04/09/2011
L'ASSASSINAT DE GEORGES MANDEL DANS LES PROCES D'APRES-GUERRE

Dans un article du 26 octobre 1944, le journal "L'Aube" rendit compte du procés des Miliciens qui avaient participé à l'assassinat de Georges Mandel le 7 juillet 1944, un mois après le Débarquement :
"Je vous avouerai que les accusés d’aujourd’hui ne m’intéressent pas. Ces visages d’hommes à tout faire ne resteront pas dans le souvenir. Ils n’attirent le regard que pour le faire détourner. Qu’ils aient été condamnés pour intelligences avec l’ennemi, que la cour n’ait pas retenu le chef d’assassinat, c’est là une question qui a manifestement surpris le public et qui s’explique, sans doute, par la manière dont les questions ont été posées à la Cour.
Ce qui importe, ce ne sont pas tant les trois hommes que tout ce qui a précédé et entouré le drame. Ce sont les ordres donnés. Ce sont les donneurs d’ordre qui ne sont pas là, pas plus que ne s’y trouve celui qui a tiré sur Georges Mandel et l’a abattu avec une férocité telle que le docteur Paul a pu dire qu’il n’avait encore jamais examiné de victime traversée de tant de coups.
Et c’est surtout la victime elle-même. Pour nous qui n’avons pas à traiter de l’homme politique ni des services qu’il a rendus à la France et qu’il lui aurait encore rendus, la dernière image que nous emporterons de ce procès sera celle que l’un des accusés nous donnait en racontant comment, durant le trajet de la Santé à Fontainebleau, il se trouvait dans la voiture à côté de Mandel et comment celui-ci se mit à lui parler familièrement.
Rien n’est plus émouvant que cet ultime dialogue entre Mandel et l’aide de son bourreau, dialogue d’autant plus émouvant que Mandel connaissait son sort. Et il savait à qui il parlait. (…) Cette image tragique et familière sera la dernière qu’aura laissée cet homme vivant, cet homme à la fois multiple et plein d’unité.
Il est un peu plus de treize heures lorsque Monsieur le Président Pailhé, premier président honoraire de la Cour de Cassation, déclare l’audience ouverte.
C’est Pierre Boero qui ouvre le feu de l’interrogatoire. Boero, Niçois d’origine, a d’abord milité au PSF mais fait bientôt connaissance de Joseph Darnand. A la suite d’incidents avec les autorités allemandes, Darnand le couvre et il entre à la Milice fin mars 1944.
Le président Pailhé retrace les circonstances dans lesquelles s’est perpétré le 7 juillet dernier, l’assassinat de ce grand Français, « élève à l’école de Clemenceau et qui n’avait cessé de songer à la grandeur de la France ».
Le crime était mis au point dés le 6 juillet. Trois voitures parties du centre de la Milice, rue Le Peletier, vinrent à la Santé chercher leur victime.
Et c’est la classique mise en scène. On va, soi-disant, au château Des Brosses dans la région de Vichy. Mais, par hasard, arrivé en Fontainebleau, une voiture tombe en panne. Tout le monde descend. Quelques coups de feu claquent dans la clairière. Mansuy vient de tirer. Un corps gît à terre.
- Vous saviez quel était le but de ce voyage ? demande le président à Boero
- Je l’ignorais. Seuls Fréchoux, Knipping et Mansuy en avaient discuté.
Georges Néroni, à son tour, vient sur la sellette. Barman de son métier, il est entré, vers mars 1944, au service de la documentation de la Milice.
- Vous ne pouviez ignorer les tractations entre les chefs de la Milice.
- Ils ne s’étaient pas confiés à moi. D’ailleurs, précise-t-il plus loin, je n’étais pas armé et croyais personnellement qu’on allait à Vichy.
Enfin le président Pailhé, s’adressant à Pierre Lambert, lui a fait préciser quel est son rôle dans cette tragédie.
- Je n’étais pas au courant. Ce n’est que par hasard…
On entend alors les témoins, et notamment le docteur Paul, médecin légiste, qui, dans un exposé d’une rare précision, situe les blessures. Seize plaies sont observées dans le corps de l’ancien ministre : quatorze au thorax, une au cou et l’autre à la tempe droite.
Après une courte interruption d’audience, Monsieur l’avocat général Vassart prend la parole :
« Un grand Français vient de mourir. Sa vie appartient à l’Histoire. Retraçant les circonstances de l’assassinat, Monsieur Vassart cite encore les belles paroles du grand patriote : « Mourir n’est rien. Je regrette seulement de mourir avant d’avoir vu la Libération de mon pays et la restauration de la République. »
Successivement, Maître Moranne, pour Néroni, Maître Mollé, pour Lambert , Maître Chamant, pour Boero, prirent la parole, faisant surtout le procès de la Milice :
Frappez la tête, tel est leur avis, où est le premier accusé de cette liste ? où est Darnand ? où est Mansuy ? si le crime du chef qui a trahi mérite un châtiment, réserverez-vous le même sort aux soldats de la troupe égarée ? après quarante minutes de délibération, l’audience est reprise. Boero et Neroni s’entendent condamner à mort, Lambert à 20 ans de travaux forcés ».
Le tribunal militaire de Paris jugeait en 1949 le cas d’Otto Abetz, ambassadeur d’Allemagne en France pendant l’Occupation. Voici la relation par « L’Aurore » du procès à l'audience du 17 juillet 1949 concernant l’assassinat de Georges Mandel, lequel ne constituait qu’une partie de l’accusation à l’encontre d’Otto Abetz.
Le président
Voyons, je vais vous interroger maintenant sur l’affaire de Monsieur Georges Mandel. Les Allemands avaient une haine particulière contre Messieurs Raynaud et Mandel, qu’ils rendaient responsables de la guerre et de la continuation de la guerre. Le gouvernement de Vichy avait lui-même une animosité contre ces personnes.
Messieurs Mandel et Reynaud avaient été internés en septembre 1940 et le 16 octobre 1941, ils étaient condamnés pour responsables de la défaite à l’internement dans une enceinte fortifiée.
En novembre 1941, Messieurs Blum, Reynaud et Mandel étaient tous trois internés au Fort du Portalet. Et puis, en novembre 1942, les Allemands les ont transférés en Allemagne dans la région d’Orianenbourg.
Or, voyons comment les faits se sont passés, comment Monsieur Mandel a été assassiné et nous verrons ensuite ce que l’accusation vous reproche à ce sujet.
Eh bien, en juillet 1944, le gouvernement allemand décida de remettre Monsieur Mandel au gouvernement de Vichy pour que celui-ci le fasse fusiller en représailles des condamnations de Phalangistes en Tunisie. C’est exact, n’est-ce pas ? à ce moment, vous aviez averti Laval que Mandel, Paul Reynaud et Blum devaient être livrés ?
Abetz
Oui, même déjà quelques semaines auparavant.
Le président
Quoiqu’il en soit, Monsieur Mandel a été ramené en avion à Paris par les Allemands, et, après avoir passé deux jours dans un service allemand, il était incarcéré, le 7 juillet, à la Santé, puis amené dans une voiture allemande, avec officiellement, le docteur Schmidt.
Alors, le même jour, vers 17h30, Knipping, adjoint de Darnand, va donc prendre livraison de Monsieur Mandel qui avait été incarcéré à la Santé. Il signe la levée d’écrou et il dit à Monsieur Mandel qu’il va être conduit au château Des Brosses, prés de Vichy et puis le livre à des miliciens sous le commandement d’un nommé Mansuy, tortionnaire de la Milice.
Et Monsieur Mandel monte dans la voiture conduite par Mansuy et deux miliciens suivent avec l’allemand Schmidt. Les deux voitures passent dans la forêt de Fontainebleau et Mansuy stoppe à un carrefour, en disant qu’il y a une panne.
Tout le monde descend. Mansuy fait le tour de la voiture et tire à bout portant plusieurs coups de revolvers dans la nuque de Mandel. Celui-ci tombe mort instantanément, puis Mansuy tire une rafale de mitraillette dans la voiture de manière à faire croire à une attaque.
Ensuite, Monsieur Mandel est conduit à Versailles à l’intendance de police, où les miliciens déclarent que la voiture a été attaquée en forêt de Fontainebleau et que Monsieur Mandel a été tué au cours de l’attaque.
Eh bien ! voyons quels sont les faits qui sont retenus contre vous par l’accusation dans cette affaire.
Il semble que vous aviez, tout de même, une certaine antipathie contre Messieurs Reynaud et Mandel, antipathie qui était apparue en 1941, dans l’affaire des Gardes Territoriaux Français poursuivis pour leur lutte contre les parachutistes allemands.
Abetz
Je crois que le mot « antipathie » n’est pas tout à fait exact, pour dépeindre mes sentiments.
Je ne connaissais pas Mandel personnellement, je ne l’avais jamais vu, et en ce qui concerne Reynaud, je l’avais vu une fois, mais cela n’empêche pas que j’ai vu paraître un article de presse dans lequel il a été dit que j’aurais affirmé à un avocat du procès de Riom que « Reynaud et Mandel étaient des hommes que j’aurais fait périr de mes propres mains ».
Je ne me souviens pas d’avoir dit cela, mais mes sentiments envers eux étaient les suivants – et cela est vrai – je leur en voulais beaucoup, énormément, justement pour l’affaire dont vous me parlez, l’affaire des Gardes Territoriaux.
Juridiquement, je ne pouvais rien faire, cela dépendait des tribunaux militaires qui, seuls, pouvaient intervenir. La seule chose que je pouvais faire, c’était placer cette question sur le plan politique, faire intervenir les Affaires Etrangères.
A ce moment-là, j’ai encore une fois, pour des raisons de tactique, fait la proposition de fusiller non pas les « petits » mais les responsables de cet état de fait. Et les territoriaux ont été graciés, c’est là le point important.
Le président
Bien, en tout cas, en mars 1944, à l’occasion du procès des Phalangistes de Tunisie, dont je parlais tout à l’heure, vous avez réagi, comme je l’ai indiqué, en lisant un document, en proposant qu’on fusille dix fois plus de membres de la dissidence et, après un séjour à Berlin, au printemps de 1944, vous reprenez, au sujet des questions des Phalangistes, la proposition d’exécuter Messieurs Reynaud, Blum et Mandel.
De sorte que vous reveniez, à cette date, au mois de mai 1944, à la proposition que vous aviez déjà faite de faire fusiller Messieurs Reynaud, Blum et Mandel.
Abetz
Oui
Le président
Voulez-vous vous expliquer à ce sujet ?
Abetz
Oui, mais il faut lire tous les textes, n’est-ce pas ? c’est un rappel, Ribbentrop m’a ordonné cela, et c’est un rappel à cet ordre qui est antérieur, et du reste est déjà prouvé par d’autres documents.
Le président
Oui continuez
Abetz
Il continue, il qualifie ces exécutions de mesures de représailles absolument nécessaires contre l’exécution des partisans fidèles à Vichy en Afrique du Nord et il considère que c’est une tâche urgente de l’ambassadeur Abetz que de découvrir des personnes et d’inviter Laval à les faire fusiller.
Or, au moment de ces conversations, des fusillades avaient déjà commencé. Il y en avait eu déjà au plateau des Glières, où six chefs résistants, six petits chefs résistants ont été fusillés à la suite d’une sentence de cour martiale.
Il y avait donc le danger que cela déclenche toute une série de fusillades comme dans l’histoire des otages, et que de nouveau il y ait du sang entre les peuples. Je voulais éviter cela.
Et encore une fois j’ai eu recours au même moyen qui m’avait si bien réussi en 1941 : proposer une chose qui frappe beaucoup l’imagination, qui fasse gagner du temps, qui fasse intervenir les Affaires Etrangères dans un sens contraire et de ce fait, éviter toutes représailles sanglantes.
Je voulais alors, encore une fois, empêcher une mesure ou des mesures sanglantes qui auraient touché des centaines de personnes, en faisant une proposition dont j’étais sûr qu’elle ne serait pas réalisée. Je me trompais dans un certain sens.
Le président
Nous revenons n’est ce pas à ce document auquel vous faisiez allusion : cette note de Ribbentrop qui demande de vous entendre sur certaines questions « parce qu’on vous trouvait un peu trop mou », disait Ribbentrop.
Abetz
Il y a un fait en tout cas : c’est que moi et je le déclare de la manière la plus solennelle, je n’ai rien su du transfert de Monsieur Mandel de l’Allemagne à Paris, je n’ai rien su du séjour de Monsieur Mandel à Paris, je n’ai rien su du transfert de Monsieur Mandel en zone sud. Et j’ai appris l’assassinat de Mandel par la protestation de Laval.
Le président
Si je comprends bien, vous reconnaissez avoir fait cette proposition en mai 1944, proposition que vous aviez déjà faite en 1941 de faire fusiller Messieurs Paul Reynaud, Léon Blum et Georges Mandel mais vous dites : « j’étais persuadé que cela n’aurait pas lieu. »
Abetz
Oui
Le commissaire du gouvernement
Je tenais à dire que les policiers condamnés en Tunisie ont été considérés comme traîtres et c’est un tribunal militaire français qui les a condamnés. »
Otto Abetz fut condamné à vingt ans de travaux forcés pour crimes de guerre au terme du procès mais libéré en avril 1954. Il se tua dans un accident de voiture en 1958.
Publié dans : GEORGES MANDEL | 20:59 | Commentaires (0) | Lien permanent
17/08/2011
HENRI IV, UN ROI LIE A L'AMENAGEMENT DE CHATOU

Henri IV, neveu de François Ier monté sur le trône en 1589, avait une passion, la chasse, sans doute le seul plaisir avec les femmes qui eut distrait le « Vert-Galant » des intrigues et des complots assiégeant son trône. Peu avant sa mort, le roi avait pris deux décisions qui marquèrent la vie de la commune et dont l’historien Paul Bisson de Barthélémy a rappelé l’existence dans son « Histoire de Chatou et des environs » : le 7 avril 1607, Henri IV acheta en raison de son caractère giboyeux au seigneur de Chatou, Thomas Le Pileur, conseiller et secrétaire du roi, la forêt de la Trahison, ces bois du Vésinet appartenant à Chatou que l’Etat devait conserver jusqu’au Second Empire avant de les céder à la compagnie Pallu à la suite d’un échange (prélude à la création de la future commune du Vésinet sur le territoire de Chatou en 1875).
Habitué en outre du château de Saint-Germain-en-Laye dont il avait terminé l’extension commencée sous Henri II, dite « le château neuf », Henri IV prenait le chemin le plus court pour arriver à bon port, et en l’occurrence, le bac de Chatou. Le 9 juin 1606, les chevaux refusèrent de prendre le bac pour revenir à Paris. Celui-ci se renversa dans la Seine avec le carrosse. Quelques heures plus tard, le roi faillit se noyer avec la reine au bac de Neuilly. Cette journée éprouvante eut une conséquence heureuse pour Chatou : Henri IV demanda que l’on construisît des ponts sur la Seine.
Après nombre de difficultés, les ponts de Chatou virent le jour sous Louis XIII à la suite d’un arrêt du Conseil d’Etat de 1626 (celui de Neuilly fut construit dés 1611). Louis XIII, qui, en tant que dauphin, avait fait partie avec Henri IV des équipées de Chatou, eut des mots semble-t-il très favorables aux habitants de Chatou lorsqu'il fallut choisir un emplacement pour le pont qui ne ruinât pas le commerce du village.

Gravure du journal "Le Monde Illustré" représentant la restauration du château de Saint-Germain-en-Laye en 1863 avec suppression des pavillons par l'architecte Millet. Napoléon III en fit un musée des Antiquités Nationales. Henri IV y séjourna.
Quant à Henri IV, après avoir ramené la paix intérieure au terme de quatre ans de guerre religieuse (1589-1593), promulgué l'Edit de Nantes (1598) puis signé la paix avec l’Espagne après trois ans de guerre (1595-1598), il releva l’économie du pays, lui donnant ses premières industries. Il succomba le 14 mai 1610 aux coups de poignard de Ravaillac sans que l’on sut jamais s’il s’agissait d’un acte isolé ou d’un complot.
Publié dans L'AMENAGEMENT DE CHATOU | 19:26 | Commentaires (0) | Lien permanent
12/08/2011
LES VIOLLET : UNE GRANDE FAMILLE DE CHATOU
Parmi les actes de sauvetage sous l’Occupation, l’un est resté à la postérité concernant Chatou grâce au témoignage des victimes, témoignage qui nous a été signalé par un Catovien, Monsieur Michel Grave, qui lui-même poursuit la préservation de la mémoire de cette époque.
Ce témoignage concerne les Freilich, un couple de juifs polonais qui vivait à Paris avec leurs deux fils. Ces derniers furent arrêtés et internés dans un camp mais ayant la nationalité britannique, ils furent traités en prisonniers ennemis et non en juifs. Tel n’était pas le cas de leurs parents, restés juifs polonais. Après la rafle du Vel d’Hiv dont ils réchappèrent, un homme d’église les adressa au chanoine Jean Viollet (1875-1956) de Chatou qui les hébergea jusqu’à La Libération - comme d’autres réfugiés - dans un immeuble qui lui appartenait.
Le 25 juillet 1993, le chanoine Viollet reçut la médaille de « Juste des Nations » décernée par Yad Vashem, Jérusalem. C’est pour cette action qu’il figure dans le « Dictionnaire des Justes de France » (édition établie par Lucien Lazare sous la direction d’Israël Gutzman, éditions Fayard - mars 2003). Le chanoine Viollet, figure indépendante de l’église réputé pour ses écrits et son œuvre ouvrière du Moulin-Vert (l'association du Moulin Vert et la société immobilière du Moulin Vert pour l'habitat social sont ses héritières), s’est vu décerner le nom d’un carrefour dans le quartier Beauregard (quartier dit des "Pentes" dans le cadastre de 1885) derrière la voie ferrée après sa mort. La Ville de Paris lui a également attribué le nom d’un square du XIVème arrondissement.
Le chanoine habita 1 rue du Sentier à Chatou à la suite de son père, Paul Viollet (1840-1914). Ce dernier, sorti premier de l’Ecole des Chartes en 1862, entré à l’Académie Française le 28 janvier 1887 au fauteuil d’Ernest Desjardins, fut un archiviste et un médiéviste de réputation internationale par ses publications, professeur de droit civil et de droit canonique. Il était membre de l’Académie Impériale des Sciences de Saint-Pétersbourg, de l’Académie Royale des Sciences et des Lettres de Copenhague et docteur Honoris Causa de l’Université de Cracovie. Intellectuel catholique, il s’était distingué dans l’affaire Dreyfus en rassemblant un cercle de catholiques dreyfusards.

La villa du 1 rue du Sentier à Chatou où vécut le chanoine Viollet de 1893 à sa mort en 1956 et son père l'académicien Paul Viollet vers la fin de sa vie.
La fille de l’académicien Paul Viollet, Jeanne Viollet, épousa en mai 1900 un certain…Henri Roger (1869-1945), ingénieur, chimiste, directeur d’une manufacture de bronzes d’éclairage, astronome distingué découvreur de la « supernova » en 1918, mais surtout passionné de photographie qui ne cessa de 1886 à sa mort en 1945 de prendre des clichés de la vie parisienne qui demeurent aujourd’hui autant de témoignages pour l’histoire.
La venue à Chatou d’Henri Roger est immortalisée par des clichés du début du siècle avec Jeanne et des photos le montrant en uniforme militaire lors de permissions dans la maison de Chatou pendant la première guerre mondiale. Ces photos sont aujourd’hui la propriété de l’agence Roger-Viollet.
Jeanne Viollet mourut précocement dans sa maison de Chatou le 13 octobre 1917 à l’âge de 41 ans alors que son mari était au front. Du couple était née une fille le 10 juillet 1901, Hélène, également passionnée, qui reprit le fonds photographique de son père Henri. Disparue en 1985, elle fut la fondatrice en 1938 de l’agence Roger-Viollet.
Sources :
M. Michel Grave
Archives Municipales de Chatou
Service de l'Etat-Civil de Chatou
Archives de la Ville de Paris
Publié dans . PERSONNALITES DE CHATOU | 23:07 | Commentaires (0) | Lien permanent
08/08/2011
VOYAGE AVEC GEORGES REMON (3)

L’Exposition des Arts Décoratifs de Paris de 1925 a refermé ses portes mais, sept ans après la dévastation de la Grande Guerre, elle vient inaugurer le dernier grand courant d’architecture du XXème siècle porté par la France.
Dans Jardins et Cottages de janvier 1927, le Catovien Georges Rémon affiche sa sévérité à l’égard de ceux qui perpétuent le style de la Belle Epoque. En contre-feu, il présente l’œuvre nouvelle de l’architecte Pierre Patout (1869-1955), un hôtel particulier à Auteuil. Le talent de Pierre Patout, comme celui des ateliers Rémon, sera sollicité par la Compagnie Générale Transatlantique et s’exprimera avec éclat sur ses paquebots « Ile-de-France » (1927) et « Normandie » (1935).
« C’est au cours d’une récente conversation avec Monsieur Pierre Patout, un instant interrompue par le téléphone, que, feuilletant une revue technique, mes yeux se portèrent sur cette déclaration d’un architecte belge d’avant-garde, rapportée par Monsieur Mallet-Stevens : « C’est la dèche qui nous sauvera. »
Cette pensée pourrait être exprimée plus élégamment. Elle ne nous en invite pas moins à prendre en considération l’une des principales caractéristiques de l’art moderne, avide de trouver dans le plus complet dénuement des moyens, dans le rejet systématique de tout ce qui cherche à séduire et à plaire, le fin du fin, la quintessence, l’absolu métaphysique, la beauté pure (comme Monsieur Paul Valéry ne créé que de la poésie pure !), le transcendant obtenu par l’abstraction.
Est-ce à dire, en d’autres termes, qu’à notre époque et par une sorte de fatalité, il ne soit artiste et surtout architecte qui ne s’entende à traiter un programme moins sévère, moins indigent, moins réticent ? ne possédons-nous donc aucun maître d’œuvre qui, tout en respectant le principe éthique et esthétique de la simplification, devenu notre commune mesure, ne puisse se mouvoir à l’aise dans un domaine privilégié et ne sache, par un singulier paradoxe, concevoir une belle œuvre en même temps que luxueuse, du fait seule qu’elle est authentiquement luxueuse. La richesse constitue-t-elle de nos jours un thème d’inspiration en soi si néfaste, qu’il oblige nos architectes à tomber inéluctablement dans le poncif des beaux projets d’école.
Rien à ce propos n’est plus suggestif qu’une promenade à travers ce quartier de La Muette où les heureux de ce monde, grands seigneurs de la finance et des affaires, se sont fait édifier au cours des dix dernières années, de splendides hôtels, dont la somptuosité n’exclut malheureusement pas la banalité.
Cette somptuosité se signale par la surcharge de l’ornement, par l’utilisation des inévitables beaux motifs traditionnels : colonnades, rotondes composites, frontons renaissants. Ainsi les architectes, en dépit des beaux programmes qui leur étaient proposés, n’ont pas pu ou pas su s’affranchir de cette manie ostentatoire et de ce mauvais goût qui semblent avoir atteint leur apogée sur certaines façades Champs–Elysées et qui sévissent un peu partout dans les quartiers riches.
Mais voici une exception, une magnifique réussite due à l’heureuse rencontre d’un homme de goût parfait et d’un maître architecte d’une remarquable sûreté de vue. Rencontre qui bien souvent aussi s’est transformée en précieuse collaboration.
L’hôtel particulier que Monsieur Ducharne s’est fait construire rue Albéric-Magnard, à Auteuil, accuse dans ses moindres détails l’entente qui n’a cessé de régner entre lui et son architecte Monsieur Pierre Patout, à ce point de vue infiniment privilégié. Il ne l’a pas moins été par l’excellence, la clarté du programme qu’il avait à remplir, type d’habitation particulière de haut luxe et d’ample confort et d’une exquise distinction.
L’architecte avait à construire et distribuer un garage pour auto, une galerie de peinture, un grand et un petit salon, une salle à manger avec cuisine voisine, une bibliothèque-bureau, une salle de billard, une grande chambre , trois chambres d’enfants, une chambre d’amis, des salles de bains, un salon d’habillage, un boudoir et, pour les enfants, une salle de culture physique.
L’hôtel, inscrit dans un quadrilatère, comporte trois étages, en retrait l’un sur l’autre du côté du jardin.

La façade sur rue est précédée d’une grille d’un modèle imposé règlementaire, tapissée de plantes grimpantes. Construite suivant le principe de la symétrie, une grande porte rectangulaire en occupe le centre, porte magnifiquement décorée d’une grille en fer forgé, mise en exécution d’après les dessins de Pierre Patout, par Monsieur Llano Florès et exécutée par Monsieur Carrera.
A cette triple collaboration est dû l’escalier dont nous reproduisons l’élégant départ et le motif de rampe de fer forgé.

A gauche de cette porte, la conciergerie et l’entrée de service. A droite, une petite porte pour l’entrée des maîtres. L’automobile pénètre par la grande porte, dépose les voyageurs dans le vestibule et va se ranger dans le garage situé au fond. Ce garage est long de vingt mètres et permet à la voiture d’évoluer et de tourner, prête à sortir sans être obligée de le faire à reculons. Une porte sous le vestibule donne accès à l’antichambre des maîtres où les invités trouvent un vestiaire et des lavabos.
Un escalier en marbre conduit à la galerie de peinture, qui occupe longitudinalement, la partie médiane du rez-de-chaussée de réception. Elle figure ici sous deux aspects, non garnie encore des toiles et des sculptures que leur destine le collectionneur. Construite en stuc, avec dallage en pierre et marbre, elle s’orne d’une vasque en marbre, d’une stèle destinée à recevoir un bas-relief et de hautes colonnes en stuc poli qui communiquent à l’ensemble un caractère de majesté.
On remarque sur une autre vue, l’entrée de la galerie avec les trois degrés de marbre et les hauts piliers tendus d’opulentes soieries de Ducharne. Cette galerie sépare la salle à manger des salons et du billard, situés sur jardins et communiquant avec ceux-ci de plain-pied.

Perspective du salon à la salle à manger
Le premier étage contient la grande chambre et le boudoir, dont les baies donnent sur les terrasses, ainsi que les chambres d’amis, et les trois chambres d’enfants, prenant jour sur la rue. Enfin à l’étage supérieur se trouvent, outre la chambre de la gouvernante, la salle de culture physique et le terrain de jeu en haute terrasse, pour la cure d’air et de soleil.
Telles sont, en bref, les caractéristiques de cette manifestation dont le moindre détail mériterait d’être longuement analysé et décrit. Tout est ici logique, équilibre, judicieux accord entre la maîtrise du savant constructeur et le sobre et élégant dessin de l’artiste, et Pierre Patout est l’un et l’autre éminemment. Il apporte le même soin, la même minutieuse conscience à résoudre le problème du garage ou de la cuisine qu’à jouer en audacieux symphoniste avec les splendides matières avec lesquelles il a édifié les pièces nobles.
C’est ainsi, comme il nous le fait observer, qu’il a utilisé dans la construction de la cuisine le principe de ventilation des grandes salles du Moyen-Age aux puissantes cheminées à hotte. L’air chaud, les fumées et la buée sont immédiatement ventilés et transportés à travers des conduites d’éjection.
Nous ne proposons pas pour cette fois de décrire dans leur délicat raffinement et pièce après pièce, cet hôtel dont les ensembles mobiliers ont été confiés à Ruhlmann, choix dont le moindre mérite n’est pas d’unir une fois de plus le maître décorateur à l’architecte qui avait dessiné les plans du charmant « Hôtel pour un collectionneur » de l’Exposition.
L’hôtel de Monsieur Ducharne procède sensiblement du même esprit. Il suffit pour s’en convaincre d’examiner la grâce et la sobriété des lignes du jardin, dont le mur du fond dessine un nerveux fronton et dont la surface est si heureusement interrompue par deux pilastres quadrangulaires jumeaux.
Mais ce que nous avons pu longuement admirer, sans risquer une indiscrète visite domiciliaire, c’est la splendide façade sur rue, si ingénieusement composée.

Supprimant le jeu monotone des fenêtres uniformément percées, l’architecte a fait se détacher de l’ensemble de la façade, dessinée comme un frontispice, exécutée en marbre blanc guilloché. Ce parti reflète sans nulle supercherie ni trompe-l’œil la disposition des pièces. Il en est le corollaire obligé. Il nous montre en même temps que le dessin discipliné de l’auteur est sa constante préoccupation de fuir tout arbitraire.
Monsieur Pierre Patout a créé sans nul effort apparent, avec une grâce qui frappe et séduit tout d’abord sans forcer nulle part la note, un ensemble dont on discerne très nettement, en dépit et à cause de son harmonieuse simplicité, le caractère de grandeur et la noblesse.
Et il a résolu avec un singulier bonheur ce problème que d’autres paradoxalement envisagent avec scepticisme ou mépris : faire une œuvre, qui, bien que riche et pourvue de moyens exceptionnels, soit vraiment conçue et réalisée sous le signe de la beauté. »
Georges Rémon
Jardins et Cottages- janvier 1927 - n°10
Sources :
Bibliothèque Nationale de France, département Sciences et Techniques
Archives Municipales de Chatou
Bibliothèque Historique de la Ville de Paris
Archives de la Légion d'Honneur
Publié dans . PERSONNALITES DE CHATOU, : GEORGES REMON, CHATOU DANS LES ARTS DECORATIFS | 22:08 | Commentaires (0) | Lien permanent
01/08/2011
NYMPHEE DE SOUFFLOT (1774) : ON FINANCE TOUT SANS ETRE PROPRIETAIRES ?



La sauvegarde du Nymphée :
une affaire plus pitoyable que glorieuse
1999 : à la suite d’une importante campagne de presse initiée par l’association de défense du Nymphée de Soufflot que nous avions créée et notamment d’un article d’Emmanuel de Roux dans le journal « Le Monde » du 14 octobre dans lequel l’architecte en chef des monuments historiques déclarait concernant l’état du Nymphée qu’ « un accident n’est pas impossible », la municipalité a décidé de demander une étude sur l’état du monument, classé depuis 1952. Cette étude aurait eu lieu mais n’a jamais pu être produite et est demeurée sans suite.
2006 : lors du vote du plan local d’urbanisme le 9 novembre, a été inclus dans le nouveau plan le rapport de présentation précisant la position de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) au sujet du Nymphée. On y lit : « Orientations à venir suggérées par la DRAC : le site est bien conservé et peut être visité. Le syndicat d’initiatives de la ville de Chatou *, en relation avec les propriétaires, organise des visites de cette voûte à la stéréomie surprenante. »
* Précisons que le syndicat d’initiatives de la ville de Chatou avait été dissous trois ans plus tôt par la municipalité
2009-2010 : l'association Chatou Notre Ville consacre une page au Nymphée dans un tract distribué en avril 2009 aux Catoviens à quelques milliers d'exemplaires. La municipalité nouvellement élue en 2008 provisionne 75.000 euros sur les deux exercices 2009 et 2010 afin de financer une étude sur l’état du Nymphée
2011 : la municipalité annonce en conseil municipal que le Nymphée pourrait être restauré sur les fonds publics sans participation des propriétaires et sans acquisition par la collectivité de la parcelle en contrebas sur le quai de Seine sur laquelle se trouve le monument. Le droit de visite serait étendu mais cependant il convient de rappeler que ce droit est négociable annuellement avec les propriétaires.
Notre position : le Nymphée, comme la défunte usine Pathé-Marconi, a été traité de manière pitoyable par les pouvoirs publics qui ne manquent pourtant pas de faire de la mise en valeur des bords de Seine l’un de leurs objectifs. Les propriétaires ont quant à eux failli dans leur mission d’entretien prescrite par la loi, témoignant de surcroît de plus d’obstruction que de bonne volonté.
Il est maintenant acquis que la propriété privée du monument l’entraîne à sa perte depuis vingt-cinq ans. Pour y remédier, l’acquisition de la parcelle en contrebas sur laquelle il se trouve, inconstructible, par une collectivité, nous paraît être la seule solution acceptable et défendable vis-à-vis des Catoviens afin de permettre son exploitation, son rayonnement et par là-même sa sauvegarde, laquelle n'est pas pour nous négociable. Nous indiquons en annexe les articles de loi concernant un changement de propriété du monument.
Face à la Maison Fournaise, le Nymphée représente l’un des derniers vestiges de l’art Français des jardins à la fin de l’Ancien Régime. Il se trouve également lié à l'histoire politique de cette époque par la qualité de son commanditaire, le ministre Bertin.
Extraits de la loi de 1913 sur les monuments historiques :
"Article 9-1
(Loi n° 66-1042 du 30 décembre 1966, art. 2)
(Loi n° 77-1467 du 30 décembre 1977, art. 87)
Indépendamment des dispositions de l'article 9, troisième alinéa ci-dessus, lorsque la conservation d'un immeuble classé est gravement compromise par l'inexécution de travaux de réparation ou d'entretien, le ministre chargé des affaires culturelles peut mettre en demeure le propriétaire de faire procéder aux dits travaux, en lui indiquant le délai dans lequel ceux-ci devront être entrepris et la part de dépense qui sera supportée par l'Etat, laquelle ne pourra être inférieure à 50 p. 100. La mise en demeure précisera les modalités de versement de la part de l'Etat.
L'arrêté de mise en demeure est notifié au propriétaire. Si ce dernier en conteste le bien-fondé, le tribunal administratif statue sur le litige et peut, le cas échéant, après expertise, ordonner l'exécution de tout ou partie des travaux prescrits par l'administration.
Le recours au tribunal administratif est suspensif.
Sans préjudice de l'application de l'article 10 ci-dessous, faute par le propriétaire de se conformer, soit à l'arrêté de mise en demeure s'il ne l'a pas contesté, soit à la décision de la juridiction administrative, le ministre chargé des affaires culturelles peut, soit faire exécuter d'office les travaux par son administration, soit poursuivre l'expropriation de l'immeuble au nom de l'Etat. Si les travaux sont exécutés d'office, le propriétaire peut solliciter l'Etat d'engager la procédure d'expropriation ; l'Etat fait connaître sa décision sur cette requête, qui ne suspend pas l'exécution des travaux, dans un délai de six mois au plus et au terme d'une procédure fixée par décret en Conseil d'Etat. Si le ministre chargé des affaires culturelles a décidé de poursuivre l'expropriation, l'Etat peut, avec leur consentement, se substituer une collectivité publique locale ou un établissement public.
En cas d'exécution d'office, le propriétaire est tenu de rembourser à l'Etat le coût des travaux exécutés par celui-ci, dans la limite de la moitié de son montant. La créance ainsi née au profit de l'Etat est recouvrée suivant la procédure applicable aux créances de l'Etat étrangères à l'impôt et aux domaines, aux échéances fixées par le ministre chargé des affaires culturelles qui pourra les échelonner sur une durée de quinze ans au plus, les sommes dues portant intérêt au taux légal à compter de la notification de leur montant au propriétaire. Eventuellement saisi par le propriétaire et compte tenu de ses moyens financiers, le tribunal administratif pourra modifier, dans la même limite maximale, l'échelonnement des paiements. Toutefois, en cas de mutation de l'immeuble à titre onéreux, la totalité des sommes restant dues devient immédiatement exigible à moins que le ministre chargé des affaires culturelles n'ait accepté la substitution de l'acquéreur dans les obligations du vendeur. Les droits de l'Etat sont garantis par une hypothèque légale inscrite sur l'immeuble à la diligence de l'Etat. Le propriétaire peut toujours s'exonérer de sa dette en faisant abandon de son immeuble à l'Etat.
Article 9-2
(Loi n° 66-1042 du 30 décembre 1966, art. 2)
Les immeubles classés, expropriés par application des dispositions de la présente loi, peuvent être cédés de gré à gré à des personnes publiques ou privées. Les acquéreurs s'engagent à les utiliser aux fins et dans les conditions prévues au cahier des charges annexé à l'acte de cession. Des cahiers des charges types sont approuvés par décret en Conseil d'Etat. En cas de cession à une personne privée, le principe et les conditions de la cession sont approuvés par décret en Conseil d'Etat, l'ancien propriétaire ayant été mis en mesure de présenter ses observations.
Les dispositions de l'article 8 (quatrième alinéa) restent applicables aux cessions faites à des personnes publiques, en vertu des dispositions du premier alinéa du présent article."
Pour l'association, la situation est claire : la cession du terrain du Nymphée, inconstructible et en contrebas du terrain principal des propriétaires, soit par voie amiable soit par voie d'expropriation par l'Etat puis sa cession- pour une somme symbolique compte-tenu des travaux à entreprendre - par l'Etat à une collectivité publique, commune, conseil général ou autre, est la seule garantie d'une exploitation en proportion des sacrifices financiers consentis unilatéralement, mais surtout la seule garantie d'une préservation du monument jusqu'ici livré à la situation d'incapacité de propriétaires privés et d'absence d'ouverture au public significative.
Cette opportunité de devenir propriétaire du terrain du Nymphée ne se représentera pas. Ne commettons pas une erreur définitive.
Histoire : le Nymphée représente le seul vestige du domaine de Bertin, dernier seigneur de Chatou de 1762 à 1789, intendant du Roussillon en 1750, de Lyon en 1754, lieutenant général de police de Paris en 1757, puis ministre de Louis XV (contrôleur général des finances) et de Louis XVI (affaires étrangères, agriculture, mines...) de 1759 à 1781. Partisan de la réforme Maupéou des Parlements sous Louis XV, le ministre Bertin se distingua par sa probité et son activité en faveur des Finances (guerre de Sept Ans), de l’Agriculture, des Chartes, des Postes et des Mines, laquelle lui valut une considération sans faille des souverains.

Bertin développa les sociétés d’agriculture sur l’ensemble du territoire, créa les écoles vétérinaires, le cabinet des Chartes, le premier réseau postal d’envergure, eut l’intelligence de promouvoir l’instauration d’un cadastre, ce qui entraîna sa chute du contrôle des finances en 1763 à la suite de la révolte des Parlements, et d’encourager les ministres réformateurs. Afin de l’honorer à la suite de sa délicate mission de Contrôleur Général des Finances pendant la guerre de Sept Ans, Louis XV lui accorda la seigneurie de Chatou et de Montesson.
A Chatou, il réalisa un parc, un château et un nymphée, ainsi qu'un terrain voué à l’agronomie et à l’élevage des moutons mérinos qui s’étendait aux terres de Montesson.
Le parc fut une œuvre décorative comportant six statues de l’ancien fronton de l’aile droite du château de Versailles, des statues antiques, douze bustes en marbre d’empereurs romains, un pavillon chinois et un jeu de bagues dont l’exécution fut confiée à Lequeu. Deux pots à feu du château de Versailles et conservés depuis à l’ancien bailliage furent disposés également.
Le château fut réalisé en 1780 par Jacques Germain Soufflot, l’un de nos plus grands architectes, auteur du futur Panthéon et des « travaux d’embellissement » de Lyon, Intendant des Bâtiments Civils du roi de 1776 à sa mort prématurée en 1780.
Le Nymphée fut conçu par Soufflot qui en délivra les plans en 1774. Par suite de sa maladie, son exécution fut terminée en 1777 par Lequeu.
Le parc fut anéanti à la Révolution.
Le château fut détruit en 1912.
Le Nymphée échappa de peu à la destruction en 1914 grâce à la guerre, laquelle fit sombrer un projet de lotissement sans état d’âme. Un article de l’Illustration faisant état des démarches de la Société de Protection du Paysage et de l’Esthétique de la France en atteste. Sa conservation fut finalement acquise dans le lotissement du parc de Chatou dans les années 20.
Folie ornementale, le Nymphée recueillait les eaux de ravinage en provenance du domaine pour les conduire jusqu’à la Seine. Le monument, d’une trentaine de mètres de long, éclaire les bords de Seine de sa polychromie originale, assise sur des matériaux ordinaires, scories de mines et pierres meulières, apportées sans doute par Bertin, qui fut notamment ministre des Mines.
Ci-dessous, une affiche de la conférence réalisée par l'association le 19 mai 1999 avec Monique Mosser, chercheur de renommée internationale sur les jardins, sur l'oeuvre de Soufflot.
A cette époque, nous avions créé une seconde association consacrée uniquement au cas du nymphée de Chatou et alerté les médias. "Le Monde", sous la plume du regretté Emmanuel de Roux, fit un article éloquent sur la situation calamiteuse du nymphée abandonné par les ministères de la culture successifs, les propriétaires et les collectivités locales démissionnaires.


Publié dans # PATRIMOINE MENACE | 19:31 | Commentaires (1) | Lien permanent
31/07/2011
L'ILE DE CHATOU : HOMMAGE A SES DEFENSEURS ET RAPPEL DE SON STATUT
La première entreprise de sauvegarde du site de l’Ile de Chatou remonte à la Belle Epoque, lorsqu’un Syndicat d’Initiative de Chatou et des Environs fut constitué le 28 novembre 1911 par Monsieur Paul Bousson, fils de l’ancien maire de Chatou, Ernest Bousson (1878-1887).
Le docteur Rochefort, maire de Chatou ayant succédé à Maurice Berteaux décédé, en devint président d’honneur et Messieurs Baudry, industriel, et Réalier–Dumas, peintre, tous deux propriétaires à Chatou, en furent nommés vice-présidents. Le secrétariat général en était assuré par Monsieur Gaultier, architecte, fils de l’architecte Gaultier qui réalisa le château de la Pièce d’Eau Villa Lambert. L’objet social : « sauvegarder les beautés naturelles de notre région et en rendre le séjour plus agréable dans l’intérêt de la villégiature et du commerce."

Maurice Réalier-Dumas (1860-1928), peintre de Chatou, toile de 1890 - Musée de Gajac (son oeuvre a été mise dans le public francilien par une revue de Madame Suzanne Bertauld en 1984). On doit notamment à Maurice Réalier-Dumas un tableau d'Alphonsine Fournaise, dont il fut l'amant.
Fort de la loi du 21 avril 1906 sur les monuments naturels et les sites (votée à l'initiative du sénateur Beauquier), le Syndicat décida de se battre pour la protection de l’Ile de Chatou. Il obtint le concours de Monsieur Petit, maire de Croissy, et de Théophile Poilpot, peintre panoramiste de renom (cf notre étude dans le bulletin de La Mémoire de Croissy n°26 - juin 2007), propriétaire à Croissy, pour faire aboutir le classement de l’Ile de Chatou « depuis l’écluse de Bougival jusqu’au barrage de Bezons ».
Chacun reçut pour mission de convaincre les divers propriétaires de l’Ile de se rallier à la cause du classement. C’est sans doute là que l’entreprise échoua.
Il fallut l’exposition en mai 1943 sur les bords de Seine et la mise en valeur de leur passé artistique, en pleine Occupation, par Maurice Catinat *, conseiller municipal de Chatou depuis 1929 et historien, pour qu’une nouvelle action soit tentée, en l’occurrence auprès du gouvernement de Vichy. C’est dans ce contexte que le ministre secrétaire d’Etat à l’Education Nationale, s’appuyant sur la loi de 1930 sur la protection des sites, décida par un arrêté du 3 novembre 1943 d’inscrire successivement à l’Inventaire l’avenue des Tilleuls, le quai de l’Amiral Mouchez, l’Ile du Chiard et « L’Entre-Deux-Iles » puis, par un nouvel arrêté du 5 novembre 1943, de classer à l’inventaire « La Grande Ile de Chatou ». Le classement de la Maison Fournaise en monument inscrit partiellement à l'inventaire (1982) grâce au combat des Amis de la Maison Fournaise pour sa conservation et sa restauration a parachevé un enchevêtrement de protections monuments historiques dont bénéficiaient l'Eglise (1925) et le Nymphée de Soufflot (1952). Des périmètres de protection de 500 mètres englobent ainsi l’Ile et les bords de Seine aujourd’hui, les divers classements n’ayant pas été remis en cause.

L'ancien Chatou dans les années cinquante avec le vieux pont routier situé alors à hauteur de la rue du Port. Au premier plan, la promenade avec les tilleuls du quai de l'amiral Mouchez aménagée par Maurice Berteaux en 1911. Tout a été détruit méthodiquement dans les années soixante avec la construction du nouveau pont et la Rénovation.

A la fin des années cinquante, les bords de Seine à hauteur de l'Eglise de Chatou, avec la promenade du quai de l'amiral Mouchez et les berges de l'Ile en face. L'ensemble du quartier autour de l'Eglise a été détruit avec la Rénovation. La perspective de Rueil et de ses hangars industriels ne présente en revanche aucun intérêt du point de vue du paysage et l'on peut remercier le défunt maire de Rueil Jacques Baumel d'y avoir créé une promenade bornée par des arbres à foison dont des saüles pleureurs. En face, l'Ile de Chatou surplombée par la Maison Levanneur qui abrita les Fauves, est beaucoup plus construite et boisée qu'elle ne l'est aujourd'hui.
L’obtention de ces classements, œuvres salutaires dans l’esprit public mais aussi en droit, n’empêcha malheureusement rien : la Rénovation de Chatou détruisit l’aspect du quai de l’amiral Mouchez et de l’avenue des Tilleuls transformés pour les besoins de la circulation automobile. Les bords de Seine, qui avaient naguère enchanté Maupassant, Derain et Renoir, furent en partie défigurés par des opérations de remblaiements bétonnés pour les voies de circulation routières ou fluviales. L’avenue des Tilleuls a quant à elle été victime de maladies et de plantations d'arbres exotiques à petite feuilles censés être plus résistants mais qui tombent également malades.
Il n’en reste pas moins qu’un Architecte des Bâtiments de France un tant soi peu exigeant bien que redevable vis-à-vis du corps politique, est en théorie, au regard du classement de 1943, en mesure d’imposer le maintien ou le remplacement d’une partie du paysage disparu des bords de Seine en respectant au plus près son harmonie d’origine. Il faut bien entendu pour cela s’opposer aux pressions et risquer ainsi sa carrière avec la perspective d’être remplacé par un confrère plus « accommodant » pour les municipalités et les Voies Navigables de France.
L’association, qui s’est battue avec succès contre la construction d’un complexe hôtelier sur le mail en 1994 à l’appui de 4000 pétitions, se devait d’évoquer les pionniers de la défense de l’Ile. Grâce à eux, cent ans après leur intervention, une protection juridique existe. Il ne reste plus désormais qu’à la mettre en œuvre…
* c'est à Maurice Catinat que l'on dut la création à l'orée de la gare de Chatou en 1929 du square Maurice Berteaux supprimé il y a peu
| 01:20 | Commentaires (0) | Lien permanent
29/07/2011
LE VIVIER DES COLONIES, BASTION DE LA RESISTANCE FRANCAISE

Le 26 septembre 1938, Georges Mandel, ministre des Colonies né à Chatou le 5 juin 1885 (ci-dessus), nomma Louis Bonvin, ancien résident général du Gabon, gouverneur des Etablissements Français de l’Inde (Pondichéry, Chandernagor, Yanaon, Karikal, Mahé). Le 26 juin 1940, refusant l’Armistice, Louis Bonvin rallia le général de Gaulle en ces termes : « Sachez que nous ne regretterons jamais notre geste d'aujourd'hui et que le jour où nous reviendrons en France, nous y rentrerons la tête haute. » Le gouverneur des Etablissements Français de l’Inde ne cessa d’apporter son aide aux Alliés durant toute la guerre, en particulier au général Koenig en Lybie, bravant l’impuissance de Vichy. Le général de Gaulle le fit Compagnon de la Libération. Louis Bonvin reçut également des mains du vice-roi des Indes la distinction de chevalier commandeur de l’Empire Britannique .
Georges Mandel put avoir la main heureuse dans ses nominations, les gouverneurs Catroux, de l'Indochine, et Eboué, du Tchad, ralliant également dés 1940 la France Libre.
Mais le ralliement au Maréchal Pétain contre toute attente de l'Amiral Darlan, initialement partisan de continuer la guerre en Méditerrannée avec la flotte et d'écraser l'Italie, fit échouer un môle de résistance en Afrique du Nord.
La marine n'étant plus en mesure d'assurer un rôle combattant, le général Nogués, résident général au Maroc, désireux de continuer la lutte le 17 juin 1940, ainsi qu'il le télégraphia au gouvernement, abandonna à son tour toute velléité de poursuivre dans cette voie.
Alors que la guerre venait d'être déclarée, Georges Mandel fit publier un article sur les souverains de l’Outre-Mer engagés dans la bataille aux côtés de la France intitulé "L'Empire dans la Guerre".
On y exposait : "En temps de guerre, les colonies peuvent assurer les besoins français dans les proportions ci-dessous : riz, cacao, banane, maïs, sucre de canne, thé, oléagineux, nickel, caoutchouc, chrome : 100 %, viande : 80%, agrumes : 70%, café : 40%, manganèse: 30%. En outre, le Maroc peut extraire assez de pétrole pour satisfaire sa consommation. L'AOF et l'AEF assez de carburants végétaux pour couvrir les besoins de l'Afrique Noire.
L'anthracite tonkinois peut fournir, par distillation, le carburant nécessaire aux transports terrestres et fluviaux de l'Indochine.
Le Maroc livre les métaux rares, comme le cobalt et le molybdène, indispensables à la fabrication des aciers spéciaux, et tous les phosphates nécessaires à son agriculture.
Notons pour mémoire l'or, dont les colonies produisent pour 10 millions de francs, le plomb dont la Tunisie extrait 30.000 tonnes par an, la laine et le coton qui forment un appoint non négligeable en un constant accroissement (...)
Certaines colonies, d'une importance économique secondaire, telles Djibouti, Saint-Pierre-et-Miquelon (rallié à la France Libre en décembre 1941), ont une grande valeur stratégique. Elles assurent aux flottes franco-anglaises des bases de ravitaillement grâce auxquelles, la maîtrise des mers nous étant garantie, nous pouvons approvisionner ce qui nous manque, directement sur les lieux de production (...)".
Depuis 1919, la France régnait sur un empire à son apogée de 110 millions d'habitants, le second du monde, et Georges Mandel, chargé de l'administrer de 1938 à mai 1940, y avait vu naturellement une ressource dans la défense nationale.
Quant aux souverains rangés derrière la France et dont l'illustration alimentait la propagande, ils ne pouvaient peser sur le cours de la guerre et représentaient plutôt une image pacifique propre au tempérament de leur peuple. Au demeurant, alors que chaque dominion anglais déclarait la guerre à l'Allemagne, la France le fit par la voie gouvernementale unique de la métropole.

Le roi du Laos en 1939, Sisawang Yong

Le roi du Cambodge en 1939, Sisowath Moniwong

Le bey de Tunis en 1939, Ahmed II

Le sultan du Maroc en 1939, Sidi Mohamed (futur roi Mohammed V)

L'empereur d'Annam en 1939, le jeune Bao Daï

Le grand marabout, chef de l'Islam en Afrique Noire en 1939, Seidou Momontal
Publié dans : GEORGES MANDEL, CHATOU ET LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE | 13:22 | Commentaires (0) | Lien permanent
26/07/2011
LE FOYER D'EMMAUS : UN NATIF DE CHATOU L'A PROMU AU CINEMA

Une scène du film "Les chiffonniers d'Emmaüs"

Alors que l’institution d’Emmaüs a, si l’on peut dire, pris asile en partie à Chatou dans sa zone d’activités du quartier de l'Europe, nous ne résistons pas au plaisir de vous rappeler au bon souvenir du natif de Chatou du Val Fleuri, le comédien Pierre Trabaud (1922-2005).
Entre autres films ("Normandie-Niemen", "La Guerre des Boutons", "Le Défroqué"...) celui-ci fit en effet partie de la distribution des « Chiffonniers d’Emmaüs » de Robert Darène (Pierre Trabaud sur notre photo à l’extrême-gauche à côté d'André Reybaz "l'abbé Pierre"), un long-métrage réalisé dans la foulée de l’appel de l’abbé Pierre dans l'hiver 54 pour venir en aide aux sans logis, réunissant nombre d'acteurs aujourd'hui célèbres. Voici ce qu’écrivit un journaliste à propos du film dont la sortie était programmée le 23 février 1955 :
« L’abbé Pierre présente lui-même ce film de Robert Daréne en ces termes : « Mes camarades et moi, nous ne sommes pas des acteurs. Ce que nous avons vécu, nous ne pourrions pas recommencer à faire semblant de le vivre devant la caméra. Nous avons cédé la place à des hommes dont c’est le métier d’interpréter les joies et les souffrances des autres. Ils vont vous raconter notre histoire.
Des faits et des circonstances ont été volontairement modifiés, car il s’agit de femmes et d’hommes vivants dont nous n’aurions pas le droit d’étaler la vie privée à l’écran. Mais si elle est parfois différente dans ses détails, l’histoire qu’on va vous raconter est, dans son esprit, notre histoire vraie, non pas de ce que nous avons fait, mais de ce qui nous est arrivé ».
Pareille caution donne une idée de l’authenticité du film. Pour traduire une grande œuvre comme celle de l’abbé Pierre, le film se devait d’ailleurs de posséder cette authenticité.
Elle se trouve dans sa sobriété émouvante, dans la réalisation de Robert Darène, aussi bien dans l’adaptation que dans les dialogues de René Barjavel (le film est inspiré du livre de Boris Simon d’après une idée de François et Marie d’Hyvert).
Le miracle de l’abbé Pierre est double : il réside d’abord dans le prodigieux élan de fraternité qu’il a pu susciter ; il se trouve ensuite en l’abbé Pierre lui-même qui a évité tous les pièges de la publicité. Malgré la célébrité de son nom, il n’a jamais eu qu’une préoccupation : Emmaüs.
Et le grand titre de gloire du présent film, ce sera de mieux connaître cette œuvre dans le grand public pour lui apporter ainsi de nouveaux concours. Il faudrait que chaque Français envoie à l’abbé Pierre très peu : cent francs suffiraient. La vraie grandeur de la France résiderait dans ce geste unanime de solidarité.
L’intérêt que l’abbé Pierre porte au film de Robert Darène se trouve certes dans cette idée que peut apporter le film à son œuvre et nullement dans un souci de gloire personnelle. C’est cela, qui, en même temps que son œuvre admirable, fait de lui le plus grand Français vivant. »
Roland Fougères
Ciné Revue - 1er janvier 1955
Publié dans CHATOU DANS LE CINEMA | 02:29 | Commentaires (0) | Lien permanent
12/07/2011
CHATOU A LA COMMEMORATION DE LA NAISSANCE DE NAPOLEON III (1808-1873) GRACE AUX AMIS DE NAPOLEON III


Discours de Pierre Arrivetz, porte-drapeau, mandaté par Monsieur le Maire de Chatou
Monsieur le Ministre, Mon Général, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs les Maires et Maires-Adjoints, Mesdames, Messieurs,
Monsieur Ghislain Fournier, conseiller général et nouveau maire de Chatou, m ‘a fait l’honneur de me mandater pour représenter Chatou à la cérémonie du ravivage de la flamme. C’est aussi un honneur d’être devant vous ce soir pour exprimer le témoignage de notre ville sur ses liens avec Louis-Napoléon Bonaparte.
Notre commune, qui n’était au début de la Seconde République qu’un village de 1292 habitants, reçut la visite du prince Louis-Napoléon président de la République le 5 octobre 1850. Cette visite ne fut pas anodine car elle demeure la seule visite officielle d’un chef d’Etat dans l’histoire de notre ville.
Le prince, qui avait compris que le suffrage universel pouvait lui être plus heureusement favorable qu’aux candidats du suffrage censitaire du régime précédent, était alors en campagne électorale à des fins plébiscitaires. La Seine-et-Oise, dont la sociologie démontrait un vote porté vers le régime de la République, était pour lui une terre de conquête.
Grâce à cette visite, notre village put concrétiser l’acquisition d’une place communale en recevant l’autorisation de contracter un emprunt auprès de l’Etat.
L’Empire fait, le village de Chatou se transforma. Sa population tripla, comptant plus de 3000 habitants en 1872. La construction de villas de villégiature, parmi les plus belles de la Boucle de Seine et dans un éclectisme architectural qui fait honneur aux architectes de l’époque, en fit la cité qui devait attirer et pour longtemps la villégiature de la bourgeoisie parisienne.
Dans cette petite ville aux finances alors réduites, la politique du Second Empire parvint à percer dans les années 1860, lorsque l’enrichissement atteignit un sommet inégalé sous les régimes précédents grâce à l’accroissement des transports et de l’industrie.
Le développement de l’instruction publique, la création de cours pour les adultes, la construction d’une école, d’une bibliothèque et d’une salle d’asile, l’extension de l’éclairage et l’introduction de l’éclairage au gaz, la création d’un marché, l’installation d’un bureau télégraphique, l’ouverture de plusieurs voies nouvelles, la création d’une brigade de gendarmerie, l’achat d’un terrain pour un nouveau cimetière et l’amélioration des secours aux indigents, constituèrent autant de bienfaits de la politique du nouveau régime.
Parmi les personnalités résidant à Chatou sous le Second Empire, citons :
- Jean-Martial Bineau, le premier ministre des Finances de Napoléon III et ministre des Travaux Publics lorsqu’il était président. A l’occasion de la guerre de Crimée, il fut l’auteur du premier emprunt public s’adressant à tous les Français. Le ministre mourut dans sa maison de campagne à Chatou le 8 septembre 1855
- le sénateur Victor Suin, ancien conseiller d’Etat et secrétaire du Sénat, qui fut également conseiller municipal de la ville à partir de 1865 et qui défendit un projet d’amélioration de la loi sur les aliénés
- l’architecte Paul Abadie dont la maison fut déclarée au cadastre de Chatou en 1868 et qui, outre les rénovations néo-byzantines des édifices religieux du sud-ouest, devait être appelé à prendre en charge les plans de construction du Sacré-Cœur de Montmartre. Paul Abadie entra au conseil municipal de Chatou à la fin de l’Empire.
- il y eut enfin deux grands propriétaires, Alphonse Pallu, le futur créateur de la commune du Vésinet, jusqu’en 1875 terre de Chatou, et en 1853, Emile Péreire, qu’on ne présente plus.
L’un des artistes qui habitait la commune, Pharamond Blanchard, peintre et dessinateur du journal « l’Illustration », a laissé un tableautin qui marque la relation plutôt bienveillante qu’entretenait le village avec la personne de l’Empereur. Celui-ci avait fait don d’un sabre d’honneur, d’une carabine pour les sapeurs-pompiers et d’une somme pour une jeune fille méritante en 1853.
Pharamond Blanchard peignit l’arrivée de Napoléon III à Chatou en 1858. Cette toile est présente dans les collections du Musée du Second Empire à Compiègne (ci-dessous). Elle est pour nous la trace d’un régime soucieux d’accorder au pays le développement qui lui faisait défaut.
Voilà pourquoi, à notre modeste échelle, nous tenions, grâce à l’initiative des Amis de Napoléon III et de son actif président Gilles Ameil, à saluer ce soir le bicentenaire de la naissance du prince Louis-Napoléon.


On reconnaît Denise Fabre, adjointe au maire de Nice, Chistian Estrosi, ministre et maire de la ville qui avait fait le déplacement au nom du rattachement de Nice à la France en 1860 par Napoléon III et de la réhabilitation du dernier souverain français. On distingue également Didier Van Cauwelaert à droite de Monsieur Estrosi, l'écrivain Raoul Mille et à l'extrême droite l'historien Jean Des Cars. Votre serviteur (en haut au milieu) réquisitionné comme porte-drapeau de la cérémonie.
Un groupe de zouaves reconstitué faisait belle figure. Lors du dîner au Fouquet's cinq discours furent prononcés : celui du baron Ameil, président des Amis de Napoléon III, celui de Chatou, puis ceux du prince Murat, de Monsieur le Ministre Estrosi et enfin de Monsieur Seminatorre, président de l'Institut Européen des Relations Internationales (Napoléon III est à l'origine de l'unification de l'Italie et de la création de la Roumanie). Ces derniers discours furent passionnés et sont annonciateurs d'une réhabilitation du dernier souverain français, qualifié par le ministre de "l'un de nos meilleurs chefs d'Etat". Napoléon III apporta en effet une révolution dans tous les domaines, imprimant une évolution et créant un enrichissement sans égal dans le pays, le progrés et le prestige étant réunis dans une même politique.
Le dîner du Fouquet's rassembla des personnalités telles que Denis Tillinac, Jean Des Cars, Vladimir Fédorovski, Patrick Poivre d'Arvor, le général Combette, responsable du ravivage de la Flamme, Denise Fabre, Didier Van Cauwelaert.



Raoul Mille, Didier Van Cauwelaert, Denise Fabre, Jean Des Cars
Ci-dessous, un groupe de militaires du temps de Napoléon III et de l'époque actuelle, à l'extrême gauche, Monsieur Irnario Seminatorre, président de l'Institut Européen des Relations Internationales.

Publié dans * MANIFESTATIONS HISTORIQUES | 13:36 | Commentaires (0) | Lien permanent
03/06/2011
LA GUERRE FRANCO-PRUSSIENNE A 170 ANS : DECOUVREZ "CHATOU, DE LOUIS-NAPOLEON A MAC-MAHON, 1848-1878"



« Brare, facteur de l’administration des Postes, avait une âme de héros. Cinq fois, il parvint à franchir la ligne des envahisseurs. Ce ne fut pas sans courir les plus grands dangers puisqu’une fois, malgré sa finesse à déjouer la perspicacité d’ennemis toujours en éveil, il fut pris par les Prussiens. C’était aux environs du Pecq. Brutalement, les Prussiens le conduisirent dans la forêt de Saint-Germain, le dépouillèrent de ses vêtements, l’attachèrent à un arbre et le frappèrent à coups de courroie. Le chef du détachement criait : « Frappez ferme !». Pendant ce temps, on inspectait le contenu du sac que portait Briare et on y trouvait des dépêches chiffrées.
« Dis-moi ce qu’il y a là-dedans ! », commanda le chef. « Je n’en sais rien, répondit le brave courrier, mais si je le savais, je ne vous le dirais pas ! ». Aussitôt, les coups redoublèrent. Mais les bourreaux finirent par se lasser. On délia Brare. Il fut écroué à la prison de Versailles, mais, au bout de quelques jours, il réussit à s’évader. Aussitôt libre, il se rendit à Tours, où Gambetta lui confia diverses missions. Puis, il fut chargé de porter des dépêches au gouvernement de Paris. Arrivé à Carrières-Saint-Denis, il avait à traverser la Seine pour se rapprocher de la capitale. C’était en décembre et le fleuve charriait d’énormes glaçons.
Dans la nuit du 13 au 14, Brare se jeta à l’eau, et, écartant les glaçons, nagea vers l’autre rive. De braves citoyens l’avaient accompagné et il était entendu, que, d’un coup de sifflet, il les avertirait quand il serait arrivé au but. Anxieux, ceux-ci prêtèrent l’oreille : rien ! mais plusieurs coups de feu avaient déchiré le silence de la nuit. Le 7 février suivant, on retrouvait le corps de Brare en face Chatou. Il portait de nombreuses blessures, une à la tête, une autre au bras, une autre encore à l’épaule droite. Le malheureux, aperçu par des sentinelles prussiennes, avait été fusillé par elles pendant qu’il nageait (...)."
| 23:38 | Commentaires (0) | Lien permanent




