12/06/2019
PATRIMOINE: LE GRAND TOURNANT
La ville de Chatou a connu au cours du XXème siècle les plus grandes destructions dans son patrimoine, quantitativement et qualitativement : châteaux, villas, quartiers entiers rasés. Il n'y a pas eu de détail.
Un sursaut s'est produit grâce aux associations dans les années 1980 pour l'achat par la commune et la restauration de la Maison Fournaise où Renoir avait peint son Déjeuner des Canotiers en 1881 puis une période non plus de destruction mais d'inertie a suivi jusqu'à la destruction de l'usine Pathé-Marconi en 2004. Enfin, en 2009 a été restaurée l'église de Chatou, inscrite à l'inventaire des Monuments historiques depuis 1925, laquelle bénéficiait fort heureusement du soutien de ses paroissiens parmi lesquels nos édiles.
La Maison Fournaise, naguère propriété privée,
fut rachetée par la ville en 1980 et restaurée
L'église de Chatou le jour de son inauguration
après restauration le 17 octobre 2010
Le nouveau maire élu en janvier 2018, Monsieur Eric Dumoulin, vient de donner au patrimoine une nouvelle dimension en en faisant une politique publique à part entière.
Affiche de la conférence du 19 mai 1999 de l'association
sur "Soufflot, les jardins, les nymphées"
par Madame Monique Mosser
Le Nymphée dans les années 1900
C'est ainsi que ce que l'on n'osait plus attendre ni penser depuis cinquante ans (sauf à l'association) est arrivé : le lancement annoncé en mai par Monsieur le maire de Chatou de deux chantiers majeurs de restauration du patrimoine francilien, ceux du Nymphée de Soufflot achevé en 1777, monument historique des bords de Seine déclaré en péril depuis plus de vingt ans, et de l'hôtel de ville de Chatou, bâtiment de 1730 (baptisé en hôtel de ville en 1878) réaménagé au cours des siècles et qui bénéficiait d'un décor de style Louis XIII à l'instar des belles demeures de son époque.
L'hôtel de ville aujourd'hui et ci-dessous de 1880 jusqu'en 1964
Ces chantiers sont autant de perspectives pour notre ville : auprès des catoviens d'une part, qui se réapproprieront un patrimoine qu'ils verront rayonner et complété par des manifestations, et auprès des visiteurs d'autre part, qui pourraient, au prix d'une organisation adaptée, trouver matière à un circuit historique inédit à proximité de Paris : dans un périmètre finalement resserré des bords de Seine, sont en effet disposés le Nymphée, la maison Fournaise, Sequana, le nouveau barrage (et même le grand hall d'EDF dans l'île, élément remarquable de l'art industriel) et si l'on court vers la rive de Chatou, l'église et l'hôtel de ville.
La mise en valeur simultanée de tous ces éléments ne pourra que renforcer le caractère de Chatou et lui donner un développement culturel important parmi les communes de l'ouest parisien.
Le moins que l'on puisse affirmer, c'est que notre association n'y est pas étrangère et que la volonté courageuse du maire de faire rayonner sa ville grâce à la sauvegarde et la revalorisation de son patrimoine trop longtemps délaissé mérite un hommage et un soutien appuyés.
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25/09/2017
DEPOT DU PREMIER VOLUME DE L'INVENTAIRE HISTORIQUE DU PATRIMOINE BATI DE CHATOU
Entamées il y a deux ans pour le compte de la Ville de Chatou à la demande de Monsieur Atkins, maire-adjoint à l'urbanisme et de Monsieur Fournier, maire, les recherches historiques sur les bâtiments de Chatou ont fait l'objet lors des Journées du Patrimoine 2017 du dépôt par notre association d'un premier rapport de 345 pages répertoriant des édifices situés entre la voie ferrée et l'avenue Foch représentant un peu plus de 200 adresses sur une période s'étendant du XVIIIème siècle aux années cinquante.
Ce rapport n'est qu'un début, d'une part, parce que les recherches restent encore vaines sur l'identification historique d'une dizaine de maisons qui ont toute leur place dans ce premier inventaire, d'autre part parce qu'il reste tous les autres secteurs à présenter...
Le rapport mentionne pour chaque édifice:
- le propriétaire constructeur,
- les qualités du propriétaire constructeur lorsqu'on les retrouve dans les publications de l'époque,
- la date de déclaration de la construction sur la matrice foncière ou sa date d'achèvement lorsqu'elle est mentionnée,
- enfin le chemin cadastral qui permet d'aboutir à ces informations à travers les différentes matrices.
Une photo est jointe.
Cette opération - bénévole - nécessite les photos des bâtiments, les photos des matrices foncières, l'immatriculation de chaque fichier image cadastral, le recoupement avec le plan cadastral de 1885, la consultation d'un état des sections et de douze matrices foncières contenant elles-mêmes plusieurs milliers de cases ou folios. C'est une action bien plus précise et fouillée que ce qui se pratique habituellement à l'aune des bureaux d'études. La quantité et la variété des édifices traités sont également conséquentes comparativement aux études réalisées ailleurs.
Ce travail prendra tout son sens lorsque l'inventaire architectural réalisé par le cabinet Laudinet, lui aussi missionné par la ville et qui confine à l'excellence, viendra s'ajouter.
C'est un nouveau regard sur Chatou que nous pourrons alors faire émerger, une nouvelle politique que l'on pourra mettre en œuvre en matière de protection et de mise en valeur du patrimoine pour Chatou, notre ville.
Pierre Arrivetz
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27/11/2013
LA CLOCHE DE CHATOU
Les cloches de l’église Notre-Dame de Chatou, comme beaucoup d’autres, donnent non seulement le timbre d’un rassemblement spirituel mais sonnent encore la volée des siècles. Si le clocher lui-même est un vestige du XIIème siècle, sa cloche la plus remarquable fut offerte en 1666 à la paroisse par le seigneur Portail, comte de Lusignan, conseiller du Roi au Parlement de Paris, et son épouse, Charlotte de Barbesière de Chemeraut, fille d’honneur d'Anne d'Autriche, en vue de marquer leur entrée en fonction dans la seigneurie. Les époux héritaient des titres de propriété légués par Paul Portail "II" lors du mariage de son fils, Paul Portail "III", le 2 juillet 1665. Paul Portail "III", seigneur de Chatou et de Montesson de 1666 à 1715, confia l’exécution de la cloche à deux artisans renommés.
Les signatures qui ornent cette cloche d’1,30 m de hauteur et d'1 mètre de diamètre sont en effet celles de Nicolas Chapelle, maître fondeur à Paris, l’un des auteurs du bourdon de Notre-Dame de Paris, également repéré comme le fondeur de la cloche de Soulaire près de Corbeil. Le second artisan de la cloche de Chatou fut Jean Gillot, connu pour avoir coulé en 1628 une cloche du dôme de Trèves en Allemagne mais aussi en 1685, son œuvre phare aux côtés de Nicolas Chapelle, le bourdon de Notre-Dame.
Leur cloche de Chatou porte le nom de "Charlotte-Marie" selon le nom que lui attribua Paul Portail. Ainsi que le conservent ses inscriptions, celle-ci fut bénite en 1666 par Jean Pennel, curé de Chatou, en présence des marguilliers Simon Dreux et Louis Tranchant.
L'Eglise Notre-Dame entre 1872, date de l'érection de la flèche du clocher par l'architecte Paul Abadie, et 1880, date de la transformation par l'architecte Eugène Bardon de la façade romane dans le style néo-gothique que nous connaissons. Cette gravure conservée par l'historien Louis Bigard présente l'intérêt de montrer la façade romane telle qu'elle exista pendant des siècles.
Le seigneur Portail devait connaître une existence contrariée par le combat de trente ans qu’il engagea contre l’abbaye de Malnoue pour la récupération à son profit de la dîme novale avant d’atteindre le sommet des déboires communaux à la fin de sa vie : l’effondrement en 1709 puis la restauration à ses frais enfin l’écroulement pendant la restauration en 1710 du pont en bois sur la Seine, seul moyen de communication directe avec Paris.
Ne bénéficiant plus des mêmes droits de péage qu’auparavant pour les avoir abandonnés une première fois pour trois ans aux entrepreneurs, le seigneur se vit dans l’impossibilité de remettre le pont sur pied une seconde fois. Il mourut ruiné, quatre ans après une supplique implorant l’aide de l’Etat à la restauration du pont adressée au contrôleur général des Finances, Desmarets, en 1711, année où il avait par ailleurs réussi à transiger avec l’abbaye de Malnoue. L’abbé Pennel n’avait quant à lui pu profiter de son sacerdoce, disparaissant dans la démence en 1671. Charlotte-Marie, leur legs, a survécu. Son nom avenant continue de commémorer Chatou.
Sources :
- Histoire de Chatou, Albert Curmer, 1916-1922
- Histoire de Chatou et de ses environs, Paul Bisson de Barthélémy, 1950
- Inventaire du Centre National de Documentation du Patrimoine, Sophie Cueille, 1985
- "Fondeurs-doreurs-ciseleurs", 1886, Alfred de Champeaux
Locomotive 241 P SNCF fabriquée aux usines Schneider du Creusot entre 1948 et 1952, emblême de l'association.
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17/12/2012
PAUL ABADIE (1812-1884), LA RENOMMEE D'UN ARCHITECTE INDEPENDANT
La cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême revue par Paul Abadie au terme d'une campagne de restauration entreprise de 1850 à 1875 à l'instigation de l'évêque d'Angoulême. L'architecte lui donna le style romano-byzantin mais prit soin de lui restituer les chapelles néo-romanes autour du choeur. Service Patrimoine d'Angoulême.
L'Eglise Notre-Dame de Chatou à la suite de l'intervention de Paul Abadie en 1871-1872. La façade romane avait été conservée - collection Louis Bigard - Pierre Arrivetz.
Un pilier cannelé de Paul Abadie à la suite de la restauration de l'église Notre-Dame en 2010, référence de l'architecte catovien à l'époque romaine du Bas-Empire - cliché 2010 Pierre Arrivetz.
En 1874, Paul Abadie remporta le concours pour l'érection d'un monument expiatoire sur la colline de Montmartre, une victoire concluant l'examen de 78 projets, conséquence d'un voeu émis par l'Assemblée Nationale en 1873 en réponse à la Commune et au courant anti-religieux. Cet évènement dut le décider à ne pas renouveler son mandat de conseiller municipal de Chatou en 1875.
Construit en pierre calcaire de Chateau-Landon sur une souscription entièrement privée de dix millions de fidèles entre 1874 et 1919, le monument dont Paul Abadie dressa les plans symbolise Paris dans le monde entier aux côtés de la Tour Eiffel.
Lors de l'Exposition Universelle de Paris en 1878, alors que le chantier battait son plein, un premier hommage fut rendu à l'architecte par un commentateur de la manifestation : " l'auteur de cette oeuvre considérable est un indépendant qui butine sur toutes les fleurs dont sa route est semée. Un peu gothique, bien davantage romano-byzantin, très latin dans son ensemble, l'art de Monsieur Abadie ne dédaigne d'ailleurs ni Athènes ni Rome. Certes, il ne faut pas une valeur ordinaire pour amalgamer convenablement de pareils contrastes, qui, a priori, semblent très disparates. Le danger est réel, et nous ne conseillons pas à tous de le courir. Mais le talent éminent de Monsieur Abadie sait fondre en une harmonie parfaite des éléments si divers, et parvient à procurer aux yeux la sensation d'une douce surprise.
Il y a là un exemple frappant de la haute raison d'un architecte se préoccupant surtout de l'effet à produire, lorsqu'il s'agit de planter un monument sur la montagne qui domine souverainement une ville immense, et destiné à être vu, de tous côtés, à de grandes distances.
En pareil cas, une nécessité s'impose, celle d'une architecture robuste se décorant elle-même par la nature de ses formes et n'admettant pas les détails de composition et d'ornementation qui n'apporteraient aucun concours utile à sa silhouette générale. En architecture, la sagesse est une notable partie du talent et le commencement du génie créateur."
La basilique du Sacré-Coeur de Montmartre, oeuvre de Paul Abadie - cliché 2011 Pierre Arrivetz.
Paul Abadie mourut sur le quai de la gare de Chatou à l'été 1884 :
« Monsieur Paul Abadie, architecte, membre de l’Institut, a été frappé, vendredi 1er août, d’une attaque d’apoplexie, à la gare de Chatou, au moment où il descendait du train venant de Paris ; l’éminent artiste est mort dans la nuit. » (Gazette des Architectes et du Bâtiment – août 1884).
«Le vaillant architecte était frappé inopinément et mortellement en revenant d’exercer les fonctions de juré au Concours du Grand Prix d’Architecture » (Revue de l’Architecture et des Travaux Publics – 1885). « Avant de clore son discours, Monsieur Daumet insiste sur la bienveillance parfaite qui caractérisait Abadie, président du Cercle des Maçons et Tailleurs de Pierre. »
Depuis 1972, une voie honore l'architecte dans le quartier Gambetta. Les deux cents ans de sa naissance n'ont pas été commémorés à Chatou. L'association lui a rendu hommage par une conférence le 19 juin 1998 de Claude Laroche, ingénieur des études au ministère de la Culture et défenseur de l'oeuvre de Paul Abadie. Chatou ne pouvait qu'être associée à la renommée de cette oeuvre singulière qui concourt encore aujourd'hui à l'intérêt de notre patrimoine national.
04/12/2012
AVENUE VICTOR HUGO, DES HISTOIRES QUI NE SE RESSEMBLENT PAS
Cliché : François Nicol
L'avenue Victor Hugo à Chatou tient son nom d'une délibération du conseil municipal du 12 avril 1884 prise à l'initiative de la municipalité d'Ernest Bousson (1878-1887). Celle-ci se revendiquait d'être la première municipalité républicaine et libérale de Chatou en 1878 et procéda à des baptêmes aux noms républicains de diverses voies de Chatou. C'est ainsi que l'ancienne avenue du Vésinet disparut pour honorer un grand français de son vivant.
Une très jolie villa néo-renaissance habillée de briques à l'angle de la rue des Garennes, naguère mal en point, aujourd'hui restaurée, décore cette avenue, faisant écho à la plus ancienne construction bordant cette la voie à Chatou, située face à l'Institut du Bon Sauveur. Cette villa fut construite vers 1880 et mériterait d'être répertoriée au plan local d'urbanisme (illustration ci-dessus).
Dans les années trente, la villa du 11 bis de l'avenue appartînt à Emile Fieg, l'un des fondateurs à l'arrivée du cinéma parlant de la Société Générale d'Equipements Cinématographiques. Cette société anonyme bénéficiait, selon le rapport qui en fut fait le 12 septembre 1930 par la revue "Les Spectacles", d'un capital de 650.000 francs et avait pour objet "toutes opérations se rapportant à l'industrie cinématographique".
Six fondateurs présidèrent à ses destinées *, dont Emile Fieg, le seul administrateur non parisien. Nos recherches n'ont pas pour l'instant permis d'établir quelle fut l'action de cette société.
En revanche, Emile Fieg nous est connu à deux titres : c'est lui qui fut le scénariste de "Paix sur le Rhin", film français de Jean Choux sorti en 1938 pour le XXème anniversaire de l'Armistice de 1918. Emile Fieg était né à Mulhouse en 1885 sous l'occupation allemande.
Ce film célébrait à sa manière en arrière-fond l'entente franco-allemande à travers un scénario bâti sur une dispute familiale en Alsace entre un père et l'un de ses deux fils mobilisés au retour de la Grande Guerre. Son premier fils souhaite épouser une française, le second une allemande. Le père renie ce dernier puis accepte sa démarche à la fin du film, concluant à l'ineptie de sa propre attitude. Des acteurs qui s'y trouvent, Françoise Rosay, Dita Parlo, Pauline Carton, ont laissé une trace durable dans l'histoire du cinéma français.
En second lieu, les délibérations du conseil municipal de 1940 nous apprennent qu'Emile Fieg, sans doute bien vu des allemands, fut nommé par la municipalité de Chatou comme agent de liaison avec la Kommandantur installée dans la commune pour les questions de ravitaillement de la population civile.
Au 15 bis de l'avenue vécut un accordéoniste célèbre, Maurice Larcange. C'est depuis 1992 le domicile du vice-président de l'association Chatou Notre Ville réélu depuis 11 ans, Monsieur Arnaud Muller.
* les autres administrateurs-fondateurs de cette société en 1930 étaient Salomon Kharon, 15 rue Théodore de Banville, le baron François Fragassi, 69 boulevard de Courcelles, Casimir Rotwand, 25 rue Rennequin, Alexandre Berger, 78 rue de Richelieu, Marius Cottavoz, 86 rue du Ranelagh
Sources :
Matrice cadastrale de Chatou
Archives Municipales de Chatou (recensement, délibérations du conseil municipal)
Revue "Les Spectacles" 1930 - Gallica
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13/11/2010
LE 17 OCTOBRE 2010, LES CATOVIENS ONT DECOUVERT L'EGLISE NOTRE-DAME EN MAJESTE
La manifestation qui s’est déroulée dimanche 17 octobre 2010 pour l’inauguration de l’église de Chatou a pu légitimement revendiquer la foule des grands jours. Au terme d'une procession partant de l'église Sainte-Thérèse, l'évêque de Versailles, Monseigneur Aumonier, s'est rendu à la tête d'un cortège à la fois plein de ferveur et bon enfant à l'église Notre-Dame du Salut de Chatou pour son inauguration à la suite des travaux de restauration dont elle faisait l'objet depuis plus d'un an.
Aprés un très beau discours du maire de Chatou, Monsieur Fournier, le père Bruno Valentin, curé de la paroisse (ci-dessous), s'est chargé de dérider l'assistance avec l'histoire tumultueuse au XVIème siècle des relations entre le seigneur Le Pileur et le curé Houssin, celui-ci changeant constamment les horaires de messe pour empêcher le seigneur d'y assister.
L’ Eglise Notre-Dame, inscrite à l’Inventaire des Monuments Historiques en 1925, semblait depuis longtemps rendre une fonction cultuelle sans témoigner de la valeur patrimoniale qui lui était dévolue. Pourtant, son clocher du XIIème siècle, dernier vestige des premiers temps de Chatou, appartenait à l’histoire de même que son architecture néo-gothique qui s’était substituée à son aspect roman autrefois tant vanté par les villégiateurs du XIXème siècle. Mais la vision du pont de Chatou d’un monument à la toiture hétéroclite, ses couleurs multiples, ses murs passés, avaient retiré du charme à l’édifice. Vu de l’intérieur, on voyait tout sans rien voir. On cherchait en vain un décor remarquable pour relever l’ensemble mais le sentiment d’un abandon progressif ajouté à la pensée du dépouillement de son mobilier au cours du XXème siècle, finissait par suggérer une impression de cause perdue.Cette situation déplorable à laquelle personne n’avait songé réellement à s’attaquer depuis plus de soixante ans, a été enrayée grâce à une entreprise de restauration initiée il y a quatre ans par Monsieur Christian Murez, maire de Chatou, et achevée par Monsieur Ghislain Fournier, son successeur. Ce vaste chantier a été porté par l’un de nos plus brillants architectes du patrimoine, Monsieur Matthieu Joulie (ci-dessous).
Monsieur Joulie n'est pas seulement architecte DPLG. Il est également titulaire du Diplôme d'Etudes Supérieures de Conservation et d'Histoire des Monuments Anciens.
Les travaux engagés ont été les plus considérables depuis ceux réalisés après la guerre franco-prussienne, lorsque l’architecte et conseiller municipal Paul Abadie fut désigné pour restaurer la nef de l’église, abîmée par les bombardements du Mont-Valérien, et qu’il fit ajouter une flèche au clocher.* Paul Abadie, nommé architecte du Sacré-Cœur de Montmartre en 1874 à la suite du grand concours qu’il remporta au milieu de 78 projets, fut relayé en 1880 par Eugène Bardon, autre architecte Catovien, qui se chargea d’imprimer un style néo-gothique à la façade de l’église, à l’instar de nombre d’églises de cette époque, notamment de la Capitale.
*L'architecte Paul Abadie, élu au suffrage universel masculin aux élections municipales du 6 août 1870, les dernières élections de l'Empire en pleine guerre, fut chargé par le conseil municipal le 11 juin 1871 de faire un rapport sur les travaux à mener sur les édifices publics bombardés, dont l'église. Il rendit son rapport le 23 juin. Une campagne de travaux fut menée en conséquence en 1871 et 1872.
Une gravure allemande intéressante : le 19 janvier 1871, au lendemain de la proclamation de l'Empire allemand à Versailles, les batteries françaises du Mont-Valérien sont toujours en action depuis le 13 novembre 1870, le gouvernement du général Trochu appuyé par Gambetta institué le 4 septembre 1870 ayant ordonné la résistance à outrance. Les Français tentent d'attaquer le 4ème régiment d'artillerie allemand aux abords du Mont-Valérien. On voit ici ce régiment répliquer avec une artillerie moderne (pas de chargement par la bouche des canons comme dans l'armée française) à des tirs de l'armée régulière. Enfermée dans le Fort du Mont-Valérien, l'armée française n'offrit que des tirs malheureusement statiques et non dirigés aboutissant à la destruction d'une partie des constructions des bords de Seine à Chatou (villa, presbytère, église, hôtel de ville cf "Chatou de Louis-Napoléon à Mac-Mahon 1848-1878" vendu par l'association). Le château de Bertin fut également touché par les ébranlements et personne ne chercha à le restaurer jusqu'à sa démolition en 1912. L'emploi du canon spécial "La Valérie", que Ferdinand de Lesseps en personne vint apprécier, demeura dans les annales de l'artillerie. Le canon, dont les tirs avaient une portée de plus de 7 kilomètres, envoyait des obus survoler l'armée allemande. Quant à son orientation vers l'ouest, nous en fûmes les destinataires. Collection Pierre Arrivetz
Les couleurs des piliers ont été retrouvées en procédant au grattage du badigeon blanc qui les recouvrait.
Ci-dessus, les maires qui ont fait voter par le conseil municipal l'essentiel du budget nécessaire à la restauration de l'église (1.200.000 euros) : au fond à droite, Monsieur Christian Murez, à gauche de profil au premier plan, Monsieur Ghislain Fournier.
1860-1880 : cette période de l’architecture religieuse vivait sous la coupe du "néo". Paul Abadie triomphait avec le néo-romano-byzantin, Viollet-Le-Duc avec le néo-gothique. Ces styles souvent décriés étaient employés en lieu et place d’une restauration à l’identique, demandant à l’architecte de créer un style passé sans détruire. Ils obtinrent des résultats très intéressants sur la construction des villas, mais sujets à discussion sur la restauration des édifices religieux auxquels ils conférèrent néanmoins un caractère plus citadin.
C’est le style de Paul Abadie qui désormais s’impose dans l’église au titre de l’harmonisation qui lui faisait défaut : la nef dégagée et ravalée, les couleurs des piliers cannelés de l’architecte restituées (Claude Laroche, spécialiste de Paul Abadie, nous les avaient désignés à l’occasion de sa conférence à Chatou en 1998 à la demande de l’association) ainsi qu’un liseret rouge dans le style ogival, la clarté qui se dégage du ravalement et met en valeur les vitraux des XIXème et XXème siècles, viennent assurément de remplir une page d’histoire de notre commune.
La restauration réussie de l’église promeut désormais le nom de Chatou et c’est ce que l’on retiendra en adressant tous nos remerciements aux nombreux bienfaiteurs de cette opération dans laquelle l'association a bien entendu apporté sa (modeste) contribution.
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04/04/2010
L'ARCHITECTE CELESTIN AUGUSTE LONGEREY (1860 - ?)
Célestin Auguste Longerey : cet architecte connu du Ministère de la Culture de longue date reste encore largement ignoré dans notre commune. Mais son recensement dans notre ville en 1891 au 11 Villa Lambert par l’association Chatou Notre Ville, et de là dans l’ouvrage « Mémoire en Images – Chatou » (2003) et le CRDOM de l’association « Promenades dans Chatou » (2001), ajouté à une intervention lors du débat récent au conseil municipal sur le programme local de l'habitat, lui ont donné une nouvelle aura.
Son nom s’apparente en effet aux premières expériences d’immeubles de logements sociaux en France. Alors que depuis des décennies, Londres, berceau du concept puis plus tardivement, New-York, Milan, Vienne et Berlin avaient été le terrain de ce nouvel urbanisme, il fallut attendre 1910 pour que dans une IIIème République rayonnante de sa Belle Epoque mais avare en soutien à la classe laborieuse, des bienfaiteurs privés s’attachent à promouvoir ce mécénat peu ordinaire.
C’est alors que Célestin Auguste Longerey signa avec son collègue Labussière les plans du projet monumental de la Fondation du Groupe des Habitations Ouvrières promu par Madame Jules Lebaudy, épouse d’un industriel sucrier déchu qui fréquentait la maison Fournaise. Ce très bel ensemble de 1910 habillé de briques claires fut à l’origine un hôtel populaire pour hommes célibataires abritant 743 chambres. Cet hôtel est devenu en 1926 et demeure encore aujourd’hui la propriété de l’Armée du Salut. Il demeure une œuvre à part au cœur du onzième arrondissement de Paris.
Situé à l’angle de la rue de Charonne et de la rue Faidherbe, il prenait place au centre du quartier industriel du Faubourg Saint-Antoine. Devant l'allure massive et colorée de l'immense édifice, quel sentiment pouvait envahir l’ouvrier célibataire qui convoitait d’y loger sinon celui d’y mirer un accueil sûr, sain et protecteur dans une époque où les taudis lui étaient encore réservés ?
L’énumération des équipements collectifs instaurés dans cet hôtel laisse penser aux services d’un grand navire de l’époque : outre la grande salle à manger de 400 places, un fumoir, une salle de lecture, des salles de lavabos, bains et douches, une salle pour bains de pieds, une salle de « laverie du linge pour locataires avec séchage rapide », des boutiques de tailleur, cordonnier, coiffeur, cabinets d’aisances etc…
Les 743 chambres étaient réparties en cinq étages desservis par des corridors donnant sur de larges escaliers de secours. Elles étaient pourvues en ventilations de 80 cm de hauteur, les gaines de ventilation des corridors débouchant sur les toits.
Au sous-sol se terraient les mécanismes des ascenseurs et monte-charges, une chaufferie à vapeur à basse pression, la production de l’eau chaude, les soutes à charbon, le service de désinfection des couchages, les caves à vin, un dépôt pour les bagages et bicyclettes, et même un local pour le nettoyage de ces dernières. La lumière électrique était doublée d’un éclairage de secours au gaz.
Les parois intérieures des services généraux du rez-de-chaussée, eux-mêmes éclairés de larges baies dans un soubassement en meulière, étaient revêtues de carreaux en faïence et peintures vernissées dominées par des tons blanc et vert.
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26/02/2009
FRANCOIS EUGENE BARDON (1843-1901), ARCHITECTE DE LA VILLEGIATURE
L'un de nos plus importants architectes de la villégiature, François Eugène Bardon, est né dans notre commune en 1843.
Ses parents étaient "marchands de vin, traiteurs" à la sortie de la gare de Chatou. Son père, Jean Bardon, avait épousé Emilie Fournaise. Leur villa au numéro 1 de l’avenue des Vaucelles (avenue Paul Doumer depuis 1932) existe toujours.
A 18 ans, lors du recensement de Chatou de 1861, alors que son frère aîné, Emile, avait embrassé la profession de pâtissier, François Eugène Bardon se déclarait déjà architecte. L’avenir démontra qu'il ne s'agissait pas d'une usurpation.
Croissy, le 22 juin 1866,
Monsieur,
Je m'engage à faire les grilles d'appui et grande grille porte du mur de clôture sur la route de la Faisanderie dans la propriété de Monsieur Paulé au Vésinet, savoir : les grilles mur d'appui ayant environ 9,40 m de long sur 1,20 m entre traverses divisées en 6 parties, chaque partie composée de 11 barreaux carrés de 0,016 posés sur ch...
Lesdits ornés par le haut de lasses en fonte faite sur modèle, bagues formant astragale et bases, haut et bas. Lesdites soutenues par six pilastres en fer forgé d'après détail remis par l'architecte, montants principaux 0,020 x 0, 030 etc..
Les deux pilastres de la porte avec montant plus forts et couronnés par une moulure en fonte avec ornement en fer forgé au-dessus.
La porte de 1,60 m de long sur 2,50 à 2,60 m de haut, ladite composée de barreaux en fer carré de 0,016 ornés comme ceux des grilles mur d'appui montants extrêmes et traverse basse en fer carré de 0,027 traverse haute circulaire et celle intermédiaire en 0,0020 x 0,0027, montant milieu idem aux traverses avec recouvrement panneaux du bas formant soubassement en tôle de 0,003 mm d'épaisseur, soutenus par des croisillons en fer carré, 0,020 x 0,020 avec motif milieu à la demande et moulure encadrant lesdits.
Ladite fermée par une serrure de sûreté et un verrou haut et bas à rappel, le tout suivant les détails qui seront remis lors de l'exécution par l'architecte pour la somme de fixe et à forfait de 400 francs. Ladite mise en place le 15 juillet 1866. De plus, je m'engage à payer à Monsieur GRUT la somme de 10 francs par chaque jour de retard sur l'époque ci-dessus fixée. Agréez mes salutations.
Duchêne
La renommée de François-Eugène fut acquise lorsqu’il exposa un pavillon à l’Exposition Universelle de Paris de 1878, ce qui lui valut ensuite de nombreuses commandes.
Pavillon de l'Exposition Universelle de Paris de 1878 (détruit)
par François Eugène Bardon, architecte de Chatou
Découverte : association Chatou Notre Ville en 2001 à l'occasion du cdrom "Promenades dans Chatou"
Dans les années 1878-1887 sous le mandat d’Ernest Bousson, François-Eugène devint l’architecte de nombreuses villas à Chatou. Par chance, plusieurs planches ont été publiées dans les revues d’architecture de l’époque.
En 1880, Eugène Bardon se vit confier par le conseil municipal la mission de refaire la façade de l'Eglise de Chatou, abîmée par les bombardements de 1871. La belle façade romane de l'église disparut au profit d'un style néo-gothique très en vogue, reproduction de façades d'églises parisiennes.
En 1881, il devint propriétaire et résident de l’hôtel particulier du 5 place Charles de Gaulle, construction qu’il édifia au milieu d’autres afin de permettre l'achat du nouvel hôtel de ville par la "Société Civile de Chatou" avec seize autres Catoviens. Il fit donc partie des « Dix-Sept » bienfaiteurs de l’hôtel de ville et de ses abords dont le surnom est perpétué par une rue de la ville. En 1883, il délivra les plans de l'école maternelle de la rue Ernest Bousson.
François-Eugène mourut précocement à son domicile parisien 24 rue d'Enghien le 24 octobre 1901. Son fils, André Bardon, fut tué au combat le 22 octobre 1918 à Somme Py dans la Marne.
L'on doit à Madame Sophie Cueille, chercheur à l'Inventaire Régional d'Ile de France, d'avoir mis en lumière en 1986 l'oeuvre de ce Catovien dont le nom illustre à lui seul une partie du patrimoine de notre ville. Son portrait était inconnu, nous l'avons trouvé grâce à la vente d'un collectionneur de Gannat dans l'Allier. Le voici.
Eugène Bardon, photo des années 1870 par Marius,
photographe 55 rue de Réaumur, Paris
collection Pierre Arrivetz
Sur la proposition de l'association, un hommage lui a été rendu par la municipalité par la dénomination du petit square de l'avenue d'Aligre inauguré le 22 décembre 2009 et une plaque illustrée de son portrait.
Publié dans . PERSONNALITES DE CHATOU, CHATOU DANS L'ARCHITECTURE, CHATOU SOUS LA IIIEME REPUBLIQUE | 22:53 | Commentaires (0) | Lien permanent
17/11/2007
LA CONSTRUCTION DE L'EGLISE SAINTE-THERESE DE L'ENFANT JESUS
L’Eglise Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus située 36 route de Maisons fut consacrée le dimanche 23 octobre 1932 par Monseigneur Millot, « prélat de sa Sainteté, vicaire général, archidiacre de Versailles », assisté du chanoine Flavigny, vicaire général honoraire, curé doyen de Saint-Germain-en-Laye et de l’abbé Fossard, chanoine du chapitre de la cathédrale de Versailles.
Le curé de Chatou, l’abbé Basler, rendit hommage à ses prédécesseurs qui avaient été à l’origine du projet. Un sermon de Monseigneur Millot s’ensuivit dans une atmosphère très émouvante qui se termina par la bénédiction du Saint-Sacrement puis la consécration de la chapelle. A la fin de la cérémonie, les roses de Sainte-Thérèse furent distribuées aux paroissiens.
Un témoin reporter écrivit : « nous pensions avec gratitude à cet admirable clergé du diocèse de Versailles, qui, avec opiniâtreté et succès, grandit le domaine du Christ, aux dépens d’un matérialisme, qui, malgré sa puissance et son hostilité, n’a pu éteindre complètement, dans le cœur du peuple, « la flamme du souvenir religieux » selon l’expression de Monseigneur Millot. »
A l’occasion du salon de l’Ecole Française qui se déroula au Grand Palais du 4 janvier au 1er février 1933, le cabinet d'architecture O.S.Michelin présenta un projet d’église de nouveau dédié à Sainte-Thérèse dans un style «d'art moderne de filiation classique» (ci-dessous).
Au lendemain de la grande Exposition Coloniale de Paris de 1931 qui avait connu un succès retentissant (34 millions de visiteurs) et crépusculaire, l’architecte retint naturellement pour ses plans de Chatou un style appelé à être promu indifféremment dans l’empire colonial français et dans la métropole. L’originalité de la construction est donc à chercher ailleurs.
Ces panneaux étaient constitués par des cadres en profilés, revêtus extérieurement de plaques de ciment amiante compressé, remplis en atelier de béton cellulaire armé. L’ensemble donnait un montage avec un panneau de béton armé dont les angles étaient protégés par des cornières, la face vue habillée d’une plaque de fibrociment de forte épaisseur remplaçant l’enduit et assurant une étanchéité parfaite selon l’ingénieur René Hochstaetter.
La construction de ce type d’édifice ne ressemblait-il pas à du grand « Meccano » ? une plate-forme en maçonnerie était réalisée, une ossature métallique venant des Forges et Ateliers de Commentry-Oissel était montée sur l’assise, les parois étaient ensuite glissées dans l’ossature conçue pour les recevoir et maintenues au moyen de couvre-joints. A moindre coût, une couverture en tuile ou fibrociment - l'église Sainte-Thérèse bénéficia heureusement de l'ardoise - achevait la mise hors d’eau du bâtiment. La face intérieure de cette couverture était doublée d’une paroi d’isolement en plaques spéciales posées spécialement sous la charpente. Enfin, les menuiseries , peinture et vitrerie constituaient la touche finale du chantier.
On relevait la possibilité de démonter le bâtiment pièce par pièce, la seule nouvelle dépense étant dans le cas d'un déplacement une assise nouvelle de maçonnerie.
Il reste une poignée de ces églises en Ile de France. Malgré leur construction bon marché, leur architecture contraste avec la monotonie de nos banlieues.
Clichés de l'Eglise Sainte-Thérèse en construction