Monsieur Foucard, présenté comme « dessinateur de jardins » remporta le deuxième prix dans le concours des plantes fleuries, un autre membre de sa famille, Théophile Foucard, jardinier chez Monsieur Labélonye avenue des Tilleuls à Chatou, le troisième prix pour ses pelargoniums, enfin Monsieur Achille Jaudon, jardinier chez Madame Huzard, à Chatou, le deuxième prix pour ses petunias de semis. En 1863, le même Monsieur Jaudon reçut le premier prix pour ses fuchsias, Monsieur Victor Gelineau, jardinier chez Monsieur Carlhian à Chatou le deuxième prix pour ses fruits de saison, Monsieur Dehaussy, jardinier chez Monsieur Dubrugeant à Chatou, le deuxième prix pour ses arbres fruitiers. Le 24 mai 1864, Monsieur Théophile Foucard, jardinier de Monsieur Labélonye, obtint le deuxième prix au concours de « belle culture ». Le 9 septembre 1865, Monsieur Charles Foucard, horticulteur à Chatou, reçut le premier prix pour ses pelargoniums zonales et le second prix pour ses plantes d’ornement des jardins. Le jury précisa qu’il avait créé au Vésinet, à Chatou et à Croissy  un grand nombre de jardins et, considérant qu’il réussissait à les arracher à une culture ingrate, vint attribuer le premier prix. Monsieur Billard, dessinateur paysagiste, créateur de quelques jardins à Chatou dont celui de Monsieur Delaporte, « remarquablement bien disposé », reçut les félicitations du jury. Le 21 septembre 1867, Monsieur Ozanne, jardinier chez Monsieur Dubrugeaud à Chatou, reçut le troisième prix pour sa collection en pot d’achiménées et Monsieur Rebstock, jardinier du maire de Chatou, Monsieur Dumas, avenue du chemin de fer (aujourd’hui général Sarrail), le troisième prix pour ses plantes à feuillage ornemental, enfin de nouveau Monsieur Foucard aîné, premier prix pour ses pelargonium zonale inquinam, et Monsieur Ozanne, pour ses caladium sculentum, un troisième prix.Le 30 août de la même année, les jardiniers de Chatou avaient fait dire une messe en l’honneur de Saint-Fiacre, leur patron. Ils se rendirent à l’église avec une châsse ornée des fleurs les plus rares en provenance du jardin de Monsieur Dumas. La soirée fut conclue par un bal sous la tente de Monsieur Choteau en présence des jardiniers et des notables de la ville. Les archives de la Société Nationale d’Horticulture donnent un dernier écho à cette activité que la deuxième moitié du vingtième siècle a fait pratiquement disparaître avec l’urbanisation. Le 21 juin 1913, le Syndicat d’initiative de Chatou, dirigé par son fondateur depuis sa création en 1911, Monsieur Bousson, fils de l’ancien maire Ernest Bousson, avait organisé une exposition d’horticulture dans la salle des fêtes de Chatou, construite place du marché en 1893 sur les deniers de Maurice Berteaux. Le jury émanait de la Société Nationale d’Horticulture et était composé d’Emile Thiébaut, président de cette société, Messieurs Thérouin, de Maisons-Laffitte, secrétaire, Duval, de Versailles, Bouland, du Vésinet, Hartmann, de Saint-Germain-en-Laye, Delavaud, de Poissy, Delaroche, de Bougival. Le premier prix d’honneur consistant en un objet d’art fut décerné à Monsieur Foucard fils pour « un massif de géraniums composé des meilleures et plus intéressantes variétés, un beau lot de coleus à grand feuillage de semis, un autre de calcéolaires, de beaux anthemis doubles Madame Sander, des pétunias, des hortensias à grandes fleurs, très variés, et enfin un important lot de plantes vertes, cocos, kentia, phoenix, de bonne culture. »

 

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Charles Foucart, issu d'une vieille famille installée à Chatou depuis la Monarchie de Juillet, déjà honorée pour l'horticulture sous le Second Empire, édita une carte publicitaire rappelant sa médaille d'or à la grande exposition de 1913 du Syndicat d'initiatives et de la Société Nationale d'Horticulture à la salle des fêtes de Chatou - collection Pierre Arrivetz

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Deux prix d’honneur récompensés par des grandes médailles d’or échurent à Monsieur Budan, de Chatou, pour « une excellente présentation d’hortensias de culture irréprochable, de pelargoniums, geraniums, heliotropes et œillets », et à Monsieur Couturier, de Chatou, « pour l’ensemble de son exposition, très variée, dans laquelle on remarquait  des begonias bulbeux, begonias gracilis, begonia  ricinifolia, begonia rex, primula obconica, pois de senteur, plantes vertes très variées, araucarias et houx. »

 

Monsieur Prudhomme, de Chatou, fut aussi récompensé d’une médaille d’or pour son apport de plantes vertes, et pour des geraniums lierre.

 

Des grandes médailles de vermeil furent également accordées à Messieurs Thuilleaux pour un apport de rosiers, Angel et fils, Fortin et Laumonnier, de Paris, pour de très beaux iris d’Angleterre et pois de senteur à grande fleur, en fleurs coupées.

 

Messieurs Mazeau, Lamurand et Simonneau exposaient, le premier des œillets à grande fleur, les deux autres des bouquets et gerbes.

 

Deux présentations hors concours recueillirent les félicitations du jury, celles de Messieurs Vilmorin-Andrieux et Compagnie, dont la corbeille de plantes annuelles attira tous les regards à l’entrée de l’exposition et celles de Messieurs Moser fils, de Versailles, représentée par une corbeille d’hortensias et de delphiniums égayée de touffes du phlox panaché comtesse de jarnac.

 

L’association nationale des jardiniers de France section de Chatou apporta également ses produits et reçut le diplôme de la Société Nationale d’Horticulture de France.

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Ci-dessus, les jardiniers et vétérans salués par le député-maire de Chatou, Maurice Berteaux, et le ministre de la Guerre, Monsieur Etienne, le 17 juin 1906 à l'entrée de l'hôtel de ville de Chatou.

 

 

 

 

L’industrie horticole fut très brillamment représentée par Messieurs Courandière, Cochu fils, Plançon, Binois et fils, Schiltz, Levanneur, Février, Loriot, Delarue et Schambert.

 

Monsieur Chevalier, de Chatou, avait apporté douze vitrines d’insectes, infime partie d’une exceptionnelle collection.

 

Monsieur Bousson, président du syndicat d’initiatives, avait eu l’heureuse idée de compléter l’exposition d’un concours de photographie.        

 

Un parfum de Belle Epoque ne flottait-il pas sur cette manifestation ? toujours est-il que Chatou n'abandonna pas ses prétentions en la matière : du 14 au 16 juin 1929 se tint une nouvelle exposition à la salle des fêtes organisée par le Syndicat des Horticulteurs de Chatou, Croissy, Le Vésinet en collaboration avec l’Union du Commerce et de l’Industrie et la Société d’Horticulture du Vésinet. Le président du Syndicat des Horticulteurs était Monsieur Budan, de Chatou. Le jury était composé de Messieurs Doïdy, délégué de la Société Nationale d’Horticulture de France, président, Royer, horticulteur de Versailles, secrétaire, Bénouville, Vallerand, Talmet, membres. Les récompenses furent accordées par la Ville de Chatou, l’Union du Commerce de Chatou, la Société d’Horticulture du Vésinet, Monsieur Ramas, conseiller municipal de Chatou, et de nombreux donateurs.

 

 

Furent notamment distingués au titre des horticulteurs et professionnels :

 

-   Monsieur Billard, horticulteur au Vésinet, grand prix d’honneur, objet d’art

-   Monsieur Budan, horticulteur à Chatou, premier prix d’honneur, diplômé de la médaille d’or, grande médaille de vermeil et diplôme de la Société Nationale d’Horticulture de France

-    Monsieur Boileau, horticulteur paysagiste au Vésinet, deuxième prix d’honneur, diplôme de la médaille d’or, grande médaille de vermeil

- Monsieur Prudhomme, fleuriste à Chatou, premier prix, grande médaille de vermeil

-    Monsieur Aumont, horticulteur à Chatou, premier prix, médaille de vermeil

-     Monsieur Eyvrard, jardinier-chef à Chatou, premier prix, médaille de vermeil

 

Le 2 août 1929, une commission de la Société Nationale d'Horticulture se rendit chez Monsieur Aumont, 87 rue des Landes, dans une propriété qui fut morcelée et construite dans les années 50. Sur un terrain de 6000 mètres carrés, Monsieur Aumont avait réparti des plants de choux, d'une part, des plants de fraisiers d'autre part.

C'est à ce dernier titre que la commission se déplaçait.

 

Quatre variétés de fraisiers étaient présentées par Monsieur Aumont:

- "Madame Henri Simmen" et "Madame Henri Routier", à leur première fructification, abondantes

- "Docteur Rochefort" (maire de Chatou de 1911 à 1919), dont seul un petit nombre d'exemplaires commençait à fructifier

- un fraisier dit "des 4 saisons", "très vigoureux, à fruits allongés"

- une collection de variétés anciennes et récentes servant d'étude à Monsieur Aumont.

 

La commission adressa à Monsieur Aumont ses félicitations et ses encouragements à poursuivre ses études.

 

La dernière exposition à la salle des fêtes de Chatou eut lieu du 19 au 21 juin 1948 et fut une exposition "internationale d'aviculture et de matèriel horticole." La société d'horticulture du Vésinet lui apporta son concours avec le patronage du ministre de l'Agriculture et des municipalités de Chatou et du Vésinet. Messieurs Ragot père et fils de Chatou obtinrent le prix d'honneur pour leurs hortensias. Etaient exposées les plantes de serre de l'Ecole Nationale d'Horticulture de Versailles, les oeillets à très grosse fleur de Messieurs Hubert, Durieux, Idoc et Parisot, les cactées de l'établissement Pierre Thiébaut, les bégonias de Billard, les plantes fleuries de Touquet, Perrot et Couty, les lots des pépiniéristes Thuilleaux et Lécolier. En 1973, la salle des fêtes fut détruite. Depuis 1948, les expositions d'horticulture ont disparu à Chatou.

 

 

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Salle des fêtes de Chatou (1893-1973) place du marché
où étaient notamment organisées les expositions d'horticulture.
La salle, qui pouvait contenir 1000 personnes, avait été financée sur les deniers du député-maire et futur ministre de la Guerre, Maurice Berteaux

 

Recherches : Pierre Arrivetz - Eric Dubart

 

 

 

 

 

 

 

 

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