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17/04/2014

LES CRIMES DE L'ILE DE CHATOU (1931)

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Un paysage révolu : la ferme dans l'Ile, bucolique et tragique

 

"L’Ile de Chatou s’étend du pont de Chatou jusqu’au-delà du talus de la voie ferrée électrique Paris-Saint-Germain-en-Laye. La ferme laitière de Madame Hesse est isolée de toute habitation et se trouve à peu prés au centre de l’Ile. L’habitation la plus proche se trouve à 200 mètres au-delà de la voie ferrée. La ferme comprend deux corps de bâtiments et un hangar. La maison d’habitation est surmontée d’un grenier pour le fourrage et flanquée d’un hangar où l’on remise les voitures.

Pour exploiter sa ferme, qui comprend 28 têtes de bétail et de vastes pâturages, Madame Hesse avait , depuis la mort de son mari, engagé, pour la seconder, un gérant, Monsieur  Frédéric  Rouchet, lequel avait sous ses ordres un commis, Monsieur Gaston Peters et un aide, le jeune Raymond.

Vendredi soir il était 20h30. La fermière soupait avec ses trois employés dans la cuisine de la ferme lorsque survint le tragique évènement. On entendit tout d’abord dans un vestibule un bruit insolite. Puis la porte s’ouvrit livrant passage à des personnages de cauchemar : deux humains affublés sous leurs chapeaux mous rabattus sous les yeux de masques grotesques à nez enluminés et à grosses moustaches ainsi qu’en portent les plaisantins de mardi gras.

Chacun de ces deux hommes était armé d’un revolver et d’un couteau. Devant cette étrange apparition, Frédéric  Rouchet réagit aussitôt. Robuste et courageux, il saisit un tabouret et s’élança sur les intrus cependant que Madame Hess et le jeune Raymond se réfugiaient dans la pièce voisine.

 Les assaillants firent feu deux fois. Quatre projectiles sifflèrent mais n’atteignirent personne une des deux têtes masquées recevant un coup violent de sa massue improvisée. L’homme chancela mais son complice porta à l’adversaire un coup de couteau et les deux bandits s’enfuirent.

Un peu haletants mais assez calmes, Rouchet et Peters prièrent leur patronne de venir reprendre sa place à table. Elle n’eut pas le temps de le faire. Une fusillade infernale éclata soudain. La pièce fut criblée de projectiles. Les deux bandits inconnus, ayant contourné la maison, venaient d’ouvrir le feu à travers les vitres d’une fenêtre dont les volets étaient restés ouverts.

Six balles furent tirées. Rouchet fut tué net. Touché également, Peters eut la force de se trainer dans la chambre à coucher, où il devait mourir une heure plus tard entre les bras du docteur Calbet, médecin à Chatou, mandé à son chevet. Madame Hesse était légèrement blessée à l’épaule et Raymond était indemne.

Les coups de feu avaient été entendus du pont de Chatou, où passe la route nationale de Paris à Deauville. La police de Chatou fut alertée. D’autre part, ses voisins, M.M. Poletto et Antoine Marin, accouraient trop tard à la rescousse.

 

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Les victimes Rouchet et Peters

 

Monsieur Gosselin, commissaire de police et ses agents arrivèrent bientôt, ainsi que le capitaine de gendarmerie Henry, commandant l’arrondissement de Saint-Germain. On avait vu fuir les criminels  dans la direction de Croissy-sur-Seine. Les brigades de gendarmerie de Chatou, Saint-Germain, Le Vésinet et Bougival se mirent à leur poursuite sans pouvoir les découvrir."

 

Source : Le Petit Parisien - 13 décembre 1931

15/04/2014

GEORGES GERSHWIN (1898-1937): UNE PILE DE DISQUES A CHATOU

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Collection Pierre Arrivetz - photograph courtesy The Culver Service, New-York

 

Qui n’a jamais entendu un air de Georges Gershwin ? sa « Rhapsody in blue » imprime une mélodie au mouvement, au fracas, passant de l’irruption à la mélancolie, nous projetant immanquablement dans l’univers grouillant de la grande cité américaine de l’entre-deux-guerres. Le compositeur, qui fit ses premières armes en 1924  participa à l’essor de la musique de jazz au lendemain de la Première Guerre Mondiale, présent sous différentes formes : applaudir les orchestrations Nouvelle Orléans, danser avec le charleston, écouter une symphonie de Gershwin, furent le commun du continent nord-américain dans les années vingt. Dans les années trente, une créativité sans faille s’ensuivit de compositeurs hollywoodiens, largement mise en scène par les grands orchestres de jazz et les comédies musicales.     

La musique de Gershwin connut un succès immédiat aux Etats-Unis. En France, la culture musicale américaine était entrée sur les champs de bataille grâce aux orchestres des soldats noirs habités par le rythme. Elle fut intronisée à Chatou boulevard de la République dans les usines de la Compagnie Générale des Machines Parlantes d’Emile Pathé, d’abord par la vente des appareils à disques permettant l’audition de ces nouveaux succès puis par la production et l’édition d’orchestres.

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Collection Pierre Arrivetz

 

En 1924, le catalogue comptait ainsi plusieurs pages de disques de jazz. Georges Gershwin n’y apparaissait encore que comme l’auteur de deux premiers « tubes » : « Do it again » par le Mitchell’s Jazz-Kings (réf 6577 étiquette marron), et « Swanee » par Mistinguett et l’orchestre de Maurice Yvain (réf 6513 étiquette marron). Nous étions encore dans une production de disques à saphir, française, propre à Pathé. Six ans plus tard, la fusion faite avec la Columbia Graphophone Company ouvrit de nouvelles pages dans le catalogue Pathé à Gershwin. Celui-ci avait également produit entre-temps ses chefs d’œuvre dont les enregistrements en Amérique furent reproduits boulevard de la République : « Rhapsody in Blue » par Lud Gluskin et son jazz (réf 5466), par Willard Robison et son orchestre (réf 6182 N), « S’Wonderful » par Sam Lanin and his orchestra (réf X 6223) , « Do-do-do » from “O Kay” chanté par Annette Hanshaw (réf  X 6200 N), « My one and only », “What am I gonna do” par Sam Lanin et son orchestre (X 6227 N). La fusion entraîna également l’importation de l’édition phonographique des grands labels anglais : le catalogue Columbia de 1932édita sous la férule de l’industrie de Chatou Paul Whiteman et son orchestre, premier interprète aux Etats-Unis de la « Rhapsody in Blue » en 1924 ainsi que Roy Bargy au piano pour le “Concerto en fa” de Georges Gerschwin (3 disques étiquette noire 9665-9667). L’originalité ne manquait pas puisque la “Rhapsody in Blue” fut également produite dans une interprétation pour orgue de Quentin Maclean (DFX 70).

 

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Paul Whiteman, son orchestre et les girls du film "Chercheuses d'Or" de 1929 - collection Pierre Arrivetz

 

 

La Compagnie Française du Gramophone, filiale de Columbia, détentrice du fameux symbole musical, le chien Nipper, sous le label « La Voix de Son Maître », fit parallèlement fabriquer à la même époque à Chatou, de Georges Gershwin, “Funny face” par Victor Arden, Phil Ohman et leur orchestre, “Lady be good” par “Paul Whiteman” (réf K 2755 et K 2952), “O Kay” par l’orchestre « The Revellers » (réf L 661 étiquette verte ou grenat), la “Rhapsody in Blue” par Paul Whiteman (réf  L 634 étiquette verte ou grenat), “Short story” par  Samuel Dushkin (réf P 794 étiquette noire), “Tip toes” par l’ Orchestre Savoy Havana (réf K 5123, étiquette verte ou grenat), par “The Revellers” (réf L 661 étiquette verte ou grenat), par “Paul Whiteman” (réf K 3328 étiquette verte ou grenat) et enfin “Treasure girl” par Victor Arden, Phil Ohman et leur orchestre (réf K 5672). Cette production était peut-être encore limitée à un auditoire parisien  avide de distractions et n’additionnait que des orchestrations en conséquence.

 

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Photo de 1998 de la façade de type Art Deco de l'usine abandonnée de la Société Générale de Disques construite rue Emile Pathé de 1929 à 1931. Pathé-Marconi, créé en 1936 sur la réunion des grandes marques, y concentra sa production de disques pour une distribution mondiale. Cliché Pierre Arrivetz

 

Vinrent les lendemains de la Seconde Guerre Mondiale qui donnèrent la gloire aux soldats américains et la culture du rêve dans un continent exsangue.

La musique de Georges Gershwin était toujours présente dans le catalogue Pathé-Marconi mais un caractère classique et symphonique fut enfin introduit dans la production. En 1950, le créateur Paul Whiteman était maintenu au catalogue pour la « Rhapsody in Blue » version 1924 mais un interprète majeur de Gershwin, présent également comme acteur dans les comédies musicales, fit son apparition : Oscar Levant, pianiste virtuose accompagné par l’orchestre de Philadelphie sous la direction d’Eugène Ormandy, édité en 78 tours sous le label Columbia (GFX 128 et 129) cependant qu’ « Un Américain à Paris » était produit sous la baguette d’André Cluytens, chef de l’orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire sous la même étiquette (GFX 132 et 133).

 

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Collection Pierre Arrivetz

 

 

Dans le catalogue Pathé-Marconi de 1956 où le 78 tours subsistait, Oscar Levant récidiva mais cette fois-ci accompagné de l’orchestre de New-York dirigé par André Kostelanetz (FCX 118). « Porgy and Bess » apparut enregistré par l’orchestre symphonique de musique légère de Georges Melachrino (7 GF 170). Enfin, la Métro-Goldwyn-Mayer, devenue l’une des enseignes de la production de Pathé-Marconi à Chatou, confiait en 1951 à son chef fétiche, David Rose, l’interprétation des musiques du film « Un américain à Paris » (réf MGM 4100).

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Collection Pierre Arrivetz

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13/04/2014

CHATOU DANS L'HISTOIRE EGYPTIENNE : DES TEMOIGNAGES DU XIXEME SIECLE

Nous avons curieusement évoqué sur ce blog l'Egypte à travers une présentation par le décorateur catovien Georges Rémon des villas Art Déco construites dans les années vingt dans ce pays.   

 

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Le percement du canal de Suez et ses emprunts sur le marché français firent entrer l'Egypte dans l'univers parisien. Ici une maison égyptienne de l'Exposition Universelle de Paris de 1867 par l'architecte Drevet - dessin de Gaildreau

 

Mais un retour en arrière s'est profilé grâce à l’Association du Souvenir de Ferdinand de Lesseps qui a maintenu auprès de nous cette ambiance égyptienne à travers l’affaire du canal de Suez. Nous avons donc cherché à compléter les liens de Chatou avec l’Egypte au XIXème siècle et au gré de nos divers inventaires, et avons eu le plaisir d’en découvrir quelques-uns, certains déjà évoqués dans nos publications :

Louis-Joseph Batissier, vice-consul de France à Suez de 1848 à 1852, nommé le 8 septembre 1852 pour participer aux travaux du consulat général à Alexandrie avant de demander en 1858 un congé de trois mois pour raison de santé qui ne lui fut finalement accordé qu'en 1860. Nommé consul honoraire par décret de l'empereur du 10 avril 1867, il habita 6 avenue des Vauxcelles (avenue Paul Doumer en 1932) où il avait fait construire une villa vers 1862 : son témoignage demeure  (cliché ci-dessous pris en 2005).

Notons que ses écrits connurent une certaine notoriété, en particulier son "Histoire de l'Art Monumental de l'Antiquité au Moyen-Age", médaillée en 1846 de l'Académie des Inscriptions et des Belles Lettres. Né en 1813, historien, archéologue, Louis-Joseph Batissier était inspecteur des Monuments Historiques depuis 1839 et avait été élevé au grade de Chevalier de la Légion d'Honneur par décret du 26 décembre 1855.

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Le député Jules Barthélémy Saint-Hilaire, opposant à l'Empire mais membre de la commission impériale pour l'étude du canal de Suez, fut  envoyé en Egypte en 1855 aux côtés de Ferdinand de Lesseps, et, sans être catovien, fut  le député de Chatou élu contre le candidat impérial au suffrage universel masculin au Corps Législatif en 1869. Il siégea jusqu’à la guerre Franco-Prussienne avant de devenir le secrétaire bénévole du premier président du conseil des ministres en 1871, Adolphe Thiers. Il fut ministre des Affaires Etrangères de Jules Ferry (1880-1881).

En outre, deux habitants de Chatou furent  des proches du pouvoir égyptien avant que l’Angleterre ne prenne en 1876 le contrôle du pays. Une Egypte nouvelle que la France avait contribuée à édifier avec l’appui des vice-rois.

Refusant les directives du sultan et résistant aux pressions anglaises, ces derniers se sacrifièrent en partie sur le compte du grand dessein de modernisation et d’embellissement qu’ils poursuivaient.

Dans leur entourage se trouvait le colonel Selim Bey Pauthonnier, aide de camp du vice-roi d’Egypte, recensé en 1872 dans la « section » du Vésinet appartenant alors à Chatou 3 rue des Grands Ponts. Le recensement précédent de 1866 ne le mentionnant pas, il est possible d’en déduire son installation dans l’intervalle dans ce « hameau » de Chatou comme on le définissait alors.

Enfin, D’Arnaud Bey habitait rue des Gabillons à Chatou sous le Second Empire. On ne peut identifier encore le numéro de sa villa laquelle existe probablement toujours et dont seul un acte de vente doit préciser la localisation, des nuées de domestiques figurant à l’époque dans le recensement de cette rue. D’Arnaud Bey était l’ingénieur en chef des travaux du Nil du vice-roi d’Egypte. La rue des Gabillons est devenue la rue de la Gare en 1878 puis la rue du Maréchal Joffre que nous connaissons en 1931.

Il est difficile malheureusement de trouver plus de renseignements.

Précisons que  deux vice-rois d’Egypte ont  pu être les interlocuteurs des dernières personnalités que nous venons de citer : Saïd Pacha, vice-roi de 1854 à 1863, co-auteur du projet du canal de Suez avec Ferdinand de Lesseps et Napoléon III, et Ismaïl Pacha, son successeur de 1863 à 1879, qui poursuivit l’œuvre de modernisation avant d’en être dépouillé au profit de la puissance anglaise.

 

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Saïd Pacha, vice-roi d'Egypte de 1854 à 1863 - illustration communiquée par l'Association des Amis de Ferdinand de Lesseps avec nos remerciements

 

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Ismaïl Pacha, vice-roi puis khédive d'Egypte de 1863 à 1879, déposé - illustration communiquée par l'Association des Amis de Ferdinand de Lesseps avec nos remerciements 

 

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Le palais du vice-roi d'Egypte reconstitué à l'Exposition Universelle de Paris de 1867 par l'architecte Drevet - dessin de Gaildreau

 

 

Mais ne tergiversons pas sur la conclusion : au terme d’une carrière égyptienne, Chatou était considéré comme un havre où probablement, souvenirs, plans, toiles et écrits sur un pays à l’aube du monde moderne durent dépayser l'intèrieur d’accueillantes villas, lesquelles peuplaient alors l’environnement frais et boisé du village de Chatou et de ses 3000 âmes.

 

Sources :

- Gallica

- "Mémoire en Images" (2003), par Pierre Arrivetz

-"Chatou, de Louis-Napoléon à Mac-Mahon 1848-1878" (2005), par Pierre Arrivetz

- "L'Exposition Universelle de 1867 illustrée" - collection de l'auteur

 

10/04/2014

IL ETAIT UNE FOIS L'ORIENT EXPRESS A PARIS

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Une exposition sans pareil s’ouvre au public à l’initiative de l’Institut du Monde Arabe et de son président Jack Lang dans le cinquième arrondissement de Paris : « IL ETAIT UNE FOIS L’ORIENT-EXPRESS ». Le mythe laisse place à une réalité pointant le savoir-faire et l’audace d’un entrepreneur du XIXème siècle. Capable d’organiser la liaison du monde à force d’ingénierie, de persuasion, de génie créatif et de croyance dans le progrès soutenue conjointement par l’opinion publique, les banques d’affaires et les gouvernements, l’inventeur de l’ORIENT-EXPRESS, Monsieur Georges NAGELMACKERS (1864-1904), créateur de la Compagnie Internationale des Wagons-Lits et de la Compagnie Internationale des Grands Hôtels, de nationalité belge, lança son train de la gare de l’Est à travers l’Europe en 1883 pour l’emmener jusqu’à Constantinople, fondant l’une des plus belles pages de l’histoire ferroviaire.

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Un aspect des compartiments d'un wagon exposé par l'un des plus célèbres de nos maîtres-verriers, René Lalique.

 

Le plein aboutissement de son entreprise se fit bien après sa mort par la poursuite de la liaison avec l’Egypte, la Syrie et l’Irak via le TAURUS EXPRESS en 1930, cependant qu’en 1922 une livrée bleue désignerait définitivement le train dont Agatha Christie ferait son roman douze ans plus tard. René Prou et René Lalique furent les décorateurs français qui signèrent cette génération d’entre-deux-guerres où la renommée du train atteignit son apogée, convoyant notamment Joséphine Baker, Agatha Christie, Paul Morand, Graham Green et Ernest Hemingway dans des circonstances que l’exposition vous permet de découvrir. 

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Vitre agrémentée d'une ventilation dans l'un des wagons de 1929. 

 

Une visite intérieure des wagons en plein air inaugure l’exposition, dans une ambiance particulière obtenue non seulement par une scénographie recherchée mais par l’aménagement des wagons eux-mêmes prêtés par la SNCF de 1925,1929 et 1949. Un restaurant étoilé fonctionne dans un quatrième wagon Art Deco d’époque pour la durée de l’exposition.

Enfin, l’Institut accueille deux niveaux consacrés à la traversée de l’ORIENT-EXPRESS, à ses films, ses personnalités, ses hôtels, ses publicités, ses décors, ses rivages ottomans et ses gares.

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En quittant l’exposition, on a nettement le sentiment d’avoir participé à un voyage où la nostalgie de l’audace et du goût qui présidèrent à cette aventure l'emporte dans le souvenir. Merci aux organisateurs de cette formidable exposition.

 

Pour en savoir plus  : Il était une fois l'Orient Express

 

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04/04/2014

NOS ADHERENTS ONT DU TALENT

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Nous avons le plaisir de vous faire part de la parution d'un ouvrage collectif aux éditions L'HARMATTAN sous la direction et la rédaction de l'une de nos adhérentes, Madame Monique Héritier, professeur agrégé d’espagnol, docteur en histoire économique de l’Espagne contemporaine, ancienne maître de conférences aux universités de Lille III et de Cergy-Pontoise.

 

Note éditoriale

 

Le tourisme est une activité incontournable de l’économie espagnole. Malgré les difficultés économiques traversées par le pays, il reste un secteur de choix, très compétitif, qui se situe au carrefour d’activités économiques qu’il tend à entraîner. Synonyme de voyages, de rencontres avec l’autre, de découvertes d’un mode de vie, d’une civilisation, d’un patrimoine culturel ou artistique, le tourisme ne peut laisser étranger à l’identité du « pays récepteur ».

L’hospitalité traditionnelle ayant acquis une dimension mercantile, des stéréotypes sont nés, notamment à cause des guides touristiques. Suivant ce constat, la place du tourisme espagnol est envisagée dans des contextes économiques variés, selon une double approche quantitative et qualitative.

Récemment, les initiatives espagnoles visant à dépasser le tourisme de masse tendent à favoriser la naissance de nouvelles formes de tourisme « ciblé » et de qualité. La présente étude aborde la rencontre de l’Autre sous ses aspects bilatéraux, d’un point de vue économique ou diplomatique. Le fil conducteur guidant les différents auteurs tient compte de ce double aspect : activité économique ouverte sur le monde et préservation identitaire.

 

A commander chez votre libraire ou à L'HARMATTAN, 7 rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris, tél : 01 40 46 79 20 - http://www.harmattan.fr

 

 

Rappelons que Maurice Berteaux, député-maire de Chatou et ministre de la Guerre, reçut Alphonse XIII, roi d'Espagne, à Paris du 30 mai au 5 juin 1905, en compagnie du président Emile Loubet. On le voit ci-dessous à gauche dans le landau présidentiel à Vincennes.

 

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collection Pierre Arrivetz

 

 

Pour en savoir plus sur le livre de Monique HERITIER

visionnez la video en cliquant sur le lien ci-dessous


https://www.youtube.com/watch?v=wLAMa1NhrX4

 

 

 

18/03/2014

14 JUILLET 1939 : GEORGES MANDEL NOMME GEORGES CATROUX

 

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Au ministère des Colonies, une rare photo de Georges Mandel en train d'examiner des clichés de son chef d'état-major, le général Buhrer, en décembre 1939. Sur le devant de son bureau, la statue de Clemenceau qui ne le quittait jamais - "Match" décembre 1939 - collection de l'auteur

 

Le destin des hommes forgé à l’idée de combat pour  la civilisation française : voilà où l’on pouvait rencontrer la mesure de Georges Mandel, né à Chatou le 5 juin 1885 10 avenue du Chemin de Fer.

Chef de cabinet de Clemenceau de 1917 à 1920, député indépendant siégeant à droite de 1919 à 1924 puis de 1928 à 1940, ministre modernisateur des PTT de 1934 à 1936, le natif de Chatou souhaitait ardemment dans l’ombre du Tigre placer son action dans un sursaut de défense nationale. Mais sous l’influence d’un état-major périmé, le cénacle radical-socialiste, plus enclin à siéger qu’à combattre, lui refusait obstinément  les postes qu’il demandait pour armer, réformer et produire : soit, lui, Georges Mandel, transformerait un poste jugé secondaire en un  avant-poste de la résistance française.

Ministre des Colonies depuis 1938, il combattait au sein même du gouvernement pour obtenir des crédits en faveur de leur armement, renvoyait les fonctionnaires qui ne se rendaient pas à leurs postes, tentait de développer l’économie de la France d’Outre-Mer.

Mais seul, toujours seul, face à un mur d’ignorance, de mépris et d’inertie, son action dans le vaste empire devait bien souvent se contenter des réquisitions sur place et de biais invraisemblables. Faire avancer la cause de la défense de territoires peu considérés de la métropole et encore moins de l’état-major, dont la prescience fondée sur le déroulement de la Grande Guerre ne pouvait permettre de songer à faire des colonies un bastion de la France  en armes, telle était sa mission.Le point de vue de l’action et de la compétence n’en pouvait que plus déterminer les nominations de Georges Mandel. Le 14 juillet 1939, le ministre  des Colonies appela le général Catroux, un "réprouvé" comme lui. 

 

 

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Le gouverneur  général Catroux à la sortie du palais du roi du Laos en 1940.

 

Né en 1877, écarté des instances de l’état-major au faîte d’une carrière de trente ans en Afrique du Nord, Georges Catroux avait lui-même fait faillite en politique en condamnant les Accords de Munich, « le moment le plus douloureux pour l’amour-propre français, et la faillite de notre politique internationale » et en tenant lui aussi les colonies comme un futur champ de bataille à intégrer dans les plans de la Défense Nationale.

Au total, Georges Mandel  le considérait comme l’homme de la situation. Le général cinq étoiles Catroux, ancien collaborateur de Lyautey, remplaçait un civil au poste de Gouverneur Général de l’Indochine (Tonkin, Annam, Laos, Cambodge, Cochinchine) une terre qu’il n’avait connue que brièvement à ses débuts de 1902 à 1905 mais qui avait décidé de son engagement colonial. Après avoir constitué son cabinet, le général Catroux rejoignit son poste le 2 septembre 1939, au terme d’un voyage de quatre jours. 

 

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Sans doute l'image d'avant-guerre la plus connue de l'Indochine des Français de la métropole qui n'eurent pas l'occasion de se rendre à l'Exposition Coloniale de Paris de 1931: celle renvoyée par la publicité des compagnies maritimes. Ici Les Chargeurs Réunis sous l'excellence du trait du dessinateur Sandy Hook. Collection du Musée Maritime et Portuaire du Havre - tous droits réservés.

 

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 Une image de l'Indochine clamant pour l'éternité l'hostilité de son âme à la guerre : la baie d'Along, parcourue ici par un vapeur français en 1939 semblant égaré dans le paysage.

   

L’Indochine n’était rien moins qu’une perle de l’Asie et à l’aube de la deuxième guerre, dégageait une forme de prospérité qui n’était même plus troublée par l’agitation communiste et nationaliste. Le péril de l’Allemagne n’y était qu’une évocation. Pourtant, le nouveau gouverneur était chargé d’approvisionner la métropole en matières premières pour faire face à l’ennemi.

Mais l’objectif se heurta à un obstacle de taille. La France indochinoise, sous la férule de Georges Mandel, alimentait en effet la Chine de Tchang-Kaï-Chek en matières premières face à son envahisseur, le Japon, dont l’occupation atteignit la frontière de la colonie à l’été 1939.

Comprenant que l’Indochine devait être mise hors d’état pour accomplir son destin hégémonique en Asie, la junte nipponne envoya en février 1940 le général Tsuhihashi convaincre le général Catroux d’arrêter les livraisons à la Chine, ce que le général finit par faire pour le carburant. L’éloignement de la métropole de l’Indochine l’avait mise en dernière position des financements du ministre pour l’armement. Seule la présence de l’armée britannique à Singapour apportait une nuance à l’étalage d’impuissance militaire relevé par le nouveau gouverneur. Le 19 juin 1940, il dut fermer la frontière du Tonkin à la Chine sous peine de précipiter l’invasion japonaise et accepter des contrôles du commandement japonais sur son territoire.  Il envoya une note au premier gouvernement Pétain le 20 juin 1940 en demandant la conservation de la coopération économique et politique avec l’Angleterre.

La signature de l’Armistice deux jours plus tard, à laquelle il s’opposa, porta un coup fatal à une tentative de résistance, la France étant au demeurant déconsidérée dans l’esprit public  de ses administrés, notamment d’Extrême-Orient. Quant au gouvernement Pétain, son esprit de résistance se manifesta soudainement en Indochine.

Celui-ci prit prétexte des concessions du général Catroux pour le remplacer par l’amiral Decoux.  En fait, le général Catroux, qui avait signifié au gouvernement Pétain le 22 juin qu’il entendait conserver sa liberté d’action, représentait devant les yeux effrayés des vichyssois l’homme de Mandel par qui une dissidence de l’Indochine était possible. Mais, n’ayant pu contracter aucun appui militaire anglais ou américain dans la période qui suivit l’Armistice au titre d’une éventuelle dissidence qui l’aurait laissé seul face au Japon, le général remit les pouvoirs le 20 juillet à l’amiral Decoux et rejoignit le général de Gaulle à Londres en août.

Le court séjour du général Catroux en Indochine de septembre 1939 à juillet 1940 lui permit d'engager les travaux promus par Georges Mandel et dont un entretien du général avec Paul-Emile Cadilhac, reporter de l'Illustration, donne une idée précise :

"La bataille moderne est une grosse mangeuse d'avions et de munitions. Il faut pouvoir l'alimenter. D'où l'idée de Monsieur Mandel de créer en Indochine une usine d'aviation et, en attendant mieux, des cartoucheries. L'Union Indochinoise doit, en cas de nécessité - blocus par exemple - pouvoir se passer de la métropole. (....) Voilà pourquoi, par un matin printanier de février (1940), je me trouve à 40 kilomètres d'Hanoï, vers la pointe du delta tonkinois, tout à côté du camp militaire de Tong en compagnie de Monsieur Kaleski, ingénieur et directeur des travaux de la future usine. Des centaines d'ouvriers s'activent sur le terrain. Des rouleaux circulent, des routes s'achèvent et d'ici quelques mois, l'usine se dressera à proximité du camp d'aviation, dont le terrain, doté d'une nouvelle piste d'envol de 1100 mètres, servira aux essais des avions.

Les bâtiments, très dispersés et à l'épreuve des bombes, défendus d'ailleurs par de nombreuses batteries aériennes et des escadrilles de chasse, fabriqueront et les cellules et les moteurs. Le personnel groupera 3000 ouvriers indochinois encadrés par des spécialistes français. L'usine sera utilisée à deux fins : fabrication de matériel neuf - 150 avions par an au début - pour l'Indochine et nos diverses possessions ; réparation et remise au point du matériel en service. Parallèlement, on édifie trois vastes cités ouvrières destinées aux européens et au personnel annamite. J'ai visité à Phu-Tho, toujours au Tonkin, la première cartoucherie d'Indochine. Quand elle fonctionnera à plein, elle sortira par jour 50.000 cartouches."

Et le journaliste de conclure après avoir égrené tous les plans de modernisation du pays: "Il semble donc que demain l'Indochine doive se développer industriellement plus encore. Il faut s'abstenir de faire avec elle du colbertisme, et du plus étroit, mais au contraire l'encourager et l'aider à se réaliser toute entière. Cela suppose un plan d'ensemble, une direction ferme, une volonté tendue. Depuis Paul Doumer, on a ici changé trop souvent de gouverneur général. Celui qui passe ne peut rien créer. Un jour qu'on complimentait Lyautey sur le miracle du Maroc, il répondit avec modestie, évidemment trop de modestie : "j'ai duré !". Durer est une nécessité. Actuellement grâce à un choix éclairé, l'Union Indochinoise possède à sa tête un chef - un vrai chef. Qu'on lui donne le temps et il accomplira ici de grandes choses". Une grande ambition était bien à l'oeuvre mais trop tard alors que la métropole s'écrasait dans la défaite.

La suite appartient à l’histoire des Français Libres dont une ordonnance du général de Gaulle du 27 octobre 1940 a livré les premiers symboles :

 

"Ordonnance n° 2 portant nomination

des membres du Conseil de défense de l'Empire

Au nom du Peuple et de l'Empire français,
Nous, général de Gaulle, chef des Français libres,

Ordonnons,

Article premier.

Sont nommés membres du Conseil de Défense de l'Empire institué par l'ordonnance n°1 du 27 octobre 1940, Général Catroux, Vice-Amiral Muselier, Général de Larminat, Gouverneur Éboué, Gouverneur Sautot, Médecin Général Sicé, Professeur Cassin, Révérend Père d'Argenlieu, Colonel Leclerc.

Article 2.

La présente ordonnance sera publiée au Journal officiel de l'Empire et, provisoirement, au Journal officiel de l'Afrique équatoriale française.
 

Fait à Brazzaville, le 27 octobre 1940
C. de Gaulle."

 

 

A noter que dans la foulée de ses nominations au Ministère des Colonies, Georges Mandel promut en 1939 Jacques Valentin Cazaux, inspecteur général des Colonies, qui organisa le premier mouvement de résistance en Indochine le jour de l'Armistice et fut emprisonné par Vichy le 20 novembre 1940.

 

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La banque de l'Indochine à Saïgon en 1939

 

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La Chambre de Commerce de Saïgon en 1939, offrant notamment à la population des cours d'apprentissage, de sténo-dactylo et de "teneurs de livres", assurant les recherches d'emploi par un Office de Placement et octroyant une aide financière aux associations d'employés français et "indigènes".

 

La région de Saïgon (au sud de l'Indochine) portait une économie importante : 20 rizeries, 44 décortiqueries, 5 brasseries, 3 distilleries, 3 manufactures de caoutchouc, 15 entreprises de construction et de travaux publics, 3 ateliers de construction mécanique, 3 usines de conserves, 2 usines de raffinage d'huile, 4 savonneries, 3 raffineries, 4 manufactures de cigarettes, 2 entreprises de débitage de bois, plusieurs usines d'électricité et de distribution d'eau, forges, entreprises de transports fluviaux et maritimes, fonderies, briqueteries, tuileries. La Cochinchine représentait à elle seule plus des deux tiers de la valeur des produits exportés d'Indochine. A Paris, l'Agence de l'Indochine était située 20 rue La Boëtie.

 

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En 1939, une micheline du"pont en dentelles" au Yunnan du réseau de chemin de fer indochinois qui était constitué de deux services publics : un réseau administré directement par la colonie de 2585 kms et un réseau concédé à la Compagnie Française de l'Indochine et du Yunnan de 848 kms.  Une image moderne dans la propagande coloniale.

L'oeuvre coloniale ne profitait pas seulement aux Français. En 1936, 3.168.735 consultations médicales furent données gratuitement, 17.676 opérations chirurgicales, 2.619.000 vaccinations antivarioliques, 88.629 vaccinations anticholériques et 14.183 vaccinations anti-tuberculeuses furent pratiquées.Le paludisme, la mortalité infantile furent jugulés, les affections occulaires traitées. Pour les Indochinois, 1237 écoles de villages voisinaient 1009 écoles élémentaires de l'Etat, 8 écoles primaires supèrieures ou normales, un établissement d'enseignement secondaire, 182 écoles dites de "plein exercice" etc...

 

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Une plantation d'heveas, arbres à caoutchouc, en Cochinchine, en 1939 et ci-dessous, le filtrage du latex. Avec le riz, l'opium et le tabac, il constituait la grande richesse agricole du pays. 

 

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Le 22 septembre 1940, le Japon prit d'assaut Langson (800 morts côté français) et occupa le Tonkin avec 20.000 hommes. Le 25 juillet 1941, il occupa l'Indochine tout entière. Le 9 mars 1945, l'armée nipponne aux abois attaqua les quelques garnisons françaises casernées et aprés les avoir désarmées, les décima non sans commettre des atrocités dont cette armée était malheureusement coutumière (1128 morts français dont 460 blessés amenés au bord d'une tranchée décapités, mitraillés et empalés à Lang-Son). Les Japonais en profitèrent pour armer et appeler à la rébellion les nationalistes indochinois. Pendant toute cette pèriode, aucun secours allié ne fut accordé à la France face au Japon.

 

Sources :

"Catroux" par Henri Lerner - préface de Jean Lacouture - Albin Michel (1990)

"Georges Mandel ou la passion de la République" par Bertrand Favreau - Prix de l'Assemblée Nationale - Fayard (1996)

"Match" - 28 décembre 1939

 "L'Illustration" - 11 mai 1940

"Le Monde Illustré" - 7 avril 1945

"Lang Son" - wikipedia

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06/03/2014

LES ARTS DECORATIFS A L'EPOQUE DE L'USINE PATHE (1929)

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Fade de l'usine Pathé-Marconi en 1998 rue Emile Pathé à Chatou 
 
Chatou
 Berceau de l'industrie phonographique française (1898)
Berceau du microsillon en Europe (1951) 
 
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photo ADAGP - J-B.Vialles - répertoire Inventaire Général pour l'Ile-de-France
 
 
 
 
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Extrait du plan de l'usine de 1929 des architectes londoniens Wallis, Gilbert et Partners : la porte d'entrée (à droite) était prévue avec des motifs décoratifs. Les plans sont signés de la Compagnie Française du Gramophone, filiale française de la compagnie anglaise Gramophone, plus connue sous le sigle "La Voix de Son Maître", l'une des trois sociétés phares formant le consortium de production phonographique à Chatou avec Columbia et Pathé, en fait la Compagnie des Machines Parlantes d'Emile Pathé. La réunion de l'ensemble prendra le nom d'Industries Musicales et Electriques (I.M.E.)Pathé-Marconi en 1936. Aprés-guerre, la production phonographique aux usines de Chatou couvrira un trust mondial des marques Pathé, Columbia, La Voix de Son Maître, Swing, Odéon, Cetrasoria, Pathé-Vox, Metro-Goldwyn-Mayer (musiques de films), Capitol, ce dernier fleuron de l'édition phonographique américaine étant racheté par EMI.
 
 
 
 
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 Couverture du catalogue de microsillons 1959
collection Pierre Arrivetz
 
 
 
 
L'association Chatou Notre Ville a mené deux grands combats dans son existence depuis 15 ans : la sauvegarde de la Foire à la Brocante et aux Jambons dans l'Ile de Chatou menacée par un projet public de complexe hôtelier en 1994, combat réussi au terme de 4000 signatures, le combat pour une préservation partielle de l'usine Art Déco Pathé-Marconi de 1999 à 2004, combat, qui, malgré les pétitions les plus prestigieuses, a vu le triomphe, avec le soutien avancé des pouvoirs publics locaux, de la spéculation la plus banale et la table rase du berceau du microsillon qu'était l'usine. Celle-ci avait été construite de 1929 à 1931 sur les plans des architectes Art Déco anglais les plus célèbres, Wallis, Gilbert et Partners. La présente rubrique présente des architectures et aménagements intèrieurs Art Déco contemporains de l'usine Pathé, laquelle aurait pu abriter un certain nombre d'équipements publics de la commune (médiathèque, conservatoire, salle de spectacle et de cinéma ...).
 
 
 
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Dessin de Raymond Gid pour les costumes de l'un des 45 tableaux
de la revue du Casino de Paris "Paris qui brille" de novembre 1931:
"La Folie des Disques" avec Mistinguett,
grande vedette de la Compagnie des Machines Parlantes
 
 
 
 
Rappelons aussi que la société Pathé,   branche cinématographique indépendante d'EMI (cette dernière société avait mis en vente l'usine), avait proposé d'apporter son aide documentaire et matèrielle en suggérant la réalisation d'un musée des industries cinématographiques et musicales dans le cas où les collectivités publiques auraient entrepris une conservation.
 
Voici quelques exemples, disparus ou non , de cette architecture appliquée notamment aux salles de spectacle française et américaine.
  

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La salle cinématographique du Palais de l'Information construit pour l'Exposition Coloniale de Paris de 1931.
 
 
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Une image de l'ancien monde de la IIIème République : le président de la République Paul Doumer traversant le corridor Art Déco du Palais de l'Information de l'Exposition Coloniale de Paris de 1931 aux côtés de son organisateur, le ministre Paul Reynaud.
 
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L'entrée du Palais de l'Information vue de la Porte Dorée.
Le Palais couvrait une superficie de 19.000 mètres carrés.
 
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Le grand hall du bureau de la presse au Palais de l'Information.
 
 
 
L'exemple des théâtres américains des années trente
 
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Une salle de théâtre américaine en 1933 
(une spectatrice presse sur un bouton
pour obtenir le programme)
 
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"Il est à peu près impossible d’énumérer les innombrables détails qui font de ces salles de spectacles des merveilles d’ingéniosité, de confort et de luxe. Quand un européen visite ces théâtres, il est comme Ali Baba pénétrant dans la caverne où se trouvent amassés des trésors . Chaque partie a été étudiée avec tant de soin et décorée avec tant de raffinement que l’on éprouve une sorte d’ivresse non pas tant à cause de la perfection que de la richesse de l’ensemble. Il ne faudrait cependant pas croire que ce luxe soit tapageur. Le style moderne, qui aime la simplicité, a permis aux architectes et aux décorateurs d’éviter certaines fautes qu’avaient commises les entrepreneurs de certains cinémas, « les plus grands du monde », qui étaient comparables à des châteaux forts transformés en salles des ventes. (…) Tout est donc combiné pour que le spectateur ne subisse aucune contrariété et qu’il ait une joie complète. Et, de fait, dés qu’il est entré dans un de ces nouveaux théâtres, l’homme de la rue est baigné dans une atmosphère miraculeuse. (…)
 

Après avoir visité ces théâtres, j’ai cherché une faute, une erreur de goût , un détail à critiquer, et je dois dire que l’éblouissement  que m’imposaient tout ce luxe et cet incroyable confort, ne m’a pas permis de garder tout mon sens critique (…) Ph.S

 

"Le Miroir du Monde" - 10 juin 1933

 

 

 

 

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Le Grand Rex, créé par Jacques Haïk et inauguré le 8 décembre 1932, contemporain de l'usine Pathé. Conçu pour 3300 places par l'architecte Auguste Bluysen et l'ingénieur Emerson, il demeure l'un des rares cinémas Art Déco français ayant gardé une authenticité. Il est le pionnier des salles dites "atmosphériques" dont la décoration prévoyait un ciel étoilé. La salle fut pourvue d'un décor paysagé dans le style Art Déco méditerranéen des villas de la Côte d'Azur. Son escalier mécanique, premier du genre en France, fut inauguré en 1957 par Gary Cooper et Mylène Demongeot.
 

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Le "Rex" à son inauguration en 1932
 

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La première grande salle de cinéma des Champs-Elysées : le "Marignan-Pathé" réalisé en 1933 à l'angle de la rue Marignan et de l'avenue des Champs-Elysées comportant 1800 places (833 à l'orchestre, 320 en mezzanine et le reste au balcon). Oeuvre de la Société Foncière des Champs-Elysées avec le concours de la Société "Constructions Edmond Coignet", des Etablissements Rontaix et de Monsieur Bruyneel, architecte décorateur. Les plans de l'immeuble ont été dressés par Monsieur Arfvidson, architecte du Gouvernement.

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La salle de cinéma d'une façade de 33 mètres et ci-dessous, un aspect du hall

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"Le Génie Civil" - 17 juin 1933 

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Le cinéma Paramount (plus tard appelé "Paramount Opéra") inauguré le 24 novembre 1927 à l'angle du boulevard des Capucines et de la Chaussée d'Antin dans le bâtiment du théâtre du Vaudeville construit en 1869. Il comportait une salle de prés de 2000 places et demeura la propriété de Paramount jusqu'en 2007, date à laquelle Gaumont reprit les lieux. Le réaménagement intèrieur de 1927 fut assuré par les architectes Bluysen et Verity. Quelques aspects de cette reconversion figurent ci-dessous.

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 "Le Génie Civil" - 24 mars 1928

 
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Le théâtre du paquebot Normandie (1935)
 
 
 
 
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Ci-dessus, le grand salon du paquebot Normandie par le cabinet d'architectes Bouwens de Boijen avec les peintures de Dupas, les laques de Dunand, les verres gravés du maître-verrier Champigneulle.
 
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A bord du paquebot Normandie, la porte en laque signée Dunand
entre le grand salon et le fumoir.
 
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Salle à manger Art Deco du paquebot Normandie
 
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Grand hall du paquebot Normandie
 
 
 
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Crédit L'Illustration tous droits réservés - www.lillustration.com
 
 
Le 30 juin 1933, l'imprimerie du grand journal l'Illustration fut inaugurée à Bobigny, oeuvre de Messieurs Lefébure, dessinateur, et Hischmann, ingénieur. La porte d'entrée du hall ci-dessus était de Raymond Subes. Ci-dessous le grand hall Art Deco. Tout concourait à en faire un chef d'oeuvre de l'art industriel français. Le bâtiment, en béton armé comme l'était l'usine Pathé, a été préservé par les pouvoirs publics et est en cours de restauration bien qu'il n'ait jamais eu l'importance de l'usine Pathé de Chatou dans la culture du XXème siècle. Sa nouvelle vie est celle d'un équipement public universitaire.
 
  
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Crédit L'Illustration tous droits réservés - www.lillustration.com
 
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Crédit L'Illustration tous droits réservés - www.lillustration.com
 
 
Source : "L'Illustration" - 1er juillet 1933
 
 
 
A l'Exposition Universelle de Paris de 1937,
le pavillon Photo Cine Phono 
 
 
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Sur les Champs-Elysées, la "Maison de France"
 
 
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« Maçons, charpentiers en fer, menuisiers, marbriers, décorateurs, électriciens, tous les représentants des corporations du bâtiment se succédèrent et, animés par M.M. Louis Boileau et Charles Besnard, architectes, des mois durant, jour et nuit, travaillèrent jusqu’à ce qu’ils eussent érigés vers le ciel un immense palais, paré de marbre percé de larges verrières, et dont le gros œuvre fut terminé en octobre 1931 (…) ».

 

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L'un des vitraux du bâtiment illustrant les sports
 
 
 
 
 
De Paul Vallat, président de l’Office National du Tourisme :

 

« Dans ce vaste hall, sont groupés tous les services utiles au public. Ce bureau fournit à chacun une riche, une abondante documentation. Celui-ci est commun à tous les chemins de fer français. Ces deux autres appartiennent respectivement aux compagnies de navigation maritime aérienne. Ici, le Touring-Club et l’Automobile-Club délivrent les tryptiques nécessaires pour les passagers en douane. Là , le Crédit National Hôtelier pratique le change et l’établissement des chèques de voyage ; plus loin, un service spécial, relié directement à la Préfecture de police, délivre le passeports.

 

Il y aura même dans quelques jours, dans nos murs un studio, où l’on pourra se faire établir toutes photographies destinées aux cartes d’identité. Cette simple énumération  ne vous montre-t-elle point quelle économie de temps, d’urgence et de force nerveuse réalisera le touriste à la veille d’accomplir un voyage ? » (…)

 

« Voici une salle de correspondance, un bureau de tabac, un bureau de location pour tous les théâtres, concerts, music-halls de Paris ; une autre où les journalistes seront chez eux, pourront téléphoner, travailler se réunir. Deux étages de sous-sols, d’un style aussi moderne, aussi pratique que celui de ce hall, reliés avec lui par un ascenseur double, sont destinés à des expositions temporaires : couture, mode, joaillerie, bijouterie, etc…(…)

 

Dans nos sous-sols seront également installés un cinéma et des dioramas montrant la prodigieuse richesse de notre pays au point de vue touristique et thermal. Au-dessus du rez-de-chaussée, deux autres étages seront réservés à un salon permanent des industries d’art et à une exposition permanente des manufactures nationales des Gobelins, de Sèvres, de Beauvais, de la Monnaie, de la calcographie du Louvre. »

 

"Le Miroir du Monde" - 20 février 1932

 

13/02/2014

DE L'OPERETTE AU JARDIN, UNE CHRONIQUE DE 1950

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Luis Mariano en 1950 dans son jardin du Vésinet nettoyant sa voiture américaine

 

"Depuis quelques semaines, je ne suis plus parisien, mais vésigondin, c’est-à-dire habitant de…Non, je vous laisse chercher à quelle localité de banlieue correspond ce nom à tournure barbare. Je me suis retiré dans « mes terres », pour y mener, en dehors du théâtre, du studio et de tous ces lieux bruyants et agités, la vie simple et paisible du gentleman-farmer. Je vais essayer de vous en donner un aperçu.

Ce que l’on voit d’abord, de ma propriété, c’est un grand mur qui fait tout le tour du jardin. Vous ne pouvez pas savoir combien j’aime ce mur, qui arrête les regards indiscrets et me permet de me promener enfin  incognito.

Un de mes voisins, un certain Francis Lopez, qui fait, paraît-il de la musique, possède une propriété charmante qu’il lui est interdit d’enclore.

Quand il veut faire une partie de boules dans son jardin, la moitié de la population s’assemble pour le contempler, de sorte qu’il a songé sérieusement à déménager.

Moi, à l’abri derrière mon mur de la vie privée, je pourrai aller à la pelote basque sur le fronton que je vais faire construire, sans que les passants en sachent rien, à moins qu’une balle égarée ne franchisse le mur et ne leur tombe dans l’œil…

Donc, j’ai un mur, et derrière ce mur, un jardin. Disons un parc pour que ça fasse plus chic. Un parc magnifique, dans lequel un metteur en scène avisé pourrait trouver maints décors : une rivière avec un petit pont, une cascade parmi des rocailles, avec des fougères et des bambous, et même un kiosque chinois pour un film extrême oriental.

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Luis Mariano en gentleman-farmer dans son jardin du Vésinet en 1950

 

Pour le moment, on pourrait surtout y tourner des scènes de forêt vierge, étant donné que le parc est envahi par les broussailles, et que les lilas se sont mêlés aux rosiers dans un fouillis inextricable.

Je me sens, dans cette jungle en miniature, une âme de Tarzan ou de Robinson ; je vais à la découverte des violettes et des primevères, et les merles, qui n’étaient pas dérangés depuis des années, s’envolent presque sous mes pas en sifflotant. Entre parenthèses, quand la fenêtre est ouverte et que les oiseaux m’entendent faire des exercices de chant, ils doivent bien rire et se moquer de moi (…).

Pourtant, tel qu’il est, mon jardin me plaît. Il y a , dans un parc abandonné, une sorte de poésie mélancolique qui monte avec l’odeur des feuilles mortes accumulées…Mais assez de romantisme ! le jardin va être défriché, gratté, taillé, peigné comme il sied à un jardin civilisé.

J’ai déjà retourné une pelouse devant la maison…Oh ! pas moi tout seul, évidemment. Retourner la terre, c’est très bon quand on peut se coucher de bonne heure ; mais quand il faut aller chanter, danser et courtiser « La Belle de Cadix » avec des courbatures et des ampoules aux mains, c’est beaucoup moins drôle. 

Maintenant, entrons dans la maison. Si vous vous attendez à un cadre luxueux comme celui  de « Je n’aime que toi » par exemple, vous serez déçu. C’est une maison qui a dû être très bien il y a une cinquantaine d’années. Les murs, un peu écaillés, sont ornés de guirlandes rococo, et au-dessus des portes, des bergères et des marquises me font les yeux doux...

Il y a un calorifère à air chaud, des suspensions 1900 et la pluie tombe goutte à goutte dans les chambres du haut. Quand j’ai voulu faire réparer et moderniser cette maison suivant mes idées, assez grandioses je l’avoue, l’architecte m’a présenté un devis qui m’a coupé le souffle.

Alors, j’ai décidé provisoirement de faire aménager le pavillon de gardien attenant au garage. Ce pavillon sera bientôt prêt, et  je le trouve ravissant avec sa façade blanche et ses volets verts à la mode basque. « On dirait un bungalow à Hollywood » m’a dit Francis Lopez qui n’est jamais allé en Amérique.

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Luis Mariano en train de réaliser son chauffage central dans son jardin du Vésinet en 1950, intervention ratée selon son propre aveu.

 

Pour que le travail avance plus rapidement, j’ai voulu « en qualité d’ancien gars du bâtiment », aider les ouvriers.  J’avais une superbe salopette bleue rapportée d’Amérique  et beaucoup de bonne volonté, ce qui ne m’a pas empêché de bousiller plusieurs tuyaux de chauffage central que je voulais raccorder.

J’ai dessiné l’ameublement et la décoration des quatre pièces, et je crois que ce sera tellement joli que j’aurais du mal à quitter mon bungalow même si j’ai de quoi bâtir un palais à la place de mon manoir branlant.

En attendant, j’y suis, dans le manoir, et ma foi, pas si mal que ça ! j’y suis même très bien, parce qu’après les gitans de  « La Belle de Cadix », je me retrouve dans un vrai campement de romani, ce qui me permet de rester dans l’ambiance.

On a apporté juste un piano, des lits, une table et quatre chaises : quand il y a plus de quatre personnes, on s’asseoit par terre ou sur le lit, à condition qu’il ne soit pas trop encombré de vêtements, d e partitions, de photos et de vos lettres, mesdemoiselles. Un jour, je vais inviter mon percepteur, afin qu’il voit dans quel dénuement je vis et qu’il m’en tienne compte.

Aux heures de repas, 3 heures de l’après-midi et  1 heure du matin,  Magnoli m’appelle dans la cuisine (c’est là que se trouve la table), me fait prendre mes médicaments, et bon gré mal gré, m’oblige à manger des nouilles ou de la purée, à cause de ma crise d’appendicite.

Magnoli est ma bonne, une basque espagnole qui m’a connu lorsque j’avais trois ans ; j’ai toujours trois ans pour elle et elle continue à m’appeler « Chiqui » (« petit » en basque), ce qui je le reconnais, ne fait pas très « grande vedette ».

Mais je crois que je ne saurais jamais jouer à la grande vedette et que si, plus tard, j’avais un maître d’hôtel qui annonce cérémonieusement : " Monsieur est servi ! ", je me croirais au studio, et pas chez moi !

Enfin, comme vous voyez, je suis très heureux dans mon ermitage rustique, et je cueille des pissenlits en rêvant aux prochaines récoltes de mon jardin potager, qui, pour le moment, produit surtout des orties, de la cigüe et de vieilles boîtes de conserves, mais où je vais semer des radis et de la laitue.

Pour me reposer de cultiver ma voix et de vagabonder à travers le monde, quand le théâtre et le cinéma m’accorderont quelques loisirs, j’espère que je trouverai le bonheur comme Candide en cultivant mon jardin. »

 

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Luis Mariano, qui habita Le Vésinet de 1950 à sa mort en 1970 86 boulevard Carnot, fit toute sa carrière phonographique chez Pathé-Marconi à Chatou. Dans le catalogue général de la firme de 1956, près de 200 airs d’opérette étaient à son actif sous le label "La Voix de Son Maître". Lors de sa conférence cinématographique salle Jean Françaix en 2010, "Les personnalités de Chatou-Le Vésinet du XXème siècle", l'association lui a rendu hommage.

 

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Luis Mariano en couverture d'un catalogue La Voix de Son Maître


Source :

Cinémonde 13 mars 1950


 

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10/02/2014

LES AMIS DE LA MAISON FOURNAISE EN MARCHE POUR 2014

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Samedi  8 février 2014, les Amis de la Maison Fournaise ont tenu leur assemblée générale dans une salle comble de plus de 200 personnes sous le cinéma de Chatou. 2014 n’est pas une date anecdotique puisqu’elle marque les 130 ans du Salon des Indépendants qui projeta pour la première fois la peinture impressionniste dans le monde de l’art.

L’assemblée a reflété une fois encore le dynamisme de l’association emmenée par Madame Marie Christine Davy. Avec l’aide de Monsieur Jean-Pierre Sarron (ci-dessous), pas moins de 25 manifestations dans l’année ont été organisées, parmi lesquelles de nombreux voyages et visites d’expositions. L’association tient également des réunions conviviales et ouvertes au public du Cercle des Amis de la Maison Fournaise le vendredi soir à Chatou dans l’Ile aux Rives de la Courtille abordant divers sujets de conférences sur l’art.

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Dans les projets à financer, la restauration emblématique de la peinture murale du Père Fournaise sur la maison, un juste hommage à celui par qui tout est arrivé, et peut être un jour l’exposition de son portrait conservé Outre-Atlantique, constituent de très belles perspectives.

Le trésorier, Monsieur Jean Marty, a illustré la comptabilité à l'appui de tableaux de l'époque.

 

Les productions éditoriales se sont enrichies de la publication du livre des 30 ans de l’Association laquelle vient s’ajouter à celle de la gazette annuelle.

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L’association  maintenant ses encouragements dans la peinture, une toile du peintre Luciano Faraoni a été sélectionnée et présentée au public avec divers autres tableaux de l’artiste (ci-dessous).

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Enfin, il serait injurieux d’omettre une activité qui suscite l’intérêt immédiat des touristes et donne un souvenir vivant du monde de l’impressionnisme : les manifestations de l’association Arts et Chiffons qui a offert sa participation au bal des Canotiers à Bougival mais aussi à un son et lumière pour la cathédrale de Rouen, soit un apport exceptionnel à la reconstitution historique grâce aux costumes d’époque réalisés par les membres de l’association dont le rapport nous était présenté par Madame Isabelle Wilbert, administratrice, en l'absence de Madame Danièle Daniélou, empêchée.

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De gauche à droite, Madame Suzanne Bertauld, vice-présidente et Monsieur Jean-Guy Bertauld, président d'honneur, Monsieur Gélineau, administrateur, historien et auteur de la production éditoriale de l'association, Monsieur Bernard Pharisien, écrivain, spécialiste de Renoir et Madame Marie-Christine Davy, présidente de l'association.

 

La réunion était clôturée par une conférence organisée par l'association sur André Derain par Madame Geneviève Javotte Taillade, comédienne et arrière petite nièce de l’artiste. Ce moment est devenu un souvenir important. La vie d’André Derain est apparue comme on ne le voyait pas : à travers ses parents et notamment son père Louis Charlemagne Derain dont le portrait nous fut présenté pour la première fois. Grand épicier de la petite ville de Chatou rue de Saint-Germain, rappelons qu’il fut conseiller municipal de 1883 à 1909. La représentation de son immeuble aujourd’hui détruit puis de celle d’un tableau méconnu d’André Derain de 1899 – ce dernier avait alors 19 ans – ont soulevé une curiosité empreinte d’émotion : « L’enterrement à Chatou » montrant en couleurs une procession vers l’église Notre-Dame.

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La vie de Derain traversa des lieux très différents avec sa peinture, l’atelier de Chatou Maison Levanneur à ses débuts puis celui de la rue Bonaparte de 1910 à 1928 puis les propriétés de Chailly-en-Bière, de Paruso, enfin de Chambourcy, magnifique domaine qu’il acquit en 1935 contre la vente de ses anciennes demeures. Là, le peintre créa un univers partagé entre l’art, qu’il exerçait de mille façons, et la nature, qu’il observait dans son parc entouré d’animaux. A Chambourcy, il accueillit aussi sa famille, les grands noms de l’art de l’époque et pour n’en citer qu’un, Paul Poiret, lui aussi naguère jeune assidu des bords de Seine de Chatou. Derain y réalisa de magnifiques portraits dont celui d’Emonde Charles-Roux en 1953.

Les diverses œuvres présentées lors de la conférence revêtaient toutes un intérêt particulier. De la fin des années trente aux années cinquante, celles-ci ont été une découverte dans l'assistance et l’on peut dire que tant le sujet que le talent de la conférencière elle-même ont permis de faire ressortir nombre de faits et de documents éclairant avec intérêt les nombreuses vies du natif de Chatou.

Derain a porté la peinture française du XXème siècle. Son nom est digne d’un hommage national. Son ami Vlaminck serait encore aujourd’hui le premier à défendre son œuvre. L’Association des Amis d’André Derain à laquelle notre association a décidé d’adhérer se bat pour que ce qui reste du domaine de Chambourcy, aujourd’hui objet d’un projet public, soit élevé en mémoire de l’artiste, dans le respect d’un paysage qui inspira sa vie, en n’oubliant pas de préserver le caractère des lieux.

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Et c’est un grand projet. Si l’on considère que l’art et le patrimoine sont le soleil de la France, Derain y tient une place éminente au milieu du rayonnement qu’il lui a apporté.

 

 

Pour en savoir plus :

Amis de la Maison Fournaise 06 85 11 85 59 amisfournaise@gmail.com

Luciano Faraoni 01 48 32 54 07 / www.drouot-cotation.org

Association des Amis d'André Derain : www.andre-derain.fr

 

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02/02/2014

CONFERENCE DES AMIS DE LA MAISON FOURNAISE SAMEDI 8 FEVRIER 2014

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Les Amis de la Maison Fournaise

 

 nous prient d'annoncer leur conférence

ouverte au public 

à l'issue de l'assemblée générale annuelle

  

Samedi 8 février 2014

à 17 heures 30

 Salle Jean Françaix 3 Place Maurice Berteaux

 

Dans l’intimité d’André Derain

 

Par Geneviève-Javotte TAILLADE

Petite nièce d’André DERAIN

Présidente d’Honneur des Amis de Derain

 

 

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André Derain et Maurice de Vlaminck - collection de l'auteur

 

 

En 1935, André Derain vend toutes ses habitations, celle de la rue du Douanier à proximité du Parc Montsouris à Paris, sa maison de Chailly-en-Bière près de Fontainebleau et le château de Parouzeau en Seine et Marne, pour s’installer à Chambourcy avec sa famille et ses animaux. Il y restera jusqu’à sa mort en 1954.

Petite nièce de Derain, Geneviève-Javotte Taillade a habité cette maison 40 ans, au milieu des collections, de ses meubles et dans le sillage du grand homme. Elle a posé pour lui toute petite, comme sa mère l’avait fait avant elle.

C’est ce souvenir « intime » que la conférencière, bien connue de nombre d’entre vous, veut bien nous faire partager. 

Rappelons qu’André Derain est né le 10 juin 1880 à Chatou et y a passé sa jeunesse.

 

 ***

 

A sa mort en 1954, Maurice de Vlaminck, avec qui il avait formé le duo de l'Ecole des Fauves à l'orée du siècle, lui rendit hommage dans le journal "Arts" :

 

" La mort d’André Derain fait ressurgir en moi des images, des paysages…Tout un monde de fantômes, de personnages vieillis, démodés ou encore en vie, se bouscule, s’agite et passe sur l’écran. La bobine dans l’appareil semble dérouler à rebours le film du passé.

Je revois André Derain à vingt ans, déambulant dans les rues de Chatou, l’air las et désabusé, grand, long, efflanqué, ayant l’allure d’un escholier de la basoche.

Dans ses propos, sans transition, il passait de l’amertume à l’humour, de la lassitude à l’ennui, de l’enthousiasme à la confiance et au doute. Il était jeune ! Derain laissait à ses pensées leur libre cours. Mais dans tout ce qu’il disait, dans les préoccupations d’un avenir incertain, une chose dominait et l’obsédait…la Peinture.

Au bout d’un an de travail en commun dans l’atelier que nous avions tous deux à Chatou – atelier devenu historique – Derain partit au régiment. Pendant le temps qu’il passe à Commercy à faire son apprentissage militaire, dans toutes ses lettres, il rage d’être là, encombré d’un fusil et d’écraser les mottes de terre sous ses godillots. Toutes ses pensées, tous ses désirs, l’appellent, autre part : ce qu’il demande c’est d’avoir des pinceaux et une palette chargée de couleurs dans les mains.

« Pour la peinture…m’écrivait-il quelques mois après son arrivée à la caserne, j’ai conscience que la peinture réaliste est finie. On ne fait que commencer en tant que peinture.

Sans toucher à l’abstraction des toiles de Vincent Van Gogh, abstraction que je ne conteste pas, je crois que les lignes, les couleurs ont des rapports assez puissants dans leur parallélisme à la base vitale pour permettre de chercher, de trouver un champ, pas nouveau mais surtout plus réel dans sa synthèse.. »

Plus loin, il écrivait : « il ne faut pas oublier que la seule définition complète de l’art est dans le fait du passage du subjectif à l’objectif. Hier, au détour d’un chemin, j’ai vu un vrai Rodin. Une femme portant un gosse à cheval sur une épaule : c’était très beau. Le gosse  était raide et vraiment à cheval…L’épaule qui portait, très large. Tout cela était rythmé et vraiment un peu dans l’avenir.

Je voudrais tout dire et je ne peux rien dans le papier. Des mots ne suffisent plus, ce ne sont plus que des mots, des dessins ou des sons. Parle-moi si tu as vu des nouveaux Van Gogh ou des Cézanne ou autre chose ? j’ai besoin maintenant d’un travail plus sincère, plus désintéressé que je ne l’ai jamais fait…Ecris-moi deux mots, n’importe quoi ! donne-moi des nouvelles de Chatou, même fausses !. »

Derain employait parfois dans sa conversation et dans ses lettres, des mots crus : mais si l’accent était rude, de tour direct, si le langage était coloré, ce qu’il exprimait relevait de la plus fine sensibilité ou soulignait la plus cruelle observation.

Les expressions parfois grossières étaient là, dites comme un mépris de la crasse indigente, un défi jeté à la bêtise et à l’ignorance. Si invraisemblable que cela puisse paraître, si nous avions certains points communs, la nature d’André Derain et la mienne s’opposaient. Mais si nos moyens de réalisation différaient, nos aspirations étaient qualitativement semblables :nous aspirions à un même idéal en empruntant des chemins différents.

Dés l’enfance, Derain avait été en classe. Ses facultés avaient été cultivées. Ses études au collège lui donnaient des certitudes et le différenciaient de moi. Je n’étais qu’une graine que le vent avait semée au hasard et qui s’accrochait à la terre où elle avait germé, croissant avec son seul instinct et en vue seulement des ses propres acquisitions.

Cependant, l’un comme l’autre, nous entendions refaire le monde à notre façon, à notre mesure. Nous y apportions la même hardiesse, le même enthousiasme. Avant d’avoir assemblé les matériaux d’un nouvel édifice, nous démolissions et nous nous placions sur un autre terrain avec l’espoir et parfois la certitude d’arriver à bâtir notre cathédrale.

Notre rencontre bouleversa les plans de ses parents. Il était appelé à faire une carrière d’ingénieur, tel était le désir de sa mère ! mais tel n’était pas le désir d’André Derain. Il devint artiste peintre.

En art, un goût sûr lui faisait distinguer  le vrai du faux et rejeter  l’artificiel et le banal. Le 13 août 1902, il m’écrivait : « il y a bientôt un an que nous avons vu Van Gogh et vraiment son souvenir me hante sans cesse…Je vois de plus en plus le sens véritable chez lui..Il y a bien aussi Cézanne. Grande puissance aussi ! mais à part la peinture de chevalet, il me semble que le but est dans la fresque. Michel-Ange, par exemple, comme sculpture, ses nus sont écrasants, sans but, ne-te semblent-ils pas idiots ou isolés ?

Une chose qui me tracasse, c’est le dessin. Je voudrais étudier des dessins de gosses. La vérité y est, sans doute. Mais il faut se faire une raison. Tout cela n’est plus de notre temps et il faut surtout être plus jeune que notre temps : c’est-à-dire plus vieux  comme idées, surtout avoir les idées non seulement d’un futur jeune, mais plutôt d’un futur vieux… »

Et le 18 août 1902 :

« Oui, pour sûr, tu as bien raison, c’est idiot d’être mort lorsqu’on a vécu et c’est bien beau de mourir lorsqu’on ne peut plus vivre. C’est tout naturel d’être mort ou bien en vie lorsque  l’on a jamais été.

Chacun pouvait bien écrire ou dire à l’autre qu’il se sentait à bout, qu’il était fou ! mais au fond de soi-même ni l’un ni l’autre ne se sentait vaincu ou las définitivement.

Tous deux, solidement charpentés, dotés d’une robuste constitution et d’un parfait équilibre physique, nous avions nettement conscience de tout ce qui pouvait être malsain, de tout ce qui pouvait altérer nos pensées  et notre santé morale. Notre mise n’était certes pas élégante ni même soignée, mais nous n’inspirions ni commisération ni pitié.

Derain était doué d’un sens  critique extrêmement développé. Il avait une façon personnelle de voir les êtres et les choses, d’approfondir les questions  les plus simples et les plus ardues, mais les conclusions qu’il tirait de ses controverses philosophiques  et artistiques  arrivaient à le faire souvent douter de lui-même.

Après une réplique ambigüe, on pouvait voir dans l’œil de Derain , accompagnant ses derniers mots , une expression de moquerie et sur ses lèvres une petite moue d’indifférence. Il résolvait les problèmes les plus ardus et pénétrait dans le monde des idées avec un petit rire intérieur (…)

Sur l’écran passent et repassent les images du film…1900…Chatou…L’atelier où nous nous retrouvions…où l’on remisait, toiles, couleurs, chevalets…Le pont de Chatou…La Grenouillère…Le restaurant Fournaise…Les balades à pied sous un soleil brûlant ou dans la campagne couverte de neige.

Sans un sou dans la poche, nous explorions Paris, parcourant des kilomètres le long des berges de la Seine…Montmartre, l’atelier de la rue de Tourlaque où « les putains respectueuses » de la place Blanche et du Rat Mort venaient poser, celui de la rue Bonaparte où pendant des soirées entières  nous parlions des peintres de la génération qui nous précédait, de ce que ces peintres avaient réalisé, des moyens qu’ils avaient employés et dans quel sens et vers quel but ils avaient dirigé leurs efforts. Manet, Renoir, Monet, Cézanne…Et le réalisme : Zola, les Goncourt…Les visites aux musées, au Louvre…Les Primitifs..La naissance du Cubisme. La mode dans l’invention dans la peinture, l’Art, l’intention de l’esprit, Picasso, Guillaume Apollinaire, « Dadaïsme », « Surréalisme »…

Foncièrement classique de nature, de sentiments et de goûts, André Derain acceptait difficilement de s’engager dans le chemin  des écoliers que prenait alors la peinture.

Cette interprétation déshumanisée, ces rébus d’où la vie était exclue, le chaos dans lequel  étaient plongées la nouvelle génération et la peinture, les nouvelles formules en « isme » le rendaient inquiet.

Il déserta les Salons et les Expositions, se retira à l’écart pour ne plus être d’avant-garde, acceptant de passer pour « ne plus être dans le coup ».

De tous les peintres de notre génération, je n’en connais aucun, sauf André Derain, qui eût été capable de bâtir, de mettre debout sans vulgarité, gaucherie et banalité, une composition comparable à celle de  l’ « Atelier », ou à celle de « Un enterrement  à Ornans », de Gustave Courbet.

Nos caractères et notre nature même s’opposaient. Etait-ce cela qui  nous faisait nous rapprocher et discuter sans fin sur les mêmes sujets ? la Vie ? la Peinture ? la Peinture qui avait fait naître en nous une amitié qui dura de longues années. Des évènements surgirent.

La guerre et la vie firent naître des dissentiments et des heurts et creusèrent pendant plus de vingt ans un fossé profond entre nous. Mais chacun reconnut toujours en l’autre qualités et défauts, sans haine ni mépris.

J’ai revu André Derain deux mois avant sa mort dans une auberge où nous avons déjeuné ensemble. Derain a aimé la vie  en égoïste raffiné, il a aimé la bonne chère, le bon vin et les femmes…Sa conversation était empreinte d’un humour singulier.

Je retrouvais malgré les ans qui avaient mûri son visage et alourdi son corps le Derain que je connaissais bien.

Pendant qu’il me parlait, je revoyais les toiles qu’il avait peintes à différentes époques. Le goût sûr et raffiné, l’intelligence de son dessin, l’équilibre et l’ordonnance des formes, le choix et la sobriété des tons et de la couleur qui se trouvent dans son œuvre contribuent à faire de Derain un peintre…Un Grand Peintre.

Avant de nous quitter, nous nous serrâmes la main :

-         « j’irai te voir, me dit-il. Nous avons tellement de choses à nous raconter et à mettre au point !

Avec André Derain disparaît un des piliers de la Peinture française contemporaine.

VLAMINCK "

 

Source : transcription du journal "Arts" du 22 septembre 1954, collection de l'auteur

 

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