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18/03/2014

14 JUILLET 1939 : GEORGES MANDEL NOMME GEORGES CATROUX

 

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Au ministère des Colonies, une rare photo de Georges Mandel en train d'examiner des clichés de son chef d'état-major, le général Buhrer, en décembre 1939. Sur le devant de son bureau, la statue de Clemenceau qui ne le quittait jamais - "Match" décembre 1939 - collection de l'auteur

 

Le destin des hommes forgé à l’idée de combat pour  la civilisation française : voilà où l’on pouvait rencontrer la mesure de Georges Mandel, né à Chatou le 5 juin 1885 10 avenue du Chemin de Fer.

Chef de cabinet de Clemenceau de 1917 à 1920, député indépendant siégeant à droite de 1919 à 1924 puis de 1928 à 1940, ministre modernisateur des PTT de 1934 à 1936, le natif de Chatou souhaitait ardemment dans l’ombre du Tigre placer son action dans un sursaut de défense nationale. Mais sous l’influence d’un état-major périmé, le cénacle radical-socialiste, plus enclin à siéger qu’à combattre, lui refusait obstinément  les postes qu’il demandait pour armer, réformer et produire : soit, lui, Georges Mandel, transformerait un poste jugé secondaire en un  avant-poste de la résistance française.

Ministre des Colonies depuis 1938, il combattait au sein même du gouvernement pour obtenir des crédits en faveur de leur armement, renvoyait les fonctionnaires qui ne se rendaient pas à leurs postes, tentait de développer l’économie de la France d’Outre-Mer.

Mais seul, toujours seul, face à un mur d’ignorance, de mépris et d’inertie, son action dans le vaste empire devait bien souvent se contenter des réquisitions sur place et de biais invraisemblables. Faire avancer la cause de la défense de territoires peu considérés de la métropole et encore moins de l’état-major, dont la prescience fondée sur le déroulement de la Grande Guerre ne pouvait permettre de songer à faire des colonies un bastion de la France  en armes, telle était sa mission.Le point de vue de l’action et de la compétence n’en pouvait que plus déterminer les nominations de Georges Mandel. Le 14 juillet 1939, le ministre  des Colonies appela le général Catroux, un "réprouvé" comme lui. 

 

 

CATROUX quitte son poste de gouverneur de l'Indochine pour r.jpg

Le gouverneur  général Catroux à la sortie du palais du roi du Laos en 1940.

 

Né en 1877, écarté des instances de l’état-major au faîte d’une carrière de trente ans en Afrique du Nord, Georges Catroux avait lui-même fait faillite en politique en condamnant les Accords de Munich, « le moment le plus douloureux pour l’amour-propre français, et la faillite de notre politique internationale » et en tenant lui aussi les colonies comme un futur champ de bataille à intégrer dans les plans de la Défense Nationale.

Au total, Georges Mandel  le considérait comme l’homme de la situation. Le général cinq étoiles Catroux, ancien collaborateur de Lyautey, remplaçait un civil au poste de Gouverneur Général de l’Indochine (Tonkin, Annam, Laos, Cambodge, Cochinchine) une terre qu’il n’avait connue que brièvement à ses débuts de 1902 à 1905 mais qui avait décidé de son engagement colonial. Après avoir constitué son cabinet, le général Catroux rejoignit son poste le 2 septembre 1939, au terme d’un voyage de quatre jours. 

 

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Sans doute l'image d'avant-guerre la plus connue de l'Indochine des Français de la métropole qui n'eurent pas l'occasion de se rendre à l'Exposition Coloniale de Paris de 1931: celle renvoyée par la publicité des compagnies maritimes. Ici Les Chargeurs Réunis sous l'excellence du trait du dessinateur Sandy Hook. Collection du Musée Maritime et Portuaire du Havre - tous droits réservés.

 

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 Une image de l'Indochine clamant pour l'éternité l'hostilité de son âme à la guerre : la baie d'Along, parcourue ici par un vapeur français en 1939 semblant égaré dans le paysage.

   

L’Indochine n’était rien moins qu’une perle de l’Asie et à l’aube de la deuxième guerre, dégageait une forme de prospérité qui n’était même plus troublée par l’agitation communiste et nationaliste. Le péril de l’Allemagne n’y était qu’une évocation. Pourtant, le nouveau gouverneur était chargé d’approvisionner la métropole en matières premières pour faire face à l’ennemi.

Mais l’objectif se heurta à un obstacle de taille. La France indochinoise, sous la férule de Georges Mandel, alimentait en effet la Chine de Tchang-Kaï-Chek en matières premières face à son envahisseur, le Japon, dont l’occupation atteignit la frontière de la colonie à l’été 1939.

Comprenant que l’Indochine devait être mise hors d’état pour accomplir son destin hégémonique en Asie, la junte nipponne envoya en février 1940 le général Tsuhihashi convaincre le général Catroux d’arrêter les livraisons à la Chine, ce que le général finit par faire pour le carburant. L’éloignement de la métropole de l’Indochine l’avait mise en dernière position des financements du ministre pour l’armement. Seule la présence de l’armée britannique à Singapour apportait une nuance à l’étalage d’impuissance militaire relevé par le nouveau gouverneur. Le 19 juin 1940, il dut fermer la frontière du Tonkin à la Chine sous peine de précipiter l’invasion japonaise et accepter des contrôles du commandement japonais sur son territoire.  Il envoya une note au premier gouvernement Pétain le 20 juin 1940 en demandant la conservation de la coopération économique et politique avec l’Angleterre.

La signature de l’Armistice deux jours plus tard, à laquelle il s’opposa, porta un coup fatal à une tentative de résistance, la France étant au demeurant déconsidérée dans l’esprit public  de ses administrés, notamment d’Extrême-Orient. Quant au gouvernement Pétain, son esprit de résistance se manifesta soudainement en Indochine.

Celui-ci prit prétexte des concessions du général Catroux pour le remplacer par l’amiral Decoux.  En fait, le général Catroux, qui avait signifié au gouvernement Pétain le 22 juin qu’il entendait conserver sa liberté d’action, représentait devant les yeux effrayés des vichyssois l’homme de Mandel par qui une dissidence de l’Indochine était possible. Mais, n’ayant pu contracter aucun appui militaire anglais ou américain dans la période qui suivit l’Armistice au titre d’une éventuelle dissidence qui l’aurait laissé seul face au Japon, le général remit les pouvoirs le 20 juillet à l’amiral Decoux et rejoignit le général de Gaulle à Londres en août.

Le court séjour du général Catroux en Indochine de septembre 1939 à juillet 1940 lui permit d'engager les travaux promus par Georges Mandel et dont un entretien du général avec Paul-Emile Cadilhac, reporter de l'Illustration, donne une idée précise :

"La bataille moderne est une grosse mangeuse d'avions et de munitions. Il faut pouvoir l'alimenter. D'où l'idée de Monsieur Mandel de créer en Indochine une usine d'aviation et, en attendant mieux, des cartoucheries. L'Union Indochinoise doit, en cas de nécessité - blocus par exemple - pouvoir se passer de la métropole. (....) Voilà pourquoi, par un matin printanier de février (1940), je me trouve à 40 kilomètres d'Hanoï, vers la pointe du delta tonkinois, tout à côté du camp militaire de Tong en compagnie de Monsieur Kaleski, ingénieur et directeur des travaux de la future usine. Des centaines d'ouvriers s'activent sur le terrain. Des rouleaux circulent, des routes s'achèvent et d'ici quelques mois, l'usine se dressera à proximité du camp d'aviation, dont le terrain, doté d'une nouvelle piste d'envol de 1100 mètres, servira aux essais des avions.

Les bâtiments, très dispersés et à l'épreuve des bombes, défendus d'ailleurs par de nombreuses batteries aériennes et des escadrilles de chasse, fabriqueront et les cellules et les moteurs. Le personnel groupera 3000 ouvriers indochinois encadrés par des spécialistes français. L'usine sera utilisée à deux fins : fabrication de matériel neuf - 150 avions par an au début - pour l'Indochine et nos diverses possessions ; réparation et remise au point du matériel en service. Parallèlement, on édifie trois vastes cités ouvrières destinées aux européens et au personnel annamite. J'ai visité à Phu-Tho, toujours au Tonkin, la première cartoucherie d'Indochine. Quand elle fonctionnera à plein, elle sortira par jour 50.000 cartouches."

Et le journaliste de conclure après avoir égrené tous les plans de modernisation du pays: "Il semble donc que demain l'Indochine doive se développer industriellement plus encore. Il faut s'abstenir de faire avec elle du colbertisme, et du plus étroit, mais au contraire l'encourager et l'aider à se réaliser toute entière. Cela suppose un plan d'ensemble, une direction ferme, une volonté tendue. Depuis Paul Doumer, on a ici changé trop souvent de gouverneur général. Celui qui passe ne peut rien créer. Un jour qu'on complimentait Lyautey sur le miracle du Maroc, il répondit avec modestie, évidemment trop de modestie : "j'ai duré !". Durer est une nécessité. Actuellement grâce à un choix éclairé, l'Union Indochinoise possède à sa tête un chef - un vrai chef. Qu'on lui donne le temps et il accomplira ici de grandes choses". Une grande ambition était bien à l'oeuvre mais trop tard alors que la métropole s'écrasait dans la défaite.

La suite appartient à l’histoire des Français Libres dont une ordonnance du général de Gaulle du 27 octobre 1940 a livré les premiers symboles :

 

"Ordonnance n° 2 portant nomination

des membres du Conseil de défense de l'Empire

Au nom du Peuple et de l'Empire français,
Nous, général de Gaulle, chef des Français libres,

Ordonnons,

Article premier.

Sont nommés membres du Conseil de Défense de l'Empire institué par l'ordonnance n°1 du 27 octobre 1940, Général Catroux, Vice-Amiral Muselier, Général de Larminat, Gouverneur Éboué, Gouverneur Sautot, Médecin Général Sicé, Professeur Cassin, Révérend Père d'Argenlieu, Colonel Leclerc.

Article 2.

La présente ordonnance sera publiée au Journal officiel de l'Empire et, provisoirement, au Journal officiel de l'Afrique équatoriale française.
 

Fait à Brazzaville, le 27 octobre 1940
C. de Gaulle."

 

 

A noter que dans la foulée de ses nominations au Ministère des Colonies, Georges Mandel promut en 1939 Jacques Valentin Cazaux, inspecteur général des Colonies, qui organisa le premier mouvement de résistance en Indochine le jour de l'Armistice et fut emprisonné par Vichy le 20 novembre 1940.

 

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La banque de l'Indochine à Saïgon en 1939

 

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La Chambre de Commerce de Saïgon en 1939, offrant notamment à la population des cours d'apprentissage, de sténo-dactylo et de "teneurs de livres", assurant les recherches d'emploi par un Office de Placement et octroyant une aide financière aux associations d'employés français et "indigènes".

 

La région de Saïgon (au sud de l'Indochine) portait une économie importante : 20 rizeries, 44 décortiqueries, 5 brasseries, 3 distilleries, 3 manufactures de caoutchouc, 15 entreprises de construction et de travaux publics, 3 ateliers de construction mécanique, 3 usines de conserves, 2 usines de raffinage d'huile, 4 savonneries, 3 raffineries, 4 manufactures de cigarettes, 2 entreprises de débitage de bois, plusieurs usines d'électricité et de distribution d'eau, forges, entreprises de transports fluviaux et maritimes, fonderies, briqueteries, tuileries. La Cochinchine représentait à elle seule plus des deux tiers de la valeur des produits exportés d'Indochine. A Paris, l'Agence de l'Indochine était située 20 rue La Boëtie.

 

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En 1939, une micheline du"pont en dentelles" au Yunnan du réseau de chemin de fer indochinois qui était constitué de deux services publics : un réseau administré directement par la colonie de 2585 kms et un réseau concédé à la Compagnie Française de l'Indochine et du Yunnan de 848 kms.  Une image moderne dans la propagande coloniale.

L'oeuvre coloniale ne profitait pas seulement aux Français. En 1936, 3.168.735 consultations médicales furent données gratuitement, 17.676 opérations chirurgicales, 2.619.000 vaccinations antivarioliques, 88.629 vaccinations anticholériques et 14.183 vaccinations anti-tuberculeuses furent pratiquées.Le paludisme, la mortalité infantile furent jugulés, les affections occulaires traitées. Pour les Indochinois, 1237 écoles de villages voisinaient 1009 écoles élémentaires de l'Etat, 8 écoles primaires supèrieures ou normales, un établissement d'enseignement secondaire, 182 écoles dites de "plein exercice" etc...

 

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Une plantation d'heveas, arbres à caoutchouc, en Cochinchine, en 1939 et ci-dessous, le filtrage du latex. Avec le riz, l'opium et le tabac, il constituait la grande richesse agricole du pays. 

 

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Le 22 septembre 1940, le Japon prit d'assaut Langson (800 morts côté français) et occupa le Tonkin avec 20.000 hommes. Le 25 juillet 1941, il occupa l'Indochine tout entière. Le 9 mars 1945, l'armée nipponne aux abois attaqua les quelques garnisons françaises casernées et aprés les avoir désarmées, les décima non sans commettre des atrocités dont cette armée était malheureusement coutumière (1128 morts français dont 460 blessés amenés au bord d'une tranchée décapités, mitraillés et empalés à Lang-Son). Les Japonais en profitèrent pour armer et appeler à la rébellion les nationalistes indochinois. Pendant toute cette pèriode, aucun secours allié ne fut accordé à la France face au Japon.

 

Sources :

"Catroux" par Henri Lerner - préface de Jean Lacouture - Albin Michel (1990)

"Georges Mandel ou la passion de la République" par Bertrand Favreau - Prix de l'Assemblée Nationale - Fayard (1996)

"Match" - 28 décembre 1939

 "L'Illustration" - 11 mai 1940

"Le Monde Illustré" - 7 avril 1945

"Lang Son" - wikipedia

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06/03/2014

LES ARTS DECORATIFS A L'EPOQUE DE L'USINE PATHE (1929)

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Fade de l'usine Pathé-Marconi en 1998 rue Emile Pathé à Chatou 
 
Chatou
 Berceau de l'industrie phonographique française (1898)
Berceau du microsillon en Europe (1951) 
 
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photo ADAGP - J-B.Vialles - répertoire Inventaire Général pour l'Ile-de-France
 
 
 
 
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Extrait du plan de l'usine de 1929 des architectes londoniens Wallis, Gilbert et Partners : la porte d'entrée (à droite) était prévue avec des motifs décoratifs. Les plans sont signés de la Compagnie Française du Gramophone, filiale française de la compagnie anglaise Gramophone, plus connue sous le sigle "La Voix de Son Maître", l'une des trois sociétés phares formant le consortium de production phonographique à Chatou avec Columbia et Pathé, en fait la Compagnie des Machines Parlantes d'Emile Pathé. La réunion de l'ensemble prendra le nom d'Industries Musicales et Electriques (I.M.E.)Pathé-Marconi en 1936. Aprés-guerre, la production phonographique aux usines de Chatou couvrira un trust mondial des marques Pathé, Columbia, La Voix de Son Maître, Swing, Odéon, Cetrasoria, Pathé-Vox, Metro-Goldwyn-Mayer (musiques de films), Capitol, ce dernier fleuron de l'édition phonographique américaine étant racheté par EMI.
 
 
 
 
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 Couverture du catalogue de microsillons 1959
collection Pierre Arrivetz
 
 
 
 
L'association Chatou Notre Ville a mené deux grands combats dans son existence depuis 15 ans : la sauvegarde de la Foire à la Brocante et aux Jambons dans l'Ile de Chatou menacée par un projet public de complexe hôtelier en 1994, combat réussi au terme de 4000 signatures, le combat pour une préservation partielle de l'usine Art Déco Pathé-Marconi de 1999 à 2004, combat, qui, malgré les pétitions les plus prestigieuses, a vu le triomphe, avec le soutien avancé des pouvoirs publics locaux, de la spéculation la plus banale et la table rase du berceau du microsillon qu'était l'usine. Celle-ci avait été construite de 1929 à 1931 sur les plans des architectes Art Déco anglais les plus célèbres, Wallis, Gilbert et Partners. La présente rubrique présente des architectures et aménagements intèrieurs Art Déco contemporains de l'usine Pathé, laquelle aurait pu abriter un certain nombre d'équipements publics de la commune (médiathèque, conservatoire, salle de spectacle et de cinéma ...).
 
 
 
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Dessin de Raymond Gid pour les costumes de l'un des 45 tableaux
de la revue du Casino de Paris "Paris qui brille" de novembre 1931:
"La Folie des Disques" avec Mistinguett,
grande vedette de la Compagnie des Machines Parlantes
 
 
 
 
Rappelons aussi que la société Pathé,   branche cinématographique indépendante d'EMI (cette dernière société avait mis en vente l'usine), avait proposé d'apporter son aide documentaire et matèrielle en suggérant la réalisation d'un musée des industries cinématographiques et musicales dans le cas où les collectivités publiques auraient entrepris une conservation.
 
Voici quelques exemples, disparus ou non , de cette architecture appliquée notamment aux salles de spectacle française et américaine.
  

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La salle cinématographique du Palais de l'Information construit pour l'Exposition Coloniale de Paris de 1931.
 
 
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Une image de l'ancien monde de la IIIème République : le président de la République Paul Doumer traversant le corridor Art Déco du Palais de l'Information de l'Exposition Coloniale de Paris de 1931 aux côtés de son organisateur, le ministre Paul Reynaud.
 
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L'entrée du Palais de l'Information vue de la Porte Dorée.
Le Palais couvrait une superficie de 19.000 mètres carrés.
 
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Le grand hall du bureau de la presse au Palais de l'Information.
 
 
 
L'exemple des théâtres américains des années trente
 
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Une salle de théâtre américaine en 1933 
(une spectatrice presse sur un bouton
pour obtenir le programme)
 
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"Il est à peu près impossible d’énumérer les innombrables détails qui font de ces salles de spectacles des merveilles d’ingéniosité, de confort et de luxe. Quand un européen visite ces théâtres, il est comme Ali Baba pénétrant dans la caverne où se trouvent amassés des trésors . Chaque partie a été étudiée avec tant de soin et décorée avec tant de raffinement que l’on éprouve une sorte d’ivresse non pas tant à cause de la perfection que de la richesse de l’ensemble. Il ne faudrait cependant pas croire que ce luxe soit tapageur. Le style moderne, qui aime la simplicité, a permis aux architectes et aux décorateurs d’éviter certaines fautes qu’avaient commises les entrepreneurs de certains cinémas, « les plus grands du monde », qui étaient comparables à des châteaux forts transformés en salles des ventes. (…) Tout est donc combiné pour que le spectateur ne subisse aucune contrariété et qu’il ait une joie complète. Et, de fait, dés qu’il est entré dans un de ces nouveaux théâtres, l’homme de la rue est baigné dans une atmosphère miraculeuse. (…)
 

Après avoir visité ces théâtres, j’ai cherché une faute, une erreur de goût , un détail à critiquer, et je dois dire que l’éblouissement  que m’imposaient tout ce luxe et cet incroyable confort, ne m’a pas permis de garder tout mon sens critique (…) Ph.S

 

"Le Miroir du Monde" - 10 juin 1933

 

 

 

 

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Le Grand Rex, créé par Jacques Haïk et inauguré le 8 décembre 1932, contemporain de l'usine Pathé. Conçu pour 3300 places par l'architecte Auguste Bluysen et l'ingénieur Emerson, il demeure l'un des rares cinémas Art Déco français ayant gardé une authenticité. Il est le pionnier des salles dites "atmosphériques" dont la décoration prévoyait un ciel étoilé. La salle fut pourvue d'un décor paysagé dans le style Art Déco méditerranéen des villas de la Côte d'Azur. Son escalier mécanique, premier du genre en France, fut inauguré en 1957 par Gary Cooper et Mylène Demongeot.
 

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Le "Rex" à son inauguration en 1932
 

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La première grande salle de cinéma des Champs-Elysées : le "Marignan-Pathé" réalisé en 1933 à l'angle de la rue Marignan et de l'avenue des Champs-Elysées comportant 1800 places (833 à l'orchestre, 320 en mezzanine et le reste au balcon). Oeuvre de la Société Foncière des Champs-Elysées avec le concours de la Société "Constructions Edmond Coignet", des Etablissements Rontaix et de Monsieur Bruyneel, architecte décorateur. Les plans de l'immeuble ont été dressés par Monsieur Arfvidson, architecte du Gouvernement.

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La salle de cinéma d'une façade de 33 mètres et ci-dessous, un aspect du hall

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"Le Génie Civil" - 17 juin 1933 

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Le cinéma Paramount (plus tard appelé "Paramount Opéra") inauguré le 24 novembre 1927 à l'angle du boulevard des Capucines et de la Chaussée d'Antin dans le bâtiment du théâtre du Vaudeville construit en 1869. Il comportait une salle de prés de 2000 places et demeura la propriété de Paramount jusqu'en 2007, date à laquelle Gaumont reprit les lieux. Le réaménagement intèrieur de 1927 fut assuré par les architectes Bluysen et Verity. Quelques aspects de cette reconversion figurent ci-dessous.

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 "Le Génie Civil" - 24 mars 1928

 
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Le théâtre du paquebot Normandie (1935)
 
 
 
 
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Ci-dessus, le grand salon du paquebot Normandie par le cabinet d'architectes Bouwens de Boijen avec les peintures de Dupas, les laques de Dunand, les verres gravés du maître-verrier Champigneulle.
 
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A bord du paquebot Normandie, la porte en laque signée Dunand
entre le grand salon et le fumoir.
 
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Salle à manger Art Deco du paquebot Normandie
 
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Grand hall du paquebot Normandie
 
 
 
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Crédit L'Illustration tous droits réservés - www.lillustration.com
 
 
Le 30 juin 1933, l'imprimerie du grand journal l'Illustration fut inaugurée à Bobigny, oeuvre de Messieurs Lefébure, dessinateur, et Hischmann, ingénieur. La porte d'entrée du hall ci-dessus était de Raymond Subes. Ci-dessous le grand hall Art Deco. Tout concourait à en faire un chef d'oeuvre de l'art industriel français. Le bâtiment, en béton armé comme l'était l'usine Pathé, a été préservé par les pouvoirs publics et est en cours de restauration bien qu'il n'ait jamais eu l'importance de l'usine Pathé de Chatou dans la culture du XXème siècle. Sa nouvelle vie est celle d'un équipement public universitaire.
 
  
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Crédit L'Illustration tous droits réservés - www.lillustration.com
 
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Crédit L'Illustration tous droits réservés - www.lillustration.com
 
 
Source : "L'Illustration" - 1er juillet 1933
 
 
 
A l'Exposition Universelle de Paris de 1937,
le pavillon Photo Cine Phono 
 
 
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Sur les Champs-Elysées, la "Maison de France"
 
 
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« Maçons, charpentiers en fer, menuisiers, marbriers, décorateurs, électriciens, tous les représentants des corporations du bâtiment se succédèrent et, animés par M.M. Louis Boileau et Charles Besnard, architectes, des mois durant, jour et nuit, travaillèrent jusqu’à ce qu’ils eussent érigés vers le ciel un immense palais, paré de marbre percé de larges verrières, et dont le gros œuvre fut terminé en octobre 1931 (…) ».

 

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L'un des vitraux du bâtiment illustrant les sports
 
 
 
 
 
De Paul Vallat, président de l’Office National du Tourisme :

 

« Dans ce vaste hall, sont groupés tous les services utiles au public. Ce bureau fournit à chacun une riche, une abondante documentation. Celui-ci est commun à tous les chemins de fer français. Ces deux autres appartiennent respectivement aux compagnies de navigation maritime aérienne. Ici, le Touring-Club et l’Automobile-Club délivrent les tryptiques nécessaires pour les passagers en douane. Là , le Crédit National Hôtelier pratique le change et l’établissement des chèques de voyage ; plus loin, un service spécial, relié directement à la Préfecture de police, délivre le passeports.

 

Il y aura même dans quelques jours, dans nos murs un studio, où l’on pourra se faire établir toutes photographies destinées aux cartes d’identité. Cette simple énumération  ne vous montre-t-elle point quelle économie de temps, d’urgence et de force nerveuse réalisera le touriste à la veille d’accomplir un voyage ? » (…)

 

« Voici une salle de correspondance, un bureau de tabac, un bureau de location pour tous les théâtres, concerts, music-halls de Paris ; une autre où les journalistes seront chez eux, pourront téléphoner, travailler se réunir. Deux étages de sous-sols, d’un style aussi moderne, aussi pratique que celui de ce hall, reliés avec lui par un ascenseur double, sont destinés à des expositions temporaires : couture, mode, joaillerie, bijouterie, etc…(…)

 

Dans nos sous-sols seront également installés un cinéma et des dioramas montrant la prodigieuse richesse de notre pays au point de vue touristique et thermal. Au-dessus du rez-de-chaussée, deux autres étages seront réservés à un salon permanent des industries d’art et à une exposition permanente des manufactures nationales des Gobelins, de Sèvres, de Beauvais, de la Monnaie, de la calcographie du Louvre. »

 

"Le Miroir du Monde" - 20 février 1932

 

13/02/2014

DE L'OPERETTE AU JARDIN, UNE CHRONIQUE DE 1950

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Luis Mariano en 1950 dans son jardin du Vésinet nettoyant sa voiture américaine

 

"Depuis quelques semaines, je ne suis plus parisien, mais vésigondin, c’est-à-dire habitant de…Non, je vous laisse chercher à quelle localité de banlieue correspond ce nom à tournure barbare. Je me suis retiré dans « mes terres », pour y mener, en dehors du théâtre, du studio et de tous ces lieux bruyants et agités, la vie simple et paisible du gentleman-farmer. Je vais essayer de vous en donner un aperçu.

Ce que l’on voit d’abord, de ma propriété, c’est un grand mur qui fait tout le tour du jardin. Vous ne pouvez pas savoir combien j’aime ce mur, qui arrête les regards indiscrets et me permet de me promener enfin  incognito.

Un de mes voisins, un certain Francis Lopez, qui fait, paraît-il de la musique, possède une propriété charmante qu’il lui est interdit d’enclore.

Quand il veut faire une partie de boules dans son jardin, la moitié de la population s’assemble pour le contempler, de sorte qu’il a songé sérieusement à déménager.

Moi, à l’abri derrière mon mur de la vie privée, je pourrai aller à la pelote basque sur le fronton que je vais faire construire, sans que les passants en sachent rien, à moins qu’une balle égarée ne franchisse le mur et ne leur tombe dans l’œil…

Donc, j’ai un mur, et derrière ce mur, un jardin. Disons un parc pour que ça fasse plus chic. Un parc magnifique, dans lequel un metteur en scène avisé pourrait trouver maints décors : une rivière avec un petit pont, une cascade parmi des rocailles, avec des fougères et des bambous, et même un kiosque chinois pour un film extrême oriental.

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Luis Mariano en gentleman-farmer dans son jardin du Vésinet en 1950

 

Pour le moment, on pourrait surtout y tourner des scènes de forêt vierge, étant donné que le parc est envahi par les broussailles, et que les lilas se sont mêlés aux rosiers dans un fouillis inextricable.

Je me sens, dans cette jungle en miniature, une âme de Tarzan ou de Robinson ; je vais à la découverte des violettes et des primevères, et les merles, qui n’étaient pas dérangés depuis des années, s’envolent presque sous mes pas en sifflotant. Entre parenthèses, quand la fenêtre est ouverte et que les oiseaux m’entendent faire des exercices de chant, ils doivent bien rire et se moquer de moi (…).

Pourtant, tel qu’il est, mon jardin me plaît. Il y a , dans un parc abandonné, une sorte de poésie mélancolique qui monte avec l’odeur des feuilles mortes accumulées…Mais assez de romantisme ! le jardin va être défriché, gratté, taillé, peigné comme il sied à un jardin civilisé.

J’ai déjà retourné une pelouse devant la maison…Oh ! pas moi tout seul, évidemment. Retourner la terre, c’est très bon quand on peut se coucher de bonne heure ; mais quand il faut aller chanter, danser et courtiser « La Belle de Cadix » avec des courbatures et des ampoules aux mains, c’est beaucoup moins drôle. 

Maintenant, entrons dans la maison. Si vous vous attendez à un cadre luxueux comme celui  de « Je n’aime que toi » par exemple, vous serez déçu. C’est une maison qui a dû être très bien il y a une cinquantaine d’années. Les murs, un peu écaillés, sont ornés de guirlandes rococo, et au-dessus des portes, des bergères et des marquises me font les yeux doux...

Il y a un calorifère à air chaud, des suspensions 1900 et la pluie tombe goutte à goutte dans les chambres du haut. Quand j’ai voulu faire réparer et moderniser cette maison suivant mes idées, assez grandioses je l’avoue, l’architecte m’a présenté un devis qui m’a coupé le souffle.

Alors, j’ai décidé provisoirement de faire aménager le pavillon de gardien attenant au garage. Ce pavillon sera bientôt prêt, et  je le trouve ravissant avec sa façade blanche et ses volets verts à la mode basque. « On dirait un bungalow à Hollywood » m’a dit Francis Lopez qui n’est jamais allé en Amérique.

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Luis Mariano en train de réaliser son chauffage central dans son jardin du Vésinet en 1950, intervention ratée selon son propre aveu.

 

Pour que le travail avance plus rapidement, j’ai voulu « en qualité d’ancien gars du bâtiment », aider les ouvriers.  J’avais une superbe salopette bleue rapportée d’Amérique  et beaucoup de bonne volonté, ce qui ne m’a pas empêché de bousiller plusieurs tuyaux de chauffage central que je voulais raccorder.

J’ai dessiné l’ameublement et la décoration des quatre pièces, et je crois que ce sera tellement joli que j’aurais du mal à quitter mon bungalow même si j’ai de quoi bâtir un palais à la place de mon manoir branlant.

En attendant, j’y suis, dans le manoir, et ma foi, pas si mal que ça ! j’y suis même très bien, parce qu’après les gitans de  « La Belle de Cadix », je me retrouve dans un vrai campement de romani, ce qui me permet de rester dans l’ambiance.

On a apporté juste un piano, des lits, une table et quatre chaises : quand il y a plus de quatre personnes, on s’asseoit par terre ou sur le lit, à condition qu’il ne soit pas trop encombré de vêtements, d e partitions, de photos et de vos lettres, mesdemoiselles. Un jour, je vais inviter mon percepteur, afin qu’il voit dans quel dénuement je vis et qu’il m’en tienne compte.

Aux heures de repas, 3 heures de l’après-midi et  1 heure du matin,  Magnoli m’appelle dans la cuisine (c’est là que se trouve la table), me fait prendre mes médicaments, et bon gré mal gré, m’oblige à manger des nouilles ou de la purée, à cause de ma crise d’appendicite.

Magnoli est ma bonne, une basque espagnole qui m’a connu lorsque j’avais trois ans ; j’ai toujours trois ans pour elle et elle continue à m’appeler « Chiqui » (« petit » en basque), ce qui je le reconnais, ne fait pas très « grande vedette ».

Mais je crois que je ne saurais jamais jouer à la grande vedette et que si, plus tard, j’avais un maître d’hôtel qui annonce cérémonieusement : " Monsieur est servi ! ", je me croirais au studio, et pas chez moi !

Enfin, comme vous voyez, je suis très heureux dans mon ermitage rustique, et je cueille des pissenlits en rêvant aux prochaines récoltes de mon jardin potager, qui, pour le moment, produit surtout des orties, de la cigüe et de vieilles boîtes de conserves, mais où je vais semer des radis et de la laitue.

Pour me reposer de cultiver ma voix et de vagabonder à travers le monde, quand le théâtre et le cinéma m’accorderont quelques loisirs, j’espère que je trouverai le bonheur comme Candide en cultivant mon jardin. »

 

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Luis Mariano, qui habita Le Vésinet de 1950 à sa mort en 1970 86 boulevard Carnot, fit toute sa carrière phonographique chez Pathé-Marconi à Chatou. Dans le catalogue général de la firme de 1956, près de 200 airs d’opérette étaient à son actif sous le label "La Voix de Son Maître". Lors de sa conférence cinématographique salle Jean Françaix en 2010, "Les personnalités de Chatou-Le Vésinet du XXème siècle", l'association lui a rendu hommage.

 

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Luis Mariano en couverture d'un catalogue La Voix de Son Maître


Source :

Cinémonde 13 mars 1950


 

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10/02/2014

LES AMIS DE LA MAISON FOURNAISE EN MARCHE POUR 2014

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Samedi  8 février 2014, les Amis de la Maison Fournaise ont tenu leur assemblée générale dans une salle comble de plus de 200 personnes sous le cinéma de Chatou. 2014 n’est pas une date anecdotique puisqu’elle marque les 130 ans du Salon des Indépendants qui projeta pour la première fois la peinture impressionniste dans le monde de l’art.

L’assemblée a reflété une fois encore le dynamisme de l’association emmenée par Madame Marie Christine Davy. Avec l’aide de Monsieur Jean-Pierre Sarron (ci-dessous), pas moins de 25 manifestations dans l’année ont été organisées, parmi lesquelles de nombreux voyages et visites d’expositions. L’association tient également des réunions conviviales et ouvertes au public du Cercle des Amis de la Maison Fournaise le vendredi soir à Chatou dans l’Ile aux Rives de la Courtille abordant divers sujets de conférences sur l’art.

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Dans les projets à financer, la restauration emblématique de la peinture murale du Père Fournaise sur la maison, un juste hommage à celui par qui tout est arrivé, et peut être un jour l’exposition de son portrait conservé Outre-Atlantique, constituent de très belles perspectives.

Le trésorier, Monsieur Jean Marty, a illustré la comptabilité à l'appui de tableaux de l'époque.

 

Les productions éditoriales se sont enrichies de la publication du livre des 30 ans de l’Association laquelle vient s’ajouter à celle de la gazette annuelle.

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L’association  maintenant ses encouragements dans la peinture, une toile du peintre Luciano Faraoni a été sélectionnée et présentée au public avec divers autres tableaux de l’artiste (ci-dessous).

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Enfin, il serait injurieux d’omettre une activité qui suscite l’intérêt immédiat des touristes et donne un souvenir vivant du monde de l’impressionnisme : les manifestations de l’association Arts et Chiffons qui a offert sa participation au bal des Canotiers à Bougival mais aussi à un son et lumière pour la cathédrale de Rouen, soit un apport exceptionnel à la reconstitution historique grâce aux costumes d’époque réalisés par les membres de l’association dont le rapport nous était présenté par Madame Isabelle Wilbert, administratrice, en l'absence de Madame Danièle Daniélou, empêchée.

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De gauche à droite, Madame Suzanne Bertauld, vice-présidente et Monsieur Jean-Guy Bertauld, président d'honneur, Monsieur Gélineau, administrateur, historien et auteur de la production éditoriale de l'association, Monsieur Bernard Pharisien, écrivain, spécialiste de Renoir et Madame Marie-Christine Davy, présidente de l'association.

 

La réunion était clôturée par une conférence organisée par l'association sur André Derain par Madame Geneviève Javotte Taillade, comédienne et arrière petite nièce de l’artiste. Ce moment est devenu un souvenir important. La vie d’André Derain est apparue comme on ne le voyait pas : à travers ses parents et notamment son père Louis Charlemagne Derain dont le portrait nous fut présenté pour la première fois. Grand épicier de la petite ville de Chatou rue de Saint-Germain, rappelons qu’il fut conseiller municipal de 1883 à 1909. La représentation de son immeuble aujourd’hui détruit puis de celle d’un tableau méconnu d’André Derain de 1899 – ce dernier avait alors 19 ans – ont soulevé une curiosité empreinte d’émotion : « L’enterrement à Chatou » montrant en couleurs une procession vers l’église Notre-Dame.

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La vie de Derain traversa des lieux très différents avec sa peinture, l’atelier de Chatou Maison Levanneur à ses débuts puis celui de la rue Bonaparte de 1910 à 1928 puis les propriétés de Chailly-en-Bière, de Paruso, enfin de Chambourcy, magnifique domaine qu’il acquit en 1935 contre la vente de ses anciennes demeures. Là, le peintre créa un univers partagé entre l’art, qu’il exerçait de mille façons, et la nature, qu’il observait dans son parc entouré d’animaux. A Chambourcy, il accueillit aussi sa famille, les grands noms de l’art de l’époque et pour n’en citer qu’un, Paul Poiret, lui aussi naguère jeune assidu des bords de Seine de Chatou. Derain y réalisa de magnifiques portraits dont celui d’Emonde Charles-Roux en 1953.

Les diverses œuvres présentées lors de la conférence revêtaient toutes un intérêt particulier. De la fin des années trente aux années cinquante, celles-ci ont été une découverte dans l'assistance et l’on peut dire que tant le sujet que le talent de la conférencière elle-même ont permis de faire ressortir nombre de faits et de documents éclairant avec intérêt les nombreuses vies du natif de Chatou.

Derain a porté la peinture française du XXème siècle. Son nom est digne d’un hommage national. Son ami Vlaminck serait encore aujourd’hui le premier à défendre son œuvre. L’Association des Amis d’André Derain à laquelle notre association a décidé d’adhérer se bat pour que ce qui reste du domaine de Chambourcy, aujourd’hui objet d’un projet public, soit élevé en mémoire de l’artiste, dans le respect d’un paysage qui inspira sa vie, en n’oubliant pas de préserver le caractère des lieux.

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Et c’est un grand projet. Si l’on considère que l’art et le patrimoine sont le soleil de la France, Derain y tient une place éminente au milieu du rayonnement qu’il lui a apporté.

 

 

Pour en savoir plus :

Amis de la Maison Fournaise 06 85 11 85 59 amisfournaise@gmail.com

Luciano Faraoni 01 48 32 54 07 / www.drouot-cotation.org

Association des Amis d'André Derain : www.andre-derain.fr

 

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02/02/2014

CONFERENCE DES AMIS DE LA MAISON FOURNAISE SAMEDI 8 FEVRIER 2014

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Les Amis de la Maison Fournaise

 

 nous prient d'annoncer leur conférence

ouverte au public 

à l'issue de l'assemblée générale annuelle

  

Samedi 8 février 2014

à 17 heures 30

 Salle Jean Françaix 3 Place Maurice Berteaux

 

Dans l’intimité d’André Derain

 

Par Geneviève-Javotte TAILLADE

Petite nièce d’André DERAIN

Présidente d’Honneur des Amis de Derain

 

 

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André Derain et Maurice de Vlaminck - collection de l'auteur

 

 

En 1935, André Derain vend toutes ses habitations, celle de la rue du Douanier à proximité du Parc Montsouris à Paris, sa maison de Chailly-en-Bière près de Fontainebleau et le château de Parouzeau en Seine et Marne, pour s’installer à Chambourcy avec sa famille et ses animaux. Il y restera jusqu’à sa mort en 1954.

Petite nièce de Derain, Geneviève-Javotte Taillade a habité cette maison 40 ans, au milieu des collections, de ses meubles et dans le sillage du grand homme. Elle a posé pour lui toute petite, comme sa mère l’avait fait avant elle.

C’est ce souvenir « intime » que la conférencière, bien connue de nombre d’entre vous, veut bien nous faire partager. 

Rappelons qu’André Derain est né le 10 juin 1880 à Chatou et y a passé sa jeunesse.

 

 ***

 

A sa mort en 1954, Maurice de Vlaminck, avec qui il avait formé le duo de l'Ecole des Fauves à l'orée du siècle, lui rendit hommage dans le journal "Arts" :

 

" La mort d’André Derain fait ressurgir en moi des images, des paysages…Tout un monde de fantômes, de personnages vieillis, démodés ou encore en vie, se bouscule, s’agite et passe sur l’écran. La bobine dans l’appareil semble dérouler à rebours le film du passé.

Je revois André Derain à vingt ans, déambulant dans les rues de Chatou, l’air las et désabusé, grand, long, efflanqué, ayant l’allure d’un escholier de la basoche.

Dans ses propos, sans transition, il passait de l’amertume à l’humour, de la lassitude à l’ennui, de l’enthousiasme à la confiance et au doute. Il était jeune ! Derain laissait à ses pensées leur libre cours. Mais dans tout ce qu’il disait, dans les préoccupations d’un avenir incertain, une chose dominait et l’obsédait…la Peinture.

Au bout d’un an de travail en commun dans l’atelier que nous avions tous deux à Chatou – atelier devenu historique – Derain partit au régiment. Pendant le temps qu’il passe à Commercy à faire son apprentissage militaire, dans toutes ses lettres, il rage d’être là, encombré d’un fusil et d’écraser les mottes de terre sous ses godillots. Toutes ses pensées, tous ses désirs, l’appellent, autre part : ce qu’il demande c’est d’avoir des pinceaux et une palette chargée de couleurs dans les mains.

« Pour la peinture…m’écrivait-il quelques mois après son arrivée à la caserne, j’ai conscience que la peinture réaliste est finie. On ne fait que commencer en tant que peinture.

Sans toucher à l’abstraction des toiles de Vincent Van Gogh, abstraction que je ne conteste pas, je crois que les lignes, les couleurs ont des rapports assez puissants dans leur parallélisme à la base vitale pour permettre de chercher, de trouver un champ, pas nouveau mais surtout plus réel dans sa synthèse.. »

Plus loin, il écrivait : « il ne faut pas oublier que la seule définition complète de l’art est dans le fait du passage du subjectif à l’objectif. Hier, au détour d’un chemin, j’ai vu un vrai Rodin. Une femme portant un gosse à cheval sur une épaule : c’était très beau. Le gosse  était raide et vraiment à cheval…L’épaule qui portait, très large. Tout cela était rythmé et vraiment un peu dans l’avenir.

Je voudrais tout dire et je ne peux rien dans le papier. Des mots ne suffisent plus, ce ne sont plus que des mots, des dessins ou des sons. Parle-moi si tu as vu des nouveaux Van Gogh ou des Cézanne ou autre chose ? j’ai besoin maintenant d’un travail plus sincère, plus désintéressé que je ne l’ai jamais fait…Ecris-moi deux mots, n’importe quoi ! donne-moi des nouvelles de Chatou, même fausses !. »

Derain employait parfois dans sa conversation et dans ses lettres, des mots crus : mais si l’accent était rude, de tour direct, si le langage était coloré, ce qu’il exprimait relevait de la plus fine sensibilité ou soulignait la plus cruelle observation.

Les expressions parfois grossières étaient là, dites comme un mépris de la crasse indigente, un défi jeté à la bêtise et à l’ignorance. Si invraisemblable que cela puisse paraître, si nous avions certains points communs, la nature d’André Derain et la mienne s’opposaient. Mais si nos moyens de réalisation différaient, nos aspirations étaient qualitativement semblables :nous aspirions à un même idéal en empruntant des chemins différents.

Dés l’enfance, Derain avait été en classe. Ses facultés avaient été cultivées. Ses études au collège lui donnaient des certitudes et le différenciaient de moi. Je n’étais qu’une graine que le vent avait semée au hasard et qui s’accrochait à la terre où elle avait germé, croissant avec son seul instinct et en vue seulement des ses propres acquisitions.

Cependant, l’un comme l’autre, nous entendions refaire le monde à notre façon, à notre mesure. Nous y apportions la même hardiesse, le même enthousiasme. Avant d’avoir assemblé les matériaux d’un nouvel édifice, nous démolissions et nous nous placions sur un autre terrain avec l’espoir et parfois la certitude d’arriver à bâtir notre cathédrale.

Notre rencontre bouleversa les plans de ses parents. Il était appelé à faire une carrière d’ingénieur, tel était le désir de sa mère ! mais tel n’était pas le désir d’André Derain. Il devint artiste peintre.

En art, un goût sûr lui faisait distinguer  le vrai du faux et rejeter  l’artificiel et le banal. Le 13 août 1902, il m’écrivait : « il y a bientôt un an que nous avons vu Van Gogh et vraiment son souvenir me hante sans cesse…Je vois de plus en plus le sens véritable chez lui..Il y a bien aussi Cézanne. Grande puissance aussi ! mais à part la peinture de chevalet, il me semble que le but est dans la fresque. Michel-Ange, par exemple, comme sculpture, ses nus sont écrasants, sans but, ne-te semblent-ils pas idiots ou isolés ?

Une chose qui me tracasse, c’est le dessin. Je voudrais étudier des dessins de gosses. La vérité y est, sans doute. Mais il faut se faire une raison. Tout cela n’est plus de notre temps et il faut surtout être plus jeune que notre temps : c’est-à-dire plus vieux  comme idées, surtout avoir les idées non seulement d’un futur jeune, mais plutôt d’un futur vieux… »

Et le 18 août 1902 :

« Oui, pour sûr, tu as bien raison, c’est idiot d’être mort lorsqu’on a vécu et c’est bien beau de mourir lorsqu’on ne peut plus vivre. C’est tout naturel d’être mort ou bien en vie lorsque  l’on a jamais été.

Chacun pouvait bien écrire ou dire à l’autre qu’il se sentait à bout, qu’il était fou ! mais au fond de soi-même ni l’un ni l’autre ne se sentait vaincu ou las définitivement.

Tous deux, solidement charpentés, dotés d’une robuste constitution et d’un parfait équilibre physique, nous avions nettement conscience de tout ce qui pouvait être malsain, de tout ce qui pouvait altérer nos pensées  et notre santé morale. Notre mise n’était certes pas élégante ni même soignée, mais nous n’inspirions ni commisération ni pitié.

Derain était doué d’un sens  critique extrêmement développé. Il avait une façon personnelle de voir les êtres et les choses, d’approfondir les questions  les plus simples et les plus ardues, mais les conclusions qu’il tirait de ses controverses philosophiques  et artistiques  arrivaient à le faire souvent douter de lui-même.

Après une réplique ambigüe, on pouvait voir dans l’œil de Derain , accompagnant ses derniers mots , une expression de moquerie et sur ses lèvres une petite moue d’indifférence. Il résolvait les problèmes les plus ardus et pénétrait dans le monde des idées avec un petit rire intérieur (…)

Sur l’écran passent et repassent les images du film…1900…Chatou…L’atelier où nous nous retrouvions…où l’on remisait, toiles, couleurs, chevalets…Le pont de Chatou…La Grenouillère…Le restaurant Fournaise…Les balades à pied sous un soleil brûlant ou dans la campagne couverte de neige.

Sans un sou dans la poche, nous explorions Paris, parcourant des kilomètres le long des berges de la Seine…Montmartre, l’atelier de la rue de Tourlaque où « les putains respectueuses » de la place Blanche et du Rat Mort venaient poser, celui de la rue Bonaparte où pendant des soirées entières  nous parlions des peintres de la génération qui nous précédait, de ce que ces peintres avaient réalisé, des moyens qu’ils avaient employés et dans quel sens et vers quel but ils avaient dirigé leurs efforts. Manet, Renoir, Monet, Cézanne…Et le réalisme : Zola, les Goncourt…Les visites aux musées, au Louvre…Les Primitifs..La naissance du Cubisme. La mode dans l’invention dans la peinture, l’Art, l’intention de l’esprit, Picasso, Guillaume Apollinaire, « Dadaïsme », « Surréalisme »…

Foncièrement classique de nature, de sentiments et de goûts, André Derain acceptait difficilement de s’engager dans le chemin  des écoliers que prenait alors la peinture.

Cette interprétation déshumanisée, ces rébus d’où la vie était exclue, le chaos dans lequel  étaient plongées la nouvelle génération et la peinture, les nouvelles formules en « isme » le rendaient inquiet.

Il déserta les Salons et les Expositions, se retira à l’écart pour ne plus être d’avant-garde, acceptant de passer pour « ne plus être dans le coup ».

De tous les peintres de notre génération, je n’en connais aucun, sauf André Derain, qui eût été capable de bâtir, de mettre debout sans vulgarité, gaucherie et banalité, une composition comparable à celle de  l’ « Atelier », ou à celle de « Un enterrement  à Ornans », de Gustave Courbet.

Nos caractères et notre nature même s’opposaient. Etait-ce cela qui  nous faisait nous rapprocher et discuter sans fin sur les mêmes sujets ? la Vie ? la Peinture ? la Peinture qui avait fait naître en nous une amitié qui dura de longues années. Des évènements surgirent.

La guerre et la vie firent naître des dissentiments et des heurts et creusèrent pendant plus de vingt ans un fossé profond entre nous. Mais chacun reconnut toujours en l’autre qualités et défauts, sans haine ni mépris.

J’ai revu André Derain deux mois avant sa mort dans une auberge où nous avons déjeuné ensemble. Derain a aimé la vie  en égoïste raffiné, il a aimé la bonne chère, le bon vin et les femmes…Sa conversation était empreinte d’un humour singulier.

Je retrouvais malgré les ans qui avaient mûri son visage et alourdi son corps le Derain que je connaissais bien.

Pendant qu’il me parlait, je revoyais les toiles qu’il avait peintes à différentes époques. Le goût sûr et raffiné, l’intelligence de son dessin, l’équilibre et l’ordonnance des formes, le choix et la sobriété des tons et de la couleur qui se trouvent dans son œuvre contribuent à faire de Derain un peintre…Un Grand Peintre.

Avant de nous quitter, nous nous serrâmes la main :

-         « j’irai te voir, me dit-il. Nous avons tellement de choses à nous raconter et à mettre au point !

Avec André Derain disparaît un des piliers de la Peinture française contemporaine.

VLAMINCK "

 

Source : transcription du journal "Arts" du 22 septembre 1954, collection de l'auteur

 

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30/01/2014

DIMANCHE 26 JANVIER 2014 : ASSEMBLEE GENERALE DE L'AMICALE DES 27 FUSILLES ET RESISTANTS

 

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L’Amicale des 27 Résistants, Fusillés et FFI de Chatou tenait son assemblée générale dimanche 26 janvier 2014 salle des Champs Roger. Une assemblée importante en raison des débats sur la commémoration des 70 ans de la Libération de Chatou fin 2014.

 

Etaient présents des membres des familles des 27 Martyrs mais aussi monsieur le sénateur Gournac, membre de la Commission des Forces Armées au Sénat, qui lui-même a eu à coeur de maintenir sa participation à l'assemblée malgré la refonte de ses engagements dans la vie publique ainsi qu'arrivés en fin de réunion, Monsieur le Maire de Chatou et Monsieur Faur, délégué aux Anciens Combattants. Monsieur Jean-Claude Issenschmitt, président de la section locale du Souvenir Français, participait également. Monsieur Gournac a rappelé qu'un membre des 27 était originaire du Pecq, en l'occurrence Jean Ramain, habitant du 11 rue des Prairies, tué à 22 ans comme ses autres camarades, mutilé et enterré dans la fosse de la Pièce d'Eau.

 

Le président Alain Hamet, à la suite d'une requête communément formulée notamment par Chatou Notre Ville depuis plusieurs années, a demandé à monsieur le maire de Chatou ne plus programmer le même jour le Forum des associations et la cérémonie de la Libération. La proposition principale étant de mettre le forum des associations le samedi et la commémoration le dimanche. Ceci afin de dégager les associations, élément actif de notre ville au titre de l'intérêt général, pour la commémoration de la Libération.

 

Le président Hamet a formulé la demande d'une représentation armée lors de la commémoration à Chatou. Monsieur Hamet a également indiqué qu'il animerait une conférence du Club de la Boucle sur l'histoire des 27 Martyrs en février 2014.Un échange a eu lieu convenant d'une réédition du livret original de 1947 sur les 27 Martyrs, aujourd'hui presque introuvable, réédition que Monsieur Issenschmitt pour le Souvenir Français compte prendre en charge, livret complet mais comportant des clichés pénibles pour un public jeune selon les adhérents (cf ci-dessous, extrait du livret, collection de l'auteur).

 

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Madame Claire Salvy a soulevé l'opportunité d'une organisation avec la commémoration le dimanche de la 2ème D.B. du général Leclerc. Des éléments de cette division auraient traversé Chatou par l'avenue Foch en provenance de Saint-Germain-en-Laye selon un cliché communiqué à l'Amicale par l'auteur de ces lignes en provenance du fonds Jacques Catinat qui lui a été légué. La 2ème D.B. est annoncée comme ayant traversé Chatou le 26 août 1944 par les notes de combat du groupe de F.F.I. du Front National (Résistance communiste) dans le livret des 27 Martyrs.

 

 

 

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Monsieur Gournac, maire du Pecq pendant 22 ans, a profité de l'occasion pour évoquer les recherches qu'il a fait faire en Angleterre sur le bombardement du 3 mars 1942 sur la ville du Pecq, lequel a entraîné la mort d'une quarantaine d'habitants, suscitant une certaine incompréhension. Ce bombardement que Monsieur Gournac a toujours commémoré était considéré jusqu'ici comme une erreur géographique. En réalité, les archives anglaises ont démontré qu'il s'agissait d'atteindre un dignitaire nazi habitant sur la côte de Saint-Germain-en-Laye, ce qui, évidemment, ne s'est pas produit, au détriment de la ville du Pecq. *

 

L'affaire des 27 Martyrs de Chatou, l'un des deux massacres en Ile-de-France perpétré en 1944, commence à être de nouveau connue du public. L'association lui a consacré notamment une partie de son coffret audio "Les Voix de la Guerre 1939-1945" réalisé avec l'Amicale réunissant voix officielles et témoignages d'habitants, la transmission de la mémoire rencontrant de plus en plus de difficultés malgré les moyens techniques actuels.

 

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Le coffret « Les Voix de la Guerre », œuvre inédite dans une commune française, avait été présenté publiquement le 10 décembre 2011 à Chatou salle Jean Françaix sous le parrainage de Mademoiselle Brigitte Auber, actrice d’Alfred Hitchcock, en présence notamment de monsieur le sénateur Alain Gournac.

 

Par ailleurs, indiquons qu'un nouveau coffret audio est en passe d'être achevé par l'association Chatou Notre Ville, "LES VOIX DE L'APRES-GUERRE VOLUME 1 1946-1947" dont la réalisation a été de nouveau conduite par José Sourillan, ancien directeur des archives de RTL et Arnaud Muller, vice-président de l'association. La richesse des enregistrements, lesquels touchent à différents aspects de la vie politique, industrielle et artistique, justifiera une présentation officielle. Tous les témoignages recueillis n'y figurent pas en raison de la chronologie suivie dans cette œuvre extrêmement laborieuse pour les réalisateurs. Une première partie importante sur l'Indochine y figure cependant.

 

Enfin, la Libération de Chatou a inspiré le roman d'un auteur de Chatou, Madame Tanya Leroy, dont l'ouvrage doit être présenté le 1er février 2014 à la Librairie Presse et Loisirs avenue Guy de Maupassant.

 

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 * selon nos recherches aux archives départementales, le bombardement du 3 mars 1942 a également tué un croissillon, Monsieur André HIERNARD né le 7 novembre 1918, mort de ses blessures le 7 mars, un registre de la préfecture le mentionnant (d'après un écrit du service, l'usine de verrerie PARA MANTOIS de Croissy était visée):

 

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25/01/2014

BAL DU 19 JANVIER 2014 SALLE JEAN FRANCAIX DE L'ASSOCIATION DES ANCIENS COMBATTANTS PRISONNIERS DE GUERRE

 

Le 19 janvier 2014, l'Association des Anciens Combattants Prisonniers de Guerre organisait sa journée de la galette des rois salle Jean Françaix place Maurice Berteaux. Plus de 150 personnes s'étaient donné rendez-vous. Le président de la section est également le président de la Fédération des Yvelines, Monsieur Jean-Claude Issenschmitt. D'une vieille famille catovienne, arrivée à Chatou en 1911, Monsieur Issenschmitt a été pendant plus de vingt ans adjoint au maire et anime depuis 25 ans l'association. Nous lui devons un témoignage intéressant dans notre coffret audio "Les Voix de la Guerre 1939-1945", la mère de Monsieur Issenschmitt, de nationalité anglaise, ayant fait partie de la troupe de Joséphine Baker et ayant cultivé un fort patriotisme sous l'Occupation.

Nous ne résistons pas au plaisir de vous livrer l'extrait de cette vidéo où l'accordéoniste  Amaury joue en fin de soirée "Begin The Beguine", le tube le plus populaire de la fin des années trente joué aux Etats-Unis par Artie Shaw et son orchestre dont les disques 78 tours étaient pressés sous le label La Voix de Son Maître aux usines Pathé-Marconi à Chatou. L'auteur de ces lignes a d'ailleurs légué les 78 tours La Voix de Son Maître d'Artie Shaw qu'il possédait aux archives de la Ville.

 

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Disque 78 tours La Voix de Son Maître "Begin The Beguine" par Artie Shaw et son orchestre "made in France" - série swing 1939 - pressé aux usines Pathé-Marconi de Chatou - collection de l'auteur. 

 

On pouvait remarquer dans l'assistance Monsieur Alain Hamet, président de l'Amicale des 27 fusillés de Chatou, Monsieur Pierre Pourchet, président de la F.N.A.C.A., Monsieur Péchinot, ancien président du Club de la Boucle, Monsieur Jean-Claude Roekens, ancien trésorier de Chatou Notre Ville, fondateur et administrateur, ainsi que Messieurs Jean-Pierre Ratel et Alain Paillet, conseillers municipaux.

Notre association adresse ses plus vifs remerciements à Monsieur et Madame Issenschmitt qui organisent sans faillir cette journée dansante, assortie d'une tombola et d'une galette des rois.  Ils entretiennent sous les auspices du drapeau français un moment de convivialité qui fait honneur à la ville.

 

N.B : contacter l'association des Anciens Combattants Prisonniers de Guerre : M. Jean-Claude Issenschmitt au 01 39 52 96 69

 

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LES 25 ANS DE "LA MEMOIRE DE CROISSY" : A 16 HEURES DEMAIN DIMANCHE 26 JANVIER 2014

 

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Le château Chanorier où la Mémoire de Croissy organise ses expositions

 

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La ville de Croissy-sur-Seine a connu une évolution positive et sans heurt. L’image de la ville s’est fortifiée à mesure qu’elle croissait grâce à son patrimoine et son activité culturelle. Les responsables : Les Amis de la Grenouillère et La Mémoire de Croissy qui ont su faire valoir une richesse naguère passée sous silence. Et pour ne parler que de La Mémoire de Croissy que nous connaissons et à laquelle nous adhérons, la ville de Croissy lui doit 25 ans de recherches, publications, expositions dont la postérité est en partie assurée par un Pavillon d’Histoire Locale au château Chanorier, ainsi que la première exposition sur l’histoire et l’outillage du maraîchage, une activité qui a irrigué Paris et sa banlieue pendant des siècles.

 

 

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Les revues éditées par la Mémoire de Croissy depuis 25 ans sont le fruit de recherches incessantes et d'une relation avec la population pour conserver la mémoire de la ville.

 

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Aujourd’hui, dans le cadre rénové du château Chanorier, les habitants de Croissy ont, par leur soutien, conduit les représentants associatifs et municipaux à donner un éclat à la ville que celle-ci n’avait jamais connu.

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Tous les efforts des fondateurs de la Mémoire peuvent se reconnaître dans cette revalorisation. Entre le Croissy des années 80 et le Croissy d’aujourd’hui, le monde associatif a planté des fruits et des carottes dont la semence était utile. Quant à la récolte, elle est toujours bonne et empreinte de perspectives, telle cette exposition prometteuse sur les inventeurs Croissillons Kégresse (autochenilles) et Tissandier (dirigeables) en fin d'année.

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La Croisière Jaune au Salon Retromobile 2009 porte de Versailles : la Citroën Kégresse.

 

Les 25 ans de l’association, le concert des chœurs "O Musica" (classique et variétés), sont donc une fête à laquelle nos internautes et adhérents sont intéressés par la réussite même qu’ils symbolisent et l’exemple qu’ils portent.

Merci par avance à tous ceux qui s’y joindront.

 

 VOUS INSCRIRE :

lamemoiredecroissy@free.fr

19/01/2014

PROJET DE LOI ALUR : INTERVENTION DE MONSIEUR JACQUES MYARD ET DE L'ASSOCIATION A SA SUITE

Le projet de loi ALUR de Madame DUFLOT, ministre de l'Ecologie et du Développement Durable, prévoit la suppression de la possibilité d'établir des règles de coefficients d'occupation des sols et de superficie minimale constructible dans le Plan Local d'Urbanisme.

Nous informons nos internautes que le débat a vu l'intervention de Monsieur Jacques Myard, député des Yvelines, en coopération avec Monsieur Woerth, député de Chantilly, au secours des villes parcs inscrites à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Cette intervention s'est traduite par l'amendement suivant accepté par Madame la Ministre de l'Ecologie : 

"Dans les secteurs bâtis des zones urbaines issues d'une opération d'aménagement d'ensemble d'un domaine boisé, antérieure au XXème siècle, et ayant conservé leur caractère remarquable de parc, le plan local d'urbanisme peut comporter des dispositions règlementant la surface de plancher des constructions en fonction de la taille des terrains si la préservation de la qualité des boisements et espaces verts le justifie".

Une telle disposition permettra notamment de maintenir une protection des sites du Vésinet et de Maisons-Laffitte, lesquels comme tout site inscrit, ne sont pas inconstructibles selon la loi.

Notre association remercie chaleureusement Monsieur Myard pour son implication de surcroît efficace dans ce débat touchant le patrimoine français. 

En ce qui nous concerne, nous n'avons pu qu'écrire à notre tour à Monsieur Myard qui nous avait informés de cette heureuse initiative afin de lui demander l'amendement suivant visant les cas d'identification du patrimoine local par les communes elles-mêmes en dehors des cas de villes-parcs :

" Monsieur le Député,

Ayant connaissance de votre message et représentant l'association Chatou Notre Ville ayant notamment pour objet la défense du patrimoine de la commune, je tiens à vous remercier particulièrement pour votre proposition d'amendement du projet de loi ALUR laquelle permettra, nous l'espérons, de conserver des éléments majeurs du patrimoine français et franciliens en l'occurrence.

Compte-tenu de l'initiative que vous avez prise, je me permets de solliciter également votre intervention pour proposer l'amendement suivant avant qu'il ne soit trop tard :

"Des règles de coefficients d'occupation des sols et(ou) de superficie minimale constructible pourront être conservées dans les cas suivants :

- dans le périmètre des villes-parcs sites classés ou inscrits à l'Inventaire

- dans le périmètre des zones urbaines du Plan Local d'Urbanisme relevant de l’application de l'article L.123.1  5  du Code de l'Urbanisme 7ème alinéa

- dans le périmètre des terrains occupés par des édifices relevant d'une obligation de conservation dans le règlement du Plan Local d'Urbanisme au titre de l'article L.123.1  5 du Code de l'Urbanisme 7ème alinéa"  

Vous remerciant de votre écoute et de votre réponse, je vous prie d'agréer, Monsieur le Député-Maire, l'expression de notre reconnaissance et de mes meilleurs voeux pour l'année qui s'ouvre.

Pierre Arrivetz

Association Chatou Notre Ville "

 

 

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17/01/2014

HENRY-LEONARD DE BERTIN, MINISTRE ECLAIRE ET DERNIER SEIGNEUR DE CHATOU (1762-1789) ET SON VOISIN CHANORIER

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Gravure de Bertin, par Roslin, Institut de France, Tous droits réservés , don du comte et de la comtesse de Lambertye – décembre 1937 - le dernier seigneur de Chatou fut ministre de Louis XV et de Louis XVI

 

 

 

Henry Léonard Jean-Baptiste Bertin, né en 1720 à Périgueux, traversa la fin de l’Ancien Régime en  accumulant une vaste expérience d’administrateur. Intendant du Roussillon en 1750, de Lyon en 1754, lieutenant général de police de Paris en 1757 puis contrôleur général des Finances de 1759 à 1763, ministre des Affaires Etrangères un mois par intérim en 1774, et Secrétaire d’Etat titulaire d’un département hétéroclite à sa demande de 1763 à 1780 (Agriculture, Mines, Poste, Manufactures, Compagnie des Indes...), le dernier seigneur de Chatou et de Montesson (1762-1789) passait pour un homme discret, passionné et désintéressé.

L’un des historiens qui, en 1948, a analysé son œuvre de Secrétaire d’Etat, Michel Antoine, lui dénie la stature d’homme d’Etat, au motif qu’il n’a pas réussi à imposer ses vues et étendre son administration, ne disposant d’aucun soutien dans le cercle des intendants.

Cet homme que l’on range dans les « seconds rôles » sut pourtant se distinguer dans ses nombreuses attributions. Il est d’ailleurs impossible ici de reprendre toutes ses initiatives.

SITE ST FLORENTIN.jpgC’est le premier conseiller de Louis XV, Phélypeaux, comte de Saint-Florentin, secrétaire du roi, le « ministre de l’Intérieur » de l’époque (ci-contre), qui amena Bertin au Contrôle des Finances en 1759.

Ce dernier était alors Lieutenant de Police de Paris et dans la faveur de Madame de Pompadour, qu’il avait protégée. Si Bertin accepta le poste de Contrôleur Général des Finances (1759-1763), ce fut à son corps défendant. Et la cour, assise sur la bombe à retardement d’une gestion calamiteuse des deniers publics et de l’impôt, eut à s’accommoder d’un homme plus résolu qu’elle ne l’avait crû.

Dans ses  « Particularités et observations sur le ministère des Finances » (1812), Monsieur de Monthion, ancien conseiller d’Etat de Louis XVI et agronome de la génération Bertin, rapporta ce mot de Madame de Pompadour au sujet du ministre : « C’est un petit homme  qu’il est impossible de maîtriser. Lorsqu’on le contrarie, il n’a qu’un mot sur les lèvres : « cela ne vous convient pas, je m’en vais ».

Contre toute attente, et après l’échec de ses prédécesseurs, le seigneur de Chatou restaura la confiance et finança la guerre de 7 ans au prix d’emprunts et d’une fiscalité écrasante.  Désireux d’assainir la situation du pays, il présenta la guerre finie différents projets d’impôts avec un projet de cadastre en avril 1763. 

La fronde des  Parlements fut la réponse, entraînant le renvoi du ministre pour éviter une crise politique majeure. Bertin et Louis XV durent s’en souvenir lorsqu’ils engagèrent la réforme du chancelier Maupeou (gravure ci-dessous) en 1770, exilant les Parlements et tentant la dictature royale.

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De même, lorsque Louis XVI voulut rappeler les Parlements en 1774, Bertin ministre fit partie du pré-carré avec le comte de Provence et le comte de Vergennes qui s’opposa vainement à leur retour.

Sacrifié et honni, Maupéou quitta la cour à Compiègne le 24 août 1774 dans une déclaration fameuse au comte de Saint-Florentin : « j’avais fait gagner au roi un procès qui durait depuis trois cents ans. Il veut le reperdre, il en est le maître. Voici les sceaux ».

Puis, levant les yeux vers l’appartement royal sur le perron, le pied sur le montoir de la voiture, il eut ce mot moins noble mais tout aussi exact : « il est foutu ».

L’exil du chancelier passa vraisemblablement par Chatou si l’on en juge  la chanson qui immortalisa son départ : « Sur la route de Chatou, en foule on s’achemine pour voir la triste mine du chancelier Maupéou sur la rou…sur la rou…sur la route de Chatou. »

Si Chatou accueillit les derniers tenants de l’antiparlementarisme, la France aux Parlements restaurés accomplit les prédictions du cercle Maupéou. Les ministres réformateurs de Louis XVI, Turgot, Malesherbes, Saint-Germain, devinrent la cible de violentes campagnes qui finirent par les emporter dés 1776.

Pour leur succéder, le roi retourna pendant treize ans à la politique des expédients, jusqu’à ce que la Révolution fasse litière de tout l’édifice.

En toile de fond de cette trame historique bien connue, une entreprise plus sourde et tout aussi importante se doit d’être évoquée, celle qui cristallise le lien entre Bertin et Chanorier, son voisin de Croissy à partir de 1779. Il s’agit du domaine de l’agriculture et des sciences.

Si Colbert avait été l’artisan de la renaissance du commerce en France, Bertin, voyant le pays s’effondrer sous le poids des guerres et des injustices, rattacha l’agriculture au Contrôle Général des Finances et tenta d’être le rénovateur de l’agriculture française.

La tâche était à la hauteur de l’enjeu : au XVIIIème siècle, 20 millions de Français cultivaient 35 millions d’hectares sur les 51 millions que comptaient le pays. Le cultivateur, après avoir livré ses denrées dont le prix de vente était fixé à bas prix à dessein par le gouvernement, se retrouvait dans une misère complète lors des fréquentes disettes.

Cette situation attira l’attention d’un certain nombre d’économistes, parmi les plus connus Gournay et Quesnay, qui préconisèrent l’instauration de la liberté commerciale pour sortir de la pénurie. Contrôleur Général des Finances, Bertin participa à ce courant « physiocratique » par divers moyens.

Bertin Contrôleur Général des Finances nomme Turgot

Il le fit en nommant en août 1761 Turgot intendant du Limousin, dans la région la plus pauvre de France, dont celui-ci garda l’administration pendant treize ans. De fait, Bertin imposa « l’expérience Turgot » dans notre histoire nationale.

L’idée principale du nouvel intendant était que la richesse de la Nation résidait dans son agriculture et que son développement devait être la priorité du régime. Dans une province où 40% du revenu des terres étaient prélevés par le roi, Turgot obtint par le harcèlement de l’administration royale le dégrèvement de 600.000 livres par tranches annuelles de 200.000.

 

SITE TURGOT1.jpgJetant à bas tout confort de vie et commencement de mondanité, il fut l’homme lige du système physiocratique. La délégation lui faisant horreur, il fut lui-même l’ingénieur des 160 lieues de routes qu’il fit construire ou reconstruire.

Il établit un plan d’urbanisme de Limoges, y fit construire un palais de justice, un évêché et un collège et fut à l’origine de la naissance de l’industrie de la porcelaine. A la répartition arbitraire et sans contrôle de l’impôt, il voulut répondre par l’établissement d’un cadastre, projet qu’il ne put cependant terminer.

Dans chaque paroisse, des « collecteurs » élus par la population à la sortie de la messe du premier dimanche d’octobre étaient chargés de dresser les rôles et de percevoir l’impôt. Les contribuables ne payant pas, le roi envoyait ces « élus malgré eux » croupir en prison pendant dix mois, parfois par centaines au sein de la généralité. Turgot supprima ce système et le remplaça par des fonctionnaires chargés du même travail mais payés par la commune.

En 1764, il publia « le plan d’un mémoire sur les impositions en général, sur l’imposition territoriale et sur le projet de cadastre », dans lequel il afficha sa préférence sur l’impôt sur le revenu mais en l’abandonnant aussitôt au motif que le contribuable se réfugierait perpétuellement dans la fraude.  Seul l’impôt de répartition fondé sur la propriété foncière avait selon lui un avenir.

L’essor de cet impôt à partir de la Révolution ne démentit point son analyse. Enfin, si l’intendant résorbait en partie le problème fiscal, restait la corvée, réquisition sans indemnité des paysans pour l’entretien des routes et des chemins.

Turgot la supprima dans sa généralité en donnant aux communes la charge de l’entretien au prorata de leur importance. Autre désespoir des foyers, une milice communale était tirée au sort, les hommes étant employés sans solde ni indemnité.

Les régions étaient traversées par les fuyards, les régiments de ligne ne se gênant pas pour procéder à des incorporations arbitraires. Ceux qui remplaçaient les élus disparus étaient envoyés les chercher et bien souvent des bagarres ou des meurtres concluaient l’affaire. Turgot imposa tous les mobilisables d’une somme modique pour payer des volontaires et le problème fut réglé.

Enfin, au titre des servitudes abhorrées, l’habitant devait loger la garnison. Turgot fit construire une caserne à Limoges pour y confiner les troupes. Il abrogea dans la foulée les réquisitions chez les particuliers pour les transports militaires en passant commande auprès d’entrepreneurs par un impôt additionnel à la taille.

Lorsque la disette s’installa dans le Limousin et partout ailleurs pendant deux ans en 1770, Turgot vit, malgré ses ordres, la liberté des grains bafouée par les arrêts des Parlements, de sorte que les propriétaires ne voulaient plus sortir leur récolte de peur qu’elle soit réquisitionnée à bas prix.

L’intendant abolit alors la taxe sur le pain, supprima le privilège des boulangers urbains et fit ravitailler les villes par les communes rurales. Il interdit aux propriétaires de renvoyer leurs employés ou les obligea à nourrir quatre indigents pour chaque renvoi et enfin créa des ateliers de charité. En vain.

Bertin, qui parallèlement avait convaincu Louis XV de rendre un édit autorisant la libre circulation des grains et des farines dans tout le royaume le 25 mai 1763, vit sa politique subir le même sort que celle de Turgot. La liberté de circulation fut abrogée le 23 décembre 1770 par le Contrôleur des Finances en place depuis le 18 février, l’abbé Terray.

Mais à la faveur du changement de règne en 1774, Turgot prit à son tour le Contrôle Général des Finances. Il présenta au Conseil du roi un projet d’édit le 13 septembre 1774 rétablissant la liberté de circulation des grains mais en la limitant à l’intérieur du pays et en excluant cette fois-ci l’exportation.

Cette prudence fut jugée insuffisante, y compris par son ami et secrétaire d’Etat Bertin qui le mit en garde immédiatement : « Je vous exhorte à mettre dans votre marche toute la lenteur de la prudence. J’irai jusqu’à vous inviter, si cela vous était possible comme à moi, et si vous n’aviez pas depuis longtemps pris couleur, à masquer vos vues et votre opinion vis-à-vis de l’enfant que vous avez à gouverner et à guérir. Vous ne pouvez vous empêcher de jouer le rôle du dentiste ? soit, mais autant que vous le pouvez, ayez l’air, sinon de tourner le dos à votre but, du moins d’y marcher à pas très lents. » Malgré tout, l’édit fut adopté le 20 septembre 1774 et traversa même « la guerre des farines »  qui éclata à la suite de la disette en avril-mai 1775.

Comme en 1770, on dut se rendre au constat qu’en dépit de la liberté instaurée, les moyens structurels d’une augmentation de la production agricole faisaient défaut.

Dénué de tout sens politique et incapable de communiquer, Turgot répéta son expérience limousine en faisant enregistrer par lit de justice du roi le 12 mars 1776  la suppression : des corvées, de la police des grains à Paris, des offices sur les quais, les halles et ports à Paris, des jurandes et des maîtrises, de la caisse de Poissy et la modification des droits sur les suifs.

Avec ces réformes, l’impopularité de Turgot toucha son apothéose auprès des puissants. Malgré le scandale, le contrôleur général crut bon d’ajouter encore un projet : la création d’ « une grande municipalité du royaume », qui remplacerait avantageusement les Parlements, jugés non représentatifs par le ministre.

Cette révolution que Turgot offrait avec assurance à la monarchie était longuement développée dans un « Mémoire sur les municipalités ». C’en fut trop pour l’esprit timoré et passablement agressé du roi qui se vit à la tête d’Etats Généraux perpétuels. Les campagnes menées par la cour et les Parlements triomphèrent alors dans la disgrâce du ministre, disgrâce que Bertin fut chargé de lui annoncer au matin du 12 mai 1776.

La création de sociétés d’agriculture

Si Bertin initia l’expérience Turgot sans en partager le caractère entier pour des raisons politiques évidentes, il s’enquit aussi de promouvoir l’amélioration scientifique de la culture, en créant des sociétés d’agriculture dans tout le pays.

Le Contrôleur Général développa ainsi une initiative de l’Assemblée des Etats de Bretagne, laquelle s’était dotée le 2 février 1757 d’une société d’agriculture. Il adressa le 22 août 1760  une circulaire à tous les intendants de province en leur demandant de procéder à la création de telles sociétés. 

Entre l’arrêt du Conseil du Roi du 24 février 1761 créant la société royale d’agriculture de Tours et celui du 4 septembre 1763 créant la société du Hainaut, 15 sociétés pourvues d’un bureau général et de bureaux secondaires essaimant sur l’ensemble du territoire furent créées. 

Toutes les notabilités furent réquisitionnées pour participer à ce mouvement, parfois avec difficulté. Très rapidement, l’œuvre des sociétés d’agriculture dépassa leur objet.

Enfermées par Bertin dans un aspect pratique lors de leur création, elles devinrent finalement l’interlocuteur du gouvernement sur des propositions de réforme de la fiscalité locale. Bertin y eut sa part puisqu’il demanda notamment aux sociétés leur avis sur l’exemption des dîmes en faveur des terres défrichées et sur la limitation du droit de parcours.

Dans un discours de 1788 aux membres du bureau de la société royale d’agriculture de Laon  dont il était directeur, Cambronne résuma ainsi la situation : la société n’avait pas seulement pour mission de « tenir la charrue », « elle devait aussi ôter la pierre qui empêchait la roue de tourner ».  C’est ainsi que les sociétés s’attaquèrent à toutes les entraves, en particulier l’instabilité des baux, au nom de laquelle elles s’aliénèrent les propriétaires.

Elles dénoncèrent notamment les baux ecclésiastiques qui tombaient à la mort du bailleur, entraînant l’éviction du laboureur qui y était lié. Charpentier, de la société d’agriculture de Soissons, écrivit en 1762 au gouvernement pour lui demander de fixer la durée des baux à 9 ans.

En outre, les sociétés dénoncèrent le « rançonnement » du paysan qui devait payer un prix très élevé pour continuer à bénéficier des baux alors qu’il s’acquittait déjà d’une multiplicité d’impôts : l’abbé Terray, qui hérita du Contrôle Général des Finances en 1770, reconnaissait que « tout bail porte un pot de vin en argent, payable ordinairement dans l’année du renouvellement du bail. »  

La tacite reconduction des baux fut également mise en cause par les sociétés car le propriétaire, souhaitant évincer le fermier au moment des bonnes récoltes qu’il lui confisquait, avait intérêt à préférer une tacite reconduction à un nouveau bail fixant une durée dont il restait tributaire.

Bertin, qui connaissait cette pratique à trois reprises condamnées par des arrêts de Louis XIV, du Régent et de Louis XV, fit prendre au roi une déclaration le 20 juillet 1764  dans laquelle celui-ci interdisait la tacite reconduction sous peine de sanctions les plus sévères.

Le remplacement de tous les impôts par un impôt unique fut également plébiscité, la société d’Orléans notamment écrivant le 10 mars 1768 que cela « assurerait à jamais la stabilité et la richesse, soulagerait en même temps les sujets et tarirait efficacement la source de cette spoliation rapide qui trahit les intentions du souverain le plus chéri et ruine rapidement ses peuples. »

Dans l’un de ses mémoires,  Monsieur Saint Péravy, de cette société, détermina, à partir d’un savant calcul différenciant les cultures, la part que les producteurs, les propriétaires, le souverain, les ministres du Culte devaient avoir dans le produit de la terre. Au total, le fermage, les impôts et la dîme additionnés ne devraient jamais excéder un tiers de la production selon lui.

La paille, sujette à la dîme, servait d’engrais et son prix trop élevé la réservait à un petit nombre de fermiers, assurant la médiocrité des récoltes. La fixation du prix de la paille fut réclamée mais là encore, le privilège de quelques-uns l’emporta.

Enfin, la corvée fut condamnée à l’unanimité. Elle était considérée comme « un grand effort pour un mince effet et une surcharge purement gratuite », s’exécutant  de surcroît à l’époque des grands travaux agricoles. Son remplacement par un financement par l’impôt fut préféré par les sociétés au système anglais de paiement de l’entretien par un droit de péage.

Une fois de plus, rien n’aboutit. Péravy avait déjà énoncé les termes du problème le 16 septembre 1762 : « jusqu’à présent, les lois sont pour les maîtres, à peine en est-il une pour le laboureur. Les lois devraient prendre au moins en considération ceux qui par leur travail donnent la vie à tout le corps et il y aurait ample matière à un code rural. »

A partir de 1764 , le gouvernement exempta des impositions diverses pour une durée de cinq, dix voire vingt ans, tous ceux qui entreprendraient les dessèchements des marais, palus et terres inondées.

Après s’être assurée de l’avis favorable de presque toutes les sociétés d’agriculture, la société de Paris demanda, sans suite, l’extension de l’exemption au défrichement des landes.

L’outillage agricole fut à l’honneur dans les études des sociétés : charrues, semoirs, batteuses, furent des sujets fréquents d’inventions de perfectionnements.

Quant à l’alimentation, on sait quelle révolution se popularisa sous le règne de Louis XVI grâce aux sociétés d’agriculture : en 1771, la société d’agriculture de Besançon proposa en sujet de prix les « substances alimentaires qui pourraient atténuer les calamités d’une disette ». Parmentier y répondit par un mémoire fort célèbre dans lequel il exposa : « la pomme de terre doit être, parmi nous, le puissant auxiliaire du blé. Trop longtemps dédaignée, trop longtemps exclusivement réservée à la pâture des bestiaux, il faut que la pomme de terre devienne aussi la nourriture de l’homme, il faut, en un mot, qu’elle apparaisse sur la table du riche comme sur celle du pauvre et qu’elle y occupe le rang que sa saveur, ses qualités nutritives et la sanité de sa nature devraient lui avoir acquis depuis longtemps. »

La société renvoya le mémoire à Bertin qui le fit imprimer et diffuser en 1778, au prix de querelles scientifiques animées. Louis XVI ordonna alors la mise à disposition de 54 arpents de terre dans la  plaine des Sablons et, avec le concours de la Société d’Agriculture de Paris dont Parmentier était membre, ce dernier réussit la culture du légume dont le produit fut distribué aux pauvres.

La pomme de terre, dont le roi n’hésita pas à porter les fleurs qui lui furent données par Parmentier les fêtes de la Saint-Louis, s’imposa dans les années 1785-1789.

Bien que la composition des sociétés d’agriculture mêla des personnages de haut rang, le résultat de leur activité fut considéré comme mitigé.

Il est cependant loin d’être insignifiant : sur le plan fiscal, exemption des impositions sur les terrains défrichés, affranchissement du droit de centième denier sur les baux à long terme, sur le plan agricole, développement de la culture du navet, de la pomme de terre, des prairies artificielles, de la betterave fourragère, de la garance, du mûrier, de la chanvre, introduction originale de la culture du riz en Touraine, en Charente et dans le Limousin.

Sur un plan purement théorique, les sociétés abordèrent tous les sujets avec une liberté de ton qui s’accordait à leurs convictions. En fin de compte, on leur doit d’avoir véhiculé les idées qui amenèrent l’émancipation du travail sous la Révolution. Certes, le pont-levis rêvé entre les sociétés savantes et le monde rural ne fut pas établi.

Mais le succès était-il vraiment à attendre, dans un contexte au sujet duquel Lamoignon de Malesherbes, lui aussi ministre agronome, écrivit : « le peuple, surtout celui des campagnes, était en garde contre tout ce qu’on lui proposait, même pour son avantage, parce que le cultivateur se croyait obligé de cacher les ressources de son industrie, par la crainte que son aveu ne fit augmenter sa cote d’imposition. »

Une révolution manquait : les paysans demeuraient soumis au paiement de la taille, de la gabelle, des aides, des vingtièmes, de la capitation, de la corvée royale, des douanes et des traites pour circuler, de la dîme, des droits seigneuriaux et des rentes seigneuriales. Leur condition était d’ailleurs parfois soutenue par une arriération sans appel : telle la minorité de serfs, évaluée à 150.000 sujets en 1760, les « mainmortables ».

Il faut enfin ajouter que l’ennemi de Bertin, de Turgot et de la réforme Maupéou, Necker, au pouvoir central des Finances de 1776 à 1781, s’évertua à réduire les moyens d’action du secrétariat d’Etat de Bertin et à en dénigrer l’action, au point que son titulaire préféra abandonner le pouvoir le 26 mai 1780, laissant dissoudre son secrétariat d’Etat.

Réduites à l’indigence et ignorées, plusieurs sociétés qu’il avait créées avaient soit disparu soit ne fonctionnaient plus faute d’hommes et de moyens.

L’une des « rescapées », la Société d’Agriculture de la Généralité de Paris, fondée par  arrêt du conseil du roi du 1er mars 1761, est néanmoins entrée dans la postérité puisque qu’elle est devenue, après plusieurs dénominations selon les régimes, l’Académie d’Agriculture de France en 1915, société dont les membres demeurent nommés par décret du président de la République.

Bertin en resta membre pendant 30 ans, jusqu’en 1791, et son ami Chanorier en devint correspondant à partir de 1799. La société attribua d’ailleurs cette même année un prix à l’un des bergers du seigneur de Croissy, le citoyen Grellée.

Bertin avait créé une école de boulangerie à Paris en 1777 à la tête de laquelle il avait mis Parmentier. Celle-ci fut réunie en février 1789 à la société royale d’agriculture, successeur de la société d’agriculture de Paris.

Le 30 mars 1786, en la présence solennelle du Contrôleur Général Calonne, le duc de Béthune-Charost, directeur de la Société d’Agriculture de Paris, rendit hommage à Bertin, le fondateur, « un ministre dont toutes les opérations avaient pour but l’utilité publique ».

La création des écoles vétérinaires

Loin de s’arrêter à la propagation des sociétés d’agriculture, Bertin résolut de s’attaquer aux maladies des bestiaux, les « épizooties ». Intendant de Lyon de 1754 à 1757, il avait rencontré Claude Bourgelat, ancien avocat au Parlement de Grenoble, devenu écuyer de l’Académie d’Equitation de Lyon. Auteur en 1750 d’un ouvrage « Elemens d’hippiatrique » dans lequel il proposait la création d’écoles pour soigner les chevaux, Bourgelat était devenu correspondant de l’Académie des Sciences en 1752.

Bertin Contrôleur des Finances convainquit en juillet 1761 La Michodière, son successeur à l’intendance de Lyon, du bien-fondé du projet de Bourgelat. Puis, armé de l’avis favorable de l’intendant, il obtint de Louis XV un arrêt du Conseil du 4 août 1761 autorisant l’ouverture d’une école à Lyon. Celle-ci reçut ses premiers élèves en février 1762 et se vit octroyer à la demande de Bertin le titre d’Ecole Royale Vétérinaire le 3 juin 1764 après que ses élèves aient arrêté une épidémie à Meyrieux en juillet 1762. L’école de Lyon fut la première école vétérinaire dans le monde.

Bourgelat souhaitait qu’elle soit transférée à Paris mais Bertin, à la tête de son nouveau département d’Etat depuis le 14 décembre 1763, lui répondit qu’il préférait en créer une seconde dans la capitale. Ce fut finalement le château de Maisons-Alfort, vendu par le baron de Bormes à Louis XV, qui accueillit cette nouvelle école le 27 décembre 1765.

Son ouverture ne fut pas considérée comme un bienfait par les habitants, mais plutôt comme une provocation, ce dont attesta un rapport de police :

 « le 2 août 1766, à cinq heures et demi du soir, Legros, concierge du château d’Alfort (…) se porta avec des aides dans un terrain dépendant du château sur le bord de la Marne, au-delà du chemin de Créteil, à l’effet de faire amener au château l’avoine qu’on y avait coupée. Il trouva nombre de particuliers qui chargeaient cette avoine avec des ânes. Il eut beau crier, la multitude l’accabla d’injures, et les plus forts emportèrent l’avoine qu’ils avaient chargée. Legros les suivit jusqu’auprès du moulin, prés du Château Gaillard, il y entra. Sept ou huit meuniers en sortirent avec pelles, fourches et l’auraient tué, s’il n’avait pris la fuite. Il ajoute que la populace insulte tous les jours les gens qui travaillent à Alfort ;(..). »

Berthier de Sauvigny, intendant de Paris, fut mandé par Bertin pour rétablir l’ordre.

Pour financer les écoles vétérinaires, Bertin s’arrangea pour que les concessionnaires des postes et des transports publics leur versent une part de leurs bénéfices. Il leur fit également profiter de revenus de la principauté de Dombes, qu’il avait dans son ministère.

Les fondateurs des écoles vétérinaires de l’Europe entière vinrent puiser à Lyon et Alfort les enseignements qui leur permirent d’ouvrir à leur tour de semblables établissements dans leur pays.

Joseph II, empereur du saint-empire romain germanique, roi de Hongrie et de Bohême, honora de sa présence l’école en 1777 alors qu’il rendait visite à sa sœur Marie-Antoinette. Il posa, selon les témoignages, d’innombrables questions.

Après la mort de Bourgelat en 1779, Bertin voulut élargir le champ d’action des écoles vétérinaires aux soins des paysans eux-mêmes. C’est ainsi qu’il obtint par ordonnance royale du 7 mars 1780  la création de deux cours, l’un « d’accouchement » et l’autre dit « de reboutage ».

Il envisagea la création de cours sur les maladies des yeux, le moyen de rappeler les noyés à la vie, les signes de la mort afin d’éviter les inhumations en état de mort apparente. Mais Necker était bien décidé à se débarrasser de lui et il dut se retirer en mai 1780.

Les écoles vétérinaires contribuèrent à d’importants progrès scientifiques auxquels participèrent Pasteur et bien d’autres. Notons qu’après la fermeture en 1781 (prononcée avec le départ de Bertin) de l’école d’Annel, prés de Compiègne, ouverte par Bertin en 1771, il ne restait plus d’école d’enseignement de l’agriculture.

Mais l’école vétérinaire d’Alfort qu’il avait fondée eut l’idée en 1783, grâce à l’intendant de Paris devenu également intendant des Ecoles vétérinaires, Berthier de Sauvigny, de créer  plusieurs chaires  d’enseignement : une chaire d’anatomie comparée, une chaire d’histoire naturelle et d’agriculture, une chaire de physiologie, de chimie et de physique et une chaire d’économie rurale, tenue par Daubenton. 

Berthier de Sauvigny, malgré son œuvre, fit partie des victimes de la Révolution : le 22 juillet 1789, des manifestants l’arrachèrent aux Gardes-Françaises chargées de le protéger et le massacrèrent.

Le succès des écoles vétérinaires fut néanmoins certain jusqu’aux derniers jours de l’Ancien Régime. « L’Almanach vétérinaire » écrit par Chabert en 1782 établit un bilan des missions très éloquent.

A une époque où l’on balbutiait sur les diagnostics et encore plus sur les remèdes, le sauvetage fut bien souvent le fait de précautions sanitaires prises par les élèves envoyés sur les lieux de l’épizootie et d’une lutte contre les superstitions. C’est ainsi qu’entre 1762 et 1780,  820 animaux moururent pendant le traitement, 16.999 furent traités et guéris, 36.573 soumis à un traitement dit « préservatif ».

Bertin assista aux concours organisés par l’école d’Alfort et interrogea lui-même des élèves. Avec Bourgelat, directeur des écoles, il entretint une correspondance très suivie, sans aucun intermédiaire, le ministre faisant une affaire personnelle de la réussite de « l’art vétérinaire » naissant.

Chatou-Croissy : un voisinage de physiocrates

Malgré la différence de génération entre les deux hommes, on ne saurait trop rappeler les similitudes entre Bertin (1720-1792) et Chanorier (1746-1806). Ce dernier avait des oncles à Bourdeilles dans le Périgord, dont Bertin était le baron et seigneur.

En outre, son père avait été anobli et lui avait transmis sa charge de receveur général des Finances qu’il exerçait à Lyon lorsque Bertin y accomplit son mandat d’intendant entre 1754 et 1757. Les deux familles se connaissaient donc déjà et sans doute se fréquentaient. Si Chanorier vint à Croissy en 1779, tout laisse à penser que Bertin n’y fut pas étranger.

Le goût de l’agronomie scella ce rapprochement dans notre « région du pot-au-feu » selon le mot d’Henri IV. Les propriétés des seigneurs de Chatou et Croissy furent en effet transformées respectivement, en 1762 pour l’une, et en 1779 pour l’autre, en de vastes champs d’expérimentation de l’élevage et de la culture. Rien ne fut négligé.

De la pomme de terre, la « chanorière » de Chanorier, aux mûriers pour l’élevage des vers à soie, aux cerises, les « marseneix » et « royales » de Bertin, sans compter les cultures maraîchères si réputées de Croissy et Montesson, les cultures des deux seigneurs firent leur réputation peut être plus encore que leur vie publique.

Selon une lettre du 5 avril 1771 de l’une des sœurs du ministre, Mademoiselle de Bellisle, rapportée par l’historien Albert Curmer, la pomme de terre était déjà cultivée par Bertin avec succès, quand Parmentier vint en présenter pour la première fois les bienfaits à la société d’agriculture de Besançon la même année. Bertin s’était fait également connaître de Louis XV pour posséder une armée de cuisiniers hors pair.

Enfin les deux hommes conduisirent une expérience d’élevage de moutons d’Espagne de la race Mérinos.

Si Bertin se sépara de son troupeau en quittant Chatou à la fin de 1791, Chanorier bénéficia pour sauver le sien de la Révolution des grandes voix du nouveau « bureau consultatif d’agriculture », celles de messieurs Cels, Gilbert, Vilmorin, Huzard, de Labergerie et Parmentier, qui obtinrent d’en faire un établissement rural national à l’instar de Rambouillet, selon le témoignage de l’académicien Tessier dans son « histoire de l’introduction et de la propagation des mérinos en France ».

Chanorier sortit par chance indemne du génocide révolutionnaire. Après l’exécution de Robespierre le 9 Thermidor et l’enterrement du régime de la Terreur, il rentra de son court exil en Suisse mais ne retrouva la totalité de ses biens qu’à la suite de deux décrets des 30 mai et 13 août 1796.

Il devint président de la Société Libre d’Agriculture de Seine-et-Oise créée par le gouvernement en 1798. A la tête d’un troupeau composé d’environ 400 animaux de pure race, moutons, béliers, brebis, qu’il augmenta chaque année de 120 sujets nouveau, il reprit la vente régulière d’une partie de son cheptel.

Aussi son domaine devint-il le rendez-vous  des amateurs des bêtes de troupeau de race pure. Les « Annales d’agriculture » du Directoire mentionnent l’annonce de l’une des mises en vente de Chanorier, dont on peut lire cet extrait : « si des cultivateurs des départements éloignés désirent des animaux de race pure de l’établissement du citoyen Chanorier, il se chargera de les faire conduire dans les chefs-lieux qui les avoisinent, moyennant la simple augmentation des frais de route, qui seront calculés d’après l’éloignement  et convenus avant le départ des animaux demandés. »

Une autre annonce de l’époque du Consulat a été reproduite dans ces mêmes « Annales ». Elle se termine ainsi : « ceux qui désireront que leurs bergers prennent une idée de moyens qui, depuis dix-huit ans, ont été employés avec avantage dans cet établissement, pourront, s’ils le veulent, envoyer leurs bergers une ou deux semaines à l’avance ; le citoyen Chanorier les logera ; ils se nourriront à Croissy, et son berger les instruira de tous les détails qui pourront leur être utiles. »

Mais Chanorier ne fut un bon commerçant que parce qu’il fut avant tout un éleveur éclairé, et à ce sujet, on ne tiendra pas pour ordinaire le fait que l’Académie des Sciences le distingua à plusieurs reprises.

Celle-ci lui décerna en effet le 25 décembre 1797 le statut d’ « élu associé non résidant de la section d’économie rurale et d’art vétérinaire de la première classe de l’Institut ». Ce fut la conséquence d’un rapport élogieux de l’Académie au sujet d’un mémoire de l’intéressé du 22 mai 1797 sur « l’amélioration des bêtes à laine », dont l’élevage était encore peu répandu en France contrairement à l’Espagne, l’Angleterre et la Saxe.

Dans ce mémoire d’une cinquantaine de pages, Chanorier étudie l’histoire, les terres propres aux bêtes à laine, la construction des bergeries, le choix des béliers et le temps de l’accouplement, les agneaux, la nourriture des bêtes à laine, le parcage et les engrais, les maladies des bêtes à laine et leurs remèdes, la tonte et la fabrication des laines.

L‘Académie écrivit : « l’auteur, qui possède le plus beau troupeau de la République après celui de Rambouillet, n’avance rien qu’il n’ait appris d’après sa propre expérience. Il est du très petit nombre de cultivateurs qui portent le calcul dans toutes leurs opérations, il sait que ce qui fait la richesse du cultivateur, c’est moins bien un grand produit, qu’un grand bénéfice, et que l’or lui-même peut être payé trop cher. Nous devons ajouter que le citoyen Chanorier est du nombre bien plus rare encore des cultivateurs qui ont résisté longtemps à la séduction de la jouissance exclusive. Il a longtemps donné la plus grande partie des produits de son troupeau, dont sont sortis les germes de plusieurs troupeaux qui jouissent d’une réputation méritée. »

Le 6 décembre 1798, par 212 voix contre 145 à son concurrent le plus proche, Jean Chanorier fut le mieux élu des six candidats de l’Académie au titre de correspondant de la section d’agriculture.

Le 24 juin 1799, il vint à l’Académie lui présenter sa dernière fabrication, un drap bleu à l’appui d’un rapport. Le jury, composé de Daubenton, Desmarets et Fourcroy, se déclara admiratif du soin qu’avait mis son auteur « pour conserver pendant 14 ans un troupeau (de moutons) de race d’Espagne dans toute sa pureté, qu’il a donné la preuve de ce succès par le drap qu’il a fait fabriquer avec ses toisons, lequel réunit la force à la souplesse qui caractérisent les draps fabriqués  avec les laines qui arrivent d’Espagne et des cantons les plus renommés. »  

En 1802, Chanorier était atteint par la folie, au désespoir de tous ses proches. Mais l’Académie des Sciences souhaita lui renouveler sa considération. Le 31 janvier 1803, elle l’élit pour la seconde fois membre associé  de la section de l’économie rurale et les arts vétérinaires dans la classe des sciences physiques et mathématiques. 

Quant à Bertin son aîné, il ne soumit point de travaux à l’Académie des Sciences. Mais en raison de son action tant au Contrôle Général qu’au Secrétariat d’Etat, il fut élu vice-président en 1763 et 1769 et président de l’Académie en 1764 et 1770.  Après 1780, il vécut retiré à Chatou.

Son collaborateur au cabinet des Chartes, l’avocat Moreau, évoqua cette situation : « (Louis XV) lui avait voulu donner cent mille écus pour y bâtir un château ; M.Bertin les avait refusés, il vivait là avec sa nombreuse famille et, pour son plaisir, faisait travailler à grands frais le village entier aux jardins anglais qui étaient alors sont goût dominant. J’ai été témoin de ce qu’il dépensait pour nourrir les pauvres ; il ne fit que des ingrats. »

Notons que Bertin vécut également au rythme du contentieux qu’il avait créé un an plus tôt avec les habitants, auxquels il avait interdit la traversée publique de son domaine. S’il conserva des relations avec Vergennes, défavorable comme lui à Necker et aux Parlements, ce fut en vain que Louis XVI lui maintint un appartement à Versailles. « La France a fait son temps, vivez en famille, vous ne reverrez ni la cour de Louis XV ni la cour de Louis XVI. », écrivit Bertin en 1790 à Moreau. Son domaine vendu à la malheureuse Madame de Feuquières (qui prit ainsi rang sans le savoir sur la guillotine), le ministre s’éteignit à Spa le 16 septembre 1792, six jours avant la proclamation de la République.

Son voisin de Croissy épousa lui aussi le courant de l’ordre et des réformes. Jean Chanorier fut élu député du Tiers Etat à l’assemblée provinciale de Saint-Germain réunie en octobre 1788, en s’imposant une démarche singulière qu’il évoqua par la suite : « quoique jouissant des privilèges de la noblesse, j’y représentai ceux qui en étaient privés ; j’eus le bonheur, à cette époque, avant qu’il fût question d’Etats Généraux et de cahiers, d’obtenir du clergé et de la noblesse la renonciation aux privilèges : les procès-verbaux attestent cette vérité. »

Reprenant l’idée initiale de Turgot, il y préconisa l’impôt territorial en remplacement du système existant. Député au conseil des Cinq-Cents le 16 avril 1799 et dans l’entourage de Joséphine de Beauharnais, il fut probablement l’un des membres qui y soutint le coup d’Etat du 18 Brumaire (9 novembre 1799). Il s’éteignit le mai 1806.

Même éparses et isolées de l’opinion publique, les initiatives d’ Henry Léonard de Bertin et de Jean Chanorier eurent le grand mérite de se démarquer des  milieux  viciés des régimes en place pour tenter d’améliorer la situation déplorable de leurs contemporains. A leurs niveaux respectifs, ils incarnèrent ces « libéraux agronomes », défenseurs d’une économie nouvelle « affranchie » et plus juste pour notre pays. Cela leur donne sans conteste droit à un hommage mérité de nos deux communes.

 

 

N.B : cet article a été réalisé par l'auteur pour "La Mémoire de Croissy" en 2006 et publié dans son Bulletin

 

Sources :

Archives de l’Académie des Sciences, Institut de France

Jean Egret, Louis XV et l’opposition parlementaire, Armand Colin, 1970

C-J. Cignoux, Turgot, Arthème Fayard, 1945

Jacques Catinat, C’est arrivé à Croissy, Association des Amis de la Place d’Aligre et du Vieux Croissy, 1971

Charles Bonnet, Histoire de Croissy, 1894, Réédition Res Universis, 1991

Albert Curmer, Histoire de Chatou, Réédition Res Universis, 1991

Claude Joseph Blondel, « Henri Bertin, ministre de deux rois, rénovateur de l’agriculture française », Revue numéro 2 de l’Académie d’Orléans, Agriculture, Sciences, Belles-Lettres et Arts – novembre 2002

L’auteur adresse ses plus vifs remerciements  à Monsieur Pierre Zert, membre de l’Académie d’Agriculture de France, qui l’a orienté et mis à sa disposition les ouvrages suivants  :  

Annales d’agriculture Emile Justin, Les sociétés royales d’agriculture au XVIIIème siècle (1757-1793), Saint-Lô, 1935

Louis Passy, Histoire de la société nationale de l’agriculture de France, tome 1, Renouard, 1912

Railliet A. et Moulé L., Histoire de l’école d’Alfort, Asselin et Houzeau, 1908

M.Tessier, Histoire de l’introduction et de la propagation des mérinos en France, 1838

 

 

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